
Pour un interprète, tout aussi talentueux soit-il, prendre le risque de faire du cover peut s’avérer douloureux lorsque la critique «s’emmêle», particulièrement lorsqu’on s’attaque à un montre sacré de la musique américaine.
Il fallait donc que Bryan Ferry se sente à l’aise avec avec le répertoire de Bob Dylan pour proposer aux aficionados de cet immense créateur l’album Dylanesque.
Coup de coeur ici et sur le patio, particulièrement parce que Ferry a su évité le piège de faire Dylan. En effet, Bryan Ferry, ex Roxy Music, nous montre à quel point il est un grand interprète et qu’il connaît le répertoire de Dylan au point de se l’approprier et de le revoir de fond en comble.
Dylan revu et revisité par Bryan Ferry, c’est ni plus ni moins qu’une pure merveille pour l’oreille.
Des guitares acides, dénuées de tout artifice. Des guitares signées Robin Trower, un des grands qui maîtrise à ce point le son Fender. Trower, c’est aussi, avec le B3 de Matthew Fisher et la voix de Gary Brooker, le son de feu Procul Harum. À l’électronique, subtil mais présent, Brian Eno. De King Crimson à U2, en passant par Robert Fripp et David Byrne, il n’existe peu ou pas de grands groupes qui n’aient eu à bénéficier un jour ou l’autre des arrangements éblouissants de Brian Eno.
Et Dylan dans tout cela? Just Like Tom Thumb’s Blues ouvre le bal et d’entrée de jeu, on sait que Ferry entend nous en mettre plein la gueule… et plein les oreilles. On se doutait depuis toujours que Ferry pouvait faire du rock solide, qu’il pouvait explorer d’autre avenues que celles du art rock qui lui a si bien convenu dans Roxy Music. Mais le naturel revient vite au galop avec Simple Twist of Fate, avec une interprétation qui emprunte tout autant au son Dylan qu’à celui de Roxy Music.
Si les puristes de Dylan risquent d’être surpris avec l’interprétation de The Times They Are A-Changin’, les véritables eux, seront confondus par le tempo plus rapide que l’original, les guitares de Trower et la basse lourde, pesante.
Avant d’accéder aux portes du paradis avec All along the Watchtower, c’est la relecture de Knockin’ On Heaven’s Door qui achèvera de convaincre l’auditeur que Bryan Ferry a conçu et enregistré une oeuvre magistrale avec son Dylanesque. Si Dylan cognait avec une quasi tristesse aux portes du paradis, Ferry lui, réussit à nous faire croire que le paradis est le fun. Nostalgie adios. T’as juste le goût de regarder ta belle ou ton beau dans les yeux et de lui dire je t’aime.
All along the Watchtower, c’est le retour du Wall of Sound, les cordes qui hurlent de Trower, les ambiances de Brian Eno, la complicité entre les autres musiciens, le gros mix en pleine gueule de Bob Clearmountain mais surtout, Ferry lui-même. On se verse un scotch et on lève son verre, et à la santé de Dylan, et à celle de Ferry.
Je suis entièrement d’accord avec vous: la relecture de Ferry est vraiment brillante! Coups de coeur tout spécial pour les chansons « Just Like Tom Thumb’s Blues », « The Times They Are A-Changin », « Knockin’ On Heaven’s Door » et « All Along The Watchtower » (finalement, je me rends compte que j’ai envie de toutes les nommer!). Album parfait pour prendre la route cet été!