Coup de tonnerre dans notre petite sphère médiatique, le directeur général de la radio, Patrick Beauduin a suspendu le contrat de l’animateur Jacques Languirand, différant par le fait même le retour en ondes pour une 41e saison l’émission «Par 4 chemins».
Le contexte? Lors de la présentation de la programmation du 75e anniversaire de la radio publique, le populaire animateur a semé un malaise en interpelant les responsables des communications de la société d’état en leur reprochant fort peu élégamment de ne pas l’avoir invité à présenter son émission. On peut d’ailleurs revoir un court extrait de l’intervention de monsieur Languirand.
Et en voici le verbatim : «Chut… Mes amis… Écoutez-moi… Un instant… Votre attention s’il vous plaît… Je viens de trouver les trois imbéciles qui ont monté ce système-là et qui ont oublié de me mettre sur ce plateau alors que, cette année, j’entreprends la 41e saison de mon émission, Par 4 chemins. Bande de cons! Pouvez-vous dire “Hou” à ces gens-là s’il vous plaît? Houououou! Merci beaucoup pour votre accueil. Et vous, vous pouvez vous le mettre où je pense.»
Vingt-quatre heures plus tard, le nouveau directeur général de la radio, Patrick Beauduin, déclarait : «Suite à cet esclandre, j’annonce que le contrat qui nous lie à M. Languirand est suspendu. De même, l’entrée en ondes de son émission Par 4 chemins est reportée jusqu’à ce que l’étude du dossier se rapportant aux événements survenus soit complétée.»
Il n’en fallait pas plus pour que les médias sociaux se déchainent et délaissent même le Premier ministre ressuscité d’entre les morts. Bien des gens ont déploré l’attitude de Radio-Canada et de monsieur Beauduin, plusieurs évoquant même la liberté de parole brimée de cet électron libre qui officie à la société d’état depuis 40 ans.
Je me doutais bien qu’en postant ce bref commentaire sur Twitter, «Bon, je serai sans doute le seul à l’écrire ici, mais je trouve que Patrick Beauduin a fait ce qu’il fallait faire . #respect», je serais l’odieux personnage que l’on pointerait du doigt, le méchant.
Et pourtant…
Allons-y en premier de la très nécessaire déclaration d’intérêt. Je ne connais pas Jacques Languirand, je ne lui ai parlé qu’une seule fois (et très brièvement) en janvier 2000. Mais j’aime depuis toujours l’écouter à la radio. Bref, j’ai beaucoup de respect pour l’animateur et ce respect et cette admiration pour monsieur Languirand n’ont pas changé d’un iota.
Je ne connais pas Patrick Beauduin. Je ne l’ai rencontré qu’à une seule reprise, lors de la remise des prix Lizette Gervais cette année. Nous n’avons échangé que quelques minutes. Il me doit un café
) Mais j’ai toujours aimé écouter l’homme lors de ses interventions à la radio et la télévision, et j’ai particulièrement été touché par ce reportage réalisé par l’équipe de Second regard alors qu’il était encore chez Cossette. Et je vous conseille de prendre le temps d’écouter au complet ce topo pour comprendre un peu l’homme et son style de gestion.
Enfin, dernier point, je suis sous contrat depuis plus d’un an avec la radio de la SRC alors que je fais cinq interventions en direct sur les ondes de la radio publique chaque semaine pour des stations en région. Et puisque la question me fut posée, non, je ne cherche pas d’emploi à la société, mon contrat a été renouvelé et j’ai déjà un boulot régulier (que j’aime beaucoup) comme directeur de l’information dans un hebdo Transcontinental. Bref, je suis un os… de boss.
Donc, Patrick Beauduin a eu tout à fait raison de suspendre Jacques Laguirand. Et ce, même si les responsables des communications ont commis une erreur pour ne pas avoir présenté les vétérans de la radio comme Languirand.
Rappelons donc le contexte : cette saison est celle du 75e anniversaire. Elle est aussi celle où le directeur général Patrick Beauduin dépoussière enfin la Première chaine avec plus d’une dizaine de nouvelles émissions. A-t-on besoin de revenir sur le printemps dernier alors que le débat sur la «madamisation» et la «peoplelisation» des médias (et surtout la SRC) faisait rage? Le silence de la direction lors de ce débat était éloquent. Alors que normalement, une réplique s’en serait suivi, suite à l’article de Stéphane Baillargeon, rien. Silence radio. Et un départ, celui de madame Christiane Charrette.
Bref, ce lancement devait être un succès. Et sachant qu’à Radio-Canada, les poignards volent bas (surtout dans les ascenseurs), Patrick Beauduin jouait en partie sa crédibilité en tant que directeur général de la radio. Le renouvèlement de la radio, c’est lui. Et les vedettes de cette grille horaire, ce sont les émissions, c’est la radio elle-même. Désolé pour les égos.
Et il est vrai lors d’un anniversaire aussi important que l’on parle d’avenir. Et ces nouvelles émissions représentent un virage important pour la radio d’état, un virage qui n’est pas encore complété soit dit en passant.
Cela dit, on ne peut se permettre d’oublier ceux qui ont contribué à bâtir cette radio. Le rôle de ces bâtisseurs, les Languirand, LeBigot, Giroux et autres auraient du être souligné. Erreur ici du service de communications. La conférence de presse aurait duré plus longtemps? So what! Qu’est ce que 15 minutes de plus pour souligner l’apport de ces «vieux»?
Je peux comprendre monsieur Languirand d’avoir été vexé. Certains diront, gros égo, mais pour survivre dans cette jungle qu’est Radio-Canada, vous devez avoir un égo. Toutefois, ce jour-là, Jacques Languirand a été maladroit. Très. Il a choisi de faire un esclandre. «Et moi?, Et moi?» Pourquoi? Lui seul connait les raisons. Mais comme dirigeant d’entreprise, Patrick Beauduin ne pouvait passer sous silence les propos de Jacques Languirand. D’où suspension (et non pas congédiement). Et monsieur Languirand ne peut se plaindre de ne pas avoir été traité avec respect dans le passé par Radio-Canada. Sa 40e saison l’an dernier a été soulignée dignement par la SRC.
Normalement, cette histoire n’aurait jamais se dérouler. Monsieur Languirand aurait pu rencontrer Patrick Beauduin après coup, lui souligner ce silence radio quant au rôle des bâtisseurs. Personnellement, suite à une telle rencontre, avoir été monsieur Beauduin, j’aurais reconnu l’erreur, lui aurait proposé d’organiser des rencontres avec quelques journalistes médias afin de mettre en lumière le rôle de ces artisans de la radio dans le cadre du 75e anniversaire, et voilà, case closed. Mais monsieur Languirand a choisi d’en faire un coup d’éclat. C’est son choix. De même, si j’avais été dans les souliers de monsieur Beauduin, j’aurais obligé monsieur Languirand à s’excuser, quitte à le suspendre par la suite s’il refusait d’obtempérer. Patrick Beauduin a choisi la suspension (et non pas le congédiement, répétons-le), ce qui est son choix et son droit comme patron.
Donc. qu’on me lâche les baskets avec la liberté de parole. Jacques Languirand a justement, ce jour-là, choisit d’exercer sa liberté de parole. Il doit maintenant assumer les responsabilités de cette liberté. Ce n’est pas vrai qu’on peut dire n’importe quoi, de n’importe quelle façon. Placez-vous dans la peau d’un patron, auriez-vous cautionné cette sortie?
Toutefois, si Jacques Languirand, dans le cadre de son émission, avait choisi de remettre en cause les choix de Radio-Canada, la «madamisation» et la «peoplelisation» de la SRC, la qualité de l’information, en y allant d’une réflexion solide, comme il en a l’habitude de la faire, j’aurais été le premier à monter aux barricades et décrier la société si on avait voulu le bâillonner. C’eut été du vrai Languirand que j’aime et respecte, cet électron libre qui peut et qui doit déranger. Mais ce matin là, ce n’est pas ce qu’il a choisit librement de faire.
Ce qu’il nous a dit? «Et moi? Et moi? Et moi?»
Comment il disait Dutronc déjà?
Et moi, et moi, et moi
Le dimanche à la chasse au lapin
Avec mon fusil, je suis le roi
J’y pense et puis j’oublie
C’est la vie, c’est la vie
Bien d’accord avec vous mais ont ne peut souligner un 75 ans sans souligner ceux qui comme Languirand ont fait grandir et dire autrement la radio publique de Radio-Canada.
quand on tien un poste de l’envergure de monsieur Beauduin, il faut avoir de la classe. Négliger un Languirand, c’est manquer de classe. Point. Nous ses auditeurs sommes blessés à travers lui et lui probablement blessé à travers nous.
Voilà !
Manque de classe de la src.
Un homme tel que Languirand n’a fort probablement pas agi sur un coup ni de tête ni d’émotion. Il y a certainement autre chose que cet « oubli » (vraiment ?) de la src. P-ê le saurons nous dans les temps prochains…
Le fait que Languirand ait été négligé à cette conférence de presse n’enlève rien à la qualité de son émission. Le fait qu’il ait eu une réaction épidermique en public a eu un effet sur la diffusion de son émission. Bref, il a fait passer son ego avant toute autre considération. Et a mordu la main qui le nourrissait. La main a réagi et ce n’est pas de la censure.
bizarre venant de Languirand… Question: Premiers signes apparent d’Alzheimer???
Houhouuuuuuuuu!
Maladroit Languirand? Absolument. Injustifié? Certainement pas. Qu’est-ce qui est plus injurieux et irrespectueux : passer sous silence devant toute la colonie une collaboration appréciée de plus de 40 ans ou s’autoriser une montée de lait bien sentie face à un pareil manque de tact?
M. Beauduin n’a pas de leçon de respect à donner. S’il était un bon patron, il aurait cherché à sauver la mise en reconnaissant la bourde de son service des communications et en adressant ses excuses aux bâtisseurs de Radio-Canada. Un peu d’humilité, de reconnaissance et de mesure, que diable! La gradation des sanctions disciplinaires, ça n’existe pas à Radio-Canada?
Patrick Beauduin jouait en partie sa crédibilité en tant que directeur général de la radio, dites-vous. Pour bon nombre d’auditeurs et d’employés, il l’a perdue. C’était évidemment son droit de suspendre l’animateur. C’est également le nôtre de juger du bien-fondé de sa décision. Son choix en est un de courte vue, délesté de toute vision et d’empathie pour ses meilleurs artisans. Il devra maintenant porter la responsabilité de son intransigeance auprès de ses troupes et de la population. Le renouvèlement de la radio, c’est peut-être lui. Mais sa stratégie d’envelopper d’ombre ses vétérans pour prévenir la «madamisation» des émissions apparaît plus que douteuse. Elle ne lui attirera pas beaucoup de capital politique alors que les prochains mois s’annoncent turbulents.
À mon sens, les vedettes de la Première chaine ne sont ni les émissions, ni la radio elle-même, comme vous le prétendez. Désolée pour tous les pourfendeurs d’égos! Honnêtement, entre nous, qui pourrait actuellement animer «Par quatre chemins» et soutenir la comparaison avec Jacques Languirand? Qui donne la couleur et fait le succès de cette émission si ce ne sont son animation et sa personnalité tripatives? Je n’écoute pas une grille-horaire, ni une émission; j’écoute un animateur, une voix, des propos, un esprit.
Non, les vedettes de radio, ce sont les grands talents qui oeuvrent devant et derrière le micro, égos surdimensionnés ou non. Qui plus est lorsqu’ils tiennent la route au-delà de 40 ans! Ignorer ce fait constitue une grave insulte non seulement pour M. Languirand mais pour son auditoire. Mon souhait serait que M. Beauduin s’excuse de l’affront fait aux vétérans de Radio-Canada et retire promptement sa suspension, une mesure pour le moins disproportionnée. Entre nous, on a entendu pires «injures». S’il les avait traité de voyous, par exemple!
Donc. Épargnez-nous votre prêchi-prêcha patronal et policé. Ce n’est pas vrai qu’on peut faire (ou ne pas faire) n’importe quoi, n’importe quand. Surtout lorsqu’on tient le pouvoir, qui s’accompagne de grandes responsabilités.
hahahahaha je viens de m’informer un petit peu sur le sujet… hahaha pas l’Alzheimer le problème… Ça semble plutôt le Patrick Beauduin, ce n’est pas la première fois de sa carrière qui mine la crédibilité des gens de renom! hahahaha Trop drôle la bassesse des gens de direction, cela me rappelle qu’il faut ce tenir loin des grosses Boites!! Trop stupide!!
Pourquoi notre société permet aux dirigeants de chier sur les gens qui ont plus de 80000 heures de métier… c’est incroyable le nivèlement vers le bas pour probablement une motivation financière de surcroit!
Bonjour,
Michel Dumais aime faire dans la complaisance et le lichage de patron.
Non mais, avec quel mépris totalitaire et ignorance Beauduin et sa bande d’administrateurs traite t-il ses animateurs, en particulier un animateur sensé, intelligent et sensible comme Jacques Languirand. On ne peut pas demander beaucoup de nuance à un patron qui vient de du milieu de la publicité. Beauduin mérite amplement ce « Hoouuu » et bien d’autres encore.
Quel crétinisme administratif! Aucun respect pour ce qu’il a fait depuis quarante saisons …d’ailleurs, je suis prêt à parier qu’aucune des émissions actuellement en onde n’aura une popularité et une longévité aussi longue, pas avec le vide radiophonique que R-C propose.
Ça fait des années que j’écoute Languirand. J’adore le ton posé de l’animateur, les réflexions qui émanent de son émission. Mais là, il faut bien l’admettre, il nous a fait une belle démonstration de « crisette » de star, rien de plus. On ne s’adresse pas à son patron ni à ses confrères de travail de cette manière, point. Ça donne un coup à cette image de sagesse qu’il a cultivé toutes ces années… S’il continue à animer Par quatre chemins, cette saute d’humeur sera comme une tache indélébile sur son image . Je crois qu’il n’aura d’autre choix que de démissionner. Dommage.
@Renée Nolet
Parlant de monsieur Beauduin, vous dîtes: « Ce n’est pas vrai qu’on peut faire (ou ne pas faire) n’importe quoi, n’importe quand. » Ne vous contredisez-vous pas vous même justement? Cette petite crise d’hystérie de Languirand semble justement entrer dans cette catégorie non? Votre commentaire est d’un lyrisme hallucinant: on croirait entendre Othello. On respire par le nez un peu?
Le patron, c’est moi. Le payeur de taxe et l’auditeur.
Je recite Monsieur Desjardins:
quand on tien un poste de l’envergure de monsieur Beauduin, il faut avoir de la classe. Négliger un Languirand, c’est manquer de classe. Point. Nous ses auditeurs sommes blessés à travers lui et lui probablement blessé à travers nous.
Votre émission sur les leaders, c’est de la pure propagande. Prétendre que le problème de la crise mondiale c’est un problème de leader en crise, c’est n’importe quoi. De quoi descendre dans la rue pour monter les barricades.
À Daniel Leduc
Au contraire il a prouvé qu’il est humain, il n’est pas un saint ou un extra-terrestre.
Plus rien ne me surprend de la part de RC. Ils n’ont plus le respect du public, donc de leur patron, depuis la disparition de la Chaîne Culturelle. La direction a déjà été occupée par des passionnés de communication, radio et de télévision, des créateurs qui avaient à coeur la qualité et l’originalité. À part RDI, le Téléjournal Québec, la Semaine verte et Second regard je n’écoute plus RC , je ne suis plus capable.
Aujourd’hui cette même direction est occupée par des gestionnaires qui n’ont que faire du contenu pourvu que çà puisse gruger des parts de marché chez les privés. Ils n’écoutent certainement pas ce qu’ils osent mettre en onde ou bien ils ont les oreilles bouchées. Ils multiplient les contenants çà leurs semblent plus important que ce qu’il y a dedans.
Et tout ce gâchis alors qu’on se prépare à fêter les 75 ans de cette institution qui a été, car ces 75 ans sont en arrière, en avant ç’est le néant.
Monsieur Languirand bien qu’il ait un peu dérapé, si peu, a osé dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Écouter les commentaires de Bernard Derome lorsqu’il a quitté le Téléjournal, en terme plus polis et démocratiques si vous lisez entre les lignes et ç’est à peu près ce qu’il a voulu dire
Tout ça est très simple à comprendre.
Depuis la dérive de RC en 2004, la disparition de la Chaîne culturelle, les Beaux dimanches, etc. etc. Ç’à m’a pris un certain temps à comprendre mais tout ça est politique. Le gouvernement ne peut du jour au lendemain liquider RC sans soulever l’indignation, il fait donc faire le travail par petites bouchées.
Il supprime graduellement tout ce qui est culturel, tout ce qui est intellectuel, tout ce qui porte à réflexion. Ce faisant les auditeurs et téléspectateurs quittent mais les auditeurs et téléspectateurs des chaînes privées aussi cons et imbéciles que les dirigeants qui se sentent insultés par M. Languirand ne se rendent compte de rien donc ne vont pas vers RC même si elle s’abaisse à leur niveau. Résultat, les cotes d’écoutes fléchissent et ce saison après saison jusqu’à ce qu’il puisse démontrer que RC ne peut plus fonctionner et pour les bonnes finances de l’état il faut démembrer et vendre au privé où seront embauchés les cons et les imbéciles.
Le manque de respect vient directement de la direction envers les auditeurs depuis les sept dernières années et c’est ce même manque de respect qui vient de se produire. Je ne sais pourquoi mais depuis un an ou deux alors que de nombreux animateurs, animatrices et journalistes qui ont fait les beaux jours de RC ont quitter pour leur retraite je ne peux m’empêcher de penser que les plus heureux sont les dirigeants çà leurs enlèvent une épines du pied dans la crétinisation de RC sans compter les économies en salaire et le pouvoir de dicter ce qu’ils veulent aux petits nouveaux. Comme le dit Georges Brassens « Le temps ne fait rien à l’affaire » ou « La ballade des gens qui sont nés quelque part ».
Ç’est pathétique et dommage .
@Daniel Leduc
Merci! J’accepte votre remarque comme un compliment! Or, le lyrisme ne semble pas à votre portée, car, plutôt qu’une contradiction, vous auriez lu dans ma conclusion une «reformulation» des arguments de Michel Dumais. Pour le reste, observant l’appui massif qui lui est fait depuis deux jours, j’ai confiance que M. Languirand, tout comme son auditoire, saura composer avec «l’indélébile tache» d’appréciation qui déferle sur lui depuis la médiatisation du fâcheux incident.