Temps sombres

Je suis de cette vieille école, celle qui croit encore à la politique et à ceux qui y œuvrent. J’ai toujours pensé qu’il fallait un courage certain pour «mettre sa face» sur un poteau et affronter l’électorat. Il n’y a pas plus métier de fou et ingrat que celui de politicien.  Les heures sont folles, la vie de famille quasi inexistante, et tout ceci pour un salaire raisonnable, mais sans plus, et la satisfaction d’avoir pu contribuer à changer quelque chose. Vous ne me croyez pas? Vous devriez vous imposer le visionnement du film «Chers électeurs» de Manuel Foglia, le fils de l’autre, pour vous en convaincre. Vous y verrez que la vie de député n’a souvent rien de glorieux et qu’elle est à des univers de la perception que l’on s’en fait.

Sauf en de très rares occasions, vous ne m’entendrez jamais m’en prendre à l’intégrité d’une personne oeuvrant en politique. Être d’accord ou non avec la vision du parti est une chose, mais j’ai ce respect du politicien, de la personne qui a fait ce choix de vie. J’ai d’ailleurs le privilège de connaître de nombreuses personnes qui ont fait «vœu de politique», autant chez les libéraux fédéraux que chez les conservateurs. Ils sont souverainistes et membres du Bloc ou fédéralistes néo-démocrates. Certains sont ministres, d’autres simples députés. Ils sont sur le devant de la scène, mais quelques-uns sont des travailleurs de l’ombre, adjoint politique ou attaché de presse. De même, j’en connais d’autres qui ont plutôt choisi la scène provinciale, et ce dans tous les partis.

J’ai aussi ce privilège de vivre avec une personne qui a donné 18 ans de sa vie à la politique. 10 ans au provincial et 8 au fédéral. Nous ne sommes pas toujours d’accord, il nous arrive même d’être franchement en désaccord sur certaines politiques mais croyez-moi, j’ai une admiration sans borne pour elle et pour ce qu’elle a réalisé. Jamais je n’aurais pu faire le centième de ce qu’elle a accompli dans ce métier. Jamais.

Mais ce que j’admire surtout, c’est son extraordinaire sens de l’intégrité. Intégrité envers celle qui fut son patron, mais aussi intégrité envers LA politique et les institutions démocratiques. Dont la presse. Elle a toujours reconnu le rôle important qu’ont la presse et les journalistes. Il y a aussi ce respect et cette intégrité envers les gens qui ont porté son patron au pouvoir au point où il lui est arrivé de mettre sa tête sur le billot pour une question de principe. Bref, c’est à mon avis ce dont elle est le plus fière, après 20 années, d’être reconnue parmi ses pairs comme une personne intègre. En plus d’avoir contribué à changer de petites choses. Et ces petites choses croyez-moi, elles ont encore un impact dans la vie de bien des personnes démunies.

Pourquoi ce long préambule? Parce que je suis inquiet. Profondément inquiet. Cette campagne, qui se terminera mardi prochain par l’élection d’un nouveau gouvernement, m’a laissé un goût amer dans la bouche. J’y ai vu des façons de faire et des comportements indignes de notre société et indigne de LA politique.Jamais je n’aurais cru voir dans une élection canadienne des pratiques importées de nos voisins du sud. Des attaques mesquines, malveillantes, à la limite diffamatoires, qui s’attaquent directement à l’intégrité de la personne sans que l’on sache trop qui parle vraiment, que ce soit par le biais de sites parallèles à ceux du parti ou tout bêtement de billets de publiés sur les sites officiels par on ne sait trop qui. Facile par la suite de blâmer telle ou telle personne quand le tout dérape. «For Christ sake», il me semble que la politique que je connais se pratique et s’est toujours pratiqué la visière ouverte. L’anonymat, lorsque l’on œuvre directement en politique, c’est de la couardise. J’ai aussi lu et relu les plateformes des différents partis et jamais je n’y ai vu un tel vide. Une absence totale de vision, de projet de société. Surtout dans ces temps de rupture.

Mais si il n’y avait que cela. J’ai toujours aussi pensé que le journalisme était la clé de voute de la démocratie. On a souvent tendance à mépriser le journaliste et le journalisme, mais imaginez-vous un monde sans presse pouvant faire contrepoids au pouvoir. D’ailleurs, le rapport du journaliste à la démocratie est articulé autour de trois axes : objectivité, service public, contre-pouvoir.

Or, depuis le début de cette campagne, on a pu voir des façons de faire qui franchement m’inquiètent grandement. Des candidats absents, qui refusent de répondre et même de rencontrer les journalises, qui évitent les débats et qui se réfugient dans un silence pesant sous prétexte de… Sous prétexte de quoi d’ailleurs? Ce silence, c’est non seulement un immense doigt d’honneur à la presse, mais aussi aux citoyens.Il y a aussi ce populisme de bas étage, qui transforme les conférences de presse en un zoo où les journalistes se font agresser verbalement par les sympathisants. Dans plusieurs journaux, j’ai lu des comptes-rendus de journalistes chahutés par des militants durant des points de presse. Des journalistes aussi qui se font carrément insulter par des candidats, des députés ou des ministres sortants. Comprenons-nous, les discussions viriles «off camera» ont toujours existés entre la presse et le pouvoir. Mais on parle ici de quelque chose de différent, qui s’apparente à du mépris et du contrôle de l’information. Quelque chose qui ressemble diablement à ce que nous avons vu se produire au sud de notre frontière. Et qui peut mener à terme à des atteintes à l’intégrité physique. Et croyez-moi, il suffit qu’un parti adopte de tels comportements pour que tous les autres fassent de même.

Et ça, ça m’inquiète.Et ce n’est pas ce que je veux laisser comme société à mes enfants. 

Mise à jour: Patrick Lagacé, dans son billet intitulé La politique poubelle, illustre avec force propos ce que je tente d’expliquer ici. 

Prendre le virage de la convergence à 222 km/h

Les faits: le chroniqueur automobile Philippe Laguë se fait prendre à rouler à 222 km/h au volant d’une rutilante torpado. Quelques jours plus tard, le courrier ayant livré avec diligence la bonne vieille enveloppe brune sur la rue Frontenac, le Journal de Montréal fait sa une avec cette nouvelle. Bien qu’il admette son erreur sur toutes les tribunes, Laguë, sur les ondes de Bazzo.fm Bazzo.tv, blâme Quebecor et la convergence. Selon lui, le Journal de Montréal aurait voulu nuire aux ventes de son guide de l’Auto dont la sortie est imminente.

Peut-on régler toute suite quelque chose?

Fait-on dans la convergence chez Quebecor? You bet! Tu parles Charles. Pas plus que tard que ce matin encore… À croire même que Quebecor a inventé le mot convergence. Tout comme cette année, Radio-Canada, après avoir été assis sur le modèle depuis des décennies, vient elle aussi d’allumer et de succomber aux chants de la fée convergence. Les murs érigés depuis toujours entre la télé, la radio et, depuis 10 ans, Internet, viennent de voler en éclats. Et on ne parle pas des amitiés particulières entre la société d’État et Gesca, elle qui, en prime, se laisse tenter par le démon de la concentration. Mais il parait qu’on ne dit pas convergence dans la tour sur René-Lévesque. On parle plus de symbiose. Genre. Style. Tsé.

Bref, si quelqu’un doute le moindrement des affirmations précédentes, je vous signale que je vends le Xanax en boîte de 3000 comprimés (contre trois paiements faciles, transport et manutention non inclus). Alors, qu’on ne parle plus de convergence, qu’on ne pointe plus du doigt l’autre, sachant que tout le monde le fait avec plus ou moins d’importance. Right?

Donc, Laguë. La convergence. Le vilain ogre Quebecor. Le lancement prochain de son livre. Parlons-en. D’autant plus que les chroniqueurs Pat Lagacé et Steve Proulx en parlent eux aussi. Tiens, Louise Cousineau aussi.

Par un étrange hasard, il se trouve que la journée où le Journal est entré en possession de la nouvelle, j’étais au téléphone avec un de ceux qui devait prendre la décision de publier l’information, Mathieu Turbide, directeur adjoint de l’information. Sous le sceau de la confidentialité, Mathieu m’a fait part de cette nouvelle en me demandant ce que j’en pensais? Mon premier commentaire? C’est une nouvelle qui doit être jouée dans les premières pages, en autant que ce ne soit pas un règlement de compte pour ses propos tenus à Tout le monde en parle sur l’éthique de ses confrères. « Si le moindrement vous faites allusion à son passage à l’émission, alors il y aura apparence de règlement de compte ».

Je dois dire que Mathieu a fait une fois une (très courte) allusion à cela, dans l’ensemble de notre conversation. Mais en ne faisant aucun lien entre cette critique acerbe de Laguë envers ses collèques et l’article à venir. Seulement pour dire que c’est la sortie (fort médiatisée le lendemain) de Laguë à Tout le monde en parle qui avait vraiment fait connaître Laguë aux yeux du grand public, celui qui ne lit pas le Devoir ou les chroniques vroom-vroom. Rappelons que TLMEP fait plus d’un million de cote d’écoute à chaque semaine. C’est du monde en tab… aurait dit Moose Dupont. Bref, small talk only.

À la fin de notre conversation, quand je lui ai demandé à nouveau, « Tu vas utiliser cela dans le topo? », il m’a répondu « Ben non! ». De même, tout au long de notre discussion, pas une seule fois il n’a été question du livre, de la convergence ou du Devoir. Et jamais je n’ai senti dans le ton de voix de Mathieu que le lancement de son livre pouvait jouer sur le placement de la nouvelle en une. Le savait-il d’ailleurs? Moi, pas du tout.

Fin de l’histoire. Front page le lendemain.

Soit dit en passant, si je puis me permettre un commentaire, « l’ennemi » chez Quebecor, c’est La Presse et Radio-Canada, pas le Devoir. À ce que je sache, depuis monsieur Péladeau père, le Journal et Quebecor n’ont t-ils pas été toujours sympathique au Devoir? Ce qui est arrivé à Philippe est triste, soit. Mais il a prit une chance en conduisant à une vitesse folle… et il a perdu. Depuis la publication de cette histoire dans les pages du Journal, j’ai toujours trouvé que Philippe avait très bien assumé son erreur…jusqu’à cette entrevue avec Marie-France Bazzo. Carton rouge pour Philippe sur la convergence. C’est triste à dire, mais il semble qu’on ne peut pas pas être tous des Christine St-Pierre et assumer avec dignité ses erreurs.

Si jamais Philippe lit ce billet, je suis prêt à venir lui répéter en face ce que je viens d’écrire.

Déclaration d’intérêt: En date d’aujourd’hui, je n’ai aucun contrat, ni projet en cours avec le Journal ou une des filiales de Quebecor. Nothing, rien, zilch. De même, dans le passé, jamais je n’ai eu de contrat avec le Journal ou une des filiales de Quebecor, ou encore un projet. Et à cette minute, je n’ai aucun projet ou contrat à venir avec Quebecor.

PS: En passant, vous devriez vous rappeler ceci: Les médias ne sont pas là pour informer. Ils sont là pour faire des profits au bénéfice de leurs actionnaires. Rien d’autre. Toutefois, les journalistes et les artisans qui oeuvrent dans les médias, eux, sont là pour informer. S,agit juste de trouver la zone de confort pour les deux parties.

Certains esprits étriqués vous diraient que les journalistes sont un mal nécessaire dans un journal. Étriqué, ça veut dire mesquin non?

Cheap, cheap, cheap la guerre des médias

Lu ce matin dans le Devoir, un article d’Antoine Robitaille, sur les réactions entourant la publication de l’éditorial alambiqué du Globe and Mail sur ce qu’il convient dorénavant d’appeler, l’affaire Jan Wong:

L’article du Globe a suscité hilarité et moqueries chez des internautes québécois. Furieux du fait que le Globe ait qualifié de «questions dérangeantes» les «affirmations» de Mme Wong, un blogueur a écrit hier: «Je vais moi aussi poser des questions inconfortables, même [...] si ces questions diffament. [...] M. Greenspon [éditeur du Globe], battez-vous toujours votre femme? Je ne fais que poser une question. On ne sait jamais, plusieurs hommes sont coupables de violence conjugale.»

Lu sur le blogue de Patrick Lagacé, journaliste au Journal de Montréal:

Des questions inconfortables ? Si c’est ça la game, je vais en poser deux ou trois aux patrons du Globe and Mail. Je vais faire ça à la Jan Wong, à part ça, ok ? Je vais poser des questions inconfortables, même si ces questions salissent, si ces questions diffament. (…) And, finally, Mr Greespon, speaking of uncomfortable questions : « Do you still beat your wife ? Just asking. Could be. You’re a man. And lots of men are involved in domestic violence. »

Un blogueur? Même plus un journaliste-blogueur d’un quotidien montréalais? À quand, un humain? Un individu? Un paquet d’atômes de forme humaine? Ce qui nous semble être le résultat de la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule?

Cheap! Cheap! Cheap!

Mise à jour: Patrick Lagacé m’écrit qu’Antoine Robitaille lui a envoyé un courriel hier, lui disant, « J’aimerais bien te citer dans mon article de demain, mais… », ce qui veut dire, dans le contexte de la petite guerre des médias, citer un chroniqueur d’un journal concurrent serait mal vu.

Soit.

Sauf que c’est prendre le lecteur pour un con. Un idiot. Car je le sais. Vous le savez. Nous le savons. Nous lisons les journaux. Nous lisons les blogues. Et nous avons un carnet pour relever et publier ces incongruités.

Mes très sincères excuses monsieur Robitaille pour le mot cheap à votre endroit. Mise à jour 3: Votre courriel à Patrick Lagacé vous honore. Bien que sincèrement, à mon humble avis, vous auriez pu à tout le moins reprendre la formule habituelle pour ne pas parler d’un concurrent, à savoir « le blogue d’un journaliste montréalais ». Peut-être espériez-vous secrètement que les blogueurs reprennnent la nouvelle ou que Patrick publie son interprétation? Je n’en sais rien, mais bref, je déplore grandement qu’en publiant la nouvelle sous cette forme, vous soyez celui qui joue le rôle de paratonnerre alors qu’en réalité, encore une fois, ce soit l’attitude des directions concernées qu’il faut dénoncer.

Bref, aux directions des médias…

Cheap! Cheap! Cheap!

Et ça se demande pourquoi ça perd de la crédibilité.

Mise à jour 2: Patrick Lagacé donne son interprétation.

Bien sûr que c’est futile, bien sûr que les journalistes devraient faire la grève de la faim pour s’opposer à ce climat, mais bon, en journalisme comme dans la vie, il faut choisir ses batailles. Bien plus grave, bien plus chiant, à mon avis, c’est quand la radio reprend les nouvelles des journaux.

Pas d’accord Patrick. Pas à l’heure d’Internet et des blogues.

L’arbre qui cachait la forêt

Alors que la blogomachin d’ici ne cesse de s’énerver le poil des pattes sur des peccadilles, il est surprenant de voir que peu de personnes ont relevé les importants discours que le grand patron de Québécor, Pierre-Karl Péladeau, a livré au cours des derniers mois.

Il y eut en premier ce discours qui annonçait la fin de la récréation.

La révolution numérique change en profondeur le mode de création et de diffusion des émissions. La vidéo sur demande est en pleine expansion, l’enregistreur numérique personnel (qui permet d’éliminer les publicités des émissions) se propage et la télévision sur Internet est à nos portes. Le téléchargement de la musique a bouleversé l’industrie musicale, et ce n’est que le prélude à la prochaine grande révolution : le téléchargement des vidéos et des émissions sur Internet et sur les mobiles. M. Péladeau rappellait d’ailleurs qu’Apple vient tout juste de lancer son iPod vidéo.

Bref, Pierre Karl Péladeau affirmait donc que le choix de Quebecor consistera donc à «être un agent de changement» et de «participer activement à l’éclosion de ces différentes fenêtres de diffusion et d’y assurer une place majeure pour notre production. C’est ce que nous voulons faire avec la vidéo sur demande, avec ZIK.CA [le site de téléchargement légal de musique géré par Archambault], et bientôt avec la vidéo sur Internet et sur mobiles».

Source: Le Devoir, Quebecor cherche un nouveau partage des droits dans l’univers numérique

Peu de réactions ou presque, mis à part Cauchon dans le Devoir.

Aujourd’hui, Pierre-Karl Péladeau y allait d’une autre allocution dans le cadre d’une conférence organisée par Infopresse sur l’avenir de la télévision. Si ce discours est le même qu’il a prononcé à Toronto la semaine dernière, attendez-vous à voir Quebecor prendre un virage aussi important que Microsoft l’a fait lorsque Bill Gates a annoncé dans les années 1990 que sa société s’engageait à fond sur l’autoroute Internet.

Quebecor Inc. is shaking up the slumping Sun newspaper chain as some of its flagship dailies are increasingly being squeezed by the growth of free commuter papers, including its own publication, 24 Hours.

The Montreal-based media giant is embarking on an ambitious digital strategy aimed at breathing new life into its television, newspaper and Web operations, starting in Toronto where the company’s biggest newspaper has seen its reader and circulation numbers eroding.

Quebecor chief executive officer Pierre Karl Péladeau said the model for newspapers needs to change if publications want to attract younger readers.

In a pair of moves Tuesday, the company announced plans to link its newspaper, Web and TV network in Toronto more closely than any other company has in Canada so far.

If successful, the strategy could be spread across the company’s operations.

Source: Globe and Mail, Quebecor overhaul

Et le message est clair : Québécor prend à son tour le virage du tout numérique. Et les blogues, la balladodiffusion, la vidéodiffusion sont au cœur de cette stratégie.

The strategy will also tap into blogs and other forms of user-generated content, Mr. Péladeau told a gathering of advertisers in Toronto, who were given their first glimpse of the direction he wants to take the entire company over the next few years.

“I think there is no other future for conventional media . . . than to migrate to this model,” Mr. Péladeau said after the presentation.

“Probably this was something that [media] convergence was all about a few years ago.

Source: Globe and Mail, Quebecor overhaul

Pour quelqu’un de moindrement observateur, tous les signes annonçant cette migration et ce changement important de modèle d’affaires étaient bien présents. De plus en plus, on voit apparaître les textes des chroniqueurs et des articles du Journal de Montréal sur Canoë alors qu’auparavant, Canoë n’était qu’un repackaging d’agences de presse. Pour un Franco qui dit non à l’aventure des blogues, il y a un Pat Lagacé, un J-F Codère, un Marc Beaudet ou un Dominic Arpin qui embarque à fond. Dernière en date, la journaliste Pénélope Garon. Plus encore, certains blogueurs hors de la sphère Québécor auraient même été contactés afin de sonder leur intérêt à publier leur contenu… Papier? Électronique? Les deux? Say tuned… Et encore une fois, on vous le dit, ce n’est qu’un début.

En effet, il y a deux semaines, le président Bruno Leclaire du réseau Canoë procédait à une importante restructuration de l’entreprise. Et le message passé à l’interne était on ne peut plus clair : Notre modèle d’opération est en mutation…

Autre nouvelle passée sous silence, l’arrivée de Romain Bédard, ex rédacteur en chef du magazine Infopresse, ex directeur général des éditions Infopresse et ex vice-président d’Infopresse qui dorénavant, retourne à ses premiers amours en acceptant le poste de rédacteur en chef de Canoë. Sa mission : positionner le portail dans un univers aux contenus de plus en plus vastes et interconnectés.

Bref, au cours des prochains mois, il conviendra de mettre Québécor sur son radar, histoire de voir comment cette entreprise prendra le virage numérique.

Mise à jour 1: Et voici un premier texte sur la conférence qu’a donné Pierre Karl Péladeau à Montréal aujourd’hui.

Prenant acte de la baisse des auditoires à TVA et des revenus publicitaires qui en découle ainsi que des nouvelles tendances de consommation des jeunes, Quebecor se positionne pour être en mesure de diffuser ses contenus sur toutes les plates-formes technologiques disponibles.

Le parcours est semé d’embûches, mais l’objectif a le mérite d’être clair.

«Le modèle existe ailleurs, c’est celui du conglomérat médiatique», a fait valoir mardi le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, au cours d’une allocution prononcée devant quelque 200 personnes réunies sous l’égide du magazine Infopresse.

«Les jeunes ne consomment pas tellement de télévision. Ils vont sur Internet, en messagerie, ils téléchargent, ce qui a des répercussions énormes sur le système canadien de radiodiffusion», constate M. Péladeau.

À titre d’exemple, l’émission «Le Coeur a ses raisons» qui a été diffusée sur Illico (la télé numérique de Vidéotron qui offre le service vidéo sur demande) et qui plaît particulièrement aux 15 à 35 ans, a suscité 700 000 demandes.

Source: Presse Canadienne-Canoë, Quebecor veut diffuser sur toutes les fenêtres technologiques.

Et tiens donc, quel hasard, cet article de Jean-François Codère publié aujourd’hui dans le Journal de Montréal.

Selon un sondage réalisé en décembre 2005 par Léger marketing pour le compte de Vidéotron, les Québécois âgés de 18 à 34 ans qui ont accès à Internet à la maison y passent en moyenne 13,1 heures par semaine, comparativement à 13,3 heures devant la télévision.

Source: Journal de Montréal, Les jeunes délaissent le petit écran

Mise à jour 2: Pour bien mettre les choses en perspective, Il ne faudrait pas oublier de relire attentivement la lettre que Pierre-Karl Péladeau a envoyé aux médias récemment, suite à l’annonce de Quebecor de ne plus diffuser des séries lourdes (sous-entendre coûteuses).

Pour y parvenir, tous les participants au système de radiodiffusion doivent accepter de revoir les règles du jeu. Si, pour atteindre le même nombre d’auditeurs qu’autrefois, donc la même valeur pour les publicitaires, nous devons diffuser nos produits sur plus d’une fenêtre (vidéo sur demande, podcast, télévision payante), les parties prenantes, tant les organismes publics de financement que les artisans de la télévision, doivent adopter une approche plus conforme à la réalité d’aujourd’hui.

Source: Le Devoir, Pierre-Karl Péladeau, Financement des séries lourdes à la télévision – Il ne sert à rien de jouer à l’autruche

Bref, le message envoyé à l’industrie: pas question que je paie plusieurs fois pour diffuser le même contenu à la télé, sur Illico, sur Internet ou tout autre mode de diffusion. Le modèle doit changer ou sinon…

J’ai très hâte de lire le billet de Cauchon demain.

Mise à jour 3: Une prédiction toute folle, basée uniquement sur une impression personnelle. Maintenant qu’il a été annoncé officiellement que Dominic Arpin termine son mandat après avoir réalisé plus de 650 reportages, je ne serais pas étonné de voir l’explorateur urbain jouer un rôle prépondérant dans ce nouvel univers médiatique numérique que Québecor est à déployer. Juste une impression que je vous dit.

Mise à jour 4: Extrait de l’allocution de Pierre-Karl Péladeau à Toronto

I believe that great journalism – with virtues such as independence, scepticism, tenacity in digging out a story, balance, and checking for accuracy – is now, and will continue to be, a valuable quality in media, in whatever forms it exists.

Quebecor, by the way, has more than one thousand two hundred journalists in total throughout all its media operations.

Another powerful element in the new media mix is the citizen journalist. Almost anyone today can become a reporter. Anyone can be a publisher with a blog or Web site. Editorial commentator, photographer, videographer? You name it, the

technology is there to make it happen. Already, this phenomenon of citizen journalist has entered the mainstream.

One insight on this powerful new area of citizen journalism comes from Tom Glocer, chief executive of Reuters. He believes news organizations have an opportunity to encourage citizen journalism as a complement to professional newsgathering. Glocer says: “Media companies need to be seeders of clouds. To have access to high value, new content we need to attract the community around us. To achieve that, we have to produce high quality content ourselves, then display it and let people interact with it…. There is no doubt that our businesses will be stronger if we employ a more collective and open minded approach to content.”

All of this is part of the new media.

It’s empowerment.

And it is a huge seismic shift in the media landscape.

It is opening up a number of opportunities emerging from the digital universe and the Web.

We believe journalistic strengths will be an integral part of the quality content that is the single most critical element in the equation.

So, how do we make the benefits of journalism more accessible and more aligned with the interests of the audience? And how do we collect much more feedback from our audiences and interact with them?

Source: Pierre-Karl Péladeau, Riding the Changing Wave

Mise à jour 5: Oui, il y eut un observateur de la scène technologique qui a commenté le virage de Quebecor. Philippe Le Roux, de VDL2, a été interviewé à Capital Action (laissez charger la séquence vidéo et faites glisser votre curseur vers la 20e minute de l’émission).

Liberté d’expression et photojournalisme

Francis Vachon, éditeur du blogue Québec Urbain, vient d’ouvrir un nouveau carnet dédié à la photographie. En plus de nous ébahir par son talent (voir ce photo-reportage que Clément a déjà mis en évidence sur son carnet), Francis nous aiguille vers une époustouflante discussion sur le photo-journalisme entre Jacques Boissinot, photographe à la Presse Canadienne, et Bernard Bastien, photographe indépendant affilié au réseau Indymedia (CMAQ).

Discussion passionnée sur le métier entre les deux individus, mais en même temps, empreinte de respect mutuel. À lire absolument.

I have heard of Indymedia before but never witnessed their way of doing. Quebec is a small town maybe… But yesterday I witness their great independance. While covering a student demo I saw I guy with a big sign on his camera bag saying he was independant media with the Indymedia web site writen. Shocking part was that he had a huge “red square” stapled to the bag. (…)
Is it me or what, but being independant is all about not displaying your side. Independant is trying to give both sides of a story and not getting involved. He was there mostly when protestors were being pushed aside by police.
Will someone wake me up, this is a bad dream!
Jacques Boissinot


Being recognized as an Indymedia photographer opens many doors for me. I can take pictures and tell stories from observation points that are unreachable to many journalists because of environments that are hostile to mass medias and feared of police infiltration. People know who I am, how I share some of their convictions, and they know that I respect their fights and their way of doing it. I have been able to enter squats, follow black bloc’ers in action, take pictures in occupied offices, etc. Protesters let me take great pictures of them without fear or mefiance. And this helps me add value to press coverage of events by showing an alternative view about them.

I am not ashamed of using that red square. Yes, it tells the student “I am sympathic to your actions”, and I understand that it disturbs you as an “objective” journalist. But it helped me a lot. Among many things, I have been able to get the radio frequencies of the legal comitee and some organizers, and of the barricaded occupants, and to talk to them. Consequentally, I got many interesting informations, some of them helped me in doing better photography.
Bernard Bastien


La suite se poursuit sur le forum de la Eastern Canadian News Photographers Association.

Crossfader vs Ourmedia?

Une annonce qui est pratiquement passée sous silence: Lancement de la version beta de Crossfader, un site reprennant en grande partie les concepts de Ourmedia. Mais attention, qui est derrière tout cela? Il faut chercher tout au bas de la page d’accueil pour trouver: Microsoft.
(Merci à Éric pour le petit mot par MSN)

Réplique de François Cardinal

D’abord, précisons une chose : l’éditorial du 3 mars n’est nullement une attaque contre les blogues, ni même les blogueurs. C’est plutôt la remise en question d’un discours, peut-être extrémiste, mais néanmoins présent sur le Web. Et ceux qui prétendent le contraire semblent avoir oublié le discours par trop enthousiaste qui animait la blogosphère anglophone lors des dernières élections américaines.

Mais passons. Il est dommage que les critiques ne portent que sur ce sujet alors que l’éditorial contenait bien d’autres commentaires que je considère pertinents.

La révolution, disais-je, n’est pas entamée. Malgré ce que peut en dire Michel Dumais, qui compare ma réaction à celle qu’a eue l’industrie du disque face à la révolution qui la secoue, je ne crois pas que l’on puisse parler de «révolution» en parlant des blogues. Du moins, pas encore.
Bien des blogueurs semblent avoir le nez un peu trop collé sur leur écran, ce qui les empêche de voir le fouillis que constitue aujourd’hui la blogosphère… pour les non initiés.

Trouver des blogues intéressants est un véritable tour de force lorsqu’on a un nombre d’heures limitées dans une journée. La comparaison de Michel Carpentier, qui m’accuse de m’en tenir à l’équivalent du National Enquirer pour tirer mes conclusions, est plus que boiteuse.
Si l’on pousse cette comparaison plus loin, il y a à l’heure actuelle quelques très rares New York Times dans une mer – que dis-je? un océan – de millions de National Enquirer. Comment le commun des Internautes peut-il s’y retrouver?

Pour un Paul Wells, combien de milliers de blogueurs incapables de s’élever au-dessus de leur nombril? Pour une Rebecca McKinnon (j’ai vérifié l’orthographe du nom pour éviter que Jean-Pierre Cloutier s’attaque à ma réputation), combien de blogueurs qui ne savent pas écrire? Pour un Jean-Pierre Cloutier (dont je respecte habituellement les analyses), combien de blogueurs qui ne savent pas faire la différence entre de l’information et des rumeurs (un souffleur électronique dans le dos de Bush… Come on!)?

On me parlera de révolution lorsque ma mère pourra se promener librement dans la blogosphère et y trouver ce qu’elle recherche, rapidement. On me parlera d’une révolution de l’accessibilité lorsque les blogues le seront davantage que par leur seule existence. On me parlera de révolution du contenu lorsqu’il sera possible de retrouver rapidement un blogue sur un sujet précis qui domine la blogosphère par sa crédibilité.

La révolution de l’Internet est venue non pas lorsque l’outil était concentré entre les mains des spécialistes, mais bel et bien lorsqu’il est devenu accessible au plus grand nombre.

***

Imaginez l’Internaute moyen qui entend parler de la «révolution» des blogues et qui tente, sans connaître les grands noms de la blogosphère, d’y pénétrer. Il y trouvera de tout, mais surtout une chose : une clique d’initiés qui parlent entre eux, trop souvent de manière spécialisée.
Et le fait que l’on m’accuse, sur le site Remolino, d’être un «gérant d’estrade», prouve de façon éclatante l’existence de cette bulle des blogueurs… de laquelle sont d’emblée exclus les non initiés.

Contrairement à ce qu’écrivent certains, qui critiquent de manière TRÈS superficielle un édito qu’ils accusent justement d’être superficiel, j’ai tenté l’expérience des blogues au cours des trois derniers mois (merci à Martine Pagé pour son aide sans qui j’aurais eu bien du mal à me retrouver dans ce capharnaüm).

En tant que lecteur et en tant que journaliste, force m’est de constater qu’il faut avoir beaucoup, beaucoup, beaucoup d’heures sur les bras pour transformer les blogues en outil efficace. C’est-à-dire autre qu’un outil de divertissement.

Paul Wells réussit à le faire parce qu’il a le temps de le faire. Et ses articles, qui étaient déjà très bons, sont encore meilleurs depuis.
Mais il est encore trop difficile pour un journaliste spécialisé qui doit pondre trois papiers par jour de tirer profit de la blogosphère autrement que pour y puiser quelques bons sujets, à l’occasion.

***

Je ne dis pas que les blogues sont inutiles, au contraire. Pas plus que je n’ai dit, comme le prétend Jean-Pierre Cloutier, que la présence de journaux intimes, de chroniques d’humeur et de recette culinaires est une mauvaise chose.
Je continue à lire realclimate.org et l’excellent montreal city weblog. Mais, à titre de journaliste, je pourrais tout aussi bien m’en passer. Encore plus à titre d’Internaute.

Pour l’instant, ajoutais-je une fois de plus.

Pourquoi? Tout simplement parce qu’il ne s’agit pas de journalisme (i.e. de rapporter fidèlement les faits qui permettent aux lecteurs de mieux connaître et de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent).

Entendons-nous, il s’agit d’un nouveau mode d’expression qui promet et qui pourrait bien créer une petite révolution dans le monde médiatique. Mais pour l’instant, je persiste à dire, comme Rosenstiel (avec deux s), que les blogues sont l’équivalent de la machine à café.

-30-

Mises à jour

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Déplacement vers le nouveau serveur: à faire
Scinder le carnet en deux: un premier, plus personnel, le second, relié au boulot et aux intérêts professionnels: à faire
Annoncer une conversation à venir avec François Cardinal sur son éditorial: c’est fait