Livre de journaliste

Au lancement de son livre ce soir (L’instinct Dumont), Denis Lessard terminait son petit laïus de circonstance sur ces mots:

« … les quelques collègues à qui j’avais fait lire mon manuscrit m’ont tous dit: « C’est un vrai livre de journaliste. » On ne pouvait me faire plus beau compliment.»

Dieu sait qu’aujourd’hui, et particulièrement aujourd’hui, c’est ce que j’avais besoin d’entendre.

Un message de Patrick Lagacé

Depuis vendredi, le (trop) petit monde des médias québécois est en ébullition. Le Devoir annonce avoir eu vent de rumeurs, confirmées par « plusieurs cadres du Journal de Montréal« , selon lesquelles Patrick Lagacé ferait le saut du Journal de Montréal chez le concurrent, La Presse. Il n’en fallait pas plus pour que la machine médiatique s’emballe un brin. Plus tard dans la journée, des rumeurs font état du passage de l’autre Francs-Tireurs, Richard Martineau, de l’hebdomadaire Voir au Journal de Montréal.

Comme les deux tiennent blogues sur Toile, les chroniqueur-blogueurs de la blogosphère québécoise y vont de leur théorie, des rumeurs et de potinages, quand ce n’est pas propos quasi-conspirationnistes.

Voulant calmer un peu la machine, Patrick Lagacé publie un dernier billet sur son blogue où il confirme la nouvelle: « C’est vrai. Je quitte le Journal de Montréal. »

Sauf qu’à la lecture ce billet, je ne reconnais pas le Patrick « no bull » Lagacé que j’aime bien et je respecte. There’s something fishy.

La surprise devant la rumeur qui n’en est plus une? Le décalage? La fatigue? Toutes ces réponse? Hey, l’homme est humain. À vrai dire, n’oublions donc pas qu’avant toute chose, t’as beau travailler dans le domaine des médias, rien ne te prépare à être LA nouvelle. Et il y a des fois que les mots publiés ne sont pas ceux que tu aurais voulu dire. Bref, c’est une hypothèse. La mienne. Et la seule chose à faire, autant comme journaliste de métier que journaliste citoyen (choisissez le chapeau qui vous convient, c’est la maison qui invite), c’est de vérifier à la source. Courriel, téléphone et proposition à Pat, semblable à celle que j’avais fait à François Cardinal lorsque celui-ci avait publié un billet égratignant la blogosphère: tu veux clarifier tes propos? Je t’offre l’espace, le moment de ton choix, et pour le reste, you’re on your own..

Pat m’a toutefois demandé de faire une petite mise en contexte avant de publier, mise en contexte que voici. Pour le reste, c’est du Pat. Bon vent, sailor! Là, je te reconnais un peu plus.

* * * * *

Quelques commentaires sur mon départ
Par Patrick Lagacé

Tout d’abord, merci Michel de m’avoir proposé ton blogue pour faire quelques mises au point et quelques observations, dans la foulée de ma démission au Journal de Montréal.

Premièrement, c’est drôle de « devenir l’histoire », pour emprunter une expression du journalisme anglo-saxon, quand un journaliste fait l’objet d’une couverture médiatique. T’ouvres La Presse et ton nom est dans un titre. Tu regardes LCN, on parle de ton départ. Sur les blogues, ça suppute sur les raisons de ton déménagement.

Ayoye !

Pourquoi je pars ? Je ne veux pas m’étendre là-dessus. Les raisons spécifiques qui m’ont poussées à réfléchir à mon avenir m’appartiennent. Commencer le début d’une explication sentirait le règlement de comptes. Mais c’est sûr qu’il y a eu une sorte de rupture, bien évidemment. Cette rupture a provoqué une réflexion : est-ce que je veux rester ici ? C’est aussi nono que ça.

Sauf que c’est un peu comme un divorce : la responsabilité est partagée. Et chacun est convaincu d’avoir raison, dans sa version de l’histoire. J’étais convaincu, à l’os, d’avoir raison, dans mon histoire. Alors je suis parti, tout simplement, parce que moi, je n’ai pas de talent pour la morosité et je voulais à tout prix éviter de devenir comme ces inévitables piliers de salle de rédaction, que tout le monde connaît dans le milieu : aigris, chialeux, bougonneux. Alors je suis parti, that’s it.

Moi, je suis un gars de journaux, j’aime l’ambiance des salles de rédaction de ce média fait d’arbres morts, j’aime les gens qui peuplent les journaux. C’est viscéral. Je ne me vois pas comme un gars de TV, je suis un gars de journaux. Et je pars vers un sacré bon journal, qui a beaucoup changé depuis trois ans, que je lis avec plaisir. Ceux que je connais qui bossent là y trippent comme des ti-culs. Alors…

Clarifions une chose : Richard Martineau ne quitte pas Voir parce que je quitte le Journal de Montréal. Et je ne quitte pas parce qu’il arrive (je le souligne car j’ai lu sur un blogue une « théorie » à cet effet) ! Richard et le Journal ont commencé à se parler quand Franco a annoncé qu’il s’en allait en sabbatique, pendant un an. Aucun rapport avec moi. J’ai appris début novembre que le Journal de Montréal et mon co-animateur des Francs tireurs flirtaient, le jour avant le départ de l’équipe pour Paris. Il m’a confirmé lundi soir, à Paris, son embauche. Je savais alors que je partais pour La Presse. On a bien ri de ces déménagements parallèles. Il a eu la meilleure réplique : « Deux bateaux qui se croisent dans la nuit »

De toute façon, dire qu’il me remplace, c’est mal connaître le mandat qui était le mien au Journal de Montréal : je pouvais faire passer mes opinions, oui, mais à travers des couvertures. Je devais aller sur le terrain. Ce ne sera pas le mandat de Richard, il fera du commentaire pur, livrera sa vision du monde, comme dans Voir. Question de « casting », bien sûr, mais aussi de convention collective : les pigistes embauchés par le Journal de Montréal ne peuvent pas couvrir d’événements comme tel. Je suis trèèèèès heureux pour lui : Richard souhaitait depuis longtemps écrire dans un quotidien. Il va le faire dès cette semaine. D’une belle tribune, en plus. Good for him.

Un autre truc, lu sur un blogue, aussi : Canoë aurait « cavalièrement » déplogué mon blogue. Canoë a attendu 48 heures avant de déploguer la patente — dimanche après-midi — ce n’est pas ce que j’appelle agir de façon cavalière, dans le contexte d’hyper-compétition des médias. Je m’en vais bloguer/écrire chez le concurrent, les amis : je suis étonné que mon blogue ait survécu à la matinée de samedi.

Une blogueuse a émis l’idée que mon cas démontre la nécessité, pour les journalistes-blogueurs, de se doter de « point com » personnels, mettant leurs blogues à l’abri de déménagements semblables. Belle idée. Dans un monde idéal, c’est ce que je ferais. Mais on ne vit pas dans un monde idéal. Être hébergé sur le site d’un « gros » média offre des avantages réciproques pour le média et le blogueur. Le média glane des « clics », qu’il offre à ses annonceurs, pour vendre des pubs. Le blogueur gagne une visibilité, d’une part ; et une protection, de l’autre.

Sur mon blogue, j’égratigne parfois des gens, des personnages publics : si je fais ça sur Blogger, je n’ai aucune protection juridique de mon employeur. Si je le fais sur Canoë, ou sur Cyberpresse, je suis protégé en cas de poursuites. Ce n’est pas rien. C’est, en fait énorme, comme différence dans le résultat final. Ça donne un blogue plus mordant, plus candide, moins « sur les breaks ».

De plus, lorsque je lis cette remarque sur le même blogue « … seulement je serai convaincue que 100% de ce qu’y s’y trouvera sera ce qu’ils veulent bien y mettre. » : mon départ du Journal de Montréal n’a rien à voir avec le « contenu ». En trois ans de chroniques, jamais le boss n’a tenté de me faire écrire quelque chose contre mon gré, n’a tenté de me faire écrire sur tel ou tel truc, sur Occupation double ou sur quoi que ce soit. Explication qui n’est pas très charitable pour moi-même : les chroniques poches que j’ai pondues, j’en suis l’unique responsable, personne à blâmer… Et donc, exit la théorie du grand complot selon laquelle les boss ou PKP passent leur commande aux chroniqueurs.

Prendre le virage de la convergence à 222 km/h

Les faits: le chroniqueur automobile Philippe Laguë se fait prendre à rouler à 222 km/h au volant d’une rutilante torpado. Quelques jours plus tard, le courrier ayant livré avec diligence la bonne vieille enveloppe brune sur la rue Frontenac, le Journal de Montréal fait sa une avec cette nouvelle. Bien qu’il admette son erreur sur toutes les tribunes, Laguë, sur les ondes de Bazzo.fm Bazzo.tv, blâme Quebecor et la convergence. Selon lui, le Journal de Montréal aurait voulu nuire aux ventes de son guide de l’Auto dont la sortie est imminente.

Peut-on régler toute suite quelque chose?

Fait-on dans la convergence chez Quebecor? You bet! Tu parles Charles. Pas plus que tard que ce matin encore… À croire même que Quebecor a inventé le mot convergence. Tout comme cette année, Radio-Canada, après avoir été assis sur le modèle depuis des décennies, vient elle aussi d’allumer et de succomber aux chants de la fée convergence. Les murs érigés depuis toujours entre la télé, la radio et, depuis 10 ans, Internet, viennent de voler en éclats. Et on ne parle pas des amitiés particulières entre la société d’État et Gesca, elle qui, en prime, se laisse tenter par le démon de la concentration. Mais il parait qu’on ne dit pas convergence dans la tour sur René-Lévesque. On parle plus de symbiose. Genre. Style. Tsé.

Bref, si quelqu’un doute le moindrement des affirmations précédentes, je vous signale que je vends le Xanax en boîte de 3000 comprimés (contre trois paiements faciles, transport et manutention non inclus). Alors, qu’on ne parle plus de convergence, qu’on ne pointe plus du doigt l’autre, sachant que tout le monde le fait avec plus ou moins d’importance. Right?

Donc, Laguë. La convergence. Le vilain ogre Quebecor. Le lancement prochain de son livre. Parlons-en. D’autant plus que les chroniqueurs Pat Lagacé et Steve Proulx en parlent eux aussi. Tiens, Louise Cousineau aussi.

Par un étrange hasard, il se trouve que la journée où le Journal est entré en possession de la nouvelle, j’étais au téléphone avec un de ceux qui devait prendre la décision de publier l’information, Mathieu Turbide, directeur adjoint de l’information. Sous le sceau de la confidentialité, Mathieu m’a fait part de cette nouvelle en me demandant ce que j’en pensais? Mon premier commentaire? C’est une nouvelle qui doit être jouée dans les premières pages, en autant que ce ne soit pas un règlement de compte pour ses propos tenus à Tout le monde en parle sur l’éthique de ses confrères. « Si le moindrement vous faites allusion à son passage à l’émission, alors il y aura apparence de règlement de compte ».

Je dois dire que Mathieu a fait une fois une (très courte) allusion à cela, dans l’ensemble de notre conversation. Mais en ne faisant aucun lien entre cette critique acerbe de Laguë envers ses collèques et l’article à venir. Seulement pour dire que c’est la sortie (fort médiatisée le lendemain) de Laguë à Tout le monde en parle qui avait vraiment fait connaître Laguë aux yeux du grand public, celui qui ne lit pas le Devoir ou les chroniques vroom-vroom. Rappelons que TLMEP fait plus d’un million de cote d’écoute à chaque semaine. C’est du monde en tab… aurait dit Moose Dupont. Bref, small talk only.

À la fin de notre conversation, quand je lui ai demandé à nouveau, « Tu vas utiliser cela dans le topo? », il m’a répondu « Ben non! ». De même, tout au long de notre discussion, pas une seule fois il n’a été question du livre, de la convergence ou du Devoir. Et jamais je n’ai senti dans le ton de voix de Mathieu que le lancement de son livre pouvait jouer sur le placement de la nouvelle en une. Le savait-il d’ailleurs? Moi, pas du tout.

Fin de l’histoire. Front page le lendemain.

Soit dit en passant, si je puis me permettre un commentaire, « l’ennemi » chez Quebecor, c’est La Presse et Radio-Canada, pas le Devoir. À ce que je sache, depuis monsieur Péladeau père, le Journal et Quebecor n’ont t-ils pas été toujours sympathique au Devoir? Ce qui est arrivé à Philippe est triste, soit. Mais il a prit une chance en conduisant à une vitesse folle… et il a perdu. Depuis la publication de cette histoire dans les pages du Journal, j’ai toujours trouvé que Philippe avait très bien assumé son erreur…jusqu’à cette entrevue avec Marie-France Bazzo. Carton rouge pour Philippe sur la convergence. C’est triste à dire, mais il semble qu’on ne peut pas pas être tous des Christine St-Pierre et assumer avec dignité ses erreurs.

Si jamais Philippe lit ce billet, je suis prêt à venir lui répéter en face ce que je viens d’écrire.

Déclaration d’intérêt: En date d’aujourd’hui, je n’ai aucun contrat, ni projet en cours avec le Journal ou une des filiales de Quebecor. Nothing, rien, zilch. De même, dans le passé, jamais je n’ai eu de contrat avec le Journal ou une des filiales de Quebecor, ou encore un projet. Et à cette minute, je n’ai aucun projet ou contrat à venir avec Quebecor.

PS: En passant, vous devriez vous rappeler ceci: Les médias ne sont pas là pour informer. Ils sont là pour faire des profits au bénéfice de leurs actionnaires. Rien d’autre. Toutefois, les journalistes et les artisans qui oeuvrent dans les médias, eux, sont là pour informer. S,agit juste de trouver la zone de confort pour les deux parties.

Certains esprits étriqués vous diraient que les journalistes sont un mal nécessaire dans un journal. Étriqué, ça veut dire mesquin non?

À propos de l’éditorial de François Cardinal

Suite à l’éditorial de François Cardinal du journal La Presse ayant pour titre “Bloguer pour ne rien dire”, ma première réaction fut de réagir, mollement je l’avoue, aux propos du nouvel éditorialiste du quotidien de la rue Saint-Jacques. Mollement, car je savais qu’en laissant parler mon caractère (à l’occasion bouillant), ceci n’aurait strictement rien apporté au débat. Bref, entre le courriel et le téléphone, rien ne vaut une bonne conversation… entre quatre z’oreilles. ;-)

Dring! Bonjour François.

Bien que je ne connaisse pas très bien François Cardinal (nous nous sommes vus seulement à 5 ou 6 reprises dans le passé, alors qu’il travaillait au Devoir), la discussion fut cordiale, et les échanges à mon avis, fructueux. Quelle ne fut pas toutefois ma surprise lorsque François m’avoua que, suite à son édito, personne n’avais prit la peine de lui envoyer un courriel pour exprimer à tout le moins, son désaccord. C’est seulement aujourd’hui que François a fini par recevoir une première réaction, réaction qui originalement, avait été publiée sur le blogue de sa conjointe, Josée Blanchette.

Évidemment, le fait que les éditoriaux de La Presse ne soient pas publiés sur la Toile n’a sûrement pas aidé le petit monde de la blogosphère à réagir au billet de Cardinal.

Bref, j’ai donc demandé à François la permission de publier son éditorial sur ce carnet afin que les lecteurs puissent se faire une tête et réagir à ses propos. Mieux encore, accepterais-t-il de livrer une première réaction aux billets que Clément Laberge, Jean-Pierre Cloutier, Mario Asselin et moi avons publié sur le sujet afin de lancer une discussion (souhaitons-le).

“Avec grand plaisir!”

Voici donc, dans l’ordre, l’éditorial de François Cardinal publié originalement dans La Presse du 3 mars, et la première réaction de François aux critiques de la blogosphère.. Je tiens à signaler que Le Devoir et La Presse n’ont rien à voir dans ce simple échange cordial entre deux collègues et les lecteurs de ce carnet. De plus, contrairement à tous les billets publiés sur ce carnet Web, les droits de l’éditorial de François Cardinal et sa réplique ne sont pas couverts par la licence Creative Commons. Les propos de François Cardinal n’engagent que son auteur.

Je remercie très sincèrement François Cardinal d’avoir voulu jouer le jeu de la discussion tout en souhaitant que les échanges avec les lecteurs puissent être nombreux et cordiaux. Évidemment, François entend bien venir échanger avec les lecteurs de ce carnet.

Réplique de François Cardinal

D’abord, précisons une chose : l’éditorial du 3 mars n’est nullement une attaque contre les blogues, ni même les blogueurs. C’est plutôt la remise en question d’un discours, peut-être extrémiste, mais néanmoins présent sur le Web. Et ceux qui prétendent le contraire semblent avoir oublié le discours par trop enthousiaste qui animait la blogosphère anglophone lors des dernières élections américaines.

Mais passons. Il est dommage que les critiques ne portent que sur ce sujet alors que l’éditorial contenait bien d’autres commentaires que je considère pertinents.

La révolution, disais-je, n’est pas entamée. Malgré ce que peut en dire Michel Dumais, qui compare ma réaction à celle qu’a eue l’industrie du disque face à la révolution qui la secoue, je ne crois pas que l’on puisse parler de «révolution» en parlant des blogues. Du moins, pas encore.
Bien des blogueurs semblent avoir le nez un peu trop collé sur leur écran, ce qui les empêche de voir le fouillis que constitue aujourd’hui la blogosphère… pour les non initiés.

Trouver des blogues intéressants est un véritable tour de force lorsqu’on a un nombre d’heures limitées dans une journée. La comparaison de Michel Carpentier, qui m’accuse de m’en tenir à l’équivalent du National Enquirer pour tirer mes conclusions, est plus que boiteuse.
Si l’on pousse cette comparaison plus loin, il y a à l’heure actuelle quelques très rares New York Times dans une mer – que dis-je? un océan – de millions de National Enquirer. Comment le commun des Internautes peut-il s’y retrouver?

Pour un Paul Wells, combien de milliers de blogueurs incapables de s’élever au-dessus de leur nombril? Pour une Rebecca McKinnon (j’ai vérifié l’orthographe du nom pour éviter que Jean-Pierre Cloutier s’attaque à ma réputation), combien de blogueurs qui ne savent pas écrire? Pour un Jean-Pierre Cloutier (dont je respecte habituellement les analyses), combien de blogueurs qui ne savent pas faire la différence entre de l’information et des rumeurs (un souffleur électronique dans le dos de Bush… Come on!)?

On me parlera de révolution lorsque ma mère pourra se promener librement dans la blogosphère et y trouver ce qu’elle recherche, rapidement. On me parlera d’une révolution de l’accessibilité lorsque les blogues le seront davantage que par leur seule existence. On me parlera de révolution du contenu lorsqu’il sera possible de retrouver rapidement un blogue sur un sujet précis qui domine la blogosphère par sa crédibilité.

La révolution de l’Internet est venue non pas lorsque l’outil était concentré entre les mains des spécialistes, mais bel et bien lorsqu’il est devenu accessible au plus grand nombre.

***

Imaginez l’Internaute moyen qui entend parler de la «révolution» des blogues et qui tente, sans connaître les grands noms de la blogosphère, d’y pénétrer. Il y trouvera de tout, mais surtout une chose : une clique d’initiés qui parlent entre eux, trop souvent de manière spécialisée.
Et le fait que l’on m’accuse, sur le site Remolino, d’être un «gérant d’estrade», prouve de façon éclatante l’existence de cette bulle des blogueurs… de laquelle sont d’emblée exclus les non initiés.

Contrairement à ce qu’écrivent certains, qui critiquent de manière TRÈS superficielle un édito qu’ils accusent justement d’être superficiel, j’ai tenté l’expérience des blogues au cours des trois derniers mois (merci à Martine Pagé pour son aide sans qui j’aurais eu bien du mal à me retrouver dans ce capharnaüm).

En tant que lecteur et en tant que journaliste, force m’est de constater qu’il faut avoir beaucoup, beaucoup, beaucoup d’heures sur les bras pour transformer les blogues en outil efficace. C’est-à-dire autre qu’un outil de divertissement.

Paul Wells réussit à le faire parce qu’il a le temps de le faire. Et ses articles, qui étaient déjà très bons, sont encore meilleurs depuis.
Mais il est encore trop difficile pour un journaliste spécialisé qui doit pondre trois papiers par jour de tirer profit de la blogosphère autrement que pour y puiser quelques bons sujets, à l’occasion.

***

Je ne dis pas que les blogues sont inutiles, au contraire. Pas plus que je n’ai dit, comme le prétend Jean-Pierre Cloutier, que la présence de journaux intimes, de chroniques d’humeur et de recette culinaires est une mauvaise chose.
Je continue à lire realclimate.org et l’excellent montreal city weblog. Mais, à titre de journaliste, je pourrais tout aussi bien m’en passer. Encore plus à titre d’Internaute.

Pour l’instant, ajoutais-je une fois de plus.

Pourquoi? Tout simplement parce qu’il ne s’agit pas de journalisme (i.e. de rapporter fidèlement les faits qui permettent aux lecteurs de mieux connaître et de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent).

Entendons-nous, il s’agit d’un nouveau mode d’expression qui promet et qui pourrait bien créer une petite révolution dans le monde médiatique. Mais pour l’instant, je persiste à dire, comme Rosenstiel (avec deux s), que les blogues sont l’équivalent de la machine à café.

-30-

Bloguer pour ne rien dire

La Presse
Forum, jeudi 3 mars 2005, p. A16

Éditoriaux

Bloguer pour ne rien dire

Cardinal, François

À lire certains exaltés du Net, une véritable révolution secoue actuellement le monde des médias. Les blogues, ces sites rédigés par n’importe quel internaute doté d’un clavier, ne représenteraient rien de moins que l’avenir du journalisme.

Vous n’avez jamais visité un blogue? Vous ne savez même pas de quoi il s’agit? Dormez sur vos deux oreilles. La révolution est loin d’être entamée.

Commençons par définir la chose. Le mot blogue provient de la contraction des mots anglais web et log. Il s’agit d’un site Internet mis à jour régulièrement et sur lequel l’auteur présente de courts textes datés.

Le contenu d’un blogue, lui, ne peut être défini tant il est hétéroclite. On peut y trouver des journaux intimes autant que des revues de presse, des chroniques d’humeur ou des recettes culinaires.

Alors qu’on dénombrait une vingtaine de blogues au tournant du siècle, il en existe aujourd’hui plus de cinq millions, lesquels attirent plus de 30 millions de lecteurs.

Impressionnant. Mais force est de constater qu’à l’heure actuelle, leur importance ne tient à peu près qu’à leur croissance exponentielle.

Il n’y a qu’à se promener dans ce que l’on appelle la blogosphère pour s’en convaincre.

Premier défi: trouver des sites d’intérêt. Les moteurs de recherche sont tellement déficients qu’il est aussi difficile de trouver un blogue qui traite d’un sujet précis que de trouver une faute d’orthographe dans un dictionnaire. Le Google des blogues se fait toujours attendre.

Deuxième défi: trouver des blogues sérieux et crédibles. Le Net étant un bon exemple de démocratie extrême, tout le monde et son voisin peut écrire n’importe quoi sur n’importe quel sujet. Trouver de l’information à travers ce fouillis représente donc une tâche titanesque.

Pourquoi, dans ce cas, a-t-on pu lire que les blogues constituent une menace pour les médias traditionnels? Parce que les textes sont rédigés, la plupart du temps, par des blogueurs ou des internautes qui passent le plus clair de leur temps devant leur ordinateur. Facile, lorsqu’on est branché en permanence, de partager le bon grain de l’ivraie et de croire que les blogues peuvent devenir l’unique source d’information.

Le problème c’est que les internautes moyens n’ont ni le temps ni l’énergie nécessaires pour trouver la perle rare dans ce chaos cybernétique.

Entendons-nous, les blogues sont très divertissants. On y retrouve en effet une diversité d’opinions unique. De là à parler de journalisme, comme l’a fait l’auteur Dan Gillmor dans son essai We the Media: Grassroots Journalism by the People for the People…

Disons qu’on est loin du jour où les grands médias disparaîtront au profit de ces médias approximatifs. Et le fait qu’une grande quantité de blogues ne servent qu’à diriger l’internaute vers les sites des grands médias le prouve.

On rétorquera que l’on doit aux blogueurs plusieurs coups fumants. Ce sont eux qui ont lancé l’affaire Lewinsky, par exemple, et qui ont révélé que les documents du journaliste Dan Rather, qui mettaient en cause le passé militaire de George W. Bush, étaient des faux.

Vrai. Mais pour quelques scoops, combien de fausses informations, d’erreurs, de nouvelles biaisées, de rumeurs comme la présence d’un souffleur électronique dans le dos du président Bush lors d’un débat avec son rival?

Pour paraphraser Tom Rosentiel, du Project for Excellence in Journalism, les blogues doivent être pris pour ce qu’ils sont: l’équivalent de la machine à café, c’est-à-dire l’endroit où les gens discutent de manière informelle de tout et de rien. Rien de plus.

Mises à jour

Mise à jour du carnet vers WordPress 1.5: fait
Mise à jour du gabarit: à faire
Déplacement vers le nouveau serveur: à faire
Scinder le carnet en deux: un premier, plus personnel, le second, relié au boulot et aux intérêts professionnels: à faire
Annoncer une conversation à venir avec François Cardinal sur son éditorial: c’est fait

Le New York Times lance des versions Mac et Linux de son édition électronique

Sachant que La Presse électronique est aussi distribuée par le biais de la technologie développée par NewsStand, il ne faudrait pas s’étonner de voir d’ici peu Cyberpresse offrir des éditions Mac et Linux.

NYT Launched Mac & Linux Digital Edition:
: NY Times has launched a Mac and a Linux edition of its electronic edition…the technology, called “iBrowse” (umm…HTML, anyone?), a Web-based browser interface that eliminates downloading a reader. The technology is from NewsStand, in which NYT has a major stake…
Via Paid Content