D’une conférence, de jeunes, de remerciements et d’une vieille dame

Jane jacobs

Bien que régulièrement sollicité, je ne fais pas beaucoup de conférences. Et quand j’en fais, je n’en parle pas vraiment, par pudeur probablement. Il faut dire que je n’aime vraiment le cadre que la plupart des organisations impose, soit l’approche «top-down» où le conférencier livre sa «vérité» et où il ne reste que 5 minutes à la fin pour une ou deux questions de la salle. Pour moi, une conférence est une conversation, un échange d’idées où tout est sur la table. Bref, il faut donc que j’ai du plaisir à le faire, d’autant plus que je ne facture jamais rien ou presque, considérant que cela fait partie de mon «service après-vente», soit une façon de redonner à la communauté.

Hier, j’ai eu le plaisir de prononcer une conférence où le nombre de têtes grises dépassaient de beaucoup celui des jeunes natifs du numérique. À vrai dire, ceux-ci se comptaient sur les doigts des mains. Et le thème de ma conférence: les jeunes natifs du numérique, qui sont-ils et comment les comprendre. Bref, j’avais 45 minutes pour ouvrir des portes, et 30 minutes de discussion.

Et à la fin, le choc. Je dois dire que je fais de ces rencontres depuis plus 15 ans, et jamais, jamais, jamais je n’ai été autant touché par les commentaires des gens que hier. Surtout celui d’un «jeune» de 23 ans. En effet, après quelques questions, je le vois se lever du fin fond de la salle où il semblait s’être caché, et d’une voix forte déclarer: «J’ai assisté à nombres de conférences sur le sujet des jeunes natifs du numérique, y compris celles d’aujourd’hui, et c’est la toute première fois, l’unique fois, que je vois un représentant des «têtes grises» décrire avec autant de justesse et de précision qui je suis et comment je vis. Son portrait des jeunes, c’est le mien, c’est tout à fait moi et celui de tous mes amis et connaissances du même âge.»

Il me pardonnera de le dire ainsi, mais le p’tit crisse est venu me chercher loin et j’ai du me détourner un brin de son regard pour «refouler mes émotions». Il ne le sait pas, mais il venait de me donner mon salaire, au centuple.

Cela dit, je savais que ma «séance d’ouverture de portes» ferait une bonne impression et susciterait bien des discussions et des réflexions. Tout ceci parce je bénéficiait de l’apport de toutes ces discussions passées avec des amis à réfléchir sur le sujet. Sans eux, jamais je n’aurais pu permettre aux participants de prendre conscience de tous les changements en cours et de ce que sont ces jeunes qui me fascinent tellement.

Il y a évidemment mon vieux mentor, Michel Cartier, ses schémas et ses réflexions sur la rupture. il y a aussi René Barsalo, l’autre vieux grognon, qui le premier ici, nous a aiguillé sur les travaux de Mark Prensky et aussi ses précieux schémas sur le «dé-clic» générationnel. Et il y a Jon Husband aussi, nouveau membre de ce quatuor de vieux grognons. Il y a aussi tous ces chercheurs, penseurs, sociologues qui n’arrêtent pas de nourrir ma propre réflexion. Et à la toute fin, alors que ma présentation était fin prête, il y a cette piste sur laquelle Mario Asselin m’a guidé et qui a contribué à dynamiser ma présentation.

Messieurs, merci mille fois, car une grande partie des remerciements de ce jeune natif vous reviennent. Et c’est avec beaucoup de fierté que je vous ai cité hier à plusieurs reprises.

Il est aussi une dame, une très grande dame, que j’aimerais remercier, car depuis quelque temps, elle nourrie profondément mes réflexions sur les communautés. Malheureusement, elle ne peut recevoir ces remerciements car elle est décédée depuis 2 ans déjà. Et elle ne faisaitt pas dans le «marketeux-bullshitteux» ni dans la »conférence template». À vrai dire, elle ne faisait pas du tout dans le Web ou Internet et pourtant. Depuis quelques semaines, je relis intégralement tous les livres qu’elle a publié et je suis rien de moins que soufflé par sa vision.

Jane Jacobs est sans aucun doute la personnalité la plus marquante en urbanisme. Elle en a d’ailleurs changé le cours avec ses livres The Death and Life of Great American Cities, The Economy of Cities, Cities and the Wealth of Nations, Systems of Survival, The Nature of Economies et Dark Age Ahead. Avec ces quelques textes et ouvrages majeurs (Merci CFD) et toujours d’actualité, Jane Jacobs est celle qui aujourd’hui, me permet de comprendre et de réfléchir sur la dynamique des communautés. Depuis quelques semaines, j’ai un véritable choc à relire l’ensemble de son oeuvre avec cet autre bouquin tout aussi fascinant et riche en enseignement qu’est The Power Broker: Robert Moses and the fall of New York, de Robert Caro, un livre que tous les dirigeants de grandes villes modernes devraient lire.

Lire Jane Jacobs et transposer ses réflexions de la ville à Internet vaut plus que tous les ouvrages des «conférenciers template» de ce monde.

Cities as Ecosystems

Jacobs approached cities as living beings and ecosystems. She suggested that over time, buildings, streets and neighborhoods function as dynamic organisms, changing in response to how people interact with them. She explained how each element of a city – sidewalks, parks, neighborhoods, government, economy – functions together synergistically, in the same manner as the natural ecosystem. This understanding helps us discern how cities work, how they break down, and how they could be better structured.

Mixed-Use Development

Jacobs advocated for « mixed-use » urban development – the integration of different building types and uses, whether residential or commercial, old or new. According to this idea, cities depend on a diversity of buildings, residences, businesses and other non-residential uses, as well as people of different ages using areas at different times of day, to create community vitality. She saw cities as being « organic, spontaneous, and untidy, » and views the intermingling of city uses and users as crucial to economic and urban development.

Bottom-Up Community Planning

Jacobs contested the traditional planning approach that relies on the judgment of outside experts, proposing that local expertise is better suited to guiding community development. She based her writing on empirical experience and observation, noting how the prescribed government policies for planning and development are usually inconsistent with the real-life functioning of city neighborhoods.

The Case for Higher Density

Although orthodox planning theory had blamed high density for crime, filth, and a host of other problems, Jacobs disproved these assumptions and demonstrated how a high concentration of people is vital for city life, economic growth, and prosperity. While acknowledging that density alone does not produce healthy communities, she illustrated through concrete examples how higher densities yield a critical mass of people that is capable of supporting more vibrant communities. In exposing the difference between high density and overcrowding, Jacobs dispelled many myths about high concentrations of people.

Local Economies

By dissecting how cities and their economies emerge and grow, Jacobs cast new light on the nature of local economies. She contested the assumptions that cities are a product of agricultural advancement; that specialized, highly efficient economies fuel long-term growth; and that large, stable businesses are the best sources of innovation. Instead, she developed a model of local economic development based on adding new types of work to old, promoting small businesses, and supporting the creative impulses of urban entrepreneurs.

PBS. Jane Jacobs.
Project for Public Spaces.

Édifiant non? BTW, Richard Florida n’a rien inventé.

Cela dit, à vous tous ci-haut cité et aux autres qui me nourrissez de vos réflexions, un immense merci.

5 Responses to D’une conférence, de jeunes, de remerciements et d’une vieille dame

  1. oniquet says:

    Ahh, Jane Jacob. La première chose qu’on nous fait lire au bac en urbanisme.

    J’ai ici « Dark Age Ahead » qu’il faudrait bien que je lise…

  2. cfd says:

    Tu me fais regretter de ne pas avoir moi-même penser à ajouter Jane à mes lectures classiques sur l’Internet. J’espère que Clément nous lit, parce que ça rejoint tellement nos réflexions sur l’info-urbanisme (dont l’infobourg et sa carte géo(info)graphique étaient de fier descendants). Parce qu’en périphérie des inforoutes, il y a des infobourgs, là où le vrai monde vivent et organisent leur vie. Parce que vivre sur une autoroute c’est dangereux!

  3. Michel Dumais says:

    @oniquet
    Dark Age Ahead, c’est la rupture de Cartier.

  4. Michel Dumais says:

    @CFD
    Je ne sais pas pourquoi, mais je pensais à toi en relisant ce livre et des textes qui s’en inspirent. Et la suite est toute aussi tripative.

  5. Un grand merci Michel pour le dîner qu’on vient de partager sur le sujet de ce billet. J’avais une surprise qui m’attendait au retour à Québec…

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