Artistes muselés et pris en otages

MediaMatinQuebec
Je n’en reviens toujours de lire cette nouvelle parue dans le MédiaMatinQuébec, le quotidien produit par les «lockoutés» du Journal de Québec. À vrai dire, je suis encore sous le choc et totalement «flabergasté». En effet, il semble, selon les «lockoutés», qu’il serait difficile sinon impossible pour les journalistes du MédiaMatinQuébec d’interviewer des artistes oeuvrant sous la bannière Québécor. Vrai? Faux? Le texte publié dans le MMQ d’hier n’a rien pour me rassurer. Je suis aussi déçu de ne voir aucun média reprendre cette nouvelle et encore plus déçu du silence de la FPJQ.

Cela choquera peut-être les copains qui bossent en ce moment chez Québécor, mais pas question de passer sous silence ce texte de Daniel Paquet, le rédacteur en chef du MédiaMatinQuébec. Que les lecteurs s’emparent de ce texte et le publient sur leur blogue accompagné du fichier JPG du journal. Par ma part, j’espère sincèrement qu’il ne s’agit que d’une simple gaffe faite par une attachée de presse un brin zélée.

SI T’ES PAS DU BON BORD, TON CHIEN EST MORT!

La grosse machine de Quebecor est-elle en train de décider pour les gens de Québec quels seront les journalistes habilités à rencontrer «ses» artistes? Attention, car si la tendance se maintient, la convergence entreprise par Quebecor pourrait bien se traduire par une uniformisation de la culture et un important contrôle de celle-ci par la compagnie.

Paranoïa de lock-outé? Pas du tout.

Dimanche après-midi, une journaliste du MédiaMatinQuébec devait rencontrer Zachary Richard lors d’une entrevue exclusive, après une entente prise il y a quelques semaines avec l’agente de l’artiste et à la suite de l’acceptation de ce dernier. Zachary Richard se produisait en spectacle avec Francis Cabrel en soirée, à l’occasion du Festival d’été de Québec.

Quelques minutes avant la rencontre, l’agente a annulé l’entrevue, prétextant que celle-ci n’aurait jamais été acceptée si la femme avait su que la journaliste travaillait pour MédiaMatinQuébec, le journal né du conflit de travail au Journal de Québec. Le problème vient du fait que la maison de disques de Zachary Richard au Québec est Musicor, une filiale de Quebecor.

Alors tant pis pour Zachary! Même si lui avait accepté l’entrevue depuis des semaines, Mme Musicor a décidé d’annuler. Un point, c’est tout.

Heureusement, la journaliste a pu assister à la conférence de presse comme tous les autres journalistes, car cette dernière était sous la responsabilité du Festival d’été de Québec et Mme Musicor aurait été bien mal venue de l’empêcher d’y assister. Par contre, encore une fois, cette dernière s’est interposée et a tenté d’empêcher que le photographe de MédiaMatinQuébec fasse une photo plus personnelle de Cabrel et Richard.

Qu’à cela ne tienne. Le photographe s’est adressé directement aux artistes et ceux-ci ont accepté de collaborer, faisant ainsi la nique à une agente peu sympathique.

Dangereux
Le problème pourrait en être un d’individu. Peut-être que l’agente n’aime pas les lock-outés, a peur de perdre son job ou est simplement trop zélée. Mais à MédiaMatinQuébec, nous ne le croyons pas. Il s’agit plutôt d’une tendance lourde vis-à-vis nous. Deux autres exemples. Mme Jeannette Bertrand a annulé une entrevue avec un de nos journalistes, car son livre est publié chez Libre expression (ironiquement), une autre filiale de Quebecor. Elle était mal à l’aise avec la situation, selon la version de son agente.

Autre désistement, Rita Lafontaine, qui a préféré ne pas rencontrer un de nos scribes. Quebecor serait un bailleur de fonds de son centre d’arts et elle préférait ne pas se mêler du conflit!!! Il ne s’agissait pourtant que d’une simple entrevue pour une pièce de théâtre dans laquelle elle jouait…

Inquiétant et dangereux de constater que ces artistes sont muselés. Avec MédiaMatinQuébec, on peut toujours prétexter le conflit. Mais qui sait, peut-être qu’un jour, le mot d’ordre de Quebecor à ses agents sera de ne pas permettre aux artistes de s’adresser à des médias «non québécoriens». Pas sûr que les Québécois en sortiront gagnants et que les artistes y trouveront leur intérêt.

Daniel Paquet
rédacteur en chef
MédiaMatinQuébec

Prendre le virage de la convergence à 222 km/h

Les faits: le chroniqueur automobile Philippe Laguë se fait prendre à rouler à 222 km/h au volant d’une rutilante torpado. Quelques jours plus tard, le courrier ayant livré avec diligence la bonne vieille enveloppe brune sur la rue Frontenac, le Journal de Montréal fait sa une avec cette nouvelle. Bien qu’il admette son erreur sur toutes les tribunes, Laguë, sur les ondes de Bazzo.fm Bazzo.tv, blâme Quebecor et la convergence. Selon lui, le Journal de Montréal aurait voulu nuire aux ventes de son guide de l’Auto dont la sortie est imminente.

Peut-on régler toute suite quelque chose?

Fait-on dans la convergence chez Quebecor? You bet! Tu parles Charles. Pas plus que tard que ce matin encore… À croire même que Quebecor a inventé le mot convergence. Tout comme cette année, Radio-Canada, après avoir été assis sur le modèle depuis des décennies, vient elle aussi d’allumer et de succomber aux chants de la fée convergence. Les murs érigés depuis toujours entre la télé, la radio et, depuis 10 ans, Internet, viennent de voler en éclats. Et on ne parle pas des amitiés particulières entre la société d’État et Gesca, elle qui, en prime, se laisse tenter par le démon de la concentration. Mais il parait qu’on ne dit pas convergence dans la tour sur René-Lévesque. On parle plus de symbiose. Genre. Style. Tsé.

Bref, si quelqu’un doute le moindrement des affirmations précédentes, je vous signale que je vends le Xanax en boîte de 3000 comprimés (contre trois paiements faciles, transport et manutention non inclus). Alors, qu’on ne parle plus de convergence, qu’on ne pointe plus du doigt l’autre, sachant que tout le monde le fait avec plus ou moins d’importance. Right?

Donc, Laguë. La convergence. Le vilain ogre Quebecor. Le lancement prochain de son livre. Parlons-en. D’autant plus que les chroniqueurs Pat Lagacé et Steve Proulx en parlent eux aussi. Tiens, Louise Cousineau aussi.

Par un étrange hasard, il se trouve que la journée où le Journal est entré en possession de la nouvelle, j’étais au téléphone avec un de ceux qui devait prendre la décision de publier l’information, Mathieu Turbide, directeur adjoint de l’information. Sous le sceau de la confidentialité, Mathieu m’a fait part de cette nouvelle en me demandant ce que j’en pensais? Mon premier commentaire? C’est une nouvelle qui doit être jouée dans les premières pages, en autant que ce ne soit pas un règlement de compte pour ses propos tenus à Tout le monde en parle sur l’éthique de ses confrères. « Si le moindrement vous faites allusion à son passage à l’émission, alors il y aura apparence de règlement de compte ».

Je dois dire que Mathieu a fait une fois une (très courte) allusion à cela, dans l’ensemble de notre conversation. Mais en ne faisant aucun lien entre cette critique acerbe de Laguë envers ses collèques et l’article à venir. Seulement pour dire que c’est la sortie (fort médiatisée le lendemain) de Laguë à Tout le monde en parle qui avait vraiment fait connaître Laguë aux yeux du grand public, celui qui ne lit pas le Devoir ou les chroniques vroom-vroom. Rappelons que TLMEP fait plus d’un million de cote d’écoute à chaque semaine. C’est du monde en tab… aurait dit Moose Dupont. Bref, small talk only.

À la fin de notre conversation, quand je lui ai demandé à nouveau, « Tu vas utiliser cela dans le topo? », il m’a répondu « Ben non! ». De même, tout au long de notre discussion, pas une seule fois il n’a été question du livre, de la convergence ou du Devoir. Et jamais je n’ai senti dans le ton de voix de Mathieu que le lancement de son livre pouvait jouer sur le placement de la nouvelle en une. Le savait-il d’ailleurs? Moi, pas du tout.

Fin de l’histoire. Front page le lendemain.

Soit dit en passant, si je puis me permettre un commentaire, « l’ennemi » chez Quebecor, c’est La Presse et Radio-Canada, pas le Devoir. À ce que je sache, depuis monsieur Péladeau père, le Journal et Quebecor n’ont t-ils pas été toujours sympathique au Devoir? Ce qui est arrivé à Philippe est triste, soit. Mais il a prit une chance en conduisant à une vitesse folle… et il a perdu. Depuis la publication de cette histoire dans les pages du Journal, j’ai toujours trouvé que Philippe avait très bien assumé son erreur…jusqu’à cette entrevue avec Marie-France Bazzo. Carton rouge pour Philippe sur la convergence. C’est triste à dire, mais il semble qu’on ne peut pas pas être tous des Christine St-Pierre et assumer avec dignité ses erreurs.

Si jamais Philippe lit ce billet, je suis prêt à venir lui répéter en face ce que je viens d’écrire.

Déclaration d’intérêt: En date d’aujourd’hui, je n’ai aucun contrat, ni projet en cours avec le Journal ou une des filiales de Quebecor. Nothing, rien, zilch. De même, dans le passé, jamais je n’ai eu de contrat avec le Journal ou une des filiales de Quebecor, ou encore un projet. Et à cette minute, je n’ai aucun projet ou contrat à venir avec Quebecor.

PS: En passant, vous devriez vous rappeler ceci: Les médias ne sont pas là pour informer. Ils sont là pour faire des profits au bénéfice de leurs actionnaires. Rien d’autre. Toutefois, les journalistes et les artisans qui oeuvrent dans les médias, eux, sont là pour informer. S,agit juste de trouver la zone de confort pour les deux parties.

Certains esprits étriqués vous diraient que les journalistes sont un mal nécessaire dans un journal. Étriqué, ça veut dire mesquin non?

L’arbre qui cachait la forêt

Alors que la blogomachin d’ici ne cesse de s’énerver le poil des pattes sur des peccadilles, il est surprenant de voir que peu de personnes ont relevé les importants discours que le grand patron de Québécor, Pierre-Karl Péladeau, a livré au cours des derniers mois.

Il y eut en premier ce discours qui annonçait la fin de la récréation.

La révolution numérique change en profondeur le mode de création et de diffusion des émissions. La vidéo sur demande est en pleine expansion, l’enregistreur numérique personnel (qui permet d’éliminer les publicités des émissions) se propage et la télévision sur Internet est à nos portes. Le téléchargement de la musique a bouleversé l’industrie musicale, et ce n’est que le prélude à la prochaine grande révolution : le téléchargement des vidéos et des émissions sur Internet et sur les mobiles. M. Péladeau rappellait d’ailleurs qu’Apple vient tout juste de lancer son iPod vidéo.

Bref, Pierre Karl Péladeau affirmait donc que le choix de Quebecor consistera donc à «être un agent de changement» et de «participer activement à l’éclosion de ces différentes fenêtres de diffusion et d’y assurer une place majeure pour notre production. C’est ce que nous voulons faire avec la vidéo sur demande, avec ZIK.CA [le site de téléchargement légal de musique géré par Archambault], et bientôt avec la vidéo sur Internet et sur mobiles».

Source: Le Devoir, Quebecor cherche un nouveau partage des droits dans l’univers numérique

Peu de réactions ou presque, mis à part Cauchon dans le Devoir.

Aujourd’hui, Pierre-Karl Péladeau y allait d’une autre allocution dans le cadre d’une conférence organisée par Infopresse sur l’avenir de la télévision. Si ce discours est le même qu’il a prononcé à Toronto la semaine dernière, attendez-vous à voir Quebecor prendre un virage aussi important que Microsoft l’a fait lorsque Bill Gates a annoncé dans les années 1990 que sa société s’engageait à fond sur l’autoroute Internet.

Quebecor Inc. is shaking up the slumping Sun newspaper chain as some of its flagship dailies are increasingly being squeezed by the growth of free commuter papers, including its own publication, 24 Hours.

The Montreal-based media giant is embarking on an ambitious digital strategy aimed at breathing new life into its television, newspaper and Web operations, starting in Toronto where the company’s biggest newspaper has seen its reader and circulation numbers eroding.

Quebecor chief executive officer Pierre Karl Péladeau said the model for newspapers needs to change if publications want to attract younger readers.

In a pair of moves Tuesday, the company announced plans to link its newspaper, Web and TV network in Toronto more closely than any other company has in Canada so far.

If successful, the strategy could be spread across the company’s operations.

Source: Globe and Mail, Quebecor overhaul

Et le message est clair : Québécor prend à son tour le virage du tout numérique. Et les blogues, la balladodiffusion, la vidéodiffusion sont au cœur de cette stratégie.

The strategy will also tap into blogs and other forms of user-generated content, Mr. Péladeau told a gathering of advertisers in Toronto, who were given their first glimpse of the direction he wants to take the entire company over the next few years.

“I think there is no other future for conventional media . . . than to migrate to this model,” Mr. Péladeau said after the presentation.

“Probably this was something that [media] convergence was all about a few years ago.

Source: Globe and Mail, Quebecor overhaul

Pour quelqu’un de moindrement observateur, tous les signes annonçant cette migration et ce changement important de modèle d’affaires étaient bien présents. De plus en plus, on voit apparaître les textes des chroniqueurs et des articles du Journal de Montréal sur Canoë alors qu’auparavant, Canoë n’était qu’un repackaging d’agences de presse. Pour un Franco qui dit non à l’aventure des blogues, il y a un Pat Lagacé, un J-F Codère, un Marc Beaudet ou un Dominic Arpin qui embarque à fond. Dernière en date, la journaliste Pénélope Garon. Plus encore, certains blogueurs hors de la sphère Québécor auraient même été contactés afin de sonder leur intérêt à publier leur contenu… Papier? Électronique? Les deux? Say tuned… Et encore une fois, on vous le dit, ce n’est qu’un début.

En effet, il y a deux semaines, le président Bruno Leclaire du réseau Canoë procédait à une importante restructuration de l’entreprise. Et le message passé à l’interne était on ne peut plus clair : Notre modèle d’opération est en mutation…

Autre nouvelle passée sous silence, l’arrivée de Romain Bédard, ex rédacteur en chef du magazine Infopresse, ex directeur général des éditions Infopresse et ex vice-président d’Infopresse qui dorénavant, retourne à ses premiers amours en acceptant le poste de rédacteur en chef de Canoë. Sa mission : positionner le portail dans un univers aux contenus de plus en plus vastes et interconnectés.

Bref, au cours des prochains mois, il conviendra de mettre Québécor sur son radar, histoire de voir comment cette entreprise prendra le virage numérique.

Mise à jour 1: Et voici un premier texte sur la conférence qu’a donné Pierre Karl Péladeau à Montréal aujourd’hui.

Prenant acte de la baisse des auditoires à TVA et des revenus publicitaires qui en découle ainsi que des nouvelles tendances de consommation des jeunes, Quebecor se positionne pour être en mesure de diffuser ses contenus sur toutes les plates-formes technologiques disponibles.

Le parcours est semé d’embûches, mais l’objectif a le mérite d’être clair.

«Le modèle existe ailleurs, c’est celui du conglomérat médiatique», a fait valoir mardi le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, au cours d’une allocution prononcée devant quelque 200 personnes réunies sous l’égide du magazine Infopresse.

«Les jeunes ne consomment pas tellement de télévision. Ils vont sur Internet, en messagerie, ils téléchargent, ce qui a des répercussions énormes sur le système canadien de radiodiffusion», constate M. Péladeau.

À titre d’exemple, l’émission «Le Coeur a ses raisons» qui a été diffusée sur Illico (la télé numérique de Vidéotron qui offre le service vidéo sur demande) et qui plaît particulièrement aux 15 à 35 ans, a suscité 700 000 demandes.

Source: Presse Canadienne-Canoë, Quebecor veut diffuser sur toutes les fenêtres technologiques.

Et tiens donc, quel hasard, cet article de Jean-François Codère publié aujourd’hui dans le Journal de Montréal.

Selon un sondage réalisé en décembre 2005 par Léger marketing pour le compte de Vidéotron, les Québécois âgés de 18 à 34 ans qui ont accès à Internet à la maison y passent en moyenne 13,1 heures par semaine, comparativement à 13,3 heures devant la télévision.

Source: Journal de Montréal, Les jeunes délaissent le petit écran

Mise à jour 2: Pour bien mettre les choses en perspective, Il ne faudrait pas oublier de relire attentivement la lettre que Pierre-Karl Péladeau a envoyé aux médias récemment, suite à l’annonce de Quebecor de ne plus diffuser des séries lourdes (sous-entendre coûteuses).

Pour y parvenir, tous les participants au système de radiodiffusion doivent accepter de revoir les règles du jeu. Si, pour atteindre le même nombre d’auditeurs qu’autrefois, donc la même valeur pour les publicitaires, nous devons diffuser nos produits sur plus d’une fenêtre (vidéo sur demande, podcast, télévision payante), les parties prenantes, tant les organismes publics de financement que les artisans de la télévision, doivent adopter une approche plus conforme à la réalité d’aujourd’hui.

Source: Le Devoir, Pierre-Karl Péladeau, Financement des séries lourdes à la télévision – Il ne sert à rien de jouer à l’autruche

Bref, le message envoyé à l’industrie: pas question que je paie plusieurs fois pour diffuser le même contenu à la télé, sur Illico, sur Internet ou tout autre mode de diffusion. Le modèle doit changer ou sinon…

J’ai très hâte de lire le billet de Cauchon demain.

Mise à jour 3: Une prédiction toute folle, basée uniquement sur une impression personnelle. Maintenant qu’il a été annoncé officiellement que Dominic Arpin termine son mandat après avoir réalisé plus de 650 reportages, je ne serais pas étonné de voir l’explorateur urbain jouer un rôle prépondérant dans ce nouvel univers médiatique numérique que Québecor est à déployer. Juste une impression que je vous dit.

Mise à jour 4: Extrait de l’allocution de Pierre-Karl Péladeau à Toronto

I believe that great journalism – with virtues such as independence, scepticism, tenacity in digging out a story, balance, and checking for accuracy – is now, and will continue to be, a valuable quality in media, in whatever forms it exists.

Quebecor, by the way, has more than one thousand two hundred journalists in total throughout all its media operations.

Another powerful element in the new media mix is the citizen journalist. Almost anyone today can become a reporter. Anyone can be a publisher with a blog or Web site. Editorial commentator, photographer, videographer? You name it, the

technology is there to make it happen. Already, this phenomenon of citizen journalist has entered the mainstream.

One insight on this powerful new area of citizen journalism comes from Tom Glocer, chief executive of Reuters. He believes news organizations have an opportunity to encourage citizen journalism as a complement to professional newsgathering. Glocer says: “Media companies need to be seeders of clouds. To have access to high value, new content we need to attract the community around us. To achieve that, we have to produce high quality content ourselves, then display it and let people interact with it…. There is no doubt that our businesses will be stronger if we employ a more collective and open minded approach to content.”

All of this is part of the new media.

It’s empowerment.

And it is a huge seismic shift in the media landscape.

It is opening up a number of opportunities emerging from the digital universe and the Web.

We believe journalistic strengths will be an integral part of the quality content that is the single most critical element in the equation.

So, how do we make the benefits of journalism more accessible and more aligned with the interests of the audience? And how do we collect much more feedback from our audiences and interact with them?

Source: Pierre-Karl Péladeau, Riding the Changing Wave

Mise à jour 5: Oui, il y eut un observateur de la scène technologique qui a commenté le virage de Quebecor. Philippe Le Roux, de VDL2, a été interviewé à Capital Action (laissez charger la séquence vidéo et faites glisser votre curseur vers la 20e minute de l’émission).

Revolution

Pleasantville

Two teenagers find themselves in a 1950′s sitcom where their influence begins to profoundly change that complacent world. The more rules are broken, the more colorful life gets in Pleasantville, USA.

Jon Husband, Wirearchy

… continued fragmentation, on ongoing struggle with established top-down forms of control, more and more irrationality. See the movie Pleasantville for a prognosis.

L’avenir de la radio

Jeudi matin, j’aurai le plaisir de faire partie d’une table ronde sur l’avenir de la radio à l’émission Indicatif Présent animée par Marie-France Bazzo. Outre madame Bazzo, sera aussi présent l’ex-propriétaire et l’ex-animateur Claude Thibodeau.

Ou s’en va la radio? La baladodiffusion représente-t-elle l’avenir de ce médium? Quels sont les impacts des nouvelles technologies sur cette vieille dame? Quels sont les défis et les enjeux de la radio pour le XXIème siècle.

Invité à titre de passionné de radio, et non pas de spécialiste, je publie ici en vrac mes réflexions (incomplètes) que j’ai envoyé au recherchiste de l’émission. Celles-ci seront retravaillées afin d’en faire un article pour mon chic journal. Libre à vous de contribuer à cette réflexion. À noter que j’y ajouterai au cours de la journée plusieurs liens.

À propos de l’avenir de la radio: une réflexion.

Depuis toujours, la radio a été un medium d’instantanéité. Depuis toujours, elle s’écoute en temps réel et en un territoire donné. Le seul grand changement qu’a connu la radio fut lorsque les radios portatives furent introduites. On pouvait maintenant écouter la radio à l’endroit de son choix, mais il y avait toujours cette contrainte de temps et de territorialité (sauf dans le cas dÉmissions diffusées sur de grandes chaînes nationales ou des réseaux privés)

Internet a changé la donne. De medium « temps réel », la radio est devenue un medium que l’on peut consommer au moment de son choix. Cependant, à cause de certaines limites technologiques, l’abolition des contraintes de temps a obligé l’auditeur à être cloué face à son ordinateur. Or, on le sait, l’expérience radio, car c’est d’une expérience qu’il s’agit, se vit très mal assis à son bureau, dans une chaise très souvent inconfortable. La radio s’écoute installé confortablement dans son lit, dans son auto, en préparant le déjeuner, en travaillant ou tout simplement en faisant son ménage.

L’arrivée d’un phénomène comme la baladodiffusion (podcasting) fait exploser les contraintes de la radio. Tout comme le Tivo, un enregistreur sur disque dur connu aussi sous le nom d’enregistreur numérique personnel, a complètement changé les habitudes de consommation des téléspectateurs, l’arrivée des lecteurs numériques tel le iPod en fera de même.

Il est maintenant possible, et avec une facilité déconcertante, de transférer les fichiers audio de ses émissions favorites de l’ordinateur à son baladeur numérique. De plus en plus, l’ordinateur joue le rôle de « digital hub » ou concentrateur numérique, un outil intermédiaire entre l’humain et les différents gadgets numériques.

Les nouveaux outils technologiques permettent aussi à quiconque de créer ses propres fichiers audio. Tous peuvent dorénavant devenir des « radiodiffuseurs ». Cependant, seuls ceux qui possèdent ce don de transmettre des idées par la voix se démarqueront de la masse, un peu comme seuls les meilleurs blogueurs parviennent à se distinguer des millions de carnets web existants. Encore une fois, le contenu est roi.

Radio Satellite

La radio satellite n’est pas ce que l’on appelle la radio numérique, radio dans laquelle des sociétés comme la SRC ont investi de nombreuses années en temps et en expérimentation. Pourquoi la radio numérique ne s’est pas imposée? Parce qu’on ne l’a pas imposée. Aux Etats-Unis, la radio numérique devrait débloquer parce que, tout comme la télé numérique, les diffuseurs ont une date butoir où ils devront avoir complété leur migration. Un des problèmes de la radio numérique résident dans l’existance de plusieurs normes. existent. Or en ce moment, la norme choisie pour les radios canadiennes est différentes de celle des Etats-Unis. Et ne parlons pas des prix des récepteurs radio numériques qui sont prohibitifs (et quasiment inexistants)

Le grand égalisateur (potentiel)? La radio par satellite. Les ondes radios balayent le territoire nord-américain, gracieuseté de plusieurs satellites. Radio-Canada, en partenariat avec la principale société de diffusion sur radio satellite, Sirius, a d’ailleurs présenté une demande au CRTC afin de monter une nouvelle programmation pour le satellite. Tout comme la radio numérique, la radio satellite demande aux consommateurs d’investir dans de nouveaux récepteurs radio, mais déjà ceux-ci sont un tantinet moins chers que les récepteurs numériques. La radio satellite sera comme la télé payante : pour la capter, il faudra souscrire à un abonnement mensuel.

Le grand coup de pouce pour la radio satellite : l’arrivée sur ses ondes du controversé animateur américain, Howard Stern. Toutefois, cela sera-t-il suffisant pour permettre à la radio satellite de s’imposer? À voir. D’autant plus qu’un très grand danger guette la radio satellite, à savoir l’existence de deux grands diffuseurs que sont XM Satellite Radio et Sirus.

La radio satellite et les technologies de type baladodiffusion engendrent de nouveaux défis (propriété intellectuelle). Ces nouveaux médias que sont la radio satellite et Internet risquent de faire exploser les notions de territorialité du droit. En effet, si on sait qu’Internet est un grand réseau mondial, on sait toutefois moins que la radio satellite ne sera pas uniquement diffusée au Canada. Par sa nature, les auditeurs américains seront à même de capter les émissions canadiennes et vice versa. Quid d’un animateur canadien qui diffame une personnalité américaine ou l’inverse ? Avec l’explosion des notions de territorialité, les diffuseurs devront revoir leurs ententes avec les associations d’ayant droit, parce que les ententes actuelles avec la SRC par exemple ne concernent qu’une diffusion sur le territoire canadien.

La baladodiffusion, une opportunité pour la SRC? Pourquoi pas! On le sait, ne s’improvise pas diffuseur qui veut. Pour avoir écouté moult émissions «podcastées» au cours des derniers mois, je peux affirmer, au risque d’en vexer plusieurs, que plus de 90 % de ces diffusions numériques sont tout simplement imbuvables. Cependant, au détour de la Toile, il arrive que l’on tombe sur un amateur qui possède ce don de faire passer des idées par la voix.

Toutefois, un diffuseur comme Radio-Canada ne pourrait-il pas agréger au centre d’un portail tout numérique, les radios Internet les plus prometteuses afin d’offrir à ses auditeurs un contenu 100 % Internet de qualité ? Nombreux seraient les défis à relever, droits d’auteur, éthique, respect des normes journalistiques, etc. Il y aurait aussi toute la notion de maillage entre ces amateurs prometteurs et les artisans professionnels de la radio. Mais quel extraordinaire potentiel pour la radio. Imaginez par exemple une émission où un de ces amateurs, passionné de musique québécoise, offrirait des émissions quotidiennes, qui pourraient par la suite, être reprises sur la Première Chaîne dans le cadre de reportages. Si la SRC ne le fait pas, d’autres y réfléchissent en ce moment.

Pourquoi la radio ferait-elle tous ces changements? À cause des générations montantes. Ces nouvelles clientèles sont, contrairement à nous qui ne sommes que de simples immigrants, des natifs du numérique. Leur menu quotidien se compose d’une dose d’information radio, un peu de télé, un soupçon de journaux et beaucoup d’Internet. Leurs outils : l’ordinateur oui, mais aussi le téléphone portable, les assistants numériques personnels, tel le Palm, et aussi les lecteurs numériques personnels (iPod). Un jour viendra, et il est proche ce jour, où tous ces appareils convergeront l’un dans l’autre.

Ces nouvelles clientèles ne veulent pas se faire imposer leur façon de consommer. Elles vivent dans l’instant présent. De même, leur consommation média se fait au moment où ils le veulent bien, à l’endroit où ils le désirent.

Mais quid de la suite? La baladodiffusion est-elle une fin en soi? Surtout pas, ce n’est qu’un simple début. Ces technologies ne font que changer notre façon de consommer la radio. Par exemple, Virgin Radio annonçait récemment qu’il serait possible de capter ses chaînes radio sur les téléphones de troisième génération. Et la SRC? Dix contre un qu’elle offrira bientôt ces émissions sur ces nouveaux canaux de diffusion. Mais ce ne sont que des technologies mineures qui ne changeront fondamentalement rien à la radio.

Toutefois, la véritable révolution pour la radio sera de passer d’un mode traditionnel de « one-to-many » à celui de « many-to-many », c’est-à-dire d’un mode diffusion, qui ne fait que pousser l’information vers l’auditeur en un mode ou, sachant que tout est conversation, il serait possible pour la radio de migrer vers un mode plus « interactif », où l’auditeur serait partie prenante de la programmation. Dans ce domaine, la BBC s’illustre clairement comme un chef de file.

Déjà, à l’écoute des chaînes parlées, on perçoit un changement dans la relation entre auditeurs et artisans de la radio. Le bon vieux courriel a redéfini cette relation. Désormais, les auditeurs réagissent quasiment en temps réel à des propos prononcés en ondes. Quelques minutes suivant une entrevue percutante, les auditeurs se prononcent et peuvent entendre l’animateur ou l’animatrice commenter leurs réactions. Ces commentaires suscitent à leur tour d’autres réactions qui ne peuvent qu’enrichir le contenu d’une émission. N’oublions jamais que la somme des informations détenues par l’ensemble des auditeurs font qu’ils en savent plus qu’une seule personne.

La suite? Récemment, la Radio 1 de la BBC a tenu une expérience fascinante, à savoir qu’elle a remis entre les mains des auditeurs la programmation musicale de son antenne durant 10 heures. C’est le projet BBC’s 10 Hours Takeover. Les auditeurs ont envoyé par le biais de messages textes (SMS) leurs demandes aux programmateurs de la BBC. Aucune régle ne gouvernait cette expérience. Les demandes des auditeurs étaient mises en ondes sans aucune présélection.

Le résultat? Un succès au-delà des espérances de ses concepteurs. La BBC a d’ailleurs répété l’expérience à plusieurs reprises. Détail intéressant : au cours des premières heures, malgré ce « takeover » des auditeurs, la programmation musicale différait peu des choix habituels des programmateurs de la BBC. Ce n’est qu’après avoir constaté que la BBC respectait véritablement son « entente initiale » de n’imposer aucune balise que les auditeurs ont joué le jeu eux aussi en se faisant plus audacieux dans leurs choix musicaux.

Ce que la BBC retient de cette expérience :

* Un individu devrait être récompensé de sa participation
* Les contributions devraient ajouter une valeur aux autres contributions
* La BBC devrait obtenir un « retour sur investissement » sur de telles expériences et « redonner » à ses auditeurs en partie ou en totalité les retombées de ces dites expériences.

Mais ce n’est qu’un début. Nouvelle tendance sur Internet, l’étiquetage (tags). Par exemple, un service comme Flickr permet à tout et chacun de poster et de partager ses photographies sur Internet tout en permettant à chaque personne la possibilité d’ajouter des étiquettes à chacune des images. On appelle cette tendance (ajout d’étiquettes) populonomies ou, en anglais, folksonomy.

Poussant un peu plus loin cette tendance, la BBC entend appliquer les principes directement inspirés des étiquettes de Flickr ou de Del.icio.us en créant les Phonetags. Le « phonetagging » sera à la musique et à la radio ce que les étiquettes Flickr sont aux images? À suivre. Toutefois, ces ontologies plutôt pauvres, on en conviendra, devraient malgré tout favoriser l’organisation de la musique et en favoriser son partage.

Une possible radio du futur? Une radio comme Last.fm l’est, c’est-à-dire une radio qui vous laisse créer votre propre programmation. Vous choisissez vos pièces musicales favorites, et par la suite, une fois la programmation complétée, le système recherche des gens ayant les mêmes intérêts que vous.

De même, en utilisant les étiquettes, des auditeurs préférant la radio parlée (talk radio) seraient à même de se composer une programmation spécialisée. Supposons que les enjeux sociaux m’intéressent : je pourrais me rendre sur le site de la SRC, rechercher les étiquettes « enjeux sociaux » qui proviendraient d’émissions comme Indicatif Présent, Macadam Tribu ou Maisonneuve à l’écoute et me faire une programmation 100% personnalisée sur mon iPod que je pourrais écouter à ma convenance. De plus, je pourrais par la suite partager avec d’autres cette programmation afin qu’elle soit enrichie par des contributions extérieures.

En complément de programme:

Le podcasting, ou ses émissions préférées sous le bras

Le phénomène TiVO

Des outils pour que l’amateur crée

L’affaire Fillion: Internet, terre de liberté?

Wired: Howard Stern and Satellite Wars

Wired: Adams Curry wants to make you an iPod radio star

BusinessWeek: The new radio revolution

BusinessWeek: Internet Radio 101

Radio Satellite: XM Radio

Radio Satellite: Sirius

How Satellite Radio Works

DAB: Digital Audio Business

Welcome to WorldDab

Société Radio Numérique

CAB/ACR Radio Numérique

Last.fm

Podcasting Manifesto

Podcasting for newbies

BBC’s 10 Hours Takeover

Reinventing Radio: Enriching Broadcast with Social Software

BBC Creative Archives

ETC2005: Clay Shirky: Ontologies and Tags

ETC2005: Folksonomies Panel

ETC2005: Programme Information Pages

ETC2005: Reinventing Radio

Le siècle des amateurs

Texte publié dans le Devoir du 14 mars 2005

La technologie n’est pas une fin en soi. Elle n’est qu’un moyen de réaliser les rêves de créateurs, quel que soit leur domaine de prédilection. Tout comme le marteau du constructeur, l’ordinateur et ce qui l’entoure ne sont que des outils visant à réaliser une «oeuvre». C’est pourquoi cette chronique a pris un virage plus socio-économique depuis quelques années. Il est bien plus captivant de voir ce que l’on peut construire avec ces outils que de discourir des heures sur les vertus de tel ou tel «marteau».

Ce qui est fascinant avec les nouveaux outils et l’arrivée d’Internet, c’est de constater que, soudainement, en regroupant leurs forces, et en partageant leurs idées et leurs réflexions, des amateurs parviennent à remuer des industries au point que ses professionnels doivent composer avec les travaux des amateurs.

Prenez l’astronomie, science millénaire s’il en est. Depuis ses tout débuts, seuls les astronomes professionnels furent les grands dépositaires du savoir et de la recherche. Il a fallu attendre la disponibilité des premières lentilles pour tous pour que, soudainement, les amateurs envahissent ce domaine. Aujourd’hui, qui peut nier l’apport des astronomes amateurs à l’avancement de cette science ? Il arrive même que les amateurs battent les scientifiques à leur propre jeu. En effet, la prestigieuse revue Nature révélait en janvier dernier que des astronomes amateurs, armés de puissants ordinateurs et de logiciels sophistiqués, avaient réussi à prendre de vitesse les astronomes de la NASA en retravaillant les images brutes envoyées par la sonde Huygens sur Titan.

Un documentaire à lui seul

Or, avec les nouveaux outils technologiques plus puissants et simples d’utilisation, il est permis à n’importe quelle personne qui parvient à les apprivoiser de créer. Certains préféreront mettre leurs forces en commun afin d’améliorer les outils disponibles, comprenez en cela le logiciel libre, tandis que d’autres se distingueront en utilisant le plein potentiel de ces outils afin de créer des «oeuvres» qui auparavant, auraient été impossibles à produire.

Laissez-moi par exemple attirer votre attention sur le dernier numéro du Trente, la revue éditée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Dans ce numéro, le journaliste et rédacteur en chef du Trente, Jean-Hughes Roy, publie une entrevue avec son collègue de TQS, Russel Ducasse, où le journaliste du «mouton noir» lui confie que les nouveaux outils technologiques lui ont permis de réaliser à lui seul un documentaire de deux heures. On le répète, seul. Dites-vous bien qu’il y a encore cinq ou six ans, une telle prouesse aurait été tout simplement impossible sans l’apport d’une quincaillerie inaccessible au commun des mortels.

De même, le documentaire que Ducasse a réalisé, d’autres auraient pu très bien le faire. À condition d’avoir le talent. Car il ne faudrait pas tomber dans le piège de la technologie miracle qui peut tout faire. Par exemple, malgré ma relativement bonne connaissance des outils que Ducasse a utilisés, aurais-je pu réaliser ce que le journaliste de TQS a accompli ? Non, assurément. Je ne crois pas avoir ce talent. Mais d’autres cependant le peuvent. Il n’y a qu’à assister à une soirée Kino pour s’en convaincre.

À l’origine, le collectif Kino regroupait un groupe de passionnés du cinéma qui ne pouvaient pratiquer leur art, faute de moyens et d’accès aux outils. Grâce aux nouveaux outils, caméra numérique de qualité «broadcast» et logiciel de montage Final Cut Pro, ces aficionados du 7e art sont aujourd’hui en train de chambarder le monde du documentaire et du court métrage. Évidemment, le pire y côtoie le génial. Mais c’est cela la technologie, un formidable amplificateur du talent et de l’imagination qui permet aux créateurs de se démarquer.

Podcasting

C’est un peu comme cette nouvelle tendance, le podcasting. En plus de changer notre façon de consommer la radio, le podcasting pourrait aussi favoriser l’émergence de nouvelles émissions de radio diffusées uniquement sur Internet, couvrant des sujets dont on entend parler nulle part ailleurs.

Mais ne s’improvise pas diffuseur qui veut. Pour avoir écouté moult émissions «podcastées» au cours des derniers mois, je peux affirmer, au risque d’en vexer plusieurs, que plus de 90 % de ces diffusions numériques sont tout simplement imbuvables. Cependant, au détour de la Toile, il arrive que l’on tombe sur un amateur qui possède ce don de faire passer des idées par la voix.

Une idée folle tiens : un diffuseur comme Radio-Canada ne pourrait-il pas agréger au centre d’un portail tout numérique, les radios Internet les plus prometteuses afin d’offrir à ses auditeurs un contenu 100 % Internet de qualité ? Nombreux seraient les défis à relever, droits d’auteur, éthique, respect des normes journalistiques, etc. Mais quel extraordinaire potentiel pour la radio. Imaginez par exemple une émission où un de ces amateurs, passionné de musique québécoise, offrirait des émissions quotidiennes, qui pourraient par la suite, être reprises sur la Première Chaîne dans le cadre de reportages.

Vecteur de changement

Mais il n’y a pas que les outils technologiques. Quid de la culture de réseau et Internet ?

En effet, Internet se veut un formidable vecteur de changement. Et les prochains qui risquent d’en faire les frais sont les universitaires et ceux qui travaillent dans le monde de la recherche.

En effet, en mettant à profit la force du réseau, et la notion de partage de connaissances, des amateurs passionnés arriveront sans doute à des résultats dans plusieurs domaines de pointe.

Un point de vue partagé par Sébastien Paquet, blogueur et chercheur à l’Institut de technologie de l’information du CNRC à Moncton, avec qui j’ai eu l’occasion d’en discuter lors d’une récente rencontre à Montréal.

«Un nombre croissant de personnes s’engagent dans une démarche intellectuelle hors des contextes de recherche. Grâce aux possibilités qu’offre le réseau, ils collaborent de façon souvent plus ouverte que les chercheurs traditionnels, et il ne serait guère étonnant de les voir contribuer à des avancées intéressantes dans les années à venir.»

Bref, reliez le tout aux nouvelles avancées en propriété intellectuelle, telles que les licences de type Science Commons, et il n’est pas dit qu’un jour une découverte scientifique d’importance ne sera pas réalisée par des amateurs. À vrai dire, je le prévois déjà.

Le prochain siècle ? Il sera assurément celui des amateurs. Il ne leur reste qu’à trouver un terrain d’entente avec les professionnels.

Cette chronique a été inspirée en grande partie par l’article «Amateur Revolution», une réflexion publiée en octobre 2004 par Charles Leadbeater dans le magazine Fast Company.

Liens pertinents

The Amateur Revolution

Magazine Le Trente

Des amateurs prennent de vitesse la NASA (Revue Nature)

Society for Amateur Scientists

À propos de la Society for Amateur Scientists

Seb’s Open Research

Kino

Propriété intellectuelle: Creative Commons s’intéresse aussi à la science

Science Commons

L’affaire Fillion – Internet et radio satellite, terres de liberté?

Texte publié dans le Devoir du 21 mars 2005

Maintenant que le micro de Jean-François Fillion semble définitivement éteint, nombreux sont ceux qui rêvent à son retour, soit sur les ondes d’une radio satellite, soit sur une radio 100 % Internet, soit, qui sait, dans les pages du magazine Summum, propriété de Genex Communications, comme rédacteur.

D’ailleurs, au cours des mois qui ont précédé son départ précipité, plusieurs commentateurs et chroniqueurs ont affirmé que, pour continuer à pratiquer son style de radio, M. Fillion n’avait qu’à se recycler et lancer sa propre radio Internet.

Internet, terre de liberté ? Serait-il possible de réentendre Jean-François Fillion sur la Toile ou la radio satellite tenir exactement les mêmes propos qui ont causé sa perte sur les ondes publiques ? Qu’il nous soit permis d’en douter.

Contrairement à la croyance populaire, bien qu’elles soient plus difficiles à appliquer, les règles relatives à la vie privée ou à l’obscénité (car c’est bien de cela qu’il s’agit et rien d’autre) sont tout aussi applicables sur Internet que sur une éventuelle terre d’accueil satellitaire.

La seule différence entre les ondes publiques et Internet ou la radio satellite réside dans l’organisme réglementaire qui régit les ondes, soit le CRTC. On l’a répété ad nauseam, détenir une licence d’utilisation du CRTC est un privilège qui s’accompagne de responsabilités puisque le spectre électromagnétique est un bien public. Il en est d’ailleurs de même aux États-Unis ou le FCC, le CRTC américain, décerne ses licences avec encore plus de restrictions qu’au Canada. Et le tout, de dire Karim Benyekhlef, professeur-chercheur au Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal, est parfaitement constitutionnel.

Pour le professeur Benyekhlef, il est important de comprendre le contexte dans lequel le FCC et le CRTC ont été créés. «Lorsque les États-Unis et le Canada ont décidé de confier à des organismes la réglementation des ondes publiques, radio et par la suite télé, les politiciens ont décidé d’imposer certaines balises aux entreprises voulant exploiter les ondes publiques par peur du “pouvoir” que pouvaient détenir ces dites entreprises.» Pouvoir politique, mais aussi, pouvoir commercial. On ne se lancera pas sur le sujet de la convergence, mon collègue Cauchon ayant déjà abordé plusieurs fois le sujet, et tel n’est pas le sujet de cette chronique.

Bref, selon le professeur Benyekhlef, «ces balises sont tout à fait licites au regard de la liberté d’expression et permettent au CRTC, par exemple, de pouvoir imposer à des radios un pourcentage de contenu canadien».

Toutefois, les journaux, et aujourd’hui Internet, ne sont pas soumis aux mêmes balises que les ondes publiques. Autant aux États-Unis qu’au Canada, les tribunaux et les organismes réglementaires ont statué qu’Internet jouissait du même statut que les journaux, c’est-à-dire qu’ils jouissent de la plus haute protection reconnue par la liberté d’expression.

Mais, encore une fois, liberté d’expression n’est aucunement synonyme de permission de diffamer. Par exemple, on fait souvent grand cas du passage du controversé animateur radio Howard Stern des ondes publiques à la radio satellite, une radio qui ne sera disponible que sur abonnement, comme la télé payante l’est actuellement.

Cette migration donnera-t-elle à Stern un permis de diffamer ? Non, bien au contraire. Il faut savoir que le pain et le beurre de Howard Stern sont principalement la vulgarité, le cul, les «poupounes aux gros seins» et tutti quanti. Or, avec le vent de puritanisme qui souffle sur les États-Unis, le FCC imposait de plus en plus de balises à ce que Stern, ou quiconque, pouvait dire ou faire sur les ondes publiques. Il n’y a qu’à voir la décision récente du FCC d’imposer de formidables amendes aux diffuseurs coupables d’obscénités à la télé, à la suite de ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Janet Jackson.

Pour Stern, ce repli stratégique vers la radio satellite lui permet de continuer à pratiquer son style de radio, sans les contraintes imposées du FCC. Et il en serait de même si Howard Stern avait décidé de lancer sa propre radio Internet. Mais quel que soit le média utilisé, ce sont toujours les tribunaux qui auraient finalement à trancher ce qu’il est tolérable de dire et ce qui ne l’est pas.

Poussons un peu plus loin cette réflexion; ces nouveaux médias que sont la radio satellite et Internet risquent de faire exploser les notions de territorialité du droit. En effet, si on sait qu’Internet est un grand réseau mondial, on sait toutefois moins que la radio satellite ne sera pas uniquement diffusée au Canada. Par sa nature, les auditeurs américains seront à même de capter les émissions canadiennes et vice versa. Quid d’un animateur canadien qui diffame une personnalité américaine ou l’inverse ?

Un diffuseur comme Radio-Canada qui tente d’obtenir une licence de radio satellite devra sans aucun doute renégocier ses ententes avec les associations d’ayants droit pour obtenir de nouvelles licences lui permettant de diffuser de la musique hors des frontières canadiennes.

En regard à la diffamation sur Internet et ces dites notions de territorialité, il sera crucial de suivre le procès qui oppose Cheickh Bangoura, un citoyen canadien et ancien responsable de l’ONU, au quotidien américain Washington Post. Dans ce conflit, M. Bangoura reproche au quotidien américain de l’avoir diffamé en faisant état de fautes graves que l’ancien fonctionnaire auraient commises alors qu’il était en poste au Kenya. Or, c’est en se basant sur les archives publiées sur Internet et non pas la version papier que Bangoura poursuit le Washington Post au Canada et non pas aux États-Unis. Un tribunal inférieur a déjà statué de la légalité de cette poursuite, et l’affaire est désormais devant la Cour d’appel de l’Ontario.

Déjà, en 2002, un tribunal australien avait permis à un entrepreneur du pays de poursuivre le magazine américain Barron’s pour diffamation, en raison de la disponibilité des archives du magazine sur Internet, et c’est d’ailleurs sur cette décision que s’est basé le tribunal ontarien pour permettre à Bangoura de poursuivre le Washington Post. Inutile de dire que le quotidien américain, appuyé par une coalition de plusieurs grands médias, tels que le New York Times ou CNN, réfute les arguments du tribunal ontarien.

Bref, ceux qui craignent un retour de Jean-François Fillion «électron libre» sur Internet ou la radio satellite peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Pour autant que M. Fillion, un formidable communicateur lorsqu’il veut bien contrôler ses dérapages, respecte les limites que lui imposent les lois en vigueur, il peut très bien faire son come-back dans le média de son choix, y compris sur les ondes de CHOI. Dans toute cette histoire, l’affaire Chiasson a prouvé hors de tout doute à l’opinion publique que le problème avec Jean-François Fillion n’avait rien à voir avec la liberté d’expression, mais tout avec l’acharnement d’un animateur à ridiculiser gratuitement une personne. Et Internet ou la radio satellite n’aurait absolument rien changé au droit de Mme Chiasson ou de quiconque de poursuivre M. Fillion.