L’arbre qui cachait la forêt

Alors que la blogomachin d’ici ne cesse de s’énerver le poil des pattes sur des peccadilles, il est surprenant de voir que peu de personnes ont relevé les importants discours que le grand patron de Québécor, Pierre-Karl Péladeau, a livré au cours des derniers mois.

Il y eut en premier ce discours qui annonçait la fin de la récréation.

La révolution numérique change en profondeur le mode de création et de diffusion des émissions. La vidéo sur demande est en pleine expansion, l’enregistreur numérique personnel (qui permet d’éliminer les publicités des émissions) se propage et la télévision sur Internet est à nos portes. Le téléchargement de la musique a bouleversé l’industrie musicale, et ce n’est que le prélude à la prochaine grande révolution : le téléchargement des vidéos et des émissions sur Internet et sur les mobiles. M. Péladeau rappellait d’ailleurs qu’Apple vient tout juste de lancer son iPod vidéo.

Bref, Pierre Karl Péladeau affirmait donc que le choix de Quebecor consistera donc à «être un agent de changement» et de «participer activement à l’éclosion de ces différentes fenêtres de diffusion et d’y assurer une place majeure pour notre production. C’est ce que nous voulons faire avec la vidéo sur demande, avec ZIK.CA [le site de téléchargement légal de musique géré par Archambault], et bientôt avec la vidéo sur Internet et sur mobiles».

Source: Le Devoir, Quebecor cherche un nouveau partage des droits dans l’univers numérique

Peu de réactions ou presque, mis à part Cauchon dans le Devoir.

Aujourd’hui, Pierre-Karl Péladeau y allait d’une autre allocution dans le cadre d’une conférence organisée par Infopresse sur l’avenir de la télévision. Si ce discours est le même qu’il a prononcé à Toronto la semaine dernière, attendez-vous à voir Quebecor prendre un virage aussi important que Microsoft l’a fait lorsque Bill Gates a annoncé dans les années 1990 que sa société s’engageait à fond sur l’autoroute Internet.

Quebecor Inc. is shaking up the slumping Sun newspaper chain as some of its flagship dailies are increasingly being squeezed by the growth of free commuter papers, including its own publication, 24 Hours.

The Montreal-based media giant is embarking on an ambitious digital strategy aimed at breathing new life into its television, newspaper and Web operations, starting in Toronto where the company’s biggest newspaper has seen its reader and circulation numbers eroding.

Quebecor chief executive officer Pierre Karl Péladeau said the model for newspapers needs to change if publications want to attract younger readers.

In a pair of moves Tuesday, the company announced plans to link its newspaper, Web and TV network in Toronto more closely than any other company has in Canada so far.

If successful, the strategy could be spread across the company’s operations.

Source: Globe and Mail, Quebecor overhaul

Et le message est clair : Québécor prend à son tour le virage du tout numérique. Et les blogues, la balladodiffusion, la vidéodiffusion sont au cœur de cette stratégie.

The strategy will also tap into blogs and other forms of user-generated content, Mr. Péladeau told a gathering of advertisers in Toronto, who were given their first glimpse of the direction he wants to take the entire company over the next few years.

“I think there is no other future for conventional media . . . than to migrate to this model,” Mr. Péladeau said after the presentation.

“Probably this was something that [media] convergence was all about a few years ago.

Source: Globe and Mail, Quebecor overhaul

Pour quelqu’un de moindrement observateur, tous les signes annonçant cette migration et ce changement important de modèle d’affaires étaient bien présents. De plus en plus, on voit apparaître les textes des chroniqueurs et des articles du Journal de Montréal sur Canoë alors qu’auparavant, Canoë n’était qu’un repackaging d’agences de presse. Pour un Franco qui dit non à l’aventure des blogues, il y a un Pat Lagacé, un J-F Codère, un Marc Beaudet ou un Dominic Arpin qui embarque à fond. Dernière en date, la journaliste Pénélope Garon. Plus encore, certains blogueurs hors de la sphère Québécor auraient même été contactés afin de sonder leur intérêt à publier leur contenu… Papier? Électronique? Les deux? Say tuned… Et encore une fois, on vous le dit, ce n’est qu’un début.

En effet, il y a deux semaines, le président Bruno Leclaire du réseau Canoë procédait à une importante restructuration de l’entreprise. Et le message passé à l’interne était on ne peut plus clair : Notre modèle d’opération est en mutation…

Autre nouvelle passée sous silence, l’arrivée de Romain Bédard, ex rédacteur en chef du magazine Infopresse, ex directeur général des éditions Infopresse et ex vice-président d’Infopresse qui dorénavant, retourne à ses premiers amours en acceptant le poste de rédacteur en chef de Canoë. Sa mission : positionner le portail dans un univers aux contenus de plus en plus vastes et interconnectés.

Bref, au cours des prochains mois, il conviendra de mettre Québécor sur son radar, histoire de voir comment cette entreprise prendra le virage numérique.

Mise à jour 1: Et voici un premier texte sur la conférence qu’a donné Pierre Karl Péladeau à Montréal aujourd’hui.

Prenant acte de la baisse des auditoires à TVA et des revenus publicitaires qui en découle ainsi que des nouvelles tendances de consommation des jeunes, Quebecor se positionne pour être en mesure de diffuser ses contenus sur toutes les plates-formes technologiques disponibles.

Le parcours est semé d’embûches, mais l’objectif a le mérite d’être clair.

«Le modèle existe ailleurs, c’est celui du conglomérat médiatique», a fait valoir mardi le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, au cours d’une allocution prononcée devant quelque 200 personnes réunies sous l’égide du magazine Infopresse.

«Les jeunes ne consomment pas tellement de télévision. Ils vont sur Internet, en messagerie, ils téléchargent, ce qui a des répercussions énormes sur le système canadien de radiodiffusion», constate M. Péladeau.

À titre d’exemple, l’émission «Le Coeur a ses raisons» qui a été diffusée sur Illico (la télé numérique de Vidéotron qui offre le service vidéo sur demande) et qui plaît particulièrement aux 15 à 35 ans, a suscité 700 000 demandes.

Source: Presse Canadienne-Canoë, Quebecor veut diffuser sur toutes les fenêtres technologiques.

Et tiens donc, quel hasard, cet article de Jean-François Codère publié aujourd’hui dans le Journal de Montréal.

Selon un sondage réalisé en décembre 2005 par Léger marketing pour le compte de Vidéotron, les Québécois âgés de 18 à 34 ans qui ont accès à Internet à la maison y passent en moyenne 13,1 heures par semaine, comparativement à 13,3 heures devant la télévision.

Source: Journal de Montréal, Les jeunes délaissent le petit écran

Mise à jour 2: Pour bien mettre les choses en perspective, Il ne faudrait pas oublier de relire attentivement la lettre que Pierre-Karl Péladeau a envoyé aux médias récemment, suite à l’annonce de Quebecor de ne plus diffuser des séries lourdes (sous-entendre coûteuses).

Pour y parvenir, tous les participants au système de radiodiffusion doivent accepter de revoir les règles du jeu. Si, pour atteindre le même nombre d’auditeurs qu’autrefois, donc la même valeur pour les publicitaires, nous devons diffuser nos produits sur plus d’une fenêtre (vidéo sur demande, podcast, télévision payante), les parties prenantes, tant les organismes publics de financement que les artisans de la télévision, doivent adopter une approche plus conforme à la réalité d’aujourd’hui.

Source: Le Devoir, Pierre-Karl Péladeau, Financement des séries lourdes à la télévision – Il ne sert à rien de jouer à l’autruche

Bref, le message envoyé à l’industrie: pas question que je paie plusieurs fois pour diffuser le même contenu à la télé, sur Illico, sur Internet ou tout autre mode de diffusion. Le modèle doit changer ou sinon…

J’ai très hâte de lire le billet de Cauchon demain.

Mise à jour 3: Une prédiction toute folle, basée uniquement sur une impression personnelle. Maintenant qu’il a été annoncé officiellement que Dominic Arpin termine son mandat après avoir réalisé plus de 650 reportages, je ne serais pas étonné de voir l’explorateur urbain jouer un rôle prépondérant dans ce nouvel univers médiatique numérique que Québecor est à déployer. Juste une impression que je vous dit.

Mise à jour 4: Extrait de l’allocution de Pierre-Karl Péladeau à Toronto

I believe that great journalism – with virtues such as independence, scepticism, tenacity in digging out a story, balance, and checking for accuracy – is now, and will continue to be, a valuable quality in media, in whatever forms it exists.

Quebecor, by the way, has more than one thousand two hundred journalists in total throughout all its media operations.

Another powerful element in the new media mix is the citizen journalist. Almost anyone today can become a reporter. Anyone can be a publisher with a blog or Web site. Editorial commentator, photographer, videographer? You name it, the

technology is there to make it happen. Already, this phenomenon of citizen journalist has entered the mainstream.

One insight on this powerful new area of citizen journalism comes from Tom Glocer, chief executive of Reuters. He believes news organizations have an opportunity to encourage citizen journalism as a complement to professional newsgathering. Glocer says: “Media companies need to be seeders of clouds. To have access to high value, new content we need to attract the community around us. To achieve that, we have to produce high quality content ourselves, then display it and let people interact with it…. There is no doubt that our businesses will be stronger if we employ a more collective and open minded approach to content.”

All of this is part of the new media.

It’s empowerment.

And it is a huge seismic shift in the media landscape.

It is opening up a number of opportunities emerging from the digital universe and the Web.

We believe journalistic strengths will be an integral part of the quality content that is the single most critical element in the equation.

So, how do we make the benefits of journalism more accessible and more aligned with the interests of the audience? And how do we collect much more feedback from our audiences and interact with them?

Source: Pierre-Karl Péladeau, Riding the Changing Wave

Mise à jour 5: Oui, il y eut un observateur de la scène technologique qui a commenté le virage de Quebecor. Philippe Le Roux, de VDL2, a été interviewé à Capital Action (laissez charger la séquence vidéo et faites glisser votre curseur vers la 20e minute de l’émission).

7 réflexions au sujet de « L’arbre qui cachait la forêt »

  1. Pour ma part, je crois que c’est une bonne direction. Il n’est pas question du tout numérique, mais plutôt de la collaboration (ou convergence) de tous les médias, ce qui est très différent. Tout comme la radio n’a pas disparu avec l’arrivée de la télé, le Web n’accaparera pas tout. Sauf que la tarte ne change pas. L’allocation des ressources se fera différemment tout simplement. Il était d’ailleurs temps. Je ne comprends toujours pas d’ailleurs pourquoi des entreprises se paient des panneaux réclames le long des autoroutes et hésitent encore à investir le Web. M’enfin … au moins, PKP a vu la lumière! Pourras t’il la partager? Voilà toute la question!

  2. Je n’ose penser Michel que tu aies voulu faire la leçon à cette faune de blogueurs (dont je fais partie) qui ne s’intéressent pas à ce qui est intéressant, mais je suis quand même un peu surpris du ton de cet excellent billet qui attire notre attention sur le groupe de PKP. Le «changement de modèle d’affaire» dont tu parles est bien présent certes, mais ne crois-tu pas que le «radar» doit fonctionner autant avec ceux qui poussent qu’avec ceux qui résistent? Je veux bien regarder aller M. Péladeau, mais il y encore une grande majorité d’individus et de personnes morales qui croient que le papier (pour ne pas dire le média où le pouvoir est concentré dans les mains de bien peu d’individus) est là pour longtemps «quand ça compte vraiment»…

    J’aime bien l’attitude des blogueurs de Canoë (en particulier de Lagacé qui s’est mis à hyperlier en dehors de sa corpo depuis que Martine en a parlé sur son blogue (simple hasard?), mais l’attitude des résistants me semblent autre chose que des peccadilles dans le contexte où un gars comme Nuovo fait justement partie de la famille de celui qui sonne la fin de la récréation? Je veux bien croire que la blogomachin a une forte tendance à se regarder le nombril, mais devrions-nous cesser de réfléchir tout haut (avec plus ou moins d’adresse) chaque fois qu’un sbire traduit bien le sentiment populaire que le Net n’est pas encore assez transparent pour espérer venir déranger le colosse qui continue de générer le gros paquet?

    Je sais bien que tu vas me dire que chacun a bien le droit de se laisser émouvoir par ce qu’il veut, mais essayes-tu de nous prévenir que nous avons un oncle Bill ici au Québec et que nous aurions avantage à échanger sur ce que nous savons de lui et de ses pratiques en matière de Web pour mieux le voir venir?

    Si c’est ce que tu veux dire, ça m’intéresse… Les fils de nouvelles de Canoë sont pas mal à mon goût; par contre, c’est du côté de la force de ventes que j’aimerais bien valider le sérieux de cet énoncé de positionnement. Y a-t-il des «rep» importants qui développent ce marché? Par quel(s) vecteur(s) les sous ($) vont-ils passer pour soutenir ces initiatives des producteurs de contenu?

    Merci pour le tuyau Michel, mais je ne suis pas si sûr qu’on ne doit pas garder un oeil [aussi] sur ceux qui nomment tout haut leur inconfort avec les machins à clavier; en demeurant sensible à leurs arguments, il me semble qu’on risque aussi de pouvoir apprécier de quel côté les «share holder» [du groupe de PKP comme des autres) vont aller à court et à moyen terme… Les marchés me semblent des bibittes qui pensent de plus en plus à court terme depuis qu’une grosse bulle leur a pété dans la face.

  3. Mario, Mario, Mario…. Sors de Québec au plus vite ! L’après bulle est du passé. Tous les acteurs le moindrement allumés des médias voient les courbes décliner dramatiquement. Même la gang d’Infopresse s’intéresse de plus en plus au Web et le Publicité Club a même voulu se saborder dernièrement… C’est déjà tout un virement de capot !

    Les « shareholders » l’ont compris bien plus rapidement que les dinosaures encore en poste dans nos vieux médias. Eux regardent les courbes financières des marchés asiatiques et ceux de Chine qui ont une croissance hallucinante grâce à l’adoption récente et à la technologie toute récente de leur l’infrastructure.

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