Temps sombres

Je suis de cette vieille école, celle qui croit encore à la politique et à ceux qui y œuvrent. J’ai toujours pensé qu’il fallait un courage certain pour «mettre sa face» sur un poteau et affronter l’électorat. Il n’y a pas plus métier de fou et ingrat que celui de politicien.  Les heures sont folles, la vie de famille quasi inexistante, et tout ceci pour un salaire raisonnable, mais sans plus, et la satisfaction d’avoir pu contribuer à changer quelque chose. Vous ne me croyez pas? Vous devriez vous imposer le visionnement du film «Chers électeurs» de Manuel Foglia, le fils de l’autre, pour vous en convaincre. Vous y verrez que la vie de député n’a souvent rien de glorieux et qu’elle est à des univers de la perception que l’on s’en fait.

Sauf en de très rares occasions, vous ne m’entendrez jamais m’en prendre à l’intégrité d’une personne oeuvrant en politique. Être d’accord ou non avec la vision du parti est une chose, mais j’ai ce respect du politicien, de la personne qui a fait ce choix de vie. J’ai d’ailleurs le privilège de connaître de nombreuses personnes qui ont fait «vœu de politique», autant chez les libéraux fédéraux que chez les conservateurs. Ils sont souverainistes et membres du Bloc ou fédéralistes néo-démocrates. Certains sont ministres, d’autres simples députés. Ils sont sur le devant de la scène, mais quelques-uns sont des travailleurs de l’ombre, adjoint politique ou attaché de presse. De même, j’en connais d’autres qui ont plutôt choisi la scène provinciale, et ce dans tous les partis.

J’ai aussi ce privilège de vivre avec une personne qui a donné 18 ans de sa vie à la politique. 10 ans au provincial et 8 au fédéral. Nous ne sommes pas toujours d’accord, il nous arrive même d’être franchement en désaccord sur certaines politiques mais croyez-moi, j’ai une admiration sans borne pour elle et pour ce qu’elle a réalisé. Jamais je n’aurais pu faire le centième de ce qu’elle a accompli dans ce métier. Jamais.

Mais ce que j’admire surtout, c’est son extraordinaire sens de l’intégrité. Intégrité envers celle qui fut son patron, mais aussi intégrité envers LA politique et les institutions démocratiques. Dont la presse. Elle a toujours reconnu le rôle important qu’ont la presse et les journalistes. Il y a aussi ce respect et cette intégrité envers les gens qui ont porté son patron au pouvoir au point où il lui est arrivé de mettre sa tête sur le billot pour une question de principe. Bref, c’est à mon avis ce dont elle est le plus fière, après 20 années, d’être reconnue parmi ses pairs comme une personne intègre. En plus d’avoir contribué à changer de petites choses. Et ces petites choses croyez-moi, elles ont encore un impact dans la vie de bien des personnes démunies.

Pourquoi ce long préambule? Parce que je suis inquiet. Profondément inquiet. Cette campagne, qui se terminera mardi prochain par l’élection d’un nouveau gouvernement, m’a laissé un goût amer dans la bouche. J’y ai vu des façons de faire et des comportements indignes de notre société et indigne de LA politique.Jamais je n’aurais cru voir dans une élection canadienne des pratiques importées de nos voisins du sud. Des attaques mesquines, malveillantes, à la limite diffamatoires, qui s’attaquent directement à l’intégrité de la personne sans que l’on sache trop qui parle vraiment, que ce soit par le biais de sites parallèles à ceux du parti ou tout bêtement de billets de publiés sur les sites officiels par on ne sait trop qui. Facile par la suite de blâmer telle ou telle personne quand le tout dérape. «For Christ sake», il me semble que la politique que je connais se pratique et s’est toujours pratiqué la visière ouverte. L’anonymat, lorsque l’on œuvre directement en politique, c’est de la couardise. J’ai aussi lu et relu les plateformes des différents partis et jamais je n’y ai vu un tel vide. Une absence totale de vision, de projet de société. Surtout dans ces temps de rupture.

Mais si il n’y avait que cela. J’ai toujours aussi pensé que le journalisme était la clé de voute de la démocratie. On a souvent tendance à mépriser le journaliste et le journalisme, mais imaginez-vous un monde sans presse pouvant faire contrepoids au pouvoir. D’ailleurs, le rapport du journaliste à la démocratie est articulé autour de trois axes : objectivité, service public, contre-pouvoir.

Or, depuis le début de cette campagne, on a pu voir des façons de faire qui franchement m’inquiètent grandement. Des candidats absents, qui refusent de répondre et même de rencontrer les journalises, qui évitent les débats et qui se réfugient dans un silence pesant sous prétexte de… Sous prétexte de quoi d’ailleurs? Ce silence, c’est non seulement un immense doigt d’honneur à la presse, mais aussi aux citoyens.Il y a aussi ce populisme de bas étage, qui transforme les conférences de presse en un zoo où les journalistes se font agresser verbalement par les sympathisants. Dans plusieurs journaux, j’ai lu des comptes-rendus de journalistes chahutés par des militants durant des points de presse. Des journalistes aussi qui se font carrément insulter par des candidats, des députés ou des ministres sortants. Comprenons-nous, les discussions viriles «off camera» ont toujours existés entre la presse et le pouvoir. Mais on parle ici de quelque chose de différent, qui s’apparente à du mépris et du contrôle de l’information. Quelque chose qui ressemble diablement à ce que nous avons vu se produire au sud de notre frontière. Et qui peut mener à terme à des atteintes à l’intégrité physique. Et croyez-moi, il suffit qu’un parti adopte de tels comportements pour que tous les autres fassent de même.

Et ça, ça m’inquiète.Et ce n’est pas ce que je veux laisser comme société à mes enfants. 

Mise à jour: Patrick Lagacé, dans son billet intitulé La politique poubelle, illustre avec force propos ce que je tente d’expliquer ici. 

5 réflexions au sujet de « Temps sombres »

  1. Ces façons de faire dans cette élection sont anti-démocratique et très dangereuse pour les peuples, cela s’apparente à de la dictature, en pensant utiliser un côté facile de gouverner et bien c’est tout le contraire qui va se produire. C’est le temps d’avoir un gouvernement du côté du peuple avec cette crise qui nous tombe dessus et qui a peut-être été voulu, un comparatif avec 1929

  2. Cher Michel,

    Je m’attendais à beaucoup, mais beaucoup de réactions à ce billet ce matin. Il fait visiblement souffrir en silence. Peu de réflexions concernent et déclinent le comportement de presque toutes les couches de lectorat de ce blogue, pourtant, qu’est-ce que ce silence radio ce matin?

    Je passerai rapidement sur les couverts que tu mets dans les 4 premiers paragraphes. Je te connais suffisamment pour pouvoir témoigner du respect que tu présentes au politique et à la politique. Pour savoir aussi combien tu t’es façonné à dormir avec trois de tes passions: le journalisme, le politique, et celle que tu aimes, qui l’aura servis avec toute la noblesse et la dignité que tu lui témoignes en retour aujourd’hui.

    Ce que tu soulèves dans ces premiers paragraphes explique tout le reste, prémisses nécessaires à comprendre le comportement triste qui mène à cette foire décadente, cette fête triste, si on en tient pas compte. Tu es en relation avec ces sphères, or, ces personnages que tu décris sont dans l’utilisation de ces sphères. Un monde de différence.

    On s’utilise, on subordonne la relation au but, les valeurs à l’objectif.

    Dans mes premiers moments en tant qu’attaché de presse en politique proviciale, j’ai investi beaucoup de temps et d’énergie dans les relations que j’allais entretenir avec les journalistes, les citoyens, les blogueurs, et finalement, mais surtout, avec les acteurs politiques de tous les partis.

    Je parle de relations, d’échanges basés sur le respect, de l’individu et de son intelligence, de ses objectifs et principes autant que de ses contraintes. Une relation à long-terme, où on accepte de « perdre » ou « essuyer des revers » parce que le fond d’authenticité et de transparence nous permet d’espérer un jour le voir nous être heureux dans l’échange complexe mais nécessaire qui doit subsister entre le journaliste et le politique.

    J’en ai connu des papiers difficiles, qui vous font frapper sur le bureau, tout comme à long terme j’ai béni le ciel d’avoir été ouvert et transparent avec des éditorialistes qui sont venus ensuite présenter des points-de-vue tout aussi intègres qu’heureux dans les conséquences qu’ils ont eues dans des moments de crise. La transparence et l’authenticité, dans ce genre de relations, ont le salaire plus élevé que les peines nécessaires et consenties. Mais voilà, on ne s’utilisait pas. On comprenait, j’aime à le croire, l’importance du lien relationnel des professions que nous pratiquions. On comprenait, aussi, la valeur du respect des passions professionnelles de l’autre, sans quoi tout ce système mériterait le mépris qu’on lui prête à tort trop souvent.

    Je ne parlerai pas des blogues de partis. Encore moins de l’anonymat sur des plate-forme de blogues politiques. Certains blogues de partis donnant l’illusion de pouvoir citoyen, mais méprisant dans sa manipulation de l’opinion de l’électeur, présenté sous le déguisement de l’ouverture et de la proximité envers le citoyen mais sentant le parfum bon marché. Parce qu’il n’y a pas de relation le visage couvert. Il n’y a pas d’écrit politique la main voilée.

    À agir ainsi, on développera une paranoïa justifiée chez le journaliste autant que chez l’électeur. On se demandera à juste titre à qui on s’adresse, qui servent-ils, en l’absence de relation réelle et transparence, tous les coups sont permis, devenant « dans le doute, fesse christ! ». Le politique est trop important pour être défendu sous la signature d’un parti mais dans l’ignorance totale de qui tient la plume. Je te disais, donc, que je ne parlerai pas des blogues ;-) .

    Je veux que mon journaliste puisse continuer de se demander « Qu’est-ce qu’on me dit? » et non « À qui je parle et combien de personnes est-il en messager politique? ».

    C’est beaucoup prêter de valeur et d’efficacité aux blogues que de croire qu’ils permettent le luxe de « bypasser » le journaliste. Aucun dépliant dans une boîte aux lettres ne sera utile si nous entretenons le silence ou le mépris ailleurs. Dans le triangle politique-presse-électeur, le blogue ou la publicité ne saurait se substituer à l’un ou l’autre des acteurs. Le passé l’a démontré trop souvent.

  3. Voici un commentaire intéressant que j’ai lu sur un autre blog. —————————–

    La supposée bévue de Dion lors de l’entrevue à CTV n’en est pas une du tout ! J’ai reçu des courriels d’amis anglophones qui disent que la première réponse donnée par M. Dion au journaliste de CTV était la seule réponse possible à une question qui n’avait pas de sens. L’interviewer a dit (traduction) : « Si vous étiez Premier ministre aujourd’hui, qu’auriez-vous fait hier ? [If you were Prime Minister now, (au présent ) what would you have done (au passé) already ? ] » Cette question n’a pas plus de sens en français qu’en anglais. M. Dion a eu tout à fait raison de dire : « Vous voulez dire : si j’avais été Premier ministre il y a un an et demi ? » Devant l’insistance de l’interviewer, M. Dion n’avait pas le choix de dire qu’il ne comprenait pas la question. Il faut poser l’hypothèse que la question et la décision de diffuser l’interview étaient un piège et un acte délibéré. Le fait de diffuser des reprises est contre les règles de l’éthique. De plus, comme elle l’a dit avant de diffuser, CTV avait convenu avec l’équipe de Dion que l’interview ne serait pas utilisée. De l’avoir fait quand même, soi disant parce que, et je cite CTV : « le public a le droit de tout savoir », correspond à une manoeuvre délibérée pour salir le chef du Parti Libéral.

  4. J’aime bien votre blogue parce qu’il y a souvent matière à réflexion. Je ne suis toutefois pas de votre avis pour le présent sujet. Je ne crois pas non plus que les journalistes qui couvraient Duplessis et son époque soient d’accord avec vous. Je ne crois pas aussi que Trudeau ait eu une très haute opinion des journalistes. Le respect ça se mérite et j’ai souvent l’impression que le vedettariat est en train de tuer le journalisme beaucoup plus que la vindicte populaire. Le journaliste d’aujourd’hui a été formé en « communication », ce qui lui permet de pondre une opinion sur n’importe quel sujet en moins de 3 secondes. Il pourra toujours être de l’opinion contraire demain parce qu’hier n’existera plus. De toute façon l’important c’est d’avoir sa grosse photo en haut de l’article et de passer donner son opinion à l’émission de son chum. Je voudrais aussi terminer sur une « cheap shot » en matière de respect des politiciens: J’ai cru voir un extrait du film La Chute pour illustrer la pensée de Harper et sa bande, je ne me souviens pas où, pouvez-vous m’aider ?

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