Des enjeux de la protection des données et des communications

Les propos du premier ministre Charest, de son ministre de la sécurité publique Dutil et du porte-parole du DPCP n’ont contribué à rassurer personne dans la profession. La FJPQ estime que l’enquête qu’entend mener le DPCP sur les fuites entourant l’affaire Ian Davidson est une menace à la liberté de presse. L’avenir nous dira si cette enquête aura des répercussions tandis que les juristes et les penseurs de la profession nous diront si celle-ci était un danger à cette liberté.

Cela dit, les journalistes d’ici doivent se rendre compte que les événements de cette semaine sont un signal d’alarme. Les technologies numériques de l’information et de la communication font désormais partie des outils utilisés par les scribes. Combien reçoivent de petites bribes d’informations par courriel par exemple, bribes qui seront peut-être à la base d’une enquête ? À ce coup de téléphone discret et anonyme et cette fameuse enveloppe brune, s’ajoutent les nouveaux outils numériques.

L’utilisation quotidienne de ces outils entraine un faux sentiment de sécurité et de confidentialité de la part des scribes et de leurs correspondants. Désolé de décevoir, mais avec un bon bagage de connaissances informatiques, il est désormais possible à quiconque d’intercepter les communications entre les journalistes et leurs sources. Or, les journalistes ont-ils les connaissances nécessaires pour assurer à leurs sources la confidentialité à laquelle ils sont en droit de s’attendre ?

Non.

Dans un «op-ed» intitulé «When Secrets Aren’t Safe With Journalists» publié dans le New York Times, le consultant en sécurité Christopher Soghoian écrivait :

BRAVE journalists have defied court orders and have even been jailed rather than compromise their ethical duty to protect sources. But as governments increasingly record their citizens’ every communication — even wiretapping journalists and searching their computers — the safety of anonymous sources will depend not only on journalists’ ethics, but on their computer skills.

Du coup, Soghoian pointe du doigt les écoles de journalisme et les groupes de presse pour ne pas avoir inculqué un minimum de connaissances en sécurité informatique à leurs journalistes.

Journalists aren’t completely to blame for their lack of computer security expertise — after all, journalism schools have taught them to write, not to play “Spy v. Spy.” The blame also lies with universities that don’t teach these skills, and with news organizations that invest their tight technology budgets in fancy Web sites but not security training.

L’expert en sécurité y va cependant d’un constat des plus troublants.

“It’s very rare that you see a journalist threatening to go to jail,” says Soghoian. “And that’s because an intelligence agency can figure out who the source is without forcing the journalist to testify—without the journalist even knowing.”

Propos confirmés par Lucy Dalglish, la directrice du Reporters Committee for Freedom of the Press, lors d’une entrevue avec Alysia Santo pour le Colombia Journalism Review. En effet, lors d’une rencontre avec un agent du renseignement qu’elle ne veut pas identifier, celui-ci déclarait :

«You guys are so worked up about a shield law, and guess what, we don’t need you guys anymore, we know who you’re talking to.»

En sommes-nous rendu à ce point ici au Québec ? Au Canada ? Non, pas encore, mais… mais

Si vis pacem, para bellum.

*****

Suite à un premier billet de ma part, écrit rapidement sous l’impulsion du moment, la journaliste Nathalie Collard y allait de ce commentaire sur Twitter : «C’est bien beau les gizmos technos pour protéger les sources des journalistes mais l’essentiel n’est-il pas de défendre le principe?»

Qui peut-être contre la vertu ? L’affirmation de Nathalie Collard est légitime, mais on fait quoi lorsque que l’on constate que les principes ne tiennent plus ?

On se prépare, voilà tout. On se rend compte qu’ailleurs dans le monde, les questions reliées à l’utilisation des technologies numériques dans la pratique du métier sont des enjeux sur lesquels il faudra se pencher ici, au Québec.

Quelques journalistes m’ont d’ailleurs contacté en privé, intrigués par ce premier billet. Comment se préparer ? Comment s’approprier correctement des technologies ? Comment en faire des alliés dans la pratique du métier et surtout, comment rétablir l’équilibre des forces en présence car, ils devront l’admettre, de par leur ignorance, les journalistes partent avec deux prises contre eux.

*****

Dans un prochain billet à venir aujourd’hui (et déjà en cours de rédaction), nous tenterons d’expliquer en quoi l’appropriation et l’utilisation conjointe de plusieurs technologies feront en sorte que :

  • les dossiers numériques des journalistes seront protégés des yeux inquisiteurs
  • les communications entre les journalistes et leurs sources demeureront confidentielles et quasiment impossible à intercepter.
  • les navigations sur internet des journalistes aussi.

Cela dit, ne nous leurrons pas. Nous ne disons pas et nous ne dirons pas dans ce prochain texte que la fée technologie offrira une garantie à toute épreuve. Loin de là. À toute parade technologique, se trouve quelqu’un qui aura imaginé une contre-parade. Mais à tout le moins, peux-t-on débuter ce nouveau match sans avoir deux prises contre soi ?

Lectures conseillées:

 

Du journalisme

Non, mon cher Gilles. Donne-moi encore un peu de temps avant de te revenir sur notre conversation journalistes vs. blogueurs. Mais puisque je me doute qu’éventuellement, tu me relanceras sur le journalisme, je te propose une réflexion de Jean-Claude Guillebaud (encore lui) sur le journalisme avec lequel je suis en très grande partie en accord.

Amitiés

Michel

 

 

Dis moi ami Gilles…

Salut à toi, mon cher Gilles. Tu sais que j’aime bien nos échanges matinaux, même si, idéalement, j’apprécierais qu’ils aient lieu après mon premier café, histoire de ne pas trop dire de conneries.

D’ailleurs, tu devrais prendre mon habitude de sortir le matin, le café à la main, afin de prendre un bon bol d’air frais? Ça aère les neurones et ça prédispose à des échanges fructueux. Et en plus, ça permet à Wiki le chien de se dégourdir les pattes. T’es frileux un brin? C’est ça vieillir mon ami. Alors, on la débute comment, cette conversation?

Il faut te dire que j’avais bien hâte de lire cet édito de Marie-Andrée. Je le savais depuis la veille qu’elle se commettrait sur le sujet. Mais avant tout, les petits caractères qu’on ne lit quasiment jamais. Tu me permettras donc avant toute chose d’y aller de la traditionnelle déclaration d’intérêts : j’étais au Devoir dans la salle de rédaction ce mercredi 29 octobre quand Marie-Andrée m’a demandé de passer à son bureau afin d’échanger sur son édito à venir. On parle ici d’échange d’idées et rien d’autres.

Tu le sais comme moi, avant d’écrire son papier, un éditorialiste le moindrement sérieux prend la peine de converser avec plusieurs personnes avant de se faire une tête. C’est la base du métier. Il en est de même pour ceux qui font de la chronique. Bref, nous avons discuté un 30 minutes, en échangeant principalement des faits, et aussi, quelques impressions personnelles. Voilà pour la déclaration. Et si je me fis à son professionnalisme, elle a dû parler avec d’autres personnes et lire sur le sujet. Tu me permets une autre gorgée de café?

Bon, les blogues. Avant toute chose, tu permets qu’on règle l’histoire du blogue? Peux t-on s’entendre toi et moi pour dire que le blogue est un outil, au même titre qu’un marteau ou un appareil photo numérique (puisqu’il faut y aller d’une métaphore «digitale»)? Ce n’est pas parce que tu possèdes un marteau que tu as les connaissances et l’habileté pour construire une maison? Et ce n’est pas parce que tu viens de t’offrir un appareil photo numérique dernier cri que tu seras le prochain Cartier-Bresson. Le blogue, c’est n’est qu’une marchandise commercialisable (ou non), un outil qui facilite la prise de parole en ligne et rien d’autre. Et non pas, comme me le disait une connaissance, «c’est que pour certain, le blogue est l’avenir du monde, une panacée universelle hors de laquelle point de salut.» Et demain? Probablement de nouveaux outils encore mieux adaptés.

Et alors, t’as terminé ton café? J’en suis à mon second et je me demande encore comment nous allons la jouer celle-là? Devrais-je endosser le chandail du méchant journaliste corporatiste vendu au diktat du Kapital et qui veut à tout prix protéger sa profession tandis que toi tu joueras le rôle du blogueur «power to the people»? Tentons-nous plutôt de trouver des points communs et par la suite de discuter sur les différences qui nous séparent? Dans ta réponse, fais moi part de ton plan de match, je suis ouvert à tout. Cela dit, comme dans «Tous pour un», on s’entend que nous avons le droit de faire un appel à tous ou de consulter un «ami-connaissance-expert» si la cause l’exige.

Dans le fond, de quoi parle t-on ici Gilles? De communication non? Or, de communication, y’en a t-il vraiment eu depuis la publication  de cette éditorial?

Mais si tu le veux bien, examinons les faits. La veille, Le Devoir publie un topo d’Alec Castonguay révélant que le Parti Conservateur voudrait inviter des blogueurs lors de leur prochain congrès à Winnipeg. Tu me connais, je suis pour la tarte aux pommes, le frappeur désigné, la proportionnelle et la prochaine campagne électorale provinciale. Comment être contre l’initiative du Parti Conservateur alors? Le problème, c’est lorsqu’on parcoure l’article un peu plus en détails, on y lit que «Mais ne s’inscrit pas qui veut. Le parti a créé une grille d’analyse pour choisir qui aura la permission de couvrir l’événement.» Paf! (le chien). Plus loin dans l’article, Thierry Giasson, chercheur principal au Groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval, affirme même que «Pour une formation politique, les blogueurs deviennent des agents d’information et de propagande».

Ça mon vieux, ça m’interpelle bougrement comme citoyen. Et comme journaliste aussi.

Personnellement, et je crois te l’avoir déjà dit, j’estime qu’il est sain en politique d’admettre des observateurs de toute tendance à un congrès et leur faciliter l’accès aux délégués et aux dirigeants du parti. Mais en autant que la game soit la même pour tous et que toutes les tendances soient accueillies de la même façon. Ici, on a des doutes raisonnables, surtout quand on sait comment les conservateurs ont tenté de contrôler l’information lors de la dernière campagne électorale. Imagine si le PC commençait à inviter uniquement les médais qui servent sa cause?

Mais bon, on verra bien à l’usage. Il nous faudrait voir si ce que disait Ryan Sparrow, le porte-parole du PC, est vrai, à savoir la grille d’analyse ne sert pas à éliminer les blogueurs qui ne sont pas de tendance conservatrice. «On veut seulement s’assurer que ce sont de vrais blogueurs. Mais il n’y a pas de volonté partisane là-dedans. Un blogueur libéral peut venir au congrès, c’est ouvert».

Dis, tu as bien lu? Des vrais blogueurs. C’est quoi un vrai blogueur? Tu définis ça comment toi, un vrai blogueur? Déjà que notre profession se pose encore la question, «c’est quoi un journaliste»? Et tiens, je te la pose la question, tu définis ça comment un vrai blogueur toi?

Donc, on continue. On parlait de communication non? Tu as donc Marie-Andrée qui publie son édito dans le Devoir du lendemain, en prenant comme prétexte l’article d’Alec Castonguay. Elle prend la peine de définir les maux qui afflige ma profession, de décrire cette confusion des genres que moi-même, je déplore et même de demander aux membres de ma profession de faire un examen de conscience (qui s’impose mon vieux, qui s’impose) avant de livrer sa réflexion sur les blogueurs.

Une réflexion tout en nuances selon moi. Mais elle y va d’une expression malheureuse, «blogueurs emberlificoteurs», qui met le feu aux poudres. Dis, tu sais ce que veut dire emberlificoter? Je te donne la définition du Druide :
emberlificoter : Empêtrer.
S’emberlificoter : s’emmêler. Ce maladroit s’emberlificote encore dans les rideaux.
[Figuré] Embrouiller pour tirer profit de qqn. Elle veut m’emberlificoter, c’est évident.

Et re Paf! (le chien, pov’ bête).

Pourtant, elle a aussi dit dans son papier «journaliste roucoulant». Mais enfin, nous sommes humains, on veut bien lire dans un papier ce qui nous interpelle directement, rien de plus, rien de moins.

Bref, il n’en fallait pas plus pour que plusieurs se sentent interpellé par ce qualificatif et, tel une bande de loups attirés par l’odeur du sang, lancent l’appel de la curée. «Sus à la l’éditorialiste qui ose nous remettre en question». Heureusement, quelques-uns y sont allés d’une réflexion un peu plus ouverte, prônant cette sacro-sainte conversation qui est un des arguments clés de blogueurs en faveur de l’implantation de cet outil dans les sites médias.

Mais dis moi, toi qui lit les blogues comme moi (et comme Marie-Andrée, je te le signale), tu as déjà vu de la conversation dans un blogue de journaliste? Soit, tu pourras me répondre que les journalistes s’impliquent peu dans leur blogue, mais en même temps, avoue qu’on est trop souvent témoins de soliloques stériles dans les commentaires, et ce même avec une modération qui évite les dérapages diffamatoires (j’ai bien d’ailleurs d’entendre le verdict dans la cause impliquant Canoë et le chroniqueur Richard Martineau). Crois-tu honnêtement que ça donne le goût aux journalistes de s’investir un peu? Et je te pris de me croire, j’ai discuté avec plusieurs journalistes de cet enjeu.

Bref, l’encre de l’édito de Marie-Andrée Chouinard n’était pas encore sèche que plusieurs y allaient de propos impétueux et véhéments. Bref, dans une tentative de démarrer cette conversation si chère aux apôtres du blogue, Marie-Andrée y est allé d’une réponse aux commentaires sur deux blogues différents.  Oui, nous avons eu droit à quelques réponses pertinentes, qui faisait preuve d’ouverture et qui me faisait espérer à un la naissance d’un échange où tous, journalistes ET citoyens, auraient beaucoup à gagner.  Mais la suite mon petit père, tu as lu la suite? D’ailleurs, suite à ce billet, je songe sérieusement à rapetisser la cible dans mon dos, histoire d’en sortir vivant. Alors, tu crois sincèrement que ça prédisposait à un échange empreint d’ouverture et de respect? Mes deux cennes, pour ce que ça vaut? Il y a ici une belle occasion d’échange entre nos deux univers qui vient de s’évanouir à tout jamais. Et ça mon vieux, je te prie de me croire, je trouve cela triste, tragique même.

Cela dit, il y a aussi cet question d’accès réservé aux journalistes. Je te l’ai dit plus haut et je le répète, je n’ai aucun problème, mais vraiment aucun à ce que les blogueurs, twitteurs et whatever l’outil qui facilite la prise de parole aient les même accès aux délégués et aux dirigeants du parti lors d’un congrès politique. C’est aux organisateurs du parti de décider. La décision leur revient. Mais pour éviter que des conférences de presse de transforment en zoo partisan, oui à des périodes réservées aux journalistes dont c’est le métier. Des journalistes qui publient soit dans la presse écrite, dans la presse électronique ou… dans un blogue. Tu te souviens de ma comparaison avec le marteau ou l’appareil photo numérique? Et bien voilà, ce n’est pas la possession de l’outil qui fait le professionnel, mais en contre partie, quelques amateurs peuvent faire aussi bien que des professionnels.

Mais il me fait d’expliquer pourquoi je parle de zoo partisan. Je te reporte à ce billet d’Alec Castonguay publié sur les carnets du Devoir pendant la campagne électorale provinciale. Lis bien ceci :

Depuis quelques jours, Stephen Harper fait un discours le matin devant 100 à 300 militants. Il reste ensuite sur place pour le point de presse quotidien avec les journalistes, de sorte que les supporters assistent à la conférence de presse.

À Victoria mercredi et à Vancouver jeudi, les questions difficiles posées à Stephen Harper étaient reçues avec des hués. Mais aujourd’hui à Brantford, en Ontario, la foule a carrément chahuté les journalistes qui posaient des questions, huant fortement et insultant les représentants de la presse.

À tel point qu’un journaliste de la radio de Radio-Canada, Yvan Cloutier, a dû demander au chef conservateur de calmer ses militants. Il était incapable de poser sa question.

Pour la première fois de la campagne, Stephen Harper a donc demandé aux personnes présentent de ne pas réagir aux questions. Tous les autres chefs se sont fait un point d’honneur de contrôler leurs supporters depuis le début de la campagne, mais c’était la première fois que Stephen Harper agissait. La demande de M. Harper a été accueilli froidement par les militants, qui ont continué à démontrer leur mécontentement quand la question n’était pas à leur goût.

Tu comprends maintenant pourquoi je te parle de zoo partisan. Rien à voir avec des supposés privilèges.

Mais bon, je m’aperçois que le temps passe et que le soleil et la famille m’appelle. Dis-moi, tu es sorti prendre ta marche avec Loulou? Tu sais qu’il eut été bien de continuer ces conversations sur l’île, face au fleuve? Ça me manque tu sais.

Allez, je te laisse réfléchir à tout cela, j’ai hâte de lire ta première réponse, et je te laisse sur cette question fondamentale que peu de personnes ont semblé relever :

C’est quoi un vrai blogueur? Comment définis-tu un vrai blogueur? J’ai hâte de lire tes réflexions, surtout avec ton passé de relationniste (grrrrr! ;-))

Amitiés sincères

Michel

 

Temps sombres

Je suis de cette vieille école, celle qui croit encore à la politique et à ceux qui y œuvrent. J’ai toujours pensé qu’il fallait un courage certain pour «mettre sa face» sur un poteau et affronter l’électorat. Il n’y a pas plus métier de fou et ingrat que celui de politicien.  Les heures sont folles, la vie de famille quasi inexistante, et tout ceci pour un salaire raisonnable, mais sans plus, et la satisfaction d’avoir pu contribuer à changer quelque chose. Vous ne me croyez pas? Vous devriez vous imposer le visionnement du film «Chers électeurs» de Manuel Foglia, le fils de l’autre, pour vous en convaincre. Vous y verrez que la vie de député n’a souvent rien de glorieux et qu’elle est à des univers de la perception que l’on s’en fait.

Sauf en de très rares occasions, vous ne m’entendrez jamais m’en prendre à l’intégrité d’une personne oeuvrant en politique. Être d’accord ou non avec la vision du parti est une chose, mais j’ai ce respect du politicien, de la personne qui a fait ce choix de vie. J’ai d’ailleurs le privilège de connaître de nombreuses personnes qui ont fait «vœu de politique», autant chez les libéraux fédéraux que chez les conservateurs. Ils sont souverainistes et membres du Bloc ou fédéralistes néo-démocrates. Certains sont ministres, d’autres simples députés. Ils sont sur le devant de la scène, mais quelques-uns sont des travailleurs de l’ombre, adjoint politique ou attaché de presse. De même, j’en connais d’autres qui ont plutôt choisi la scène provinciale, et ce dans tous les partis.

J’ai aussi ce privilège de vivre avec une personne qui a donné 18 ans de sa vie à la politique. 10 ans au provincial et 8 au fédéral. Nous ne sommes pas toujours d’accord, il nous arrive même d’être franchement en désaccord sur certaines politiques mais croyez-moi, j’ai une admiration sans borne pour elle et pour ce qu’elle a réalisé. Jamais je n’aurais pu faire le centième de ce qu’elle a accompli dans ce métier. Jamais.

Mais ce que j’admire surtout, c’est son extraordinaire sens de l’intégrité. Intégrité envers celle qui fut son patron, mais aussi intégrité envers LA politique et les institutions démocratiques. Dont la presse. Elle a toujours reconnu le rôle important qu’ont la presse et les journalistes. Il y a aussi ce respect et cette intégrité envers les gens qui ont porté son patron au pouvoir au point où il lui est arrivé de mettre sa tête sur le billot pour une question de principe. Bref, c’est à mon avis ce dont elle est le plus fière, après 20 années, d’être reconnue parmi ses pairs comme une personne intègre. En plus d’avoir contribué à changer de petites choses. Et ces petites choses croyez-moi, elles ont encore un impact dans la vie de bien des personnes démunies.

Pourquoi ce long préambule? Parce que je suis inquiet. Profondément inquiet. Cette campagne, qui se terminera mardi prochain par l’élection d’un nouveau gouvernement, m’a laissé un goût amer dans la bouche. J’y ai vu des façons de faire et des comportements indignes de notre société et indigne de LA politique.Jamais je n’aurais cru voir dans une élection canadienne des pratiques importées de nos voisins du sud. Des attaques mesquines, malveillantes, à la limite diffamatoires, qui s’attaquent directement à l’intégrité de la personne sans que l’on sache trop qui parle vraiment, que ce soit par le biais de sites parallèles à ceux du parti ou tout bêtement de billets de publiés sur les sites officiels par on ne sait trop qui. Facile par la suite de blâmer telle ou telle personne quand le tout dérape. «For Christ sake», il me semble que la politique que je connais se pratique et s’est toujours pratiqué la visière ouverte. L’anonymat, lorsque l’on œuvre directement en politique, c’est de la couardise. J’ai aussi lu et relu les plateformes des différents partis et jamais je n’y ai vu un tel vide. Une absence totale de vision, de projet de société. Surtout dans ces temps de rupture.

Mais si il n’y avait que cela. J’ai toujours aussi pensé que le journalisme était la clé de voute de la démocratie. On a souvent tendance à mépriser le journaliste et le journalisme, mais imaginez-vous un monde sans presse pouvant faire contrepoids au pouvoir. D’ailleurs, le rapport du journaliste à la démocratie est articulé autour de trois axes : objectivité, service public, contre-pouvoir.

Or, depuis le début de cette campagne, on a pu voir des façons de faire qui franchement m’inquiètent grandement. Des candidats absents, qui refusent de répondre et même de rencontrer les journalises, qui évitent les débats et qui se réfugient dans un silence pesant sous prétexte de… Sous prétexte de quoi d’ailleurs? Ce silence, c’est non seulement un immense doigt d’honneur à la presse, mais aussi aux citoyens.Il y a aussi ce populisme de bas étage, qui transforme les conférences de presse en un zoo où les journalistes se font agresser verbalement par les sympathisants. Dans plusieurs journaux, j’ai lu des comptes-rendus de journalistes chahutés par des militants durant des points de presse. Des journalistes aussi qui se font carrément insulter par des candidats, des députés ou des ministres sortants. Comprenons-nous, les discussions viriles «off camera» ont toujours existés entre la presse et le pouvoir. Mais on parle ici de quelque chose de différent, qui s’apparente à du mépris et du contrôle de l’information. Quelque chose qui ressemble diablement à ce que nous avons vu se produire au sud de notre frontière. Et qui peut mener à terme à des atteintes à l’intégrité physique. Et croyez-moi, il suffit qu’un parti adopte de tels comportements pour que tous les autres fassent de même.

Et ça, ça m’inquiète.Et ce n’est pas ce que je veux laisser comme société à mes enfants. 

Mise à jour: Patrick Lagacé, dans son billet intitulé La politique poubelle, illustre avec force propos ce que je tente d’expliquer ici. 

Qui? Pourquoi? Comment? Où? Quand?

Depuis ce matin, tout le petit monde journalistique se pose la même question : mais qui est derrière cette vidéo dénonçant les coupures en culture du gouvernement conservateur et mettant en vedette Michel Rivard, Stéphane Rousseau et Benoît Brière.  Qui sont les concepteurs de cette vidéo de facture très professionnelle?

Car on ne se le cachera pas, nul doute que ce sont des professionnels qui ont conçu et réalisé cette vidéo, superbe par sa facture visuelle, kafkaïenne par son concept. Mais il manque ce qui complète toute bonne réalisation, un générique. Réalisateur, producteur? On connaît les acteurs, mais quid des autres, sûrement nombreux, qui ont participé à cette réalisation? Rien. Aucune nom ne défile au générique.

Pourtant, en tant que citoyen, j’aime bien savoir qui me parle. Surtout lorsqu’on m’interpelle de cette façon en m’incitant à participer à la conversation. Mais j’ai beau vouloir répondre, personne n’est à l’écoute. D’ailleurs, comme le disait Sylvain Carle sur Twitter, « à l’ère des réseaux sociaux, ne pas signer un vidéo du genre, c’est manquer l’occasion de participer à la conversation.»

Cela dit, je me pose aussi beaucoup de questions quant aux confrères qui, toute la journée, n’ont eu de cesse de trouver qui étaient les messagers derrière le message. Plusieurs ont entendu des noms circuler, des noms connus, de gros noms de l’industrie du cinéma. J’ai parlé à plusieurs de ces collègues, et bien que tous aient pu parler à ces personnes, aucun n’a pu avoir la confirmation officielle, le «Oui, c’est moi» qui leur auraient permis de dire, voici qui est derrière cette vidéo. «Pas de commentaires», voici sensiblement ce que tous ont pu recueillir comme réponse lorsqu’on demandait à ces personnes si d’une façon ou d’une autre, elles avaient participé à la réalisation de ce vidéo. Or, on ne se contera pas d’histoire, un «pas de commentaire» en politique est souvent en lui-même une réponse.

Cependant, aucun collègue n’a nommé les noms  qui circulaient, aucun n’a dit, «nous avons demandé à telle ou telle personne si elle était parmi celle qui ont participé à la réalisation de ce vidéo, et nous n’avons pu recueillir qu’un simple ‘’pas de commentaires’’». Certains étaient même mal à l’aise d’en parler ainsi, à bâtons rompus, peut-être par sympathie avec la cause.

Le problème, c’est que nous sommes journalistes, et que notre rôle est de trouver qui est le messager. Nous n’avons pas à nous poser la question si la cause est sympathique ou pas. Ce rôle, c’est celui des chroniqueurs et des éditorialistes.

 D’ailleurs, je vous demande sincèrement une question, à vous lecteurs : si une vidéo véhiculant un message tout  à fait contraire à celui des artistes avait circulé de la même façon sur Internet, sans signature, sans générique, auriez-vous été d’accord à ce que les journalistes ne fasse pas les mêmes recherches pour trouver qui est le messager?

En même temps, je comprend très bien le pourquoi de ces pas de commentaires. Primo, on veut envoyer le message que ce ne sont pas quelques individus, mais bien un groupe d’intérêt important. Deuxio, plusieurs de ces personnes ont aussi des demandes en cours d’examen à Ottawa et craignent, avec raison, une vendetta.

Toutefois, c’est notre boulot à nous de faire de l’enquête, de trouver qui est le messager, afin de questionner, de comprendre et de vous faire part des motivations derrière le message. QUI est derrière le message? Pourquoi? Où? Quand? Comment?

Bref, voici ce qui, à mon avis, aurait du être dit aujourd’hui :

Les artistes québécois ont riposté aux coupures du gouvernement fédéral sur Internet. Depuis ce matin, une vidéo circule sur la Toile mettant en vedette Michel Rivard, Stéphane Rousseau et Benoît Brière. « Le chanteur comparaît devant un comité unilingue anglophone pour demander une subvention pour un festival francophone. Stéphane Rousseau et Benoit Brière, qui sont les membres du comité, lui donnent la réplique. Les quiproquos linguistiques – notamment sur phoque et « fuck » – font tout dérailler et, sur fond de censure, plus personne ne se comprend. (1)» La vidéo a été réalisée par plusieurs professionnels de l’industrie qui ne veulent pas être identifiés. Toutefois, plusieurs noms circulent, dont ceux du réalisateur Éric Canuel et de la productrice Denise Robert. Interrogé sur sa participation, le réalisateur s’est refusé à tout commentaire, se contentant d’un laconique «pas de commentaires» quand à sa participation et à celle de la productrice. Notons que les concepteurs de cette vidéo ont retiré du site Youtube les propos suivants: «« Votez contre Harper et ses coupures dans la culture », propos qui auraient pu être considéré comme une dépense électorale par le Directeur général des élections.

That’s the news, that’s the facts et pour la suite, je laisse le soin aux chroniqueurs et éditorialistes de nous livrer leurs opinions.