Depuis vendredi, le (trop) petit monde des médias québécois est en ébullition. Le Devoir annonce avoir eu vent de rumeurs, confirmées par « plusieurs cadres du Journal de Montréal« , selon lesquelles Patrick Lagacé ferait le saut du Journal de Montréal chez le concurrent, La Presse. Il n’en fallait pas plus pour que la machine médiatique s’emballe un brin. Plus tard dans la journée, des rumeurs font état du passage de l’autre Francs-Tireurs, Richard Martineau, de l’hebdomadaire Voir au Journal de Montréal.
Comme les deux tiennent blogues sur Toile, les chroniqueur-blogueurs de la blogosphère québécoise y vont de leur théorie, des rumeurs et de potinages, quand ce n’est pas propos quasi-conspirationnistes.
Voulant calmer un peu la machine, Patrick Lagacé publie un dernier billet sur son blogue où il confirme la nouvelle: « C’est vrai. Je quitte le Journal de Montréal. »
Sauf qu’à la lecture ce billet, je ne reconnais pas le Patrick « no bull » Lagacé que j’aime bien et je respecte. There’s something fishy.
La surprise devant la rumeur qui n’en est plus une? Le décalage? La fatigue? Toutes ces réponse? Hey, l’homme est humain. À vrai dire, n’oublions donc pas qu’avant toute chose, t’as beau travailler dans le domaine des médias, rien ne te prépare à être LA nouvelle. Et il y a des fois que les mots publiés ne sont pas ceux que tu aurais voulu dire. Bref, c’est une hypothèse. La mienne. Et la seule chose à faire, autant comme journaliste de métier que journaliste citoyen (choisissez le chapeau qui vous convient, c’est la maison qui invite), c’est de vérifier à la source. Courriel, téléphone et proposition à Pat, semblable à celle que j’avais fait à François Cardinal lorsque celui-ci avait publié un billet égratignant la blogosphère: tu veux clarifier tes propos? Je t’offre l’espace, le moment de ton choix, et pour le reste, you’re on your own..
Pat m’a toutefois demandé de faire une petite mise en contexte avant de publier, mise en contexte que voici. Pour le reste, c’est du Pat. Bon vent, sailor! Là, je te reconnais un peu plus.
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Quelques commentaires sur mon départ
Par Patrick Lagacé
Tout d’abord, merci Michel de m’avoir proposé ton blogue pour faire quelques mises au point et quelques observations, dans la foulée de ma démission au Journal de Montréal.
Premièrement, c’est drôle de « devenir l’histoire », pour emprunter une expression du journalisme anglo-saxon, quand un journaliste fait l’objet d’une couverture médiatique. T’ouvres La Presse et ton nom est dans un titre. Tu regardes LCN, on parle de ton départ. Sur les blogues, ça suppute sur les raisons de ton déménagement.
Ayoye !
Pourquoi je pars ? Je ne veux pas m’étendre là-dessus. Les raisons spécifiques qui m’ont poussées à réfléchir à mon avenir m’appartiennent. Commencer le début d’une explication sentirait le règlement de comptes. Mais c’est sûr qu’il y a eu une sorte de rupture, bien évidemment. Cette rupture a provoqué une réflexion : est-ce que je veux rester ici ? C’est aussi nono que ça.
Sauf que c’est un peu comme un divorce : la responsabilité est partagée. Et chacun est convaincu d’avoir raison, dans sa version de l’histoire. J’étais convaincu, à l’os, d’avoir raison, dans mon histoire. Alors je suis parti, tout simplement, parce que moi, je n’ai pas de talent pour la morosité et je voulais à tout prix éviter de devenir comme ces inévitables piliers de salle de rédaction, que tout le monde connaît dans le milieu : aigris, chialeux, bougonneux. Alors je suis parti, that’s it.
Moi, je suis un gars de journaux, j’aime l’ambiance des salles de rédaction de ce média fait d’arbres morts, j’aime les gens qui peuplent les journaux. C’est viscéral. Je ne me vois pas comme un gars de TV, je suis un gars de journaux. Et je pars vers un sacré bon journal, qui a beaucoup changé depuis trois ans, que je lis avec plaisir. Ceux que je connais qui bossent là y trippent comme des ti-culs. Alors…
Clarifions une chose : Richard Martineau ne quitte pas Voir parce que je quitte le Journal de Montréal. Et je ne quitte pas parce qu’il arrive (je le souligne car j’ai lu sur un blogue une « théorie » à cet effet) ! Richard et le Journal ont commencé à se parler quand Franco a annoncé qu’il s’en allait en sabbatique, pendant un an. Aucun rapport avec moi. J’ai appris début novembre que le Journal de Montréal et mon co-animateur des Francs tireurs flirtaient, le jour avant le départ de l’équipe pour Paris. Il m’a confirmé lundi soir, à Paris, son embauche. Je savais alors que je partais pour La Presse. On a bien ri de ces déménagements parallèles. Il a eu la meilleure réplique : « Deux bateaux qui se croisent dans la nuit »
De toute façon, dire qu’il me remplace, c’est mal connaître le mandat qui était le mien au Journal de Montréal : je pouvais faire passer mes opinions, oui, mais à travers des couvertures. Je devais aller sur le terrain. Ce ne sera pas le mandat de Richard, il fera du commentaire pur, livrera sa vision du monde, comme dans Voir. Question de « casting », bien sûr, mais aussi de convention collective : les pigistes embauchés par le Journal de Montréal ne peuvent pas couvrir d’événements comme tel. Je suis trèèèèès heureux pour lui : Richard souhaitait depuis longtemps écrire dans un quotidien. Il va le faire dès cette semaine. D’une belle tribune, en plus. Good for him.
Un autre truc, lu sur un blogue, aussi : Canoë aurait « cavalièrement » déplogué mon blogue. Canoë a attendu 48 heures avant de déploguer la patente — dimanche après-midi — ce n’est pas ce que j’appelle agir de façon cavalière, dans le contexte d’hyper-compétition des médias. Je m’en vais bloguer/écrire chez le concurrent, les amis : je suis étonné que mon blogue ait survécu à la matinée de samedi.
Une blogueuse a émis l’idée que mon cas démontre la nécessité, pour les journalistes-blogueurs, de se doter de « point com » personnels, mettant leurs blogues à l’abri de déménagements semblables. Belle idée. Dans un monde idéal, c’est ce que je ferais. Mais on ne vit pas dans un monde idéal. Être hébergé sur le site d’un « gros » média offre des avantages réciproques pour le média et le blogueur. Le média glane des « clics », qu’il offre à ses annonceurs, pour vendre des pubs. Le blogueur gagne une visibilité, d’une part ; et une protection, de l’autre.
Sur mon blogue, j’égratigne parfois des gens, des personnages publics : si je fais ça sur Blogger, je n’ai aucune protection juridique de mon employeur. Si je le fais sur Canoë, ou sur Cyberpresse, je suis protégé en cas de poursuites. Ce n’est pas rien. C’est, en fait énorme, comme différence dans le résultat final. Ça donne un blogue plus mordant, plus candide, moins « sur les breaks ».
De plus, lorsque je lis cette remarque sur le même blogue « … seulement je serai convaincue que 100% de ce qu’y s’y trouvera sera ce qu’ils veulent bien y mettre. » : mon départ du Journal de Montréal n’a rien à voir avec le « contenu ». En trois ans de chroniques, jamais le boss n’a tenté de me faire écrire quelque chose contre mon gré, n’a tenté de me faire écrire sur tel ou tel truc, sur Occupation double ou sur quoi que ce soit. Explication qui n’est pas très charitable pour moi-même : les chroniques poches que j’ai pondues, j’en suis l’unique responsable, personne à blâmer… Et donc, exit la théorie du grand complot selon laquelle les boss ou PKP passent leur commande aux chroniqueurs.