Juste humain

Les journalistes sont avant tout des être humains, avec leurs qualités, leurs défauts et leurs démons.

Le danger, car il y en a un, c’est que leur “personnage” fasse interférence, que leur histoire personnelle éclipse la nouvelle qu’ils rapportent. Leur crédibilité peut alors en souffrir. En contrepartie, certaines révélations contribuent à rendre les journalistes en question plus humains aux yeux du public, ce qui ne peut être une mauvaise chose.
Nathalie Collard, La vie cachée des journalistes.

 

La sagesse des enfants

Samedi dernier, alors que la copine s’envoyait en l’air à Québec (!), j’avais à la maison, en plus de mes enfants, leurs cousines ainsi que le fils d’un copain. Il faut dire que la chaude température était un argument plus que convaincant pour inciter toute cette tribu à visiter la piscine. Je ne dirai jamais à quel point il est agréable de relativement bien s’entendre avec l’ex belle-famille afin que les enfants puisse continuer à se fréquenter et s’amuser ensemble, même lorsqu’ils sont chez leur père.

Bref, en plus des enfants et du copain, nous avons reçu le plaisir de recevoir la visite d’un ami et de son ex-conjointe. À vrai dire, l’ami en question, que je connais depuis plus de 32 ans déjà, est aujourd’hui une amie. En effet, Michèle est aujourd’hui quasiment une femme. Ne reste que la grande opération à subir, grande opération qui devrait avoir lieu cet automne pour qu’enfin, elle puisse le devenir à part entière, même si dans sa tête, cet état de fait est réglé depuis longtemps.

Pour ma part, comme je lui ai dit lors de son coming-out, «je me fous totalement de ton enveloppe corporelle, tu a été, tu es et tu resteras à jamais mon ami(e)». Mais samedi, c’était la rencontre avec les enfants qui me turlupinait un brin. Veut, veut pas, en tant que parent, tu tentes de prévoir les questions de tes enfants. Idiot que j’était. C’était sans compter sur la sagesse des enfants. J’y reviendrai plus loin. J’ai donc pris le temps d’expliquer à la tribu que Michèle est depuis toujours mon ami, et que sa métamorphose ne changeait absolument rien dans nos rapports. De plus, je leur ai demandé de ne pas se gêner et de poser toutes les questions qui leur viendrait en tête. C’est ce que Michèle voulait.

Arrive Michèle et son ex conjointe, avec qui elle s’entend toujours aussi bien. De conjoints, ils sont devenus amis. Après quelques minutes de conversation entre nous, les enfants sortent de la piscine et comme prévu, posent leurs questions. Et que de belles et bonnes questions, Michèle n’en revenait pas elle-même de tant de candeur, de curiosité, d’audace mais aussi de sagesse et de respect. Comme elle me le disait lui-même un peu plus tard, autant les adultes éprouvent de la gêne et de la retenue, autant la tribu y est allée avec des questions intelligentes, et quelquefois cocasses. Par exemple, la plus jeune, 10 ans à peine, «Est que ça veut dire que tu es devenu lesbienne?». Je ne vous dit pas la réponse, ça reste entre eux et Michèle.

Le mot de la fin revient sûrement à ma grande qui, après le départ de Michèle me regarde et me dit «tu sais papa, j’ai beau essayer, mais je ne parviens pas à m’imaginer Michèle comme un homme». Et on se demandera ensuite pourquoi je suis fou de mes enfants (et ceux des autres).

Quand j’entends le mot Kultur…

… je sors mon revolver.

Via Martin Lessard

Participez au grand rassemblement de protestation qui se tiendra à la SAT le mercredi 27 août 2008 à 10h30, afin de manifester votre appui contre l’abolition d’au moins 10 programmes de Patrimoine canadien et la réduction de trois autres fonds importants.
La suite dans le communiqué

D’éducation



Que les Clément Laberge, François Guité, Roberto Gauvin, Mario Asselin, Jacques Cool et tous les autres qui oeuvrent ou réfléchissent en éducation (et que j’aime lire, tout en silence) me pardonnent d’envahir leur turf, mais tout comme Clément Laberge, la lettre d’André Caron, président des Fédération scolaires du Québec m’interpelle et me porte à réfléchir sur l’éducation, et particulièrement sur l’héritage que nous voulons laisser à nos enfants.

Toute comme la présentation « Le saviez-vous » le suggère, j’ai bien l’intention de rencontrer et d’échanger avec la direction de l’école de mes enfants afin de leur demander si les classes de nos enfants, et leurs enseignants, sont suffisamment équipés pour faire face aux réalités du XXIème siècle.

Mais ensuite? Comment faire évoluer pour le mieux notre système d’éducation qui, faut-il le dire, a été considérablement malmené au cours des dernières années.

Soit, il y a les outils. Le crayon, le papier, les livres…et l’apprentissage et le partage que permettent les nouveaux outils numériques. Mais sans l’humain, sans l’enseignant qui se veut un guide, un catalyseur pour ces jeunes, ces outil ne sont que justement, des outils. Avec un simple marteau, on peut construire une simple abri à volatiles ou ériger une cathédrale. Souvenons-nous du compagnonnage, où un guide permettait à un apprenti non pas d’apprendre à manipuler bêtement des outils, mais plutôt d’inculquer à ses membres des valeurs comme l’entraide, la protection, l’éducation et la transmission des connaissances. Dans le fond, l’école ne devrait-elle pas reprendre à son compte les valeurs du compagnonnage? Je laisse aux spécialistes de ce milieu le soin d’y répondre.

Cela dit, encore une fois, que faire? Quelle pourrait être ma contribution à l’éducation de mes enfants. Je crois être présent, je surveille et j’insiste les week-end pour que devoirs et leçons soient faits, nous nous impliquons à l’école même, mais encore. Dans tout ce débat de spécialistes où nous, les parents, nous nous sentons trop souvent à l’écart, comment faire pour faire connaître nos idées?

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Au cours des dernières années, plusieurs parents et observateurs du milieu ont fait part de leurs inquiétudes quand à l’apprentissage du français. Il en est de même pour moi. Sans revenir aux méthodes d’antan où l’on nous apprenait en ânonnant que « Léa a bu » et « Léo est beau », il serait peut-être temps de revenir à un peu plus de rigueur dans l’enseignement de notre langue, en se servant de l’ensemble des outils mis à notre disposition. Crayon, papier, soit. Livres et outils numériques, évidemment. Mais avec plus. Ce petit plus, pourrait-on se l’approprier en regardant ce qui se fait de mieux ailleurs, et à l’adapter aux besoins de nos jeunes ici et non pas juste bêtement copier? Je pose la question. Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste. Qu’un simple parent voilà tout. Un parent préoccupé par le leg laissé à ses enfants.

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Mais il n’y a pas que le français. Quid de la culture générale et aussi, de l’enseignement de l’anglais? Que l’on insiste sur la qualité de la langue parlée et écrite, je suis pour. Personnellement, je me lacère moralement jusqu’au petit linge lorsque je constate certaines de mes erreurs, souvent grossières. Mais ne sous leurrons pas, dans un monde où les frontières n’existent plus et où la notion même de fuseau horaire tend à se sublimer au profil d’une boule bleue mondialisée en activité 24 heures sur 24, l’anglais est et restera la lingua franca, l’esperanto permettant à tous les peuples de se rencontrer.

Je constate donc avec tristesse que la culture générale, l’activité physique et l’anglais sont les points faibles de notre système. Oui,je suis tout à fait conscient que les jeunes natifs du numériques veulent en apprendre plus sur un sujet, il le « google ». Mais encore. Comment leur inculquer le discernement, le sens critique, des concepts tellement essentiels et qui permettent de s’accomplir comme citoyen? Des concepts qui leur enseigneraient par exemple, que Wikipédia n’est qu’un point de départ, et non pas une finalité?

Permettez donc au parent que je suis une simple suggestion, suggestion qui pourrait, si elle s’avérait être réaliste et réalisable, faire partie de la solution globale.

J’imagine (on peut toujours rêver) un ministère de l’éducation qui reverrait de fond en comble l’enseignement lui-même, et où l’école, au cours des six premières années, serait un lieu qui reprendrait à son compte les concepts du compagnonnage (entraide, protection, éducation et transmission des connaissances) avec rigueur et souplesse tout en mettant l’emphase sur l’apprentissage de la langue française. Six années où la connaissance dans les matières de base ainsi que le « men sana in corpore sano » seraient transmis à nos jeunes. Tous nos jeunes, sans exception, qu’ils soient d’origine francophone, anglophone ou autre.

Et l’anglais me direz-vous? Et la culture générale? L’histoire? Les arts? La géographie? Soit, aucune de ces matières ne seraient négligées au cours de ces six premières années de vie. Mais j’y ajouterais une septième année. Une septième année d’immersion anglaise totale où seulement les arts, la culture générale et aussi, un cours d’introduction à la citoyenneté seraient montrés à nos jeunes. Quel bagage formidable ne laisserions-nous pas ainsi à nos jeunes? Quelle merveilleuse introduction au secondaire, au monde du travail et à la citoyenneté. Et ceci, sans nullement négliger l’enseignement des matières de base et du français durant les six premières années de vie scolaire. Honnêtement, comment dire non à ce que j’ose appeler, le meilleur des deux mondes. Et ainsi, au secondaire, on pourrait se permettre d’approfondir les connaissances acquises et qui sait, commencer l’apprentissage d’une troisième langue.

Suis-je naïf? Sans doute. J’ose à peine imaginer le quart du centième des réactions des intervenants de ce milieu advenant le dépôt sur la table d’une telle idée. Syndicat, fonctionnaires, associations diverses et monde politique, un joyeux mélange qui, à la fin, ne pourrait rien donner de bon.

Naïf? J’assume. Ce n’est pas la première fois. Ni la dernière. Mais pas question pour moi d’arrêter de rêver. Surtout quand il s’agit de nos enfants. De miens comme des vôtres. Mais il me semble Clément, et tu me permettras de t’interpeller ici, qu’une telle idée, avec celles d’autres rêveurs, s’inséreraient bien dans ce concept de cité éducative que tu as su si bien amener.. Et d’ailleurs, pourquoi parler uniquement de cité éducative? Notre pays ne devrait-il pas tout faire pour que l’éducation soit au centre de nos vies? À moins que le pays ne devienne cité.

Laissez-moi rêver s’il vous plaît. Pour mes enfants. Et les vôtres. Et ceux qui viendront.

Monsieur le Maire

Lettre envoyée à la Presse et au Devoir.

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Monsieur Tremblay,
Maire de Montréal,

Monsieur le Maire,
J’avoue avoir été complètement renversé de vous voir embarquer dans la campagne marketing d’une multinationale du jeu (Hasbro), tout ceci en raison de la place que Montréal occupera désormais sur la une case d’un jeu de plateau. Tout comme je suis estomaqué de voir madame Isabelle Hudon et monsieur Raymond Bachand se prêter à ce jeu.

Et pour quelle raison cette «photo-op» du premier magistrat de la ville, de la présidente de la Chambre de commerce de Montréal et d’un ministre du gouvernement québécois? Uniquement pour continuer à propager ce vieux mythe de la visibilité, à savoir qu’un habitant de l’Orégon l’Oregon ressentirait le goût de visiter Montréal uniquement parce qu’on y aurait placé une maison virtuelle affichant le nom de la ville sur un jeu de plateau?

Voyons donc!

Monsieur le Maire, ce qui attire les visiteurs d’ailleurs, c’est la culture, les grands événements, la qualité de vie et ses habitants. Et non pas le nom de Montréal imprimé sur une case de jeu, fut-il le plus populaire au monde.

Parlant de culture, nous ne vous avons pas vu réagir face aux coupures du gouvernement conservateur dans ce domaine. Où étiez-vous? À «jouzer» au Monopoly? Pourtant, c’est justement la vigueur des créateurs d’ici qui font de Montréal une ville qu’il fait bon visiter. Ou mieux, s’y établir. Couper dans la culture, ça, c’est vraiment couper dans sa visibilité. ! Mais Où êtes-vous donc, monsieur le Maire, quand les industries culturelles, celles qui représentent Montréal et le Québec à l’extérieur, vous appellent à l’aide? (Et Monsieur le Maire a protesté contre ces coupes. Et encore aujourd’hui, on écrit qu’il était présent.)

De même, lors que l’on parle de qualité de vie, ignorez-vous que pour tous ces jeunes de partout dans le monde, cette génération que l’on appelle des « natifs du numérique », de même ainsi que pour de nombreux voyageurs, l’accès facile à des services comme Internet sans fil sont des attraits incitatifs importants pour les inciter à venir visiter une ville, bien plus qu’un faux placement publicitaire sur un plateau de Monopoly?

Or il se trouve que, justement, une association comme Île sans fil (www.ilesansfil.org), qui offre justement 150 points d’accès Internet sans fil gratuitement à Montréal, voit sa survie remise en question, du fait que la gestion de son dossier est en train de pourrir, quelque part, dans les dédales de l’administration montréalaise. Et pendant ce temps, à Québec et Sherbrooke par exemple, on constate que les administrations municipales en place collaborent activement à épauler de telles organisations faisant la promotion de projets technologiques, économiques, civiques et communautaires.

Cela dit, voulez vous savoir ce qui inciterait des visiteurs à ne pas venir visiter Montréal? Des tristes événements comme ceux qui sont survenus à Montréal-Nord récemment, des événements qui, soit dit en passant, auraient très bien pu se dérouler dans Villeray, dans le Bronx de St-Laurent et dans plusieurs de ces quartiers montréalais où règnent la pauvreté, le désespoir et un rejet de ceux qui ont tout laissé de côté pour venir vivre et travailler chez nous. Mais où êtes-vous donc Monsieur le Maire? À tenter de repasser tous les quatre ans par la case « Départ » afin de faire Go et récolter 200$?

Monsieur le Maire, une ville n’est pas un jeu. Une ville, ce sont d’abord ses habitants, ainsi que ceux des banlieues qui l’entourent. Une ville, c’est un endroit où il fait bon vivre, travailler et se divertir. Une ville, c’est tout autant de la culture que des poubelles et des égouts.

Monsieur Tremblay, sachez que j’ai le plus grand respect pour votre fonction, tout comme j’en ai pour la plupart des gens qui choisissent de faire de la politique. Et j’aime aussi profondément Montréal. Mais la place d’un Maire, c’est de faire que ses habitants y soient heureux, et non pas à faire la belle marketing pour une multinationale du jeu. En vous prêtant à ce jeu, vous contribuez à aviver le cynisme des gens face à la politique.

Michel Dumais

Merci à Pat Lagacé pour l’échange à ce sujet.

Mise à jour: il semble que je ne sois pas le seul à le penser.