D’abord, précisons une chose : l’éditorial du 3 mars n’est nullement une attaque contre les blogues, ni même les blogueurs. C’est plutôt la remise en question d’un discours, peut-être extrémiste, mais néanmoins présent sur le Web. Et ceux qui prétendent le contraire semblent avoir oublié le discours par trop enthousiaste qui animait la blogosphère anglophone lors des dernières élections américaines.
Mais passons. Il est dommage que les critiques ne portent que sur ce sujet alors que l’éditorial contenait bien d’autres commentaires que je considère pertinents.
La révolution, disais-je, n’est pas entamée. Malgré ce que peut en dire Michel Dumais, qui compare ma réaction à celle qu’a eue l’industrie du disque face à la révolution qui la secoue, je ne crois pas que l’on puisse parler de «révolution» en parlant des blogues. Du moins, pas encore.
Bien des blogueurs semblent avoir le nez un peu trop collé sur leur écran, ce qui les empêche de voir le fouillis que constitue aujourd’hui la blogosphère… pour les non initiés.
Trouver des blogues intéressants est un véritable tour de force lorsqu’on a un nombre d’heures limitées dans une journée. La comparaison de Michel Carpentier, qui m’accuse de m’en tenir à l’équivalent du National Enquirer pour tirer mes conclusions, est plus que boiteuse.
Si l’on pousse cette comparaison plus loin, il y a à l’heure actuelle quelques très rares New York Times dans une mer – que dis-je? un océan – de millions de National Enquirer. Comment le commun des Internautes peut-il s’y retrouver?
Pour un Paul Wells, combien de milliers de blogueurs incapables de s’élever au-dessus de leur nombril? Pour une Rebecca McKinnon (j’ai vérifié l’orthographe du nom pour éviter que Jean-Pierre Cloutier s’attaque à ma réputation), combien de blogueurs qui ne savent pas écrire? Pour un Jean-Pierre Cloutier (dont je respecte habituellement les analyses), combien de blogueurs qui ne savent pas faire la différence entre de l’information et des rumeurs (un souffleur électronique dans le dos de Bush… Come on!)?
On me parlera de révolution lorsque ma mère pourra se promener librement dans la blogosphère et y trouver ce qu’elle recherche, rapidement. On me parlera d’une révolution de l’accessibilité lorsque les blogues le seront davantage que par leur seule existence. On me parlera de révolution du contenu lorsqu’il sera possible de retrouver rapidement un blogue sur un sujet précis qui domine la blogosphère par sa crédibilité.
La révolution de l’Internet est venue non pas lorsque l’outil était concentré entre les mains des spécialistes, mais bel et bien lorsqu’il est devenu accessible au plus grand nombre.
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Imaginez l’Internaute moyen qui entend parler de la «révolution» des blogues et qui tente, sans connaître les grands noms de la blogosphère, d’y pénétrer. Il y trouvera de tout, mais surtout une chose : une clique d’initiés qui parlent entre eux, trop souvent de manière spécialisée.
Et le fait que l’on m’accuse, sur le site Remolino, d’être un «gérant d’estrade», prouve de façon éclatante l’existence de cette bulle des blogueurs… de laquelle sont d’emblée exclus les non initiés.
Contrairement à ce qu’écrivent certains, qui critiquent de manière TRÈS superficielle un édito qu’ils accusent justement d’être superficiel, j’ai tenté l’expérience des blogues au cours des trois derniers mois (merci à Martine Pagé pour son aide sans qui j’aurais eu bien du mal à me retrouver dans ce capharnaüm).
En tant que lecteur et en tant que journaliste, force m’est de constater qu’il faut avoir beaucoup, beaucoup, beaucoup d’heures sur les bras pour transformer les blogues en outil efficace. C’est-à-dire autre qu’un outil de divertissement.
Paul Wells réussit à le faire parce qu’il a le temps de le faire. Et ses articles, qui étaient déjà très bons, sont encore meilleurs depuis.
Mais il est encore trop difficile pour un journaliste spécialisé qui doit pondre trois papiers par jour de tirer profit de la blogosphère autrement que pour y puiser quelques bons sujets, à l’occasion.
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Je ne dis pas que les blogues sont inutiles, au contraire. Pas plus que je n’ai dit, comme le prétend Jean-Pierre Cloutier, que la présence de journaux intimes, de chroniques d’humeur et de recette culinaires est une mauvaise chose.
Je continue à lire realclimate.org et l’excellent montreal city weblog. Mais, à titre de journaliste, je pourrais tout aussi bien m’en passer. Encore plus à titre d’Internaute.
Pour l’instant, ajoutais-je une fois de plus.
Pourquoi? Tout simplement parce qu’il ne s’agit pas de journalisme (i.e. de rapporter fidèlement les faits qui permettent aux lecteurs de mieux connaître et de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent).
Entendons-nous, il s’agit d’un nouveau mode d’expression qui promet et qui pourrait bien créer une petite révolution dans le monde médiatique. Mais pour l’instant, je persiste à dire, comme Rosenstiel (avec deux s), que les blogues sont l’équivalent de la machine à café.
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Je connaissais un peu l’opinion de François, plus nuancée que celle qui a été transmise dans l’éditorial publié dans La Presse. Le seul fait que François puisse avoir cet espace, sur un blogue, pour préciser sa pensée, en prenant bien son temps pour en expliquer toutes les nuances, démontre l’utilité des blogues. (Le journal ne lui aurait probablement pas accordé cet espace, sur papier ou en ligne.) C’est aussi un bon exemple de média traditionnel et blogue travaillant côte à côte et ça le sera davantage quand les internautes viendront ajouter leur grain de sel.
Merci à vous deux de vous être livrés à cet exercice et poursuivons les discussions!
Je suis l’un de ceux qui ont trouvé votre éditorial « superficiel » (http://cyberportfolio.st-joseph.qc.ca/mario/archives/009650.html). Je crois que vous vous deviez de donner plus de crédit à ce nouveau média. Réduire le tout à « l’équivalent de la machine à café » ne rend pas justice à la pertinence du phénomène. Mais ce n’est pas grave… les « blogueurs » n’arrêteront pas de bloguer pour autant !
Je suis de ceux qui croient que le fait de pouvoir publier plus facilement sur le Web et d’entrer en « conversation » avec son prochain du même geste est une petite révolution en soi. « Publier » par le passé était réservé à un bien petit nombre de personnes dont vous êtes. C’est un grand privilège…
Bon… d’accord pour dire qu’il faut chercher un peu pour s’y retrouver, que vos « jobs » de journalistes ne sont pas menacés et même, que le divertissement Web, ça ne mérite pas qu’on s’énerve pour si peu. Mais avez-vous lu entre les lignes ? N’avez-vous pas bâclé un peu vite la question en la réduisant à de simples discussions informelles ?
Peut-être n’avez-vous analysé le monde des « blogues » que dans la perspective du journalisme ? Je vous dis cela parce que dans mon milieu de travail (une école), les blogs ne servent pas surtout à « changer les médias » mais sont en train de réussir à faire tomber les murs de l’école… Si ça c’est pas une révolution, je ne sais pas ce que c’est !
J’aimerais bien vous inviter à l’école que je dirige pour que vous puissiez voir ma gang « d’exaltés » de onze/douze ans ! Ça fait vingt-deux ans que je cherche un levier aussi puissant pour s’ouvrir sur le monde, pour construire des ponts, pour briser l’isolement, pour apprendre en vase moins clos !
Il y a bien des gens qui vous ont lu chez GESCA qui vont trouver cela confortable votre point de vue sur les blogues… Je ne crois pas que vous avez écrit ce que vous avez écrit pour leur plaire, néanmoins. Mais je crois quand même que vous avez raté une belle occasion de les brasser un peu vos lecteurs. Le train va faire beaucoup plus de tapage que vous ne le sentez monsieur Cardinal… Pas pour les lecteurs à court terme, ni auprès de vous journalistes, mais pour ceux qui s’informent en voulant être plus participatifs, plus actifs… Pour ceux qui veulent lire davantage et qui paradoxalement, commencent à faire moins confiance aux médias traditionnels (j’ose pas dire « convergents »). La génération qui s’en vient est moins passive, plus interactive ! Les blogues, ça leur parle déjà et c’est drôle comme ils « séparent le bon grain de l’ivraie » à une autre vitesse !
Question d’apporter un peu d’eau au moulin, je me permet de vous envoyer sur le site de l’émission d’informations Nightline du réseau ABC. Mardi soir dernier, l’émission était consacré à l’impact des blogues sur les médias.
Dans sa conclusion, le journaliste Chris Bury affirmait:
« To their credit, the bloggers have given us in the traditional news business a swift kick in the pants. »
La suite de cet « éditorial » est tout aussi intéressant et lance plusieurs pistes de réflexion.
Malheureusement, la vidéo de ce reportage est réservé aux abonnés payants.
J’arrive sur le tard, ayant raté l’éditorial original et ayant trouvé le fil de cette intéressante discussion par le biais de Bloglines (www.bloglines.com). Ce même Bloglines qui – sans être le «Google des blogues» – peut être un fichu bon point de départ, notamment grâce à ses suggestions d’abonnement.
S’il est vrai que le monde des blogues a des allures impénétrables pour qui n’y navigue pas de manière assidue, et que l’on n’y trouve pas matière à 3 nouvelles par jour, j’ai quand même l’impression – à lire l’éditorial original – de relire ce que les journalistes américains écrivaient il y a un peu plus d’un an.
Aux débuts d’Internet, avant Google, avant Alta Vista, alors que les sites personnels se multipliaient à une vitesse impressionnante, on tenait exactement le même propos. Et les moteurs de recherche sont arrivés, et les médias traditionnels ont à peu près tous pignon sur Web, eux qui décriaient Internet comme une folie passagère. Je me souviens encore d’une conférence à laquelle j’assistais à New York, où le pdg de Hearst Publications faisait son mea culpa sur la lenteur que son entreprise avait démontré à comprendre l’importance d’Internet.
L’avènement des blogues – et plus encore, des outils permettant de les créer – ont multiplié encore plus la quantité de contenu. La «machine à café» a déjà pu servir quelques cafés bien corsés aux grands de la presse américaine. Les blogues ne remplaceront pas les médias dits «traditionnels», mais oui, Gillmor et sa notion de journalisme citoyen fait déjà des petits dans certains médias régionaux aux États-Unis, n’en déplaise à M. Cardinal.
Alors j’aime bien ma machine à café. Elle me réveille souvent mieux qu’un journal et, dans certains cas, elle réveille aussi les journalistes.