J’ai perdu un ami

Ce n’est jamais facile d’admettre que l’on perd un ami, mais pourtant, c’est ce qui m’est arrivé récemment. Après 32 années d’amitié, nous nous sommes dit au revoir pour une dernière fois et puis… et puis voilà. Car si j’ai perdu un ami, je me suis fait en une journée une nouvelle amie.

32 ans à taquiner mon ami Michel et du jour au lendemain, je dois composer avec Michelle. De son côté, elle se doit d’accepter le fait que régulièrement, je ferai dans le mélange des genres. On ne change pas 32 ans de rapports humains en quelques mois. Heureusement, elle comprend bien et même, on en rit ensemble.

Michelle juridiquement, Michelle psychologiquement et aujourd’hui, Michelle physiquement. Après moult hésitations, Michelle a finalement passé outre à l’idée de se faire opérer dans un pays étranger, et c’est ici, à Montréal, que Michelle a réalisé son grand rêve et qu’elle est devenue femme.

Encore une fois, ce sont mes kids qui m’impressionnent le plus. Quand j’ai appris la bonne nouvelle à ma grande fille, elle a tout simplement répondu «cool, j’ai hâte de la voir». Rien de plus, voilà, «cool». C’est aussi simple que cela. ‘Mandez-vous pas pourquoi j’adore mes kids.

Quelques jours après son opération, Michelle était en maison de convalescence à Montréal et lors de ma visite, j’ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs de ses amis comme son coiffeur et son chum, son ex conjointe, etc… L’ours pataud en visite n’a pas trop cassé de pots en porcelaine, je me suis mis les pieds dans les plats une fois, peut-être deux, mais on ne s’en est pas vraiment formalisé du fait que la discussion tournait autour des futurs essais de… enfin, on se comprend. Bref, on s’est embrassé et regardé dans les yeux tous les deux en se disant silencieusement, voilà, c’est fait, une nouvelle vie commence pour toi.

J’ai perdu un ami, j’ai gagné une amie. Bah, «cool» comme dirait ma fille.
 

Lee Atwater, père spirituel de Karl Rove et de Mary Matalin

Si la politique américaine vous intéresse, vous ne voudrez pas manquer The Boogie Man, un film sur Lee Atwater, le père spirituel de Karl Rove. Bien que ce soit l’équipe de stratèges de Richard Nixon qui a «inventé» le concept de publicité négative, sachez que c’est Lee Atwater qui l’a raffiné et porté à son paroxysme durant les années Reagan et Bush père. Alors monsieur Dion, si vous désirez blâmer quelqu’un pour votre défaite, n’hésitez pas: Lee Atwater est la personne toute désignée.

Cela dit, outre Karl Rove, Lee Atwater fut aussi le mentor de Mary Matalin, elle-même conjointe actuelle de James Carville, le Ragin’ Cajun, ex stratège de Bill Clinton (vous me suivez toujours?) qui a imaginé le concept de «It’s the economy, stupid!» (à voir, le film The War Room) et qui s’est distingué comme un des meilleurs «spinners» lors de la défunte émission Crossfire sur CNN.

 

 

Participation

Plus que le résultat de l’élection
Plus que cette sensation de «tout ça, pour ça?»
Plus que pour les enjeux inexistants de cette élection
Plus que pour cette campagne sale

Plus que, plus que…

Ce qui m’attriste le plus dans cette élection, c’est le taux de participation. Ou plutôt, le taux de non-participation.

42% de canadiens se sont abstenus de voter. 58% de taux de participation. 6 points sous le seuil historique de 64%.

Ça me tue. Que personne ne vienne me dire qu’il y a un gagnant ce soir, quelle que soit son allégeance politique.

Avec 58% comme taux de participation, nous sommes tous collectivement perdants.

Le voilà le véritable enjeu des prochaines campagnes électorales.

L’important, c’est voter

Quelle que soit votre vision de la politique, que vous soyez sympathique à l’option conservatrice, libérale, néo-démocrate, bloquiste, marxiste, néo-rhino ou verte, allez voter demain. Vous désirez annuler votre vote? Soit, mais faites le geste de vous rendre dans un bureau de scrutin et annulez officiellement votre vote. Souvenez-vous que dans plusieurs pays, des révolutions ont eu lieu et des citoyens et des citoyennes sont morts afin de poser ce simple geste. Et que le résultat d’une élection peut parfois se décider par moins d’une centaine de voix.

Temps sombres

Je suis de cette vieille école, celle qui croit encore à la politique et à ceux qui y œuvrent. J’ai toujours pensé qu’il fallait un courage certain pour «mettre sa face» sur un poteau et affronter l’électorat. Il n’y a pas plus métier de fou et ingrat que celui de politicien.  Les heures sont folles, la vie de famille quasi inexistante, et tout ceci pour un salaire raisonnable, mais sans plus, et la satisfaction d’avoir pu contribuer à changer quelque chose. Vous ne me croyez pas? Vous devriez vous imposer le visionnement du film «Chers électeurs» de Manuel Foglia, le fils de l’autre, pour vous en convaincre. Vous y verrez que la vie de député n’a souvent rien de glorieux et qu’elle est à des univers de la perception que l’on s’en fait.

Sauf en de très rares occasions, vous ne m’entendrez jamais m’en prendre à l’intégrité d’une personne oeuvrant en politique. Être d’accord ou non avec la vision du parti est une chose, mais j’ai ce respect du politicien, de la personne qui a fait ce choix de vie. J’ai d’ailleurs le privilège de connaître de nombreuses personnes qui ont fait «vœu de politique», autant chez les libéraux fédéraux que chez les conservateurs. Ils sont souverainistes et membres du Bloc ou fédéralistes néo-démocrates. Certains sont ministres, d’autres simples députés. Ils sont sur le devant de la scène, mais quelques-uns sont des travailleurs de l’ombre, adjoint politique ou attaché de presse. De même, j’en connais d’autres qui ont plutôt choisi la scène provinciale, et ce dans tous les partis.

J’ai aussi ce privilège de vivre avec une personne qui a donné 18 ans de sa vie à la politique. 10 ans au provincial et 8 au fédéral. Nous ne sommes pas toujours d’accord, il nous arrive même d’être franchement en désaccord sur certaines politiques mais croyez-moi, j’ai une admiration sans borne pour elle et pour ce qu’elle a réalisé. Jamais je n’aurais pu faire le centième de ce qu’elle a accompli dans ce métier. Jamais.

Mais ce que j’admire surtout, c’est son extraordinaire sens de l’intégrité. Intégrité envers celle qui fut son patron, mais aussi intégrité envers LA politique et les institutions démocratiques. Dont la presse. Elle a toujours reconnu le rôle important qu’ont la presse et les journalistes. Il y a aussi ce respect et cette intégrité envers les gens qui ont porté son patron au pouvoir au point où il lui est arrivé de mettre sa tête sur le billot pour une question de principe. Bref, c’est à mon avis ce dont elle est le plus fière, après 20 années, d’être reconnue parmi ses pairs comme une personne intègre. En plus d’avoir contribué à changer de petites choses. Et ces petites choses croyez-moi, elles ont encore un impact dans la vie de bien des personnes démunies.

Pourquoi ce long préambule? Parce que je suis inquiet. Profondément inquiet. Cette campagne, qui se terminera mardi prochain par l’élection d’un nouveau gouvernement, m’a laissé un goût amer dans la bouche. J’y ai vu des façons de faire et des comportements indignes de notre société et indigne de LA politique.Jamais je n’aurais cru voir dans une élection canadienne des pratiques importées de nos voisins du sud. Des attaques mesquines, malveillantes, à la limite diffamatoires, qui s’attaquent directement à l’intégrité de la personne sans que l’on sache trop qui parle vraiment, que ce soit par le biais de sites parallèles à ceux du parti ou tout bêtement de billets de publiés sur les sites officiels par on ne sait trop qui. Facile par la suite de blâmer telle ou telle personne quand le tout dérape. «For Christ sake», il me semble que la politique que je connais se pratique et s’est toujours pratiqué la visière ouverte. L’anonymat, lorsque l’on œuvre directement en politique, c’est de la couardise. J’ai aussi lu et relu les plateformes des différents partis et jamais je n’y ai vu un tel vide. Une absence totale de vision, de projet de société. Surtout dans ces temps de rupture.

Mais si il n’y avait que cela. J’ai toujours aussi pensé que le journalisme était la clé de voute de la démocratie. On a souvent tendance à mépriser le journaliste et le journalisme, mais imaginez-vous un monde sans presse pouvant faire contrepoids au pouvoir. D’ailleurs, le rapport du journaliste à la démocratie est articulé autour de trois axes : objectivité, service public, contre-pouvoir.

Or, depuis le début de cette campagne, on a pu voir des façons de faire qui franchement m’inquiètent grandement. Des candidats absents, qui refusent de répondre et même de rencontrer les journalises, qui évitent les débats et qui se réfugient dans un silence pesant sous prétexte de… Sous prétexte de quoi d’ailleurs? Ce silence, c’est non seulement un immense doigt d’honneur à la presse, mais aussi aux citoyens.Il y a aussi ce populisme de bas étage, qui transforme les conférences de presse en un zoo où les journalistes se font agresser verbalement par les sympathisants. Dans plusieurs journaux, j’ai lu des comptes-rendus de journalistes chahutés par des militants durant des points de presse. Des journalistes aussi qui se font carrément insulter par des candidats, des députés ou des ministres sortants. Comprenons-nous, les discussions viriles «off camera» ont toujours existés entre la presse et le pouvoir. Mais on parle ici de quelque chose de différent, qui s’apparente à du mépris et du contrôle de l’information. Quelque chose qui ressemble diablement à ce que nous avons vu se produire au sud de notre frontière. Et qui peut mener à terme à des atteintes à l’intégrité physique. Et croyez-moi, il suffit qu’un parti adopte de tels comportements pour que tous les autres fassent de même.

Et ça, ça m’inquiète.Et ce n’est pas ce que je veux laisser comme société à mes enfants. 

Mise à jour: Patrick Lagacé, dans son billet intitulé La politique poubelle, illustre avec force propos ce que je tente d’expliquer ici.