D’éducation



Que les Clément Laberge, François Guité, Roberto Gauvin, Mario Asselin, Jacques Cool et tous les autres qui oeuvrent ou réfléchissent en éducation (et que j’aime lire, tout en silence) me pardonnent d’envahir leur turf, mais tout comme Clément Laberge, la lettre d’André Caron, président des Fédération scolaires du Québec m’interpelle et me porte à réfléchir sur l’éducation, et particulièrement sur l’héritage que nous voulons laisser à nos enfants.

Toute comme la présentation « Le saviez-vous » le suggère, j’ai bien l’intention de rencontrer et d’échanger avec la direction de l’école de mes enfants afin de leur demander si les classes de nos enfants, et leurs enseignants, sont suffisamment équipés pour faire face aux réalités du XXIème siècle.

Mais ensuite? Comment faire évoluer pour le mieux notre système d’éducation qui, faut-il le dire, a été considérablement malmené au cours des dernières années.

Soit, il y a les outils. Le crayon, le papier, les livres…et l’apprentissage et le partage que permettent les nouveaux outils numériques. Mais sans l’humain, sans l’enseignant qui se veut un guide, un catalyseur pour ces jeunes, ces outil ne sont que justement, des outils. Avec un simple marteau, on peut construire une simple abri à volatiles ou ériger une cathédrale. Souvenons-nous du compagnonnage, où un guide permettait à un apprenti non pas d’apprendre à manipuler bêtement des outils, mais plutôt d’inculquer à ses membres des valeurs comme l’entraide, la protection, l’éducation et la transmission des connaissances. Dans le fond, l’école ne devrait-elle pas reprendre à son compte les valeurs du compagnonnage? Je laisse aux spécialistes de ce milieu le soin d’y répondre.

Cela dit, encore une fois, que faire? Quelle pourrait être ma contribution à l’éducation de mes enfants. Je crois être présent, je surveille et j’insiste les week-end pour que devoirs et leçons soient faits, nous nous impliquons à l’école même, mais encore. Dans tout ce débat de spécialistes où nous, les parents, nous nous sentons trop souvent à l’écart, comment faire pour faire connaître nos idées?

*****

Au cours des dernières années, plusieurs parents et observateurs du milieu ont fait part de leurs inquiétudes quand à l’apprentissage du français. Il en est de même pour moi. Sans revenir aux méthodes d’antan où l’on nous apprenait en ânonnant que « Léa a bu » et « Léo est beau », il serait peut-être temps de revenir à un peu plus de rigueur dans l’enseignement de notre langue, en se servant de l’ensemble des outils mis à notre disposition. Crayon, papier, soit. Livres et outils numériques, évidemment. Mais avec plus. Ce petit plus, pourrait-on se l’approprier en regardant ce qui se fait de mieux ailleurs, et à l’adapter aux besoins de nos jeunes ici et non pas juste bêtement copier? Je pose la question. Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste. Qu’un simple parent voilà tout. Un parent préoccupé par le leg laissé à ses enfants.

*****

Mais il n’y a pas que le français. Quid de la culture générale et aussi, de l’enseignement de l’anglais? Que l’on insiste sur la qualité de la langue parlée et écrite, je suis pour. Personnellement, je me lacère moralement jusqu’au petit linge lorsque je constate certaines de mes erreurs, souvent grossières. Mais ne sous leurrons pas, dans un monde où les frontières n’existent plus et où la notion même de fuseau horaire tend à se sublimer au profil d’une boule bleue mondialisée en activité 24 heures sur 24, l’anglais est et restera la lingua franca, l’esperanto permettant à tous les peuples de se rencontrer.

Je constate donc avec tristesse que la culture générale, l’activité physique et l’anglais sont les points faibles de notre système. Oui,je suis tout à fait conscient que les jeunes natifs du numériques veulent en apprendre plus sur un sujet, il le « google ». Mais encore. Comment leur inculquer le discernement, le sens critique, des concepts tellement essentiels et qui permettent de s’accomplir comme citoyen? Des concepts qui leur enseigneraient par exemple, que Wikipédia n’est qu’un point de départ, et non pas une finalité?

Permettez donc au parent que je suis une simple suggestion, suggestion qui pourrait, si elle s’avérait être réaliste et réalisable, faire partie de la solution globale.

J’imagine (on peut toujours rêver) un ministère de l’éducation qui reverrait de fond en comble l’enseignement lui-même, et où l’école, au cours des six premières années, serait un lieu qui reprendrait à son compte les concepts du compagnonnage (entraide, protection, éducation et transmission des connaissances) avec rigueur et souplesse tout en mettant l’emphase sur l’apprentissage de la langue française. Six années où la connaissance dans les matières de base ainsi que le « men sana in corpore sano » seraient transmis à nos jeunes. Tous nos jeunes, sans exception, qu’ils soient d’origine francophone, anglophone ou autre.

Et l’anglais me direz-vous? Et la culture générale? L’histoire? Les arts? La géographie? Soit, aucune de ces matières ne seraient négligées au cours de ces six premières années de vie. Mais j’y ajouterais une septième année. Une septième année d’immersion anglaise totale où seulement les arts, la culture générale et aussi, un cours d’introduction à la citoyenneté seraient montrés à nos jeunes. Quel bagage formidable ne laisserions-nous pas ainsi à nos jeunes? Quelle merveilleuse introduction au secondaire, au monde du travail et à la citoyenneté. Et ceci, sans nullement négliger l’enseignement des matières de base et du français durant les six premières années de vie scolaire. Honnêtement, comment dire non à ce que j’ose appeler, le meilleur des deux mondes. Et ainsi, au secondaire, on pourrait se permettre d’approfondir les connaissances acquises et qui sait, commencer l’apprentissage d’une troisième langue.

Suis-je naïf? Sans doute. J’ose à peine imaginer le quart du centième des réactions des intervenants de ce milieu advenant le dépôt sur la table d’une telle idée. Syndicat, fonctionnaires, associations diverses et monde politique, un joyeux mélange qui, à la fin, ne pourrait rien donner de bon.

Naïf? J’assume. Ce n’est pas la première fois. Ni la dernière. Mais pas question pour moi d’arrêter de rêver. Surtout quand il s’agit de nos enfants. De miens comme des vôtres. Mais il me semble Clément, et tu me permettras de t’interpeller ici, qu’une telle idée, avec celles d’autres rêveurs, s’inséreraient bien dans ce concept de cité éducative que tu as su si bien amener.. Et d’ailleurs, pourquoi parler uniquement de cité éducative? Notre pays ne devrait-il pas tout faire pour que l’éducation soit au centre de nos vies? À moins que le pays ne devienne cité.

Laissez-moi rêver s’il vous plaît. Pour mes enfants. Et les vôtres. Et ceux qui viendront.