Le facteur WIIFM (what’s in it for me)

Depuis quelques jours, je bosse sur une recherche qui servira à produire un billet complémentaire à celui de Michäel Carpentier. Et cette recherche m’oblige entre autre chose à me relire, à tenter de voir si une réflexion parue cinq années auparavant tenait toujours la route.

Parmi les articles que j’avais publié dans le Devoir, il en est un qui, je le constate, pourrait très bien s’appliquer au PlanNumériquePourLeQuébec, une idée de Patricia Tessier que Martin Comeau a voulu associer à un espace de réflexion. Cela dit, ne nous leurrons pas. Malgré la campagne électorale en cours, rien ne surviendra à court terme. Il ne s’agit pas d’un sprint, mais bien d’un marathon. Un marathon qui a connu plusieurs faux départs.

J’ai encore en mémoire ma participation (suite à mon départ du Devoir) au «Comité des sages» que le Gouvernement du Québec avait mis en place, suite à la publication du rapport Gautrin. On constate aujourd’hui que peu de choses ont vraiment avancé.

Bref, si cela peut aider, je met en ligne une entrevue que j’avais réalisé avec Bill Piatt lors de la conférence GovNet ’03. Détail cocasse, lors de cette conférence, j’avais reçu à notre résidence d’Ottawa-Hull le chercheur Dominique Wolton et le consultant Pierre de la Coste. En compagnie de plusieurs adjoints politiques, nous avions assisté à la victoire de Jean Charest sur Bernard Landry. Et c’est la première fois que je voyais Wolton incapable de rien dire, tellement il était flabergasté par la politique d’ici.

Mais revenons à Bill Piatt. Bill Piatt, c’est l’homme qui a dirigé le déploiement du portail gouvernemental FirstGov, un guichet unique où les citoyens pouvaient trouver toute l’information générée par l’administration publique américaine. Sachant que ses propos seraient publiés dans un quotidien francophone, l’homme avait fait preuve d’un bel esprit d’ouverture, d’une rare générosité et d’une candeur exceptionnelle lorsque je l’avais interviewé. Nous avions finalement passé plus de 3 heures à discuter ensemble de plusieurs enjeux et défis reliés au e-gouvernement et à la mise en place d’un état numérique.

Car pour réaliser un état entièrement numérique, outre l’enjeu fondamental du haut-débit, le gouvernement doit être lui-même un utilisateur modèle qui agira comme courroie de transmission pour inciter les citoyens, les entreprises et toute la société civile à se joindre à lui pour réaliser ce concept. Ce texte plein d’enseignements (qui devraient cependant être adapté aux spécificités québécoises) fait donc état des défis que Piatt a dû relever afin de concrétiser FirstGov.

*****

FirstGov, un portail pour les citoyens.

Si vous croyez que la mise en place d’un portail national comme celui du gouvernement du Québec ou du Canada est tout un défi à relever, imaginez celui de réaliser un portail regroupant 260 organismes différents, 22 000 sites Internet distincts, et 27 millions de pages à indexer hebdomadairement. Tout cela, en 90 jours. Bienvenue à FirstGov, le portail made in USA.

Nombreuses sont les personnes qui croient que la réalisation d’un portail national est uniquement un défi technologique. Après tout, il s’agit de réunir des masses d’informations sous un même toit, non? «Faux», de dire Bill Piatt, le grand responsable de la mise en place de FirstGov que nous avons rencontré la semaine dernière lors de la conférence GovNet 03: «Si ce n’était que des contraintes technologiques, un portail national comme FirstGov aurait probablement vu le jour plus rapidement». Et pourtant, entre le décret présidentiel et le lancement, seulement 90 jours se sont écoulés.

Mais, au royaume de Dubya, la politique et les lobbys sont rois et maîtres. Selon Piatt, «ceux-ci peuvent, en moins de deux, tuer une initiative nationale qui pourtant est destinée à servir les citoyens».

Welcome to Washington.

Les défis de FirstGov

Servir le citoyen; regrouper sous un même toit tous les services offerts par un gouvernement national; héberger la quasi-totalité des sources d’informations qu’une administration publique a à offrir aux citoyens et aux entreprises du pays, tels sont les buts — nobles — de FirstGov. Né d’une initiative du président Clinton, le défi de FirstGov — et de Bill Piatt et son équipe — était d’offrir aux citoyens un guichet unique où trouver toute l’information possible générée par l’administration publique américaine.

Les défis, eux, étaient fort nombreux. Après tout, nous parlons ici d’un gigantesque portail regroupant 22 000 sites Internet différents, 260 agences gouvernementales distinctes et 27 millions de pages Web à indexer à toutes les semaines. De plus, il y avait une notion de confiance à insuffler au grand public.

Or comme les données personnelles aux États-Unis sont plutôt considérées comme une marchandise, Bill Piatt avait déjà tout un défi à relever. Par exemple, en Floride, l’administration publique de l’État avait décidé d’accepter l’offre gracieuse et gratuite d’une entreprise faisant des appareils servant à numériser les photos sur les permis de conduire. Seul petit hic, en contrepartie, l’entreprise en question s’est mise à revendre à des sociétés de crédit les photographies numériques en les appairant avec le numéro du permis et le nom du propriétaire du permis. Tout ce qu’il fallait pour donner une crise cardiaque aux dirigeants de la Commission d’accès à l’information du Québec.

Pressions politiques

Second défi pour Piatt: vaincre les pressions politiques. En effet, aux États-Unis, patrie des puissants lobbys aux moyens illimités, l’information est reine. Ceux qui la détiennent, traditionnellement les lobbys, peuvent se permettre de monnayer très cher cette connaissance de l’administration publique.

Or en mettant en ligne autant d’informations, l’équipe de FirstGov allait donc amoindrir les pouvoirs et les connaissances que les lobbyistes détenaient. FirstGov était donc une menace pour eux. Inutile de dire que les pressions des lobbys sur la Maison-Blanche et l’équipe du président furent intenses. Mais c’est l’entrée en scène d’un second groupe de lobbyistes qui a failli tuer le projet. En effet, pour les lobbys pro liberté d’expression. FirstGov était un magnifique véhicule pour redonner du pouvoir aux citoyens. Et eux aussi se mirent à faire des pressions sur la Maison-Blanche.

Excédée, la Maison-Blanche ne savait plus trop quoi faire. Demander à l’équipe de Bill Piatt de mettre la pédale douce ou, au contraire, lui demander de continuer à mettre en ligne encore plus de contenus?

La solution, c’est Bill Piatt qui l’a trouvée. Devant les pressions quotidiennes, l’équipe de FirstGov a réagi au quart de tour et, en moins de trois mois, a lancé le portail FirstGov tout en appliquant les principes suivants:

- La simplicité avant tout, le bon vieux principe KISS (keep it simple stupid) si cher aux Américains;

- réagir rapidement face aux événements et aux pressions politiques;

- si votre proposition n’est pas claire, communiquez, communiquez, communiquez. Et dans le doute, recommencez;

- vous devez avoir l’appui du plus haut niveau de l’administration;

- toujours se souvenir que tout projet gouvernemental, même s’il est destiné au grand public et qu’il est totalement apolitique, est et demeure un projet politique;

- moins vous bousculerez de personnes, moins vous aurez de résistance;

- toujours prévoir le facteur WIIFM (what’s in it for me).

Le pépin

Cependant, quelques mois à peine après le lancement de FirstGov, vint un pépin: l’élection d’une nouvelle administration. Durant plusieurs mois, l’administration Bush examinait «la bébelle de Clinton» en se demandant quoi faire avec. Liquider le tout et recommencer avec une nouvelle orientation? Laisser le tout en place. Pour Piatt et son équipe, ce furent des semaines et des mois extrêmement difficiles. La seule certitude que Piatt avait: des budgets de fonctionnement pour moins d’une année. Ensuite? Plus rien.

Le 11 septembre toutefois, tout changea. En quelques heures, FirstGov devint le portail le plus consulté par tous les Américains. Conseils pratiques, liste des personnes disparues, liste des personnes retrouvées vivantes, liste des personnes retrouvées mortes, qui, quand quoi, où, comment, toutes ces questions, FirstGov y répondait avec efficacité.

De nombreuses personnes de l’administration Bush y trouvèrent l’information nécessaire à la bonne marche du pays en ces temps de crise, et ce, bien avant que les fonctionnaires concernés puissent répondre aux questions posées. FirstGov venait de prouver son utilité auprès de tous les membres de l’administration Bush.

Aujourd’hui, le bien-fondé de FirstGov ne fait plus aucun doute, ni sa survie. Les événements du 11 septembre ont fait la preuve de la force de l’information libre par rapport aux institutions. Piatt a quitté l’équipe de FirstGov pour se joindre à la société Unisys. Mais FirstGov, quelle que soit l’administration en place et les pressions des lobbys, est là pour longtemps.

Une licence exemplaire, un modèle à suivre

C’est un micro-billet de Clément Laberge sur Twitter qui attiré mon attention sur Coté Blogue, ce nouvel espace collaboratif développé pour Archaumbault et conçu pour les cinéphiles, mélomanes et passionnés de lecture. Toute personne intéressée à écrire ne serais-ce qu’un seul billet se voit offrir un accès à l’outil de publication.

Mon côté tordu m’a immédiatement dirigé vers les conditions d’utilisation, sachant que certaines d’entre elles peuvent être assez restrictives.

Surprise, ce que j’y lis est sans contredit LE modèle à suivre et duquel tous devraient s’inspirer. Quelle est le nom cette personne audacieuse qui a renoncé à immposer les licences restrictives traditionnelles en lieu et place de licences de type Creative Commons, on ne le sait pas (bien que je m’en doute un peu). Mais on peut lui dire qu’elle est une des rares à avoir compris cette notion de partage inscrit au coeur même du concept du web 2.

Extraits des conditions d’utilisation

5. Responsabilités liées au contenu

5.1. Vous affirmez et garantissez que : (i) vous êtes propriétaire du contenu mis en ligne par vous sur ou par le biais du Groupe Archambault inc. ou vous avez le droit d’en octroyer la licence (ii) la mise en ligne de votre contenu sur ou par le biais du Groupe Archambault inc. ne viole aucun droit au respect de la vie privée, droit de publicité, droit de propriété intellectuelle (y compris droit d’auteur) ou tout autre droit de toute autre personne. Vous acceptez de payer les droits d’auteur, taxes ou tout autre somme due à toute personne en vertu d’un contenu mis en ligne par vous sur ou par le biais du Groupe Archambault inc..

5.2. Portez attention à tout ce que vous mettez en ligne par le biais des services du Groupe Archambault inc., puisque vous en êtes l’unique responsable. Groupe Archambault inc. n’a aucune obligation de modifier ou de supprimer du contenu illicite, malgré le fait que les affiliés de Quebecor média inc. peuvent, à tout moment et à leur seule et entière discrétion, surveiller le contenu mis en ligne et intervenir auprès d’un utilisateur qui a mis en ligne du contenu illicite.

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6. Contenu des blogues du Groupe Archambault.

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Et le gagnant du débat est…

Radio-Canada.ca (20081126).pngC’est une gagnante, Françoise David. Non pas pour son utilisation du web, mais parce que son brillant coup d’éclat sur la Toile lui a permis d’être présent sur toutes les tribunes médias ce matin. Et ils sont plusieurs, moi le premier, à déplorer son absence du débat hier.

Et le titre du meilleur pupitreur revient à un rédacteur inconnu de la SRC qui a commis le titre qui coiffe cet article sur le débat. Brillant.

The name of the game was datamining

Depuis quelques temps, la blogomachin locale s’est découvert une nouvelle passion pour la politique. Je n’ai jamais vu autant de spécialistes s’auto-proclamer «Maître ès élections». Levez la main ceux qui se sont impliqués en politique? C’est bien ce que je pensais.

Mais dans ce mishmash d’un goût douteux, ou le «crois ou meurs» semble être le nouveau moto de cette société de l’adoration mutuelle, je n’ai vu qu’un seul billet, un seul, qui aborde la question correctement. Michaël Carpentier l’a fait. Et remarquablement bien.Cela dit, il l’a fait sous l’angle du 2.0.

Ce que Michaël a fait, si on me permet d’utiliser la métaphore automobile, c’est de nous parler de la couleur de l’auto, de son intérieur et des dés en minou au miroir.  Et je le redis, il l’a fait, et il est le seul à l’avoir fait ainsi, superbement bien.

Toutefois, je remarque que personne ne semble avoir parlé de VoterVault ou de VoteBuilder, les deux systèmes de base de données des partis républicains et démocrates. Le moteur et la transmission de notre véhicule métaphorique. Des systèmes que bien des partis politiques de par le monde envient et tentent de copier. Le Parti Conservateur de Grande-Bretagne a d’ailleurs acquis le code de VoterVault.

Dans ces «super databases», on y retrouvent une quantité incroyable d’informations sur les citoyens américains. Des informations qu’il serait impossible d’engranger ici au Canada. Et encore moins au Québec ou les lois sur la protection de données personnelles sont encore moins permissives. Ce sont ces systèmes qui sont au coeur de la victoire démocrate et qui a permis aux républicains de gagner les élections précédentes. Le 2.0? Il s’est harnaché sur ces deux systèmes. Et avec succès le succès que l’on connait pour les démocrates. «Brand Obama» a gagné sur non-brand McCain.

Il y a tellement à dire de ces super-systèmes. Comme il y a tellement à dire sur les humains. Car dans tous ces billets que j’ai lu au cours des derniers jours, peu ont parlé de l’humain. Or, la politique, c’est avant tout des hommes et des femmes, des citoyens, des candidats et à terme, le pouvoir. The name of the game is winning. And nothing else. Ceux qui pensent le contraire vivent dans la-la-land (oops,celle-là, on l’a pris, Fantasy Island alors). Et ceux qui croient encore qu’au sein de l’équipe du Président élu Obama, la dissidence était permise, détrompez-vous. C’était quasiment l’armée, ou tous sans exception n’avaient qu’un but: la victoire.

C’est pourquoi, après en avoir discuté avec Michaël, j’allions préparer en collaboration avec Martin Comeau et un peu de Conjointe pas trop tarée un billet qui complétera (et non pas compétitionnera) le billet de Michaël.

Car, qu’on se le dise, dans l’élection américaine, la vraie game était le datamining. Avec en couche cosmétique, le 2.0. 

Wiki

Wiki Le Chien
J’ai voulu que sa dernière heure à la maison se déroule paisiblement. Je l’ai pris une dernière fois dans mes bras, vieille chienne lourde à la respiration sifflante, je l’ai installé dans le lit où elle est maintes fois venue se coucher, et tous les deux seuls, je lui ai rappelé comment elle avait été importante dans nos vies. Elle, épuisée par ses souffrances, se contentait de bouger faiblement sa queue, heureuse de pouvoir compter sur des caresses qui lui manquaient depuis que ses hanches l’empêchaient de grimper dans le lit.

On ne se rend pas compte l’importance qu’un simple gros toutou peut prendre dans nos vies. À quel point son arrivée avait contribué à changer la perception des enfants face aux animaux. C’était Wiki, notre gros toutou à nous. Une chienne mature qui nous était tombé dans l’oeil après une dizaine de visites à la SPCA.

Avant de quitter pour le vétérinaire, je l’ai fait sortir une dernière fois dehors, dans la neige où elle aimait tant jouer.

Elle est partie paisiblement, avec moult caresses et un immense merci. Merci d’avoir contribué à avoir fait de nous de meilleurs humains.

Ne reste que le vide, ses traces de pas dans la neige, son tapis à côté de mon bureau où elle aimait passer ses journées tout en venant me rappeler avec le bout de son museau de prendre une pause, son coussin au pied de mon lit.

J’ai maintes fois accompagné des humains dans la mort. Avec toujours cette immense peine, mais aussi ce soulagement de les savoir enfin en paix. Aujourd’hui, ce fut le tour de mon gros toutou. Et toujours cette sensation que j’avais profondément enfouie au fond de moi-même. Mais de la savoir en paix…

Les enfants, votre chien est parti sereinement, papa vous le jure. Merci Yves d’avoir été là.

Du journalisme

Non, mon cher Gilles. Donne-moi encore un peu de temps avant de te revenir sur notre conversation journalistes vs. blogueurs. Mais puisque je me doute qu’éventuellement, tu me relanceras sur le journalisme, je te propose une réflexion de Jean-Claude Guillebaud (encore lui) sur le journalisme avec lequel je suis en très grande partie en accord.

Amitiés

Michel

 

 

Barrack

Salut à toi Gilles. Tu m’excuseras le retard des derniers jours. Sache que notre conversation se poursuivra. Cependant, tu conviendras avec moi qu’il est difficile de ne pas revenir sur l’élection du premier président noir de l’histoire américaine, Barrack Obama.

Je ne sais comment tu te sens ce matin, mais je dois t’avouer que le café a tout intérêt à être puissant. La nuit fut très courte, du fait d’un effréné va et vient entre les différents réseaux de télé de la planète.

Alors, tu interprètes comment cette victoire d’Obama? Tu vois comment les défis que son équipe et lui auront à affronter au cours des prochains mois? En plus de deux guerres dans lesquelles les Etats-Unis sont engagées et auxquelles il faudra bien un jour mettre fin, Obama devra s’imposer plus tôt que prévu comme LE leader avec qui il faudra compter lors du prochain sommet du G20. Soit, le président Bush sera officiellement l’interlocuteur désigné, mais dans les faits, ce sera vers Obama que tous les yeux seront tournés. Ceci sans compter un monde en plein changement, avec une Russie aux visées hégémonistes et la Chine et l’Inde qui tentent de s’imposer comme puissance économique. Et je ne te parle pas de la situation toujours aussi explosive au Moyen-Orient. Et de l’Amérique du Sud de Lula, Bachelet, Morales et Chavez. Et aussi cette pauvre Afrique qu’il ne faudrait pas oublier.

Cependant, c’est vraisemblablement dans son propre pays que Barrack Obama aura les plus grands défis à relever. Tu as vu les chiffres? Nous sommes ici face à une Amérique profondément divisée. Et il ne faut pas le voir uniquement comme un fossé entre démocrates vs. Républicains ou entre la gauche et la droite. Ce qui me frappe, c’est cette dichotomie entre les villes et les régions. Et surtout, entre jeunes et leurs aînés. Ce sont principalement les jeunes hier qui ont décidé de l’avenir de leur pays hier. Qui ont dit à leurs parents, «Assez!» Je regardais tard cette nuit les commentateurs de CNN nous illustrer cette divergence entre les nouvelles générations et celles qui les ont précédé, c’était tellement frappant ce fossé générationnel. «Yes we can!» Mais jamais ce «WE» n’a été aussi divisé. Tu comprends pourquoi le discours de défaite rassembleur de McCain était aussi crucial pour la suite des choses. Rien ne pourra véritablement changer sans qu’une majorité d’Américains épaulent leur président.

Cela dit, tu conviendras que nous venons toi et moi d’assister à un événement historique. Tu sais, mon tout premier souvenir d’enfant, c’est un certain 22 novembre 1963, alors que JFK venait d’être assassiné. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je revois encore mes parents pleurer. J’étais là aussi, sous un certain balcon d’hôtel de ville, accompagnant ma mère lorsqu’un général en goguette a réveillé un peuple. Je me souviens aussi du 20 juillet 1969, du mur de Berlin et évidemment, du 11 septembre 2001. C’est ça, l’histoire.

Cependant, je t’avouerais que depuis hier, je ressens un immense poids sur mes épaules. Le poids qui repose sur les épaules même d’Obama. Comprend-moi, je suis loin de le déifier, d’en faire une icône. Mais quand je regarde tous les défis qui attendent Barrack Obama et son équipe, je suis déjà épuisé pour lui. Mais un peu comme Simon de Cyrène, je me porte volontaire pour «l’aider» à porter sa croix. Même si dans les faits, quand on regarde de très près son programme, il propose très peu de véritables changements.

Amitiés

Michel
 

PS: Dis moi, après les événements d’hier, la campagne provinciale qui sera déclenchée ce matin, ça t’allume un peu? C’est ce que je pensais.

PPS: Dans la foulée des événements des dernières heures, j’aimerais te suggérer deux lectures: L’Amérique que nous voulons, de Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008, mais surtout Le commencement d’un monde de Jean-Claude Guillebaud. Je te laisse d’ailleurs écouter les propos de ce monsieur, très peu connu chez nous.

 

PPPS: Il ne faudrait pas oublier de réfléchir sur les défis qui attendent les républicains. J’aurais bien aimé hyperlier cet éditorial de Rod Dreher du Dallas Morning News publié ce matin dans La Presse, mais puisqu’il ne se retrouve pas sur Cyberpresse, qu’on me pardonne cette petite incartade aux droits d’auteur.

 

La fin d’une époque
Reagan est mort en 2004;le reaganisme a succombé hier soir

Eh bien, personne ne peut nier que nous, conservateurs, l’avons bien mérité.

La victoire retentissante de Barack Obama constitue non seulement un rejet complet de la présidence Bush et du Parti républicain par le peuple américain, mais elle stoppe aussi brutalement la domination conservatrice sur la vie politique américaine, qui s’était poursuivie pendant une génération. Reagan est mort en 2004; le reaganisme a succombé hier soir. Considérant ce que les héritiers du vieil homme ont fait de son héritage, ce fut une euthanasie.

Peu de temps avant les élections, je suis allé dîner avec un républicain proche du président Bush et qui partage mon abattement quant à l’état du Parti républicain. Cet homme est entré en politique dans les années 60, une période où le parti était bien chétif. Il a consacré sa vie à en faire le colosse qu’il est devenu. Et aujourd’hui, il a vécu suffisamment longtemps pour voir l’oeuvre de sa vie démolie par les propres excès des conservateurs.

"La chose dont je ne reviens pas, c’est la corruption, dit-il sans hausser la voix. Nous nous sommes infligé cela à nous-mêmes."

Oui, c’est ce que nous avons fait. Et maintenant, la saignée de la droite va commencer. Et sa férocité sera à couper le souffle. Au cours des derniers jours de la campagne McCain, les lignes de bataille étaient déjà fixées.

D’un côté, on trouve les revanchistes du noyau dur de l’aile droite avec à leur tête les animateurs des émissions-débat à la radio. Ils sont convaincus que la seule raison pour laquelle McCain a perdu tient au fait qu’il n’était pas assez conservateur. Pour eux, il y a cette cause et aussi la trahison de certains pontes conservateurs qui ont eu l’audace de critiquer Sarah Palin. Ils croient que la droite ne peut effacer ses pertes qu’en purgeant le mouvement conservateur des éléments de "l’élite" contrerévolutionnaire. Sarah Palin est leur championne.

De l’autre côté, eh bien, il y a tous les autres. Les "Establishmentarians" de centre tels que David Brooks et David Frum, des néoconservateurs qui ont été chassés par les revanchistes en raison de leur hérésie anti-Palin. Il y a les conservateurs religieux, aux prises avec une lutte intestine entre leur vieille garde de leaders et des figures plus jeunes, qui sont au moins aussi intéressés à combattre la pauvreté et la destruction de l’environnement qu’ils sont opposés à l’avortement.

Il y a les libertariens comme Andrew Sullivan, conservateur gai iconoclaste pro-Obama. Il y a les traditionalistes néo-agrariens (comme moi) et les réalistes en matière de politique étrangère associés au magazine The American Conservative, qui est apparu pour combattre le programme néoconservateur de Bush en politique étrangère.

D’une manière générale, le débat de la droite opposera deux écoles de pensée comprenant le conservatisme américain moderne: l’école libertarienne, qui s’attache davantage à l’économie et au pouvoir de l’État, et l’école traditionaliste, qui se concentre sur les questions de culture et de vertu. Le mariage du libertarianisme et du traditionalisme au début des années 60 a donné naissance au reaganisme. Une nouvelle synthèse des deux courants produira le nouveau leader conservateur qui fera figure d’idole.

À cet égard, ne perdez pas de vue Bobby Jindal, le gouverneur républicain de 37 ans de la Louisiane, un conservateur sur le plan social, brillant technocrate et fils d’immigrants indiens. Si Obama est le Reagan des démocrates, on pourrait bien voir le jeune Jindal devenir l’Obama des républicains.

 

Dis moi ami Gilles…

Salut à toi, mon cher Gilles. Tu sais que j’aime bien nos échanges matinaux, même si, idéalement, j’apprécierais qu’ils aient lieu après mon premier café, histoire de ne pas trop dire de conneries.

D’ailleurs, tu devrais prendre mon habitude de sortir le matin, le café à la main, afin de prendre un bon bol d’air frais? Ça aère les neurones et ça prédispose à des échanges fructueux. Et en plus, ça permet à Wiki le chien de se dégourdir les pattes. T’es frileux un brin? C’est ça vieillir mon ami. Alors, on la débute comment, cette conversation?

Il faut te dire que j’avais bien hâte de lire cet édito de Marie-Andrée. Je le savais depuis la veille qu’elle se commettrait sur le sujet. Mais avant tout, les petits caractères qu’on ne lit quasiment jamais. Tu me permettras donc avant toute chose d’y aller de la traditionnelle déclaration d’intérêts : j’étais au Devoir dans la salle de rédaction ce mercredi 29 octobre quand Marie-Andrée m’a demandé de passer à son bureau afin d’échanger sur son édito à venir. On parle ici d’échange d’idées et rien d’autres.

Tu le sais comme moi, avant d’écrire son papier, un éditorialiste le moindrement sérieux prend la peine de converser avec plusieurs personnes avant de se faire une tête. C’est la base du métier. Il en est de même pour ceux qui font de la chronique. Bref, nous avons discuté un 30 minutes, en échangeant principalement des faits, et aussi, quelques impressions personnelles. Voilà pour la déclaration. Et si je me fis à son professionnalisme, elle a dû parler avec d’autres personnes et lire sur le sujet. Tu me permets une autre gorgée de café?

Bon, les blogues. Avant toute chose, tu permets qu’on règle l’histoire du blogue? Peux t-on s’entendre toi et moi pour dire que le blogue est un outil, au même titre qu’un marteau ou un appareil photo numérique (puisqu’il faut y aller d’une métaphore «digitale»)? Ce n’est pas parce que tu possèdes un marteau que tu as les connaissances et l’habileté pour construire une maison? Et ce n’est pas parce que tu viens de t’offrir un appareil photo numérique dernier cri que tu seras le prochain Cartier-Bresson. Le blogue, c’est n’est qu’une marchandise commercialisable (ou non), un outil qui facilite la prise de parole en ligne et rien d’autre. Et non pas, comme me le disait une connaissance, «c’est que pour certain, le blogue est l’avenir du monde, une panacée universelle hors de laquelle point de salut.» Et demain? Probablement de nouveaux outils encore mieux adaptés.

Et alors, t’as terminé ton café? J’en suis à mon second et je me demande encore comment nous allons la jouer celle-là? Devrais-je endosser le chandail du méchant journaliste corporatiste vendu au diktat du Kapital et qui veut à tout prix protéger sa profession tandis que toi tu joueras le rôle du blogueur «power to the people»? Tentons-nous plutôt de trouver des points communs et par la suite de discuter sur les différences qui nous séparent? Dans ta réponse, fais moi part de ton plan de match, je suis ouvert à tout. Cela dit, comme dans «Tous pour un», on s’entend que nous avons le droit de faire un appel à tous ou de consulter un «ami-connaissance-expert» si la cause l’exige.

Dans le fond, de quoi parle t-on ici Gilles? De communication non? Or, de communication, y’en a t-il vraiment eu depuis la publication  de cette éditorial?

Mais si tu le veux bien, examinons les faits. La veille, Le Devoir publie un topo d’Alec Castonguay révélant que le Parti Conservateur voudrait inviter des blogueurs lors de leur prochain congrès à Winnipeg. Tu me connais, je suis pour la tarte aux pommes, le frappeur désigné, la proportionnelle et la prochaine campagne électorale provinciale. Comment être contre l’initiative du Parti Conservateur alors? Le problème, c’est lorsqu’on parcoure l’article un peu plus en détails, on y lit que «Mais ne s’inscrit pas qui veut. Le parti a créé une grille d’analyse pour choisir qui aura la permission de couvrir l’événement.» Paf! (le chien). Plus loin dans l’article, Thierry Giasson, chercheur principal au Groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval, affirme même que «Pour une formation politique, les blogueurs deviennent des agents d’information et de propagande».

Ça mon vieux, ça m’interpelle bougrement comme citoyen. Et comme journaliste aussi.

Personnellement, et je crois te l’avoir déjà dit, j’estime qu’il est sain en politique d’admettre des observateurs de toute tendance à un congrès et leur faciliter l’accès aux délégués et aux dirigeants du parti. Mais en autant que la game soit la même pour tous et que toutes les tendances soient accueillies de la même façon. Ici, on a des doutes raisonnables, surtout quand on sait comment les conservateurs ont tenté de contrôler l’information lors de la dernière campagne électorale. Imagine si le PC commençait à inviter uniquement les médais qui servent sa cause?

Mais bon, on verra bien à l’usage. Il nous faudrait voir si ce que disait Ryan Sparrow, le porte-parole du PC, est vrai, à savoir la grille d’analyse ne sert pas à éliminer les blogueurs qui ne sont pas de tendance conservatrice. «On veut seulement s’assurer que ce sont de vrais blogueurs. Mais il n’y a pas de volonté partisane là-dedans. Un blogueur libéral peut venir au congrès, c’est ouvert».

Dis, tu as bien lu? Des vrais blogueurs. C’est quoi un vrai blogueur? Tu définis ça comment toi, un vrai blogueur? Déjà que notre profession se pose encore la question, «c’est quoi un journaliste»? Et tiens, je te la pose la question, tu définis ça comment un vrai blogueur toi?

Donc, on continue. On parlait de communication non? Tu as donc Marie-Andrée qui publie son édito dans le Devoir du lendemain, en prenant comme prétexte l’article d’Alec Castonguay. Elle prend la peine de définir les maux qui afflige ma profession, de décrire cette confusion des genres que moi-même, je déplore et même de demander aux membres de ma profession de faire un examen de conscience (qui s’impose mon vieux, qui s’impose) avant de livrer sa réflexion sur les blogueurs.

Une réflexion tout en nuances selon moi. Mais elle y va d’une expression malheureuse, «blogueurs emberlificoteurs», qui met le feu aux poudres. Dis, tu sais ce que veut dire emberlificoter? Je te donne la définition du Druide :
emberlificoter : Empêtrer.
S’emberlificoter : s’emmêler. Ce maladroit s’emberlificote encore dans les rideaux.
[Figuré] Embrouiller pour tirer profit de qqn. Elle veut m’emberlificoter, c’est évident.

Et re Paf! (le chien, pov’ bête).

Pourtant, elle a aussi dit dans son papier «journaliste roucoulant». Mais enfin, nous sommes humains, on veut bien lire dans un papier ce qui nous interpelle directement, rien de plus, rien de moins.

Bref, il n’en fallait pas plus pour que plusieurs se sentent interpellé par ce qualificatif et, tel une bande de loups attirés par l’odeur du sang, lancent l’appel de la curée. «Sus à la l’éditorialiste qui ose nous remettre en question». Heureusement, quelques-uns y sont allés d’une réflexion un peu plus ouverte, prônant cette sacro-sainte conversation qui est un des arguments clés de blogueurs en faveur de l’implantation de cet outil dans les sites médias.

Mais dis moi, toi qui lit les blogues comme moi (et comme Marie-Andrée, je te le signale), tu as déjà vu de la conversation dans un blogue de journaliste? Soit, tu pourras me répondre que les journalistes s’impliquent peu dans leur blogue, mais en même temps, avoue qu’on est trop souvent témoins de soliloques stériles dans les commentaires, et ce même avec une modération qui évite les dérapages diffamatoires (j’ai bien d’ailleurs d’entendre le verdict dans la cause impliquant Canoë et le chroniqueur Richard Martineau). Crois-tu honnêtement que ça donne le goût aux journalistes de s’investir un peu? Et je te pris de me croire, j’ai discuté avec plusieurs journalistes de cet enjeu.

Bref, l’encre de l’édito de Marie-Andrée Chouinard n’était pas encore sèche que plusieurs y allaient de propos impétueux et véhéments. Bref, dans une tentative de démarrer cette conversation si chère aux apôtres du blogue, Marie-Andrée y est allé d’une réponse aux commentaires sur deux blogues différents.  Oui, nous avons eu droit à quelques réponses pertinentes, qui faisait preuve d’ouverture et qui me faisait espérer à un la naissance d’un échange où tous, journalistes ET citoyens, auraient beaucoup à gagner.  Mais la suite mon petit père, tu as lu la suite? D’ailleurs, suite à ce billet, je songe sérieusement à rapetisser la cible dans mon dos, histoire d’en sortir vivant. Alors, tu crois sincèrement que ça prédisposait à un échange empreint d’ouverture et de respect? Mes deux cennes, pour ce que ça vaut? Il y a ici une belle occasion d’échange entre nos deux univers qui vient de s’évanouir à tout jamais. Et ça mon vieux, je te prie de me croire, je trouve cela triste, tragique même.

Cela dit, il y a aussi cet question d’accès réservé aux journalistes. Je te l’ai dit plus haut et je le répète, je n’ai aucun problème, mais vraiment aucun à ce que les blogueurs, twitteurs et whatever l’outil qui facilite la prise de parole aient les même accès aux délégués et aux dirigeants du parti lors d’un congrès politique. C’est aux organisateurs du parti de décider. La décision leur revient. Mais pour éviter que des conférences de presse de transforment en zoo partisan, oui à des périodes réservées aux journalistes dont c’est le métier. Des journalistes qui publient soit dans la presse écrite, dans la presse électronique ou… dans un blogue. Tu te souviens de ma comparaison avec le marteau ou l’appareil photo numérique? Et bien voilà, ce n’est pas la possession de l’outil qui fait le professionnel, mais en contre partie, quelques amateurs peuvent faire aussi bien que des professionnels.

Mais il me fait d’expliquer pourquoi je parle de zoo partisan. Je te reporte à ce billet d’Alec Castonguay publié sur les carnets du Devoir pendant la campagne électorale provinciale. Lis bien ceci :

Depuis quelques jours, Stephen Harper fait un discours le matin devant 100 à 300 militants. Il reste ensuite sur place pour le point de presse quotidien avec les journalistes, de sorte que les supporters assistent à la conférence de presse.

À Victoria mercredi et à Vancouver jeudi, les questions difficiles posées à Stephen Harper étaient reçues avec des hués. Mais aujourd’hui à Brantford, en Ontario, la foule a carrément chahuté les journalistes qui posaient des questions, huant fortement et insultant les représentants de la presse.

À tel point qu’un journaliste de la radio de Radio-Canada, Yvan Cloutier, a dû demander au chef conservateur de calmer ses militants. Il était incapable de poser sa question.

Pour la première fois de la campagne, Stephen Harper a donc demandé aux personnes présentent de ne pas réagir aux questions. Tous les autres chefs se sont fait un point d’honneur de contrôler leurs supporters depuis le début de la campagne, mais c’était la première fois que Stephen Harper agissait. La demande de M. Harper a été accueilli froidement par les militants, qui ont continué à démontrer leur mécontentement quand la question n’était pas à leur goût.

Tu comprends maintenant pourquoi je te parle de zoo partisan. Rien à voir avec des supposés privilèges.

Mais bon, je m’aperçois que le temps passe et que le soleil et la famille m’appelle. Dis-moi, tu es sorti prendre ta marche avec Loulou? Tu sais qu’il eut été bien de continuer ces conversations sur l’île, face au fleuve? Ça me manque tu sais.

Allez, je te laisse réfléchir à tout cela, j’ai hâte de lire ta première réponse, et je te laisse sur cette question fondamentale que peu de personnes ont semblé relever :

C’est quoi un vrai blogueur? Comment définis-tu un vrai blogueur? J’ai hâte de lire tes réflexions, surtout avec ton passé de relationniste (grrrrr! ;-))

Amitiés sincères

Michel