Réinventer la lecture

Mark Bernstein est un des spécialistes mondiaux de l’hypertexte. Il est un membre actif du SIGWEB, ce groupe d’intérêt spécial de l’ACM sur l’hypertexte, l’hypermedia et le Web. Il est aussi un participant régulier aux conférences Wikisym. C’est d’ailleurs à cette occasion, lors de la rencontre Wikisym-Montréal, que j’ai pu finalement rencontrer Bernstein.

Mark Bernstein est aussi éditeur. Sa société, Eastgate, publie la revue savante Tekka (qu’il faut lire, ne serais-ce que pour l’article «Do tags work?»), le logiciel Tinderbox , une application destinée à organiser et structurer de l’information, et l’outil de création littéraire StorySpace, un hypertexte orienté narration. J’avais souligné le travail de Bernstein en 2002 dans le Devoir. C’est à ce moment que nous avons commencé à échanger Mark Bernstein et moi. Mark a commis un très tripatif (™Languirand) billet sur son carnet en 2006: 10 conseils pour un site vivant (10 tips on writing the living web).

À propos de StorySpace, voici ce que j’écrivais :

Bref, Bernstein, fasciné par les concepts d’hypertexte, créa il y a quelques années de cela, le progiciel StorySpace, le seul logiciel qui, à ma connaissance, permette d’écrire de la littérature «hypertextuelle». Imaginez qu’au lieu de lire une oeuvre de façon linéaire, comme dans un livre, de la première à la dernière page, vous pouviez créer un roman ou une nouvelle, qui puisse se lire sur de multiples petites fiches cartonnées 3×5, et de façon non linéaire. À moins que ce texte demeure dans un format électronique, et qu’en plus d’être publié sur le Web, cette oeuvre puisse inclure sons et vidéos.

Bref, vous comprendrez que StorySpace est encore un produit marginal, car le nombre d’écrivains pouvant penser en mode 3D est plutôt restreint. Pourtant, plusieurs auteurs se sont frottés à l’hypertexte, et de nombreuses oeuvres sont disponibles sur le site de Mark Bernstein. Lire une véritable nouvelle «hypertextuelle» est une expérience nouvelle et fascinante bien qu’en tant que lecteur, vous deviez aussi faire quelques efforts pour habituer à cette nouvelle forme de lecture.

Alors que le livre électronique et la lecture en ligne sont de retour sous le radar, il convient de rappeler l’existence d’un outil de création comme StorySpace. Qu’il soit papier ou pixel, le livre reste un livre, avec une structure linéaire. Je lis du début à la fin. De la page 1 à la conclusion. Pourquoi le processus de lecture lui-même n’évoluerait-il pas, afin de profiter des possibilités offertes par le réseau? Il serait intéressant de mettre en les mains des natifs un outil comme StorySpace afin de voir comment ceux-ci s’approprieraient l’outil. Sûrement différemment de nous. Cela dit, des auteurs se sont mis à la tâche et se sont appropriés l’outil. Les résultats sont ici (fiction, poésie, essais).

Un bouquin en hypertexte? De tels bouquins furent même publiés sous forme papier. Un des exemples qui me revient en tête est cette collection de livres dont vous êtes le héros. De l’hypertexte adapté tant bien mal au papier. Alors qu’il eu été beaucoup plus facile d’approche en électronique.

Marie Laberge utilise le réseau et tente une nouvelle approche dans la commercialisation du livre.

Pourquoi ne pas tenter de réinventer la lecture d’un livre? Faudrait-il d’ailleurs continuer d’appeler cela un livre? Une œuvre littéraire?

Et je ne puis m’empêcher d’imaginer des reportages journalistiques réalisés avec StorySpace. Qui parlait de valeur ajoutée à l’information brute?

Mais surtout, la grande question à 5,95$, comment commercialiser des telles oeuvres?

Le facteur WIIFM (what’s in it for me)

Depuis quelques jours, je bosse sur une recherche qui servira à produire un billet complémentaire à celui de Michäel Carpentier. Et cette recherche m’oblige entre autre chose à me relire, à tenter de voir si une réflexion parue cinq années auparavant tenait toujours la route.

Parmi les articles que j’avais publié dans le Devoir, il en est un qui, je le constate, pourrait très bien s’appliquer au PlanNumériquePourLeQuébec, une idée de Patricia Tessier que Martin Comeau a voulu associer à un espace de réflexion. Cela dit, ne nous leurrons pas. Malgré la campagne électorale en cours, rien ne surviendra à court terme. Il ne s’agit pas d’un sprint, mais bien d’un marathon. Un marathon qui a connu plusieurs faux départs.

J’ai encore en mémoire ma participation (suite à mon départ du Devoir) au «Comité des sages» que le Gouvernement du Québec avait mis en place, suite à la publication du rapport Gautrin. On constate aujourd’hui que peu de choses ont vraiment avancé.

Bref, si cela peut aider, je met en ligne une entrevue que j’avais réalisé avec Bill Piatt lors de la conférence GovNet ’03. Détail cocasse, lors de cette conférence, j’avais reçu à notre résidence d’Ottawa-Hull le chercheur Dominique Wolton et le consultant Pierre de la Coste. En compagnie de plusieurs adjoints politiques, nous avions assisté à la victoire de Jean Charest sur Bernard Landry. Et c’est la première fois que je voyais Wolton incapable de rien dire, tellement il était flabergasté par la politique d’ici.

Mais revenons à Bill Piatt. Bill Piatt, c’est l’homme qui a dirigé le déploiement du portail gouvernemental FirstGov, un guichet unique où les citoyens pouvaient trouver toute l’information générée par l’administration publique américaine. Sachant que ses propos seraient publiés dans un quotidien francophone, l’homme avait fait preuve d’un bel esprit d’ouverture, d’une rare générosité et d’une candeur exceptionnelle lorsque je l’avais interviewé. Nous avions finalement passé plus de 3 heures à discuter ensemble de plusieurs enjeux et défis reliés au e-gouvernement et à la mise en place d’un état numérique.

Car pour réaliser un état entièrement numérique, outre l’enjeu fondamental du haut-débit, le gouvernement doit être lui-même un utilisateur modèle qui agira comme courroie de transmission pour inciter les citoyens, les entreprises et toute la société civile à se joindre à lui pour réaliser ce concept. Ce texte plein d’enseignements (qui devraient cependant être adapté aux spécificités québécoises) fait donc état des défis que Piatt a dû relever afin de concrétiser FirstGov.

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FirstGov, un portail pour les citoyens.

Si vous croyez que la mise en place d’un portail national comme celui du gouvernement du Québec ou du Canada est tout un défi à relever, imaginez celui de réaliser un portail regroupant 260 organismes différents, 22 000 sites Internet distincts, et 27 millions de pages à indexer hebdomadairement. Tout cela, en 90 jours. Bienvenue à FirstGov, le portail made in USA.

Nombreuses sont les personnes qui croient que la réalisation d’un portail national est uniquement un défi technologique. Après tout, il s’agit de réunir des masses d’informations sous un même toit, non? «Faux», de dire Bill Piatt, le grand responsable de la mise en place de FirstGov que nous avons rencontré la semaine dernière lors de la conférence GovNet 03: «Si ce n’était que des contraintes technologiques, un portail national comme FirstGov aurait probablement vu le jour plus rapidement». Et pourtant, entre le décret présidentiel et le lancement, seulement 90 jours se sont écoulés.

Mais, au royaume de Dubya, la politique et les lobbys sont rois et maîtres. Selon Piatt, «ceux-ci peuvent, en moins de deux, tuer une initiative nationale qui pourtant est destinée à servir les citoyens».

Welcome to Washington.

Les défis de FirstGov

Servir le citoyen; regrouper sous un même toit tous les services offerts par un gouvernement national; héberger la quasi-totalité des sources d’informations qu’une administration publique a à offrir aux citoyens et aux entreprises du pays, tels sont les buts — nobles — de FirstGov. Né d’une initiative du président Clinton, le défi de FirstGov — et de Bill Piatt et son équipe — était d’offrir aux citoyens un guichet unique où trouver toute l’information possible générée par l’administration publique américaine.

Les défis, eux, étaient fort nombreux. Après tout, nous parlons ici d’un gigantesque portail regroupant 22 000 sites Internet différents, 260 agences gouvernementales distinctes et 27 millions de pages Web à indexer à toutes les semaines. De plus, il y avait une notion de confiance à insuffler au grand public.

Or comme les données personnelles aux États-Unis sont plutôt considérées comme une marchandise, Bill Piatt avait déjà tout un défi à relever. Par exemple, en Floride, l’administration publique de l’État avait décidé d’accepter l’offre gracieuse et gratuite d’une entreprise faisant des appareils servant à numériser les photos sur les permis de conduire. Seul petit hic, en contrepartie, l’entreprise en question s’est mise à revendre à des sociétés de crédit les photographies numériques en les appairant avec le numéro du permis et le nom du propriétaire du permis. Tout ce qu’il fallait pour donner une crise cardiaque aux dirigeants de la Commission d’accès à l’information du Québec.

Pressions politiques

Second défi pour Piatt: vaincre les pressions politiques. En effet, aux États-Unis, patrie des puissants lobbys aux moyens illimités, l’information est reine. Ceux qui la détiennent, traditionnellement les lobbys, peuvent se permettre de monnayer très cher cette connaissance de l’administration publique.

Or en mettant en ligne autant d’informations, l’équipe de FirstGov allait donc amoindrir les pouvoirs et les connaissances que les lobbyistes détenaient. FirstGov était donc une menace pour eux. Inutile de dire que les pressions des lobbys sur la Maison-Blanche et l’équipe du président furent intenses. Mais c’est l’entrée en scène d’un second groupe de lobbyistes qui a failli tuer le projet. En effet, pour les lobbys pro liberté d’expression. FirstGov était un magnifique véhicule pour redonner du pouvoir aux citoyens. Et eux aussi se mirent à faire des pressions sur la Maison-Blanche.

Excédée, la Maison-Blanche ne savait plus trop quoi faire. Demander à l’équipe de Bill Piatt de mettre la pédale douce ou, au contraire, lui demander de continuer à mettre en ligne encore plus de contenus?

La solution, c’est Bill Piatt qui l’a trouvée. Devant les pressions quotidiennes, l’équipe de FirstGov a réagi au quart de tour et, en moins de trois mois, a lancé le portail FirstGov tout en appliquant les principes suivants:

- La simplicité avant tout, le bon vieux principe KISS (keep it simple stupid) si cher aux Américains;

- réagir rapidement face aux événements et aux pressions politiques;

- si votre proposition n’est pas claire, communiquez, communiquez, communiquez. Et dans le doute, recommencez;

- vous devez avoir l’appui du plus haut niveau de l’administration;

- toujours se souvenir que tout projet gouvernemental, même s’il est destiné au grand public et qu’il est totalement apolitique, est et demeure un projet politique;

- moins vous bousculerez de personnes, moins vous aurez de résistance;

- toujours prévoir le facteur WIIFM (what’s in it for me).

Le pépin

Cependant, quelques mois à peine après le lancement de FirstGov, vint un pépin: l’élection d’une nouvelle administration. Durant plusieurs mois, l’administration Bush examinait «la bébelle de Clinton» en se demandant quoi faire avec. Liquider le tout et recommencer avec une nouvelle orientation? Laisser le tout en place. Pour Piatt et son équipe, ce furent des semaines et des mois extrêmement difficiles. La seule certitude que Piatt avait: des budgets de fonctionnement pour moins d’une année. Ensuite? Plus rien.

Le 11 septembre toutefois, tout changea. En quelques heures, FirstGov devint le portail le plus consulté par tous les Américains. Conseils pratiques, liste des personnes disparues, liste des personnes retrouvées vivantes, liste des personnes retrouvées mortes, qui, quand quoi, où, comment, toutes ces questions, FirstGov y répondait avec efficacité.

De nombreuses personnes de l’administration Bush y trouvèrent l’information nécessaire à la bonne marche du pays en ces temps de crise, et ce, bien avant que les fonctionnaires concernés puissent répondre aux questions posées. FirstGov venait de prouver son utilité auprès de tous les membres de l’administration Bush.

Aujourd’hui, le bien-fondé de FirstGov ne fait plus aucun doute, ni sa survie. Les événements du 11 septembre ont fait la preuve de la force de l’information libre par rapport aux institutions. Piatt a quitté l’équipe de FirstGov pour se joindre à la société Unisys. Mais FirstGov, quelle que soit l’administration en place et les pressions des lobbys, est là pour longtemps.

Le chat est sorti…

D’ici la fin de la campagne, les journalistes Hélène Buzzetti, Kathleen Lévesque, Alec Castonguay ainsi que Manon Cornellier alimenteront aussi des carnets de campagne auxquels les internautes seront appelés à réagir sur le site ledevoir.com.

Une nouveauté ce automne, Le Devoir a accepté de participer à un consortium de médias électroniques qui mettra en ligne, dès lundi, un site web ponctuel où les internautes seront appelés à poser des questions et à réagir aux propos des chefs de partis. Les détails vous seront communiqués lundi dans nos pages. C’est à suivre…

Sansfaçon, Jean-Robert, Le Devoir Plus.

Ben voilà, c’est la-dessus qu’on travaille. Doh! Cela dit, soyons zen. Le retour du Devoir dans la blogosphère sera modeste.

Prendre le virage de la convergence à 222 km/h

Les faits: le chroniqueur automobile Philippe Laguë se fait prendre à rouler à 222 km/h au volant d’une rutilante torpado. Quelques jours plus tard, le courrier ayant livré avec diligence la bonne vieille enveloppe brune sur la rue Frontenac, le Journal de Montréal fait sa une avec cette nouvelle. Bien qu’il admette son erreur sur toutes les tribunes, Laguë, sur les ondes de Bazzo.fm Bazzo.tv, blâme Quebecor et la convergence. Selon lui, le Journal de Montréal aurait voulu nuire aux ventes de son guide de l’Auto dont la sortie est imminente.

Peut-on régler toute suite quelque chose?

Fait-on dans la convergence chez Quebecor? You bet! Tu parles Charles. Pas plus que tard que ce matin encore… À croire même que Quebecor a inventé le mot convergence. Tout comme cette année, Radio-Canada, après avoir été assis sur le modèle depuis des décennies, vient elle aussi d’allumer et de succomber aux chants de la fée convergence. Les murs érigés depuis toujours entre la télé, la radio et, depuis 10 ans, Internet, viennent de voler en éclats. Et on ne parle pas des amitiés particulières entre la société d’État et Gesca, elle qui, en prime, se laisse tenter par le démon de la concentration. Mais il parait qu’on ne dit pas convergence dans la tour sur René-Lévesque. On parle plus de symbiose. Genre. Style. Tsé.

Bref, si quelqu’un doute le moindrement des affirmations précédentes, je vous signale que je vends le Xanax en boîte de 3000 comprimés (contre trois paiements faciles, transport et manutention non inclus). Alors, qu’on ne parle plus de convergence, qu’on ne pointe plus du doigt l’autre, sachant que tout le monde le fait avec plus ou moins d’importance. Right?

Donc, Laguë. La convergence. Le vilain ogre Quebecor. Le lancement prochain de son livre. Parlons-en. D’autant plus que les chroniqueurs Pat Lagacé et Steve Proulx en parlent eux aussi. Tiens, Louise Cousineau aussi.

Par un étrange hasard, il se trouve que la journée où le Journal est entré en possession de la nouvelle, j’étais au téléphone avec un de ceux qui devait prendre la décision de publier l’information, Mathieu Turbide, directeur adjoint de l’information. Sous le sceau de la confidentialité, Mathieu m’a fait part de cette nouvelle en me demandant ce que j’en pensais? Mon premier commentaire? C’est une nouvelle qui doit être jouée dans les premières pages, en autant que ce ne soit pas un règlement de compte pour ses propos tenus à Tout le monde en parle sur l’éthique de ses confrères. « Si le moindrement vous faites allusion à son passage à l’émission, alors il y aura apparence de règlement de compte ».

Je dois dire que Mathieu a fait une fois une (très courte) allusion à cela, dans l’ensemble de notre conversation. Mais en ne faisant aucun lien entre cette critique acerbe de Laguë envers ses collèques et l’article à venir. Seulement pour dire que c’est la sortie (fort médiatisée le lendemain) de Laguë à Tout le monde en parle qui avait vraiment fait connaître Laguë aux yeux du grand public, celui qui ne lit pas le Devoir ou les chroniques vroom-vroom. Rappelons que TLMEP fait plus d’un million de cote d’écoute à chaque semaine. C’est du monde en tab… aurait dit Moose Dupont. Bref, small talk only.

À la fin de notre conversation, quand je lui ai demandé à nouveau, « Tu vas utiliser cela dans le topo? », il m’a répondu « Ben non! ». De même, tout au long de notre discussion, pas une seule fois il n’a été question du livre, de la convergence ou du Devoir. Et jamais je n’ai senti dans le ton de voix de Mathieu que le lancement de son livre pouvait jouer sur le placement de la nouvelle en une. Le savait-il d’ailleurs? Moi, pas du tout.

Fin de l’histoire. Front page le lendemain.

Soit dit en passant, si je puis me permettre un commentaire, « l’ennemi » chez Quebecor, c’est La Presse et Radio-Canada, pas le Devoir. À ce que je sache, depuis monsieur Péladeau père, le Journal et Quebecor n’ont t-ils pas été toujours sympathique au Devoir? Ce qui est arrivé à Philippe est triste, soit. Mais il a prit une chance en conduisant à une vitesse folle… et il a perdu. Depuis la publication de cette histoire dans les pages du Journal, j’ai toujours trouvé que Philippe avait très bien assumé son erreur…jusqu’à cette entrevue avec Marie-France Bazzo. Carton rouge pour Philippe sur la convergence. C’est triste à dire, mais il semble qu’on ne peut pas pas être tous des Christine St-Pierre et assumer avec dignité ses erreurs.

Si jamais Philippe lit ce billet, je suis prêt à venir lui répéter en face ce que je viens d’écrire.

Déclaration d’intérêt: En date d’aujourd’hui, je n’ai aucun contrat, ni projet en cours avec le Journal ou une des filiales de Quebecor. Nothing, rien, zilch. De même, dans le passé, jamais je n’ai eu de contrat avec le Journal ou une des filiales de Quebecor, ou encore un projet. Et à cette minute, je n’ai aucun projet ou contrat à venir avec Quebecor.

PS: En passant, vous devriez vous rappeler ceci: Les médias ne sont pas là pour informer. Ils sont là pour faire des profits au bénéfice de leurs actionnaires. Rien d’autre. Toutefois, les journalistes et les artisans qui oeuvrent dans les médias, eux, sont là pour informer. S,agit juste de trouver la zone de confort pour les deux parties.

Certains esprits étriqués vous diraient que les journalistes sont un mal nécessaire dans un journal. Étriqué, ça veut dire mesquin non?

Cheap, cheap, cheap la guerre des médias

Lu ce matin dans le Devoir, un article d’Antoine Robitaille, sur les réactions entourant la publication de l’éditorial alambiqué du Globe and Mail sur ce qu’il convient dorénavant d’appeler, l’affaire Jan Wong:

L’article du Globe a suscité hilarité et moqueries chez des internautes québécois. Furieux du fait que le Globe ait qualifié de «questions dérangeantes» les «affirmations» de Mme Wong, un blogueur a écrit hier: «Je vais moi aussi poser des questions inconfortables, même [...] si ces questions diffament. [...] M. Greenspon [éditeur du Globe], battez-vous toujours votre femme? Je ne fais que poser une question. On ne sait jamais, plusieurs hommes sont coupables de violence conjugale.»

Lu sur le blogue de Patrick Lagacé, journaliste au Journal de Montréal:

Des questions inconfortables ? Si c’est ça la game, je vais en poser deux ou trois aux patrons du Globe and Mail. Je vais faire ça à la Jan Wong, à part ça, ok ? Je vais poser des questions inconfortables, même si ces questions salissent, si ces questions diffament. (…) And, finally, Mr Greespon, speaking of uncomfortable questions : « Do you still beat your wife ? Just asking. Could be. You’re a man. And lots of men are involved in domestic violence. »

Un blogueur? Même plus un journaliste-blogueur d’un quotidien montréalais? À quand, un humain? Un individu? Un paquet d’atômes de forme humaine? Ce qui nous semble être le résultat de la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule?

Cheap! Cheap! Cheap!

Mise à jour: Patrick Lagacé m’écrit qu’Antoine Robitaille lui a envoyé un courriel hier, lui disant, « J’aimerais bien te citer dans mon article de demain, mais… », ce qui veut dire, dans le contexte de la petite guerre des médias, citer un chroniqueur d’un journal concurrent serait mal vu.

Soit.

Sauf que c’est prendre le lecteur pour un con. Un idiot. Car je le sais. Vous le savez. Nous le savons. Nous lisons les journaux. Nous lisons les blogues. Et nous avons un carnet pour relever et publier ces incongruités.

Mes très sincères excuses monsieur Robitaille pour le mot cheap à votre endroit. Mise à jour 3: Votre courriel à Patrick Lagacé vous honore. Bien que sincèrement, à mon humble avis, vous auriez pu à tout le moins reprendre la formule habituelle pour ne pas parler d’un concurrent, à savoir « le blogue d’un journaliste montréalais ». Peut-être espériez-vous secrètement que les blogueurs reprennnent la nouvelle ou que Patrick publie son interprétation? Je n’en sais rien, mais bref, je déplore grandement qu’en publiant la nouvelle sous cette forme, vous soyez celui qui joue le rôle de paratonnerre alors qu’en réalité, encore une fois, ce soit l’attitude des directions concernées qu’il faut dénoncer.

Bref, aux directions des médias…

Cheap! Cheap! Cheap!

Et ça se demande pourquoi ça perd de la crédibilité.

Mise à jour 2: Patrick Lagacé donne son interprétation.

Bien sûr que c’est futile, bien sûr que les journalistes devraient faire la grève de la faim pour s’opposer à ce climat, mais bon, en journalisme comme dans la vie, il faut choisir ses batailles. Bien plus grave, bien plus chiant, à mon avis, c’est quand la radio reprend les nouvelles des journaux.

Pas d’accord Patrick. Pas à l’heure d’Internet et des blogues.

C’est par réflexe de livrer les informations les plus exactes possible…

En quelque part, j’ai toujours cru qu’on est est l’artisan de son bonheur, ou de ses malheurs. Des erreurs, j’en ai commises et j’en commettrai encore. Alors tes choix sont simples: ou tu gueules comme un putois, ou tu assumes, tu prends ton trou et fume, c’est du bon.

De nos jours, il ne se passe pas une semaine sans qu’un article ou un reportage nous rappelle que les médias traditionnels connaissent une perte de leur lectorat ou de leur auditoire. Et que dire de la crédibilité, de ce regard porté par les lecteurs/auditeurs sur le travail des journalistes?
Toutefois, ce matin, Jean Robillard, philosophe et professeur de communication à TELUQ-UQAM, porte un regard critique sur le travail des médias face aux événements de Dawson. Et tout particulièrement sur un article que le Devoir a publié dans ses pages le vendredi 15 septembre.

Décidément, d’une tragédie à une autre, les journalistes n’apprennent pas, ou si peu. Le respect des personnes, acteurs plus ou moins directement liés à un événement comme celui de la fusillade au cégep Dawson, est une valeur qui semble désormais disparue de l’écran radar médiatique.

Des lecteurs du Devoir se sont interrogés sur le bien-fondé de la diffusion de l’adresse de la famille du tueur ? La direction de leur journal publie une note (samedi 16 septembre 2006) qui met en avant ce motif à la décision de le faire : «C’est par réflexe de livrer les informations les plus exactes possible que ce détail s’est retrouvé dans nos pages.» Réflexe ? Détail ? Voyons plutôt.

Le Devoir, libre opinion, Réflexe journalistique

Je me souviens avoir tiqué lorsque j’ai lu l’article en question, signé Brian Myles, au demeurant un excellent journaliste qui fait son boulot honnêtement et avec professionnalisme. « Pourquoi? Pourquoi avoir publié cette information, l’adresse civique de la résidence familiale, alors que sa publication n’apporte strictement rien de nouveau au dossier? » C’est d’ailleurs l’opinion de Monsieur Robitaille.

L’adresse des parents du tueur de Dawson est une information factuelle, certes, mais elle n’est pas liée au drame, sinon que par le fait que l’auteur de la tuerie y habitait : et puis après ? Ah oui ! Les parent doivent maintenant traverser un deuil. Et ensuite ? Le tueur habitait là. La mère est «abattue» (dixit Céline Galipeau, ibid.) par la tristesse. Ensuite ? Le tueur habitait là, à cette adresse. Et ? Rien d’autre. Parce que tout a été dit sur l’événement lui-même. En quoi le fait de connaître l’adresse du tueur et de sa famille ajoute-t-il à notre compréhension de cet événement ?

Le Devoir, libre opinion, Réflexe journalistique

«C’est par réflexe de livrer les informations les plus exactes possible que ce détail s’est retrouvé dans nos pages.»
La direction du Devoir

Exacte l’information? Assurément. Mais nécessaire? Pas vraiment. Publier l’adresse des parents de Kimveer Gill a été une erreur. Le Devoir aurait du assumer cette erreur et faire son mea-culpa. Mais il est vrai que nous vivons dans un monde où nul n’est coupable.

«C’est par réflexe de livrer les informations les plus exactes possible que ce détail s’est retrouvé dans nos pages.»
Yeah, right!

Dans la page Idées du Devoir d’aujourd’hui

Une fois n’est pas coutume, permettez que je vous aiguille vers une réflexion publiée dans la page Idées du Devoir d’aujourd’hui à propos du vote électronique. Signée David J. Roy, directeur du centre de bioéthique de l’institut de recherches cliniques, Michel Cartier et moi-même, cette réflexion se veut une réponse aux différentes lettres et chroniques qui se sont multipliés dans les médias depuis le vote de dimanche. En regard des événements des deux derniers jours, nous aurions aimé faire ajouter hier, en fin de journée, un addendum à cette lettre écrite plus tôt cette semaine, mais malheureusement, la page était montée. Voici donc cet addendum qui n’a pas été publié dans ce texte.

Addendum: À la lumière des événements des derniers jours, nous croyons que la confiance des citoyens et des partis politiques envers le vote électronique et le processus démocratique est suffisamment ébranlé pour considérer juste toute demande de recomptage manuel de l’élection, quel que soit le parti qui en fait la demande, et ce, sous la supervision du Directeur général des élections. De même, nous croyons qu’une enquête impartiale du DGEQ sur tout le processus du vote électronique doit être réalisée le plus tôt possible. Ce n’est qu’à ces conditions que le lien de confiance pourra être rétabli. Aucune fiabilité du système de vote électronique= aucune confiance possible

À propos du vote électronique

Surpris des résultats de dimanche et du cafouillage sur le vote électronique? Pas moi. On en avait causé dans le Devoir il y a de cela deux ans.

Le vote à l’âge de la machine (première partie)
(publié originalement dans le Devoir les 22 et 29 septembre 2003)

La récente mise en veilleuse de l’élection au poste de gouverneur de la Californie a mis en lumière les carences du système de vote électronique, le même d’ailleurs que celui utilisé en Floride lors de la controversée élection présidentielle de 2000. Où en sommes-nous avec le vote électronique? Quels sont les grands enjeux reliés à l’utilisation des systèmes de vote électronique et Internet?

Quel que soit le résultat d’une élection, l’essence même de la démocratie veut que tous acceptent le verdict rendu. Une élection permet à une communauté de choisir ceux qui seront leurs représentants pour gouverner et prendre des décisions fondamentales pour l’avenir de leur ville, de leur province ou de leur pays. Il va sans dire que, pour un citoyen qui n’a qu’une seule chance de pouvoir s’exprimer librement en quatre ans, la notion de confiance est cruciale. L’intégrité du processus électoral est fondamentale à l’intégrité de la démocratie elle-même.

Or, de tout temps, et les exemples ne manquent pas, nombreux sont ceux qui ont tenté de manipuler le résultat d’une élection. Heureusement, même si un Jean-René Dufort a pu démontrer avec quelle facilité il était possible de s’emparer du vote d’une personne, on peut aujourd’hui affirmer sans trop se tromper que le bon vieux temps des «télégraphes» est chose révolue. Les citoyens savent qu’ils peuvent s’en remettre à la neutralité du directeur général des élections pour superviser entièrement le processus électoral.

Cependant, le vote électronique introduit un nouvel intervenant dans ce processus : le fabricant de l’appareil. En effet, le manufacturier de l’appareil de vote vient s’immiscer dans ce qui était la chasse gardée du directeur des élections. Or, en théorie, celui qui contrôle la machine peut contrôler l’élection. Comment s’assurer que la confiance du citoyen restera intacte ? Et, surtout, dans le cas d’une contestation judiciaire, comment s’assurer que le juge et les représentants des partis pourront compter sur des mécanismes de validation à toute épreuve.

Un peu de techno

Il est possible de décliner les appareils de vote électronique en trois grandes familles.

- L’urne électronique : le citoyen appelé à voter utilise toujours un bulletin de vote, mais lorsque celui-ci est glissé dans l’urne, un lecteur optique lit le résultat et enregistre en temps réel le résultat de l’élection.

- Terminal de vote : ici, aucun bulletin de vote. L’électeur, une fois dans l’isoloir, se retrouve face à une machine à voter. Celui-ci fait son choix à l’écran en appuyant sur un bouton situé au côté de son candidat. Certains terminaux possèdent même un écran tactile.

- Internet : un ordinateur relié au réseau des réseaux, une souris et clic ! Il a voté !

Or, et nous le verrons un peu plus loin, autant il est possible d’affirmer sans trop se tromper que l’urne électronique est sûre, et donne toutes les garanties nécessaires d’une élection juste à l’électeur et aux partis, autant les terminaux de vote, tels que nous les connaissons aujourd’hui, soulèvent certaines questions. Quant à Internet, il est encore loin le jour où le réseau des réseaux sera utilisé pour une élection aussi déterminante que celle d’un président ou d’un premier ministre. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’Internet n’a pas un rôle important à jouer dans l’exercice de la démocratie.

Enjeux

Pierrôt Péladeau, chercheur au centre de bioéthique de l’IRCM et au CEFRIO et spécialiste des questions de vie privée, n’est pas réfractaire à l’utilisation de systèmes de vote électronique, pour autant que ceux-ci offrent toutes les garanties de confiance aux électeurs. «L’urne électronique, par sa simplicité, et du fait qu’il existe toujours une preuve papier sur laquelle compter en cas de contestation judiciaire, est un système de vote électronique dans lequel on peut avoir confiance. Cependant, il en va tout autrement pour les terminaux de vote.»

Pour ce chercheur, il convient de se poser de nombreuses questions avant de déployer ces terminaux. «Qui est le fournisseur du système, y a-t-il des sous-contractants et quelles sont leurs lettres de créance, dans quelle condition les terminaux seront-ils entreposés une fois le vote terminé, est-il possible d’avoir accès au code source ?»

«Cet enjeu est essentiel, car des exemples existent aux États-Unis ou un système informatisé, destiné aux professionnels de la santé toutefois, fut détourné de sa mission première en raison d’intérêts commerciaux.»

Dans le cas de systèmes utilisant des pièces mobiles comme des disques durs, il convient aussi de s’assurer que celui-ci dispose d’un blindage empêchant tout rayonnement électromagnétique (les terminaux de vote utilisés au Québec lors d’élections municipales sont immunisés contre ce genre de rayonnement).

Mais ce sont les mécanismes de contrôle, en cas de recomptage judiciaire, qui tracassent Pierrôt Péladeau. «Outre cette preuve dématérialisée qu’est une donnée sur un support magnétique, a-t-on une preuve bien réelle, comme un bulletin papier, qui permet de confronter les données enregistrées ?»

«Le terminal électronique idéal serait celui qui, une fois le vote du citoyen enregistré, lui remettrait deux reçus avec la confirmation de son choix. Le citoyen pourrait conserver le premier reçu, et glisser l’autre dans une urne électronique. Donc, en plus des résultats sur support magnétique, une preuve papier serait disponible pour confronter ces dits résultats et offrir toutes les garanties de confiance possible. De plus, il est essentiel que ces terminaux ne soient pas reliés à un quelconque réseau, sous peine de voir un quelconque pirate essayer de s’introduire dans le système.»

Et Internet ?

Disons le tout de go, il y a loin de la coupe aux lèvres avant qu’une élection ne se tienne sur Internet. Trop de questions entourant la sécurité et l’authentification nous permettent de dire qu’il serait hautement improbable de voir une élection se tenir un jour sur Internet. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille rejeter du revers de la main toute utilisation d’Internet dans un processus démocratique. C’est l’opinion du professeur Karym Benyekhlef du Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal.

«En tant que citoyen, on ne peut qu’être déçu du peu de valeur accordé à un vote, sachant qu’il faut attendre quatre autres années avant de pouvoir s’exprimer à nouveau. Or, Internet est l’outil idéal pour appuyer cette nouvelle mouvance qu’est la démocratie délibérative, il est l’outil parfait pour susciter à nouveau l’intérêt du citoyen à la vie publique et lui donner le goût de s’impliquer.»

«En se servant des mécanismes collaboratifs d’Internet, il est possible de recréer de grands espaces de réflexion et de participation où le citoyen sentira qu’il peut apporter quelque chose à sa communauté. Cependant, il faut éviter de tomber dans le piège de la consultation à outrance qui transformera ce qui, à la base, est une plateforme de discussion et de brassage d’idées en un système de référendum permanent.»

Le philosophe Jacques Dufresne, dans un discours prononcé lors du colloque sur Le Parlementarisme au XXIe siècle, en octobre 2002, allait même un peu plus loin, en invitant les Québécois absents du pays à s’impliquer malgré dans ce processus de démocratie délibérative par l’entremise du réseau des réseaux :

«[...] des dizaines de milliers de Québécois sont en voyage à l’étranger. Plusieurs d’entre eux seraient heureux de contribuer à l’enrichissement de la vie publique du Québec par le biais de l’information. Il leur suffirait, pour se donner cette peine, de savoir que leurs efforts seront utiles. De passage en Suède, ils pourraient, par exemple, étudier le système en vigueur dans ce pays de dédommagement des victimes d’erreur médicale sans égard à la faute; d’autres pourraient faire le même travail en Nouvelle-Zélande où une solution semblable a été retenue.»

Au Québec ?

Qu’en est-il de la situation au Québec ? Des élections ont-elles fait appel à des solutions technologiques ? Est-il envisageable un jour qu’une élection provinciale puisse battre de vitesse Bernard Derome et son fameux «si la tendance se maintient…» ? Des expériences de vie démocratique sur Internet se déroulent-elles au Québec ? Suite et fin de ce dossier sur la démocratie électronique la semaine prochaine.

Le vote à l’âge de la machine (partie 2)

La récente mise en veilleuse de l’élection au poste de gouverneur de la Californie a mis en lumière les carences du système de vote électronique, le même d’ailleurs que celui utilisé en Floride lors de la controversée élection présidentielle de 2000. Où en sommes-nous avec le vote électronique? Quels sont les grands enjeux reliés à l’utilisation des systèmes de vote électronique et Internet? Deuxième et dernière partie du dossier.

Il y a loin de la coupe aux lèvres avant qu’une élection provinciale utilise les différents mécanismes de vote électronique. Pour les représentants des différents partis politiques, qui savent qu’un seul vote mal comptabilisé peut coûter l’élection d’un candidat, ce sera toujours «bretelles et ceinture» avant même qu’une technologie ne soit utilisée.

Quel que soit le résultat d’une élection, l’essence même de la démocratie veut que tous acceptent le verdict rendu. Une élection permet à une communauté de choisir ceux qui seront ses représentants pour gouverner et prendre des décisions fondamentales pour l’avenir de sa ville, de sa province ou de son pays. L’intégrité du processus électoral est fondamentale à l’intégrité de la démocratie elle-même.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, plusieurs élections et consultations publiques au Québec ont fait appel à la technologie et aux mécanismes de vote électronique. Cependant, si certaines consultations ont pu prendre de vitesse un Bernard Derome, d’autres ont connu des ratés exceptionnels. Parlez-en aux citoyens et aux membres des médias de la ville de Sherbrooke.

Une démocratie en otage ?

En effet, lors de l’élection municipale de novembre 2001, les citoyens de la ville de Sherbrooke ont dû patienter jusqu’au lendemain de l’élection avant de connaître les résultats du vote. De la planification déficiente aux urnes électroniques en nombre insuffisant, l’utilisation de la technologie n’a pas contribué à augmenter l’efficacité, ni à réduire les coûts, loin de là.

Des citoyens ont dû attendre de 30 à 60 minutes avant de pouvoir voter. Certains ont même abandonné la partie, las de l’insoutenable attente. Quant au dévoilement des résultats, alors que ceux-ci devaient être connus quelques minutes après la fermeture des bureaux de scrutin, les pauvres journalistes de la presse locale en ont été quittes pour broder un topo sur les aléas de la technologie, tout en se demandant qui était officiellement le grand gagnant.

– «Machine, machine, mais dis-moi qui est le nouveau maire ?»

– «Revenez donc demain matin, pour l’instant je cogite les résultats et je verrai si j’ai le goût de vous les donner.»

Rien qui donne confiance au citoyen, mais surtout, rien qui puisse convaincre les plus conservateurs des conservateurs qui soient, les représentants des partis politiques provinciaux qui sont plus que réfractaires à l’utilisation de la technologie. Et il est facile de comprendre leurs appréhensions, surtout après la «publicité» engendrée par le résultat du vote floridien lors de la dernière élection présidentielle américaine.

D’ailleurs, pour Francine Barry, adjointe au Directeur général des élections, «même si les citoyens qui ont eu affaire un jour ou l’autre avec les mécanismes de vote électronique ne semblent pas avoir soulevé des questions de confiance relatives à la fiabilité et à la neutralité d’une urne ou d’un terminal électronique, il n’en demeure pas moins que les plus grandes réticences viendront des représentants des partis».

«Cependant, il y a malgré tout un esprit d’ouverture, la preuve étant que l’élection partielle d’octobre 2001 dans Blainville devait faire appel au vote électronique. Malheureusement, les événements de septembre 2001 ont fait que le fournisseur américain ne pouvait garantir que son matériel soit prêt à temps.»

L’enjeu de la confiance

Toutefois, même si le vote électronique a manqué son premier rendez-vous dans une élection provinciale, cela ne veut pas dire pour autant qu’aux bureaux du DGE, on ne continue pas à croire qu’un jour, un vote électronique à l’ensemble du Québec ne pourrait pas avoir lieu.

«Notre premier souci est de nous assurer de la fiabilité du processus, et que les mécanismes multiples de contrôle sont implantés, précise Mme Barry. En cela, l’enjeu premier c’est la confiance. Nous pouvons dire que les expériences tenues dans des municipalités sont en grande partie satisfaisantes. Cependant, tant que nous n’aurons pas une fiabilité à 100%, et de mécanisme de validation à toute épreuve, il serait surprenant de voir une élection générale au provincial faire appel au vote électronique.»

Et encore une fois, qu’on se le dise, il serait très surprenant de voir une élection générale se tenir sur Internet au cours de la prochaine décennie. Pour le Directeur général des élections, tout est lié aux questions de sécurité et d’authentification. Comment s’assurer que se sont les bonnes personnes qui votent ? Comment savoir si une personne ne subit pas de pressions de la part d’une autre personne ? Peut-elle exercer son vote en toute liberté ?

De même, dans l’état actuel de la technologie, il est possible, et je dis bien possible, de détourner le déroulement d’une consultation en ligne. D’ailleurs, les exemples ne manquent pas. Et qu’arriverait-il en cas d’attaque contre les serveurs ou d’une intrusion ? N’oubliez pas qu’il s’agit d’un processus se déroulant en temps réel. Quid du filet de sécurité ? Le vote en ligne ? Un jour peut-être…

Bon compromis

Pour l’instant, les défis technologiques sont plus simples, mais les enjeux de confiance demeurent. Sans contredit, on verra de plus en plus d’élections faire appel à des mécanismes de vote électronique. Par la simplicité de notre système électoral, l’urne électronique, un système simple et efficace offrant tous les mécanismes de validation, se veut un bon compromis entre le recomptage manuel, et les terminaux de vote.

Quant à l’utilisation des terminaux de vote, pour qu’ils puissent vraiment offrir toutes les garanties de confiance et de neutralité aux citoyens, le Directeur général des élections devra aller un peu plus loin que simplement faire affaire avec les fabricants de ces technologies. Il devra s’impliquer pour qu’à terme, il puisse superviser le développement du logiciel, avoir accès à son code source, et acheter et entreposer lui-même les terminaux. De cette façon, il pourrait reprendre son rôle original, celui d’être le seul intervenant qui supervise du début à la fin le processus électoral. C’est une question de confiance des citoyens envers leurs institutions démocratiques.

Erratum

La semaine dernière, j’avais écrit, à propos des terminaux de vote, que ceux-ci devraient idéalement, une fois le vote du citoyen enregistré, remettre deux reçus. Le citoyen pouvait conserver le premier reçu, et glisser l’autre dans une urne électronique, ceci pour avoir une preuve papier en cas de contestation judiciaire et aussi, pour renforcer la confiance du citoyen dans la technologie. Or, remettre un second reçu au citoyen, reçu qu’il pourrait par la suite conserver, va à l’encontre de toutes les règles de l’art en matière d’élections. Mes excuses pour cette erreur.