D’autres questions?
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Réfléchir autrement
Depuis quelques jours, je regarde LA politique telle que se pratique sur nos patinoires, la fédérale et la provinciale. Du côté du Québec, peut-on se dire que pas un seul joueur ne s’est encore présenté sur la patinoire, alors qu’à Ottawa, la rondelle vient à peine de tomber sur la glace que c’est déjà la bagarre générale.
Plus je regarde la politique et plus je constate que notre modèle politique est en fin de vie. Je ne vois pas le jour où une nouvelle race de politiciens pourra reprendre le modèle actuel et le faire revivre. Croyons-nous sincèrement qu’à regarder l’inaction provinciale et la foire d’empoigne fédérale où manifestement, le premier ministre Harper aura finalement réussi à ostraciser le Québec, que nous pourrons attirer des jeunes visionnaires?
Poser la question, c’est un peu y répondre.
Pourtant, ils sont là ces jeunes, ils veulent participer, mais ils ne sentent pas que le modèle actuel est pour eux. Comme ils sentent très bien que nous sommes en train de vivre une rupture. Une rupture telle que l’a décrite depuis des années mon vieux mentor, Michel Cartier. Et je me plais à croire que sa réflexion a été modestement enrichie avec quelques unes de mes idées, ainsi que celles de René Barsalo et plus récemment des analyses de John Husband, le club des quatre vieux grognons. Mais tout ceci nous porte à nous poser plusieurs questions.
Où va t-on? Quelle société voulons-nous laissez à nos enfants? Une question que tous les politiciens depuis plus de 20 ans nous posent sans jamais y répondre. Quels sont les impacts de cette rupture? Comment y faire face et apprivoiser les changements à venir?
Il y a aussi Karl qui me suggère ces questions, toutes aussi pertinentes: Comment construire et participer à la société avec nos enfants. Comment faire pour qu’ils fassent partie du système plutôt que hériter?
Bref, il faudrait peut-être aussi y répondre, aux questions. Cartier l’a fait avec ses livres et aussi le site ConstellationW. Nous avons aussi tenté de le faire humblement avec les deux conférences ConstellationW3. Mais… Voilà, il est temps de faire plus. Beaucoup plus.
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Ce matin, je suis tombé sur une lettre ouverte publiée dans le Journal de Montréal. Cette lettre, écrite par 5 jeunes (Alexandre Ranger, Valérie Camden, Mathilde Forest-Rivière, Dominique La Salle et Philippe Dupont) m’a particulièrement touché. Elle se voulait un appel, une main tendue vers notre génération de boomers. Pour une rare fois, il n y avait pas cette rancœur envers leurs aînés. Pas de ce discours «rat des villes» versus «rat des champs». Ni Québec, ni Montréal. Au contraire, ces jeunes nous interpellaient en nous disant, «nous reconnaissons les acquis que vous nous léguez, mais maintenant, venez nous aider à refaire le monde à notre image, de la même façon que vous l’avez fait lorsque vous étiez jeunes vous aussi.»
Lettre aux boomers.
Chers boomers, en cette période électorale, nous nous sentons obligés d’ouvrir une discussion et d’amener des réflexions. Loin de nous l’idée de créer un fossé entre générations sous forme de reproches et de préjugés mal fondés, nous voulons plutôt vous faire part de nos rêves et de nos aspirations.
Nous ne pouvons commencer sans vous remercier. Merci d’avoir construit l’État québécois que vous nous léguez aujourd’hui. En sortant le Québec de la Grande Noirceur, vous avez placé les valeurs de justice et d’égalité au premier plan. Une si belle révolution que vous avez faite !!! Un système d’éducation alors accessible et équitable, un système de santé universel, des programmes sociaux et des étatisations d’organes majeurs virent le jour. Cela a été possible parce que vous aviez la force, la conviction et la détermination pour accomplir ce projet commun. Vous avez même eu le nombre pour faire pencher la balance lors des élections des années 60 et 70. Bref, vous étiez jeunes, vous étiez beaux et vous étiez beaucoup!
Même si nous sommes constamment branchés sur le monde, notre génération rêve également pour ce cher Québec! Elle rêve d’une planète en santé, de transports en commun et d’organisation urbaine responsable. Elle rêve d’un Québec juste, équitable et ouvert, régulé par une économie coopérative à visage humain. Elle rêve de programmes gouvernementaux lui donnant les outils pour foncer vers les défis titanesques de demain. Mais aujourd’hui, alors que nous commençons à former des familles et sommes prêts à prendre des décisions pour elles, nous nous trouvons dans un gouffre. Eh oui, chers boomers, vous nous étouffez sous votre poids démographique!
Les enjeux électoraux sont tournés majoritairement vers les fonds de pension et la santé, avec des promesses alléchantes de baisses d’impôts. Votre poids électoral est si important que nous ne comptons plus lors des votes. Les enjeux qui définissent notre futur et celui des générations suivantes sont nombreux. Pour faire progresser notre Québec sur la voie du bien commun, nous devons réfléchir à chacun d’eux pour soi-même, mais également pour son voisin. C’est maintenant à notre tour de rêver et d’amener le Québec là où nous le voulons. Nous avons des idées et nous voulons les défendre, mais pour cela, vous devez nous faire confiance et nous laisser de la place. Nous ne voulons surtout pas votre silence, mais bien votre sagesse et votre écoute active.
Des rêveurs? Des naïfs que ces jeunes? Je me suis souvenu par la suite de cet autre texte (Texte complet en PDF), écrit en 2007 par Claude Montmarquette du CIRANO, quelqu’un qu’on ne pourra surtout pas accuser d’être un rêveur ou un pelleteux de nuages, et dont voici le sommaire.
Ce texte veut mettre l’économie au cœur de la discussion au Québec. Nous osons encore que très timidement mettre en cause le fameux « modèle québécois », même s’il n’a pas livré la richesse que certains lui allèguent. Le terme modèle est d’ailleurs inflationniste puisque personne en dehors du Québec ne s’en réclame. Dans la justification d’éviter ces discussions trop terre à terre pour certains de nos intellectuels et élites, comme s’il existait un gêne réfractaire bien français de discuter de la chose économique, le Québec se distinguerait des autres comme une société solidaire, accueillante, ouverte et soucieuse de l’environnement. Malheureusement, une certaine commission publique vient actuellement mettre un bémol sur cette terre d’accueil du Québec et plusieurs enquêtes statistiques mettent en doute la générosité et la tendance verte des Québécois. Nous avons passé près de 40 ans à discuter d’indépendance politique et il semble que nous soyons partis pour une décennie à discuter d’identité québécoise. Encore une autre belle raison de s’immobiliser et d’éteindre nos ambitions de richesse. Je souligne en passant que les jeunes sont absents de ce débat identitaire. Ont-ils déjà compris, ce que leurs aînés cherchent toujours à comprendre, que pour s’épanouir la croissance économique doit être au rendez-vous et si ce n’est pas au Québec, ça sera ailleurs?
Mon inquiétude est très grande en ce qui concerne notre situation économique et notre capacité à retenir nos jeunes talents. Nous sommes plusieurs à partager le sentiment qu’il est minuit moins une pour faire les choses autrement.
Il est minuit moins une pour faire les choses autrement.
Le message ne peut être plus clair, même si je ne suis pas en accord avec plusieurs des solutions retenues par monsieur Montmarquette. Il a le mérite d’arriver avec une excellente conclusion et surtout, de tendre la main lui aussi aux générations montantes.
Mais que faire de notre côté? Que faire de mon côté pour saisir cette main tendue? Le web et les outils technologiques? Allons donc, ce ne sont que de simples outils. Mais des outils puissants. Certains n’y verrons qu’un moyen pour s’autoproclamer «kingmaker». Mais est-ce vraiment pour cela qu’il nous faut nous emparer de ces outils? Et surtout pourquoi et pour qui?
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Depuis peu, on se plait à citer en exemple la victoire de Barack Obama comme celle de l’utilisation parfaite des technologies. Or, dans notre paysage politique mondial, monsieur Obama est une anomalie politique. Une anomalie qui nous force à rêver. Et un peu à désespérer lorsque nous faisons un tour d’horizon de la scène politique canadienne et québécoise.
J’aime bien aussi comment cet empêcheur de penser en rond qu’est Noam Chomsky décrit la victoire du nouveau président élu : «It’s not about people, it’s not about grassroot, it’s about Brand Obama.» C’est la victoire du Coke sur le Pepsi. La plus belle opération de marketing politique des 50 dernières années. En espérant que les actions suivront le discours. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Contrairement à cet éternel pessimiste qu’est Chomsky, ma vision est en une plus réaliste. Et je souhaite sincèrement que le Président élu Obama puisse changer profondément cette société américaine sur son déclin. Comme bien des gens, j’ai ressenti des frissons à l’écoute du discours de Chicago le soir de la victoire. Qui sait, après tout, les américains nous ont justement habitué à tant de résilience.
Bref, dans le contexte politique actuel, un quelconque Obama pourrait-il survivre au Canada ou au Québec? Ou un Nelson Mandela, cet autre anomalie politique? Difficile de ne pas faire de parallèle entre un Obama et un Mandela.
Nous avons bien eu dans le passé un Lucien Bouchard charismatique qui est parvenu à deux doigts de faire l’indépendance. Tout comme nous avons eu un Robert Bourassa, tout le contraire d’une bête charismatique, qui a su bénéficier d’un contexte social particulier pour continuer de mettre en place d’importantes réformes introduites par Jean Lesage et son équipe du tonnerre. Et qui sait si notre Obama à nous, notre anomalie politique, n’a pas été René Levesque? Mais aujourd’hui?
Mais à ceux qui voient dans les technologies le moyen d’être le nouveau «kingmaker», je leur répond que les technologies sont là pour mettre en valeur le contenu. Or, du contenu politique, une véritable vision pour le Québec (ou le Canada), il n’y en a pas. Je le répète, le modèle actuel est en fin de parcours. Et cela donne des chieux macareux. Édifiant n’est ce pas? Vous aurez donc beau vouloir implanter ici un quelconque «modèle Obama», il vous manquera toujours le «Yes we can».
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«What’s next?»
Dans ma série fétiche «The West Wing», le Président Bartlett interprété par Martin Sheen finissait toujours par poser cette question. «What’s next?» Cela voulait dire que maintenant que tout avait été dit, il était prêt à passer à autre chose, sans regarder en arrière.
What’s next?
Comme me le disait quelques bons amis qui me veulent du mal
, cesse de vouloir penser à 500 pieds, il y a foule. Il y a trop de bruit. Reviens à ce que tu faisais de mieux dans tes dernières années au Devoir, ou avec Barsalo, Cartier et Husband, réfléchis à 100 000 pieds. Reviens au «big picture». Et tiens toi en là tout en connectant les réseaux, une de tes grandes forces.
Cette démarche que j’entreprend ne se veut donc pas un repli comme me le l’a souligné un lecteur de ce billet. Et encore moins une obligation. C’est plutôt une opportunité, une occasion de tenter de faire avancer modestement les choses à ma façon avec quelques personnes. De contribuer au changement. Parlons donc ici (merci ô généreux lecteur) de catalyseur d’opportunités.
Au cours des prochaines semaines, il y aura donc la (re)mise en ligne de ConstellationW dans sa forme originale, avec par la suite, le transfert vers une plate forme plus ouverte. Un nouveau texte signé Cartier et quelques autres sur lequel nous travaillons depuis quelques temps. Et de mon côté, je tenterai de refaire connecter des réseaux en tentant (wish me luck) de faire revivre un certain RVTI que quelques-uns ont connu du temps qu’on ne parlait pas encore du Web ou d’Internet.
Mais un RVTI différent. Un RVTI 2 qui saura s’approprier les outils actuels. Avec une vision différente et en accord avec l’époque actuelle et la rupture que nous vivions. Un RVTI qui s’appuiera non pas sur les fameux trois pôles de Cartier. Mais plutôt sur 4 pôles. Car dans l’analyse de Cartier, je ne peux que lui reprocher une chose, celle d’avoir évacué le pôle politique. Toute analyse ne peut être complète que si ces 4 pôles sont abordés. Bref, en lieu et place d’un triangle, j’estime que ce modèle devrai plutôt prendre la forme d’une pyramide. Un modèle 3D et non pas 2D. Qui nous obligera à penser et réfléchir sur plusieurs plans simultanément.
Bref, ce RVTI (et qui sait si ce nom sera retenu ou pas) sera composé de penseurs et d’intellectuels, et réunira des jeunes et des aînés. Car il y en a marre de voir évacuer le discours des intellectuels et des penseurs. À mon avis, c’est le moment idéal pour revenir sur la place publique.
Qui sait si cela ne pourra pas se harnacher sur un certain Citoyen Numérique ou encore nous mener à refaire des conférences ConstellationW. À prendre position sur la place publique. Je ne sais pas trop encore. Le modèle est encore flou, mais comme bien de ces jeunes natifs du numérique, faisons-le et nous verrons ensuite ou cela nous mènera. Et si ça fonctionne, tant mieux, Et si ça ne lève pas, j’aurai au moins le plaisir de me dire que j’aurai tenté le coup.
Sign off.
Le facteur WIIFM (what’s in it for me)
Depuis quelques jours, je bosse sur une recherche qui servira à produire un billet complémentaire à celui de Michäel Carpentier. Et cette recherche m’oblige entre autre chose à me relire, à tenter de voir si une réflexion parue cinq années auparavant tenait toujours la route.
Parmi les articles que j’avais publié dans le Devoir, il en est un qui, je le constate, pourrait très bien s’appliquer au PlanNumériquePourLeQuébec, une idée de Patricia Tessier que Martin Comeau a voulu associer à un espace de réflexion. Cela dit, ne nous leurrons pas. Malgré la campagne électorale en cours, rien ne surviendra à court terme. Il ne s’agit pas d’un sprint, mais bien d’un marathon. Un marathon qui a connu plusieurs faux départs.
J’ai encore en mémoire ma participation (suite à mon départ du Devoir) au «Comité des sages» que le Gouvernement du Québec avait mis en place, suite à la publication du rapport Gautrin. On constate aujourd’hui que peu de choses ont vraiment avancé.
Bref, si cela peut aider, je met en ligne une entrevue que j’avais réalisé avec Bill Piatt lors de la conférence GovNet ’03. Détail cocasse, lors de cette conférence, j’avais reçu à notre résidence d’Ottawa-Hull le chercheur Dominique Wolton et le consultant Pierre de la Coste. En compagnie de plusieurs adjoints politiques, nous avions assisté à la victoire de Jean Charest sur Bernard Landry. Et c’est la première fois que je voyais Wolton incapable de rien dire, tellement il était flabergasté par la politique d’ici.
Mais revenons à Bill Piatt. Bill Piatt, c’est l’homme qui a dirigé le déploiement du portail gouvernemental FirstGov, un guichet unique où les citoyens pouvaient trouver toute l’information générée par l’administration publique américaine. Sachant que ses propos seraient publiés dans un quotidien francophone, l’homme avait fait preuve d’un bel esprit d’ouverture, d’une rare générosité et d’une candeur exceptionnelle lorsque je l’avais interviewé. Nous avions finalement passé plus de 3 heures à discuter ensemble de plusieurs enjeux et défis reliés au e-gouvernement et à la mise en place d’un état numérique.
Car pour réaliser un état entièrement numérique, outre l’enjeu fondamental du haut-débit, le gouvernement doit être lui-même un utilisateur modèle qui agira comme courroie de transmission pour inciter les citoyens, les entreprises et toute la société civile à se joindre à lui pour réaliser ce concept. Ce texte plein d’enseignements (qui devraient cependant être adapté aux spécificités québécoises) fait donc état des défis que Piatt a dû relever afin de concrétiser FirstGov.
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FirstGov, un portail pour les citoyens.
Si vous croyez que la mise en place d’un portail national comme celui du gouvernement du Québec ou du Canada est tout un défi à relever, imaginez celui de réaliser un portail regroupant 260 organismes différents, 22 000 sites Internet distincts, et 27 millions de pages à indexer hebdomadairement. Tout cela, en 90 jours. Bienvenue à FirstGov, le portail made in USA.
Nombreuses sont les personnes qui croient que la réalisation d’un portail national est uniquement un défi technologique. Après tout, il s’agit de réunir des masses d’informations sous un même toit, non? «Faux», de dire Bill Piatt, le grand responsable de la mise en place de FirstGov que nous avons rencontré la semaine dernière lors de la conférence GovNet 03: «Si ce n’était que des contraintes technologiques, un portail national comme FirstGov aurait probablement vu le jour plus rapidement». Et pourtant, entre le décret présidentiel et le lancement, seulement 90 jours se sont écoulés.
Mais, au royaume de Dubya, la politique et les lobbys sont rois et maîtres. Selon Piatt, «ceux-ci peuvent, en moins de deux, tuer une initiative nationale qui pourtant est destinée à servir les citoyens».
Welcome to Washington.
Les défis de FirstGov
Servir le citoyen; regrouper sous un même toit tous les services offerts par un gouvernement national; héberger la quasi-totalité des sources d’informations qu’une administration publique a à offrir aux citoyens et aux entreprises du pays, tels sont les buts — nobles — de FirstGov. Né d’une initiative du président Clinton, le défi de FirstGov — et de Bill Piatt et son équipe — était d’offrir aux citoyens un guichet unique où trouver toute l’information possible générée par l’administration publique américaine.
Les défis, eux, étaient fort nombreux. Après tout, nous parlons ici d’un gigantesque portail regroupant 22 000 sites Internet différents, 260 agences gouvernementales distinctes et 27 millions de pages Web à indexer à toutes les semaines. De plus, il y avait une notion de confiance à insuffler au grand public.
Or comme les données personnelles aux États-Unis sont plutôt considérées comme une marchandise, Bill Piatt avait déjà tout un défi à relever. Par exemple, en Floride, l’administration publique de l’État avait décidé d’accepter l’offre gracieuse et gratuite d’une entreprise faisant des appareils servant à numériser les photos sur les permis de conduire. Seul petit hic, en contrepartie, l’entreprise en question s’est mise à revendre à des sociétés de crédit les photographies numériques en les appairant avec le numéro du permis et le nom du propriétaire du permis. Tout ce qu’il fallait pour donner une crise cardiaque aux dirigeants de la Commission d’accès à l’information du Québec.
Pressions politiques
Second défi pour Piatt: vaincre les pressions politiques. En effet, aux États-Unis, patrie des puissants lobbys aux moyens illimités, l’information est reine. Ceux qui la détiennent, traditionnellement les lobbys, peuvent se permettre de monnayer très cher cette connaissance de l’administration publique.
Or en mettant en ligne autant d’informations, l’équipe de FirstGov allait donc amoindrir les pouvoirs et les connaissances que les lobbyistes détenaient. FirstGov était donc une menace pour eux. Inutile de dire que les pressions des lobbys sur la Maison-Blanche et l’équipe du président furent intenses. Mais c’est l’entrée en scène d’un second groupe de lobbyistes qui a failli tuer le projet. En effet, pour les lobbys pro liberté d’expression. FirstGov était un magnifique véhicule pour redonner du pouvoir aux citoyens. Et eux aussi se mirent à faire des pressions sur la Maison-Blanche.
Excédée, la Maison-Blanche ne savait plus trop quoi faire. Demander à l’équipe de Bill Piatt de mettre la pédale douce ou, au contraire, lui demander de continuer à mettre en ligne encore plus de contenus?
La solution, c’est Bill Piatt qui l’a trouvée. Devant les pressions quotidiennes, l’équipe de FirstGov a réagi au quart de tour et, en moins de trois mois, a lancé le portail FirstGov tout en appliquant les principes suivants:
- La simplicité avant tout, le bon vieux principe KISS (keep it simple stupid) si cher aux Américains;
- réagir rapidement face aux événements et aux pressions politiques;
- si votre proposition n’est pas claire, communiquez, communiquez, communiquez. Et dans le doute, recommencez;
- vous devez avoir l’appui du plus haut niveau de l’administration;
- toujours se souvenir que tout projet gouvernemental, même s’il est destiné au grand public et qu’il est totalement apolitique, est et demeure un projet politique;
- moins vous bousculerez de personnes, moins vous aurez de résistance;
- toujours prévoir le facteur WIIFM (what’s in it for me).
Le pépin
Cependant, quelques mois à peine après le lancement de FirstGov, vint un pépin: l’élection d’une nouvelle administration. Durant plusieurs mois, l’administration Bush examinait «la bébelle de Clinton» en se demandant quoi faire avec. Liquider le tout et recommencer avec une nouvelle orientation? Laisser le tout en place. Pour Piatt et son équipe, ce furent des semaines et des mois extrêmement difficiles. La seule certitude que Piatt avait: des budgets de fonctionnement pour moins d’une année. Ensuite? Plus rien.
Le 11 septembre toutefois, tout changea. En quelques heures, FirstGov devint le portail le plus consulté par tous les Américains. Conseils pratiques, liste des personnes disparues, liste des personnes retrouvées vivantes, liste des personnes retrouvées mortes, qui, quand quoi, où, comment, toutes ces questions, FirstGov y répondait avec efficacité.
De nombreuses personnes de l’administration Bush y trouvèrent l’information nécessaire à la bonne marche du pays en ces temps de crise, et ce, bien avant que les fonctionnaires concernés puissent répondre aux questions posées. FirstGov venait de prouver son utilité auprès de tous les membres de l’administration Bush.
Aujourd’hui, le bien-fondé de FirstGov ne fait plus aucun doute, ni sa survie. Les événements du 11 septembre ont fait la preuve de la force de l’information libre par rapport aux institutions. Piatt a quitté l’équipe de FirstGov pour se joindre à la société Unisys. Mais FirstGov, quelle que soit l’administration en place et les pressions des lobbys, est là pour longtemps.
Une licence exemplaire, un modèle à suivre
C’est un micro-billet de Clément Laberge sur Twitter qui attiré mon attention sur Coté Blogue, ce nouvel espace collaboratif développé pour Archaumbault et conçu pour les cinéphiles, mélomanes et passionnés de lecture. Toute personne intéressée à écrire ne serais-ce qu’un seul billet se voit offrir un accès à l’outil de publication.
Mon côté tordu m’a immédiatement dirigé vers les conditions d’utilisation, sachant que certaines d’entre elles peuvent être assez restrictives.
Surprise, ce que j’y lis est sans contredit LE modèle à suivre et duquel tous devraient s’inspirer. Quelle est le nom cette personne audacieuse qui a renoncé à immposer les licences restrictives traditionnelles en lieu et place de licences de type Creative Commons, on ne le sait pas (bien que je m’en doute un peu). Mais on peut lui dire qu’elle est une des rares à avoir compris cette notion de partage inscrit au coeur même du concept du web 2.
Extraits des conditions d’utilisation
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Corporate welfare
Québec accorde une aide financière de 1,5 million $ au Grand Prix du Canada.
(…)
Cette aide de Québec s’ajoute à d’autres aides gouvernementales et privées qui totalisent 4 millions de dollars.
Presse Canadienne. Québec accorde une aide de 1,5 M$ au Grand Prix. Cyberpresse.
Bulle? Vous avez dit bulle?
Tête brillante
Mais ce qui rend Michel Beaudet encore plus fier, ce n’est ni l’argent ni la popularité. C’est d’avoir changé les règles du jeu. «Je n’ai pas demandé de subvention, je n’ai pas fait de focus group. J’ai écouté mon instinct et j’ai changé le modèle.»
Cyberpresse, Entrevue de Nathalie Petrowski avec Michel Beaudet, créateur des Têtes à claques.
Capitalisme éthique, selon St-Rocard
Un texte remarquable que l’on devrait tapisser sur tous les murs de l’Institut économique de Montréal. Et envoyer par poste recommandée express à Lucien Bouchard.
Henry Ford, constructeur automobile américain (1863-1947), ne fut pas seulement pendant une quinzaine d’années le plus gros industriel du monde. Il fut aussi l’un des sauveteurs du capitalisme frappé gravement par la crise de 1929: c’est la politique des hauts salaires, dont il est l’inventeur, qui assura le redémarrage de la consommation. C’est dire toute l’importance de ses intuitions.
Il aurait affirmé à diverses reprises que le capitalisme ne saurait vivre et se développer sans respecter une éthique rigoureuse. Il était à ses yeux mauvais — moralement — qu’un chef d’entreprise se paye plus de quarante fois la rémunération moyenne de ses employés. Lui-même respectait cette règle à son propre endroit. La clé de ce jugement tient en ceci que le capitalisme est assurément la forme d’organisation sociale qui garantit les plus grandes marges de liberté à tous les acteurs du système. Cela ne peut évidemment pas tenir sans un haut degré d’autolimitation et d’autocontrôle.
Copyright Criminals: Rien n’est sacré
En culture, il n’y a rien de sacré. Et encore moins en musique. Que Mocean Worker reprenne à son compte un vieux morceau de Rare Earth (I just want to celebrate), et je trouve cela tripatif. J’écoute et j’adore les versions de Birdland de Weather Report réarrangées par Quincy Jones ou Manhattan Transfer. J’aime passionnément le hip-hop et tous ces nouveaux courants qui carburent au sampling et à la table tournante.
Même ces monstres sacrés que sont les Beatles…
Désolé, mais il n’y a rien de sacré dans la discographie des Beatles. Ou celles des Beach Boys. J’admire d’ailleurs l’audace dont on fait preuve les meilleurs musiciens de métal en décortiquant l’œuvre des Beatles et en lançant l’album Butchering the Beatles. Inégal comme album, mais il fallait le faire, ne serait-ce que pour écouter LE son de guitare se Steve Vai sur Hey Bulldog ou la basse de Lemmy Kilmister (Motorhead, mais surtout, ex-Hawkwind) sur Back in the USSR. Même Earth Wind & Fire avec leur version de Got to Get You Into my Life, j’ai aimé. Il n’y a rien de sacré.
Et j’espère qu’il en sera toujours ainsi car de tout temps, les créateurs ont accouché de leurs meilleures musiques en COPIANT ou EN S’INSPIRANT de ceux qui les avaient précédés. On répète, de tout temps, tous les musiciens ont copié d’une façon ou d’une autre ceux qui les ont précédés. Ceux-ci ont pigé leur inspiration dans le style, le rythme, ou tout simplement, un son, une note, un cri.
James Brown, The Godfather of Soul, est sans doute l’homme le plus échantillonné qui soit. De même que son band. Et ce repiquage de petits clips sonores empêche t-il The Hardest-Working Man in Show Business de bien vivre de ses droits d’auteurs? Le fait qu’un autre créateur ait assimilé et arrangé à son goût une sonorité tirée d’une pièce de James Brown a t-il nuit à ses ventes? Poser la question, c’est y répondre.
Évidemment, on s’entend qu’un créateur qui repique un phrasé au complet, ou toute une mesure d’une œuvre devrait peut-être verser une quelconque compensation à son créateur original. Mais le blow d’une section de brass, le pop d’un doigt sur une basse (slapping), le oomph d’un bass-drum, même le cri de James Brown… voyons donc. Surtout si par la suite, le dit son est ensuite retravaillé par le nouveau créateur.
On le répète encore une fois : depuis toujours, les créateurs se sont inspirés librement de ceux qui les ont précédés. Point à la ligne.
Or, avec la démocratisation des outils de création, on serait porté à croire que la musique serait à vivre son âge d’or.
Pas du tout. Zilch. Nada. Niente.
Tout ceci, parce que les lois sur la propriété intellectuelle se situent non seulement à l’opposé des opportunités offertes par les technologies et les nouveaux outils de création, mais en plus, les nouveaux projets de lois tels que se proposent d’introduire plusieurs gouvernements nationaux veulent encore plus réduire les possibilités offertes par le numérique.
Bref, écoutez la bande-annonce d’un documentaire à venir, Copyright Criminals, sur les enjeux de la propriété intellectuelle dans le monde de la musique. Si une image vaut milles mots, celles qui suivent valent sûrement une prise de conscience de votre part. Parce que tôt ou tard, le gouvernement en place, ou celui qui suivra, voudra revoir de fond en comble les lois sur la propriété intellectuelle et le droit d’auteur.