La Presse
Forum, jeudi 3 mars 2005, p. A16
Éditoriaux
Bloguer pour ne rien dire
Cardinal, François
À lire certains exaltés du Net, une véritable révolution secoue actuellement le monde des médias. Les blogues, ces sites rédigés par n’importe quel internaute doté d’un clavier, ne représenteraient rien de moins que l’avenir du journalisme.
Vous n’avez jamais visité un blogue? Vous ne savez même pas de quoi il s’agit? Dormez sur vos deux oreilles. La révolution est loin d’être entamée.
Commençons par définir la chose. Le mot blogue provient de la contraction des mots anglais web et log. Il s’agit d’un site Internet mis à jour régulièrement et sur lequel l’auteur présente de courts textes datés.
Le contenu d’un blogue, lui, ne peut être défini tant il est hétéroclite. On peut y trouver des journaux intimes autant que des revues de presse, des chroniques d’humeur ou des recettes culinaires.
Alors qu’on dénombrait une vingtaine de blogues au tournant du siècle, il en existe aujourd’hui plus de cinq millions, lesquels attirent plus de 30 millions de lecteurs.
Impressionnant. Mais force est de constater qu’à l’heure actuelle, leur importance ne tient à peu près qu’à leur croissance exponentielle.
Il n’y a qu’à se promener dans ce que l’on appelle la blogosphère pour s’en convaincre.
Premier défi: trouver des sites d’intérêt. Les moteurs de recherche sont tellement déficients qu’il est aussi difficile de trouver un blogue qui traite d’un sujet précis que de trouver une faute d’orthographe dans un dictionnaire. Le Google des blogues se fait toujours attendre.
Deuxième défi: trouver des blogues sérieux et crédibles. Le Net étant un bon exemple de démocratie extrême, tout le monde et son voisin peut écrire n’importe quoi sur n’importe quel sujet. Trouver de l’information à travers ce fouillis représente donc une tâche titanesque.
Pourquoi, dans ce cas, a-t-on pu lire que les blogues constituent une menace pour les médias traditionnels? Parce que les textes sont rédigés, la plupart du temps, par des blogueurs ou des internautes qui passent le plus clair de leur temps devant leur ordinateur. Facile, lorsqu’on est branché en permanence, de partager le bon grain de l’ivraie et de croire que les blogues peuvent devenir l’unique source d’information.
Le problème c’est que les internautes moyens n’ont ni le temps ni l’énergie nécessaires pour trouver la perle rare dans ce chaos cybernétique.
Entendons-nous, les blogues sont très divertissants. On y retrouve en effet une diversité d’opinions unique. De là à parler de journalisme, comme l’a fait l’auteur Dan Gillmor dans son essai We the Media: Grassroots Journalism by the People for the People…
Disons qu’on est loin du jour où les grands médias disparaîtront au profit de ces médias approximatifs. Et le fait qu’une grande quantité de blogues ne servent qu’à diriger l’internaute vers les sites des grands médias le prouve.
On rétorquera que l’on doit aux blogueurs plusieurs coups fumants. Ce sont eux qui ont lancé l’affaire Lewinsky, par exemple, et qui ont révélé que les documents du journaliste Dan Rather, qui mettaient en cause le passé militaire de George W. Bush, étaient des faux.
Vrai. Mais pour quelques scoops, combien de fausses informations, d’erreurs, de nouvelles biaisées, de rumeurs comme la présence d’un souffleur électronique dans le dos du président Bush lors d’un débat avec son rival?
Pour paraphraser Tom Rosentiel, du Project for Excellence in Journalism, les blogues doivent être pris pour ce qu’ils sont: l’équivalent de la machine à café, c’est-à-dire l’endroit où les gens discutent de manière informelle de tout et de rien. Rien de plus.
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Je partage votre opinion concernant le blogue. Pour certains il s’agit d’écrire son journal tous les jours , sauf que c’est moins personnel. Pour d’autres, c’est une façon de se libérer et de se trouver des amis pour jaser. Un autre réseau contact!!!
Madeleine
C’est une discussion qui ressort de temps en temps… j’en ai tiré une chronique sur la mort de l’information…