Il n’y a pas de guerre de fureteurs. Mais…

Comme bien des internautes, j’ai téléchargé Google Chrome pour le mettre à l’épreuve. Rien à redire sur l’outil en lui-même et son utilisation. Véloce, zen quand à l’interface, il est tout à fait à l’image de Google. En prime, il est à code source libre, ce qui permettra à la communauté de l’enrichir. Pour le reste, je laisse le soin aux «geeks» d’en découdre sur ses fonctionnalités, ils s’y connaissent beaucoup plus que moi.

Cela dit, dans toute cette avalanche de critiques et de commentaires sur Google Chrome, je trouve malheureusement que la quasi totalité des ces observateurs, compétents ou non, ne font qu’une analyse de la situation à 100 pieds, alors que pour bien comprendre le geste de Google et sa portée, il fait au contraire s’élever à 10 000 pieds afin d’avoir une idée du «big picture».

Avant toute chose, je suis surpris du peu de mémoire des observateurs du milieu. Mis à part un vieux pro comme Éric Baillargeon, avec qui j’ai eu une conversation sur le sujet avant de publier ce billet, histoire de valider certains trucs, peu de gens se souviennent que les rumeurs faisant état d’un fureteur signé Google ne datent pas d’hier. Il y a quatre ans déjà, on parlait de ce fureteur à venir. Mais avant de l’introduire, il fallait développer les composants périphériques à ce qui sera probablement le système d’exploitation d’Internet.

Car disons-le, le lancement de Google Chrome n’est pas le début d’une nouvelle guerre des fureteurs, il s’agit ici plutôt d’un coup de canon en direction de Microsoft, et plus particulièrement de son système d’exploitation Windows. En effet, il est inutile de s’attaquer au quasi monopole de Microsoft sur les systèmes d’exploitation «desktop». Même Steve Jobs, le PDG, malgré toute son ingéniosité et sa vision à long terme, ne peut prétendre à ébranler Windows de son socle. Reste Internet. Sur ce terrain, le gorille de 1 000 livres n’est pas le géant de Redmond, mais bien Google. Et Google sait très bien que pour parvenir à s’imposer, elle doit développer le système d’exploitation d’Internet.

Et de nos jours, la voie royale pour y parvenir passe par le fureteur. Google Chrome. Et contrairement à Microsoft, Google a eu le (bon) réflexe de s’assurer qu’il repose sur des bases à code source libre (WebKit) en plus d’être lui-même à code source libre.

La suite? L’intégration des autres composants que, au cours des dernières années, Google a développé. Et croyez bien qu’en ce moment, le PDG de Microsoft, Steve Ballmer doit rager un coup. Mais pas pour les raisons invoquées par tout et chacun. Il a très bien compris la menace que représentait le lancement de Google Chrome. Il sera donc fascinant de suivre les développements de cette nouvelle guerre, plus vicieuse et aux impacts plus déterminants.

De guerre des fureteurs, oubliez ça, il n’y en a point. On se souviendra plutôt de la journée d’hier comme le jour où Google a signifié son intention d’être la société qui allait imposer le système d’exploitation d’Internet. le jour où Google a remis en question la domination de Microsoft sur l’informatique mondiale.

Mais, entre vous et moi, est-ce un mal pour ou bien? J’ai malheureusement l’idée que non.

Après tout ceci, je sens confusément que je vais me retaper la lecture d’Animal Farm de George Orwell (merci à K.D. pour la référence).

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Mise à jour: (d’après Twitter) Patrick Tanguay partage cette vision aussi. Je devrais lui prêter une copie du livre d’Orwell tiens. ;-)

À contre-courant

Flock
Ce qui m’impressionne ces jours-ci? Facebook? Second Life? Twitter? Ou un quelconque machin en version beta?
Non. Pas du tout.

Mais Flock… Il y a là quelque chose de plus profond, comme une lame de fond. Qui part de loin, très loin et qui remonte. Je teste Flock depuis son lancement en 2005 et avec (enfin) la version 1.0 de disponible, il y a là un outil qui peut changer de beaucoup la façon dont nous nous approprions le Web.

Flock, qui se décrit comme «The Social Web Browser», rend accessible directement dans une barre d’outil, les réseaux sociaux, les Facebook, Tweeter, Flickr, del.icio.us et compagnie. Il permet aussi d’éditer ses billets et de les poster sur son carnet. De plus, il est un excellent fureteur intégrant une page de départ personnalisée, un agrégateur de fils XML et un clipboard Web. Normal vu qu’il carbure au code Gecko.

Bref, que vous soyez sur Mac, Windows ou Linux, Flock entrouvre une fenêtre sur ce qui sera peut-être un des futurs possibles du Web. Une chose est certaine, si Flock acquiert de la notoriété, attendez-vous à ce que la majorité des plate-formes dites «sociales» s’ouvrent au monde en publiant leur API.

Flock, c’est la colle qui manquait désespéremment aux réseaux sociaux.

Dans le Seigneur des Anneaux, à propos de l’Anneau unique, on pouvait lire:

Un Anneau pour les gouverner tous, Un Anneau pour les trouver
Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier

 Flock serait cet Anneau unique. ;-) Mais je dirais plutôt: «... et au grand jour les lier.»

À suivre de très près.

Copyright Criminals: Rien n’est sacré

En culture, il n’y a rien de sacré. Et encore moins en musique. Que Mocean Worker reprenne à son compte un vieux morceau de Rare Earth (I just want to celebrate), et je trouve cela tripatif. J’écoute et j’adore les versions de Birdland de Weather Report réarrangées par Quincy Jones ou Manhattan Transfer. J’aime passionnément le hip-hop et tous ces nouveaux courants qui carburent au sampling et à la table tournante.

Même ces monstres sacrés que sont les Beatles

Désolé, mais il n’y a rien de sacré dans la discographie des Beatles. Ou celles des Beach Boys. J’admire d’ailleurs l’audace dont on fait preuve les meilleurs musiciens de métal en décortiquant l’œuvre des Beatles et en lançant l’album Butchering the Beatles. Inégal comme album, mais il fallait le faire, ne serait-ce que pour écouter LE son de guitare se Steve Vai sur Hey Bulldog ou la basse de Lemmy Kilmister (Motorhead, mais surtout, ex-Hawkwind) sur Back in the USSR. Même Earth Wind & Fire avec leur version de Got to Get You Into my Life, j’ai aimé. Il n’y a rien de sacré.

Et j’espère qu’il en sera toujours ainsi car de tout temps, les créateurs ont accouché de leurs meilleures musiques en COPIANT ou EN S’INSPIRANT de ceux qui les avaient précédés. On répète, de tout temps, tous les musiciens ont copié d’une façon ou d’une autre ceux qui les ont précédés. Ceux-ci ont pigé leur inspiration dans le style, le rythme, ou tout simplement, un son, une note, un cri.

James Brown, The Godfather of Soul, est sans doute l’homme le plus échantillonné qui soit. De même que son band. Et ce repiquage de petits clips sonores empêche t-il The Hardest-Working Man in Show Business de bien vivre de ses droits d’auteurs? Le fait qu’un autre créateur ait assimilé et arrangé à son goût une sonorité tirée d’une pièce de James Brown a t-il nuit à ses ventes? Poser la question, c’est y répondre.

Évidemment, on s’entend qu’un créateur qui repique un phrasé au complet, ou toute une mesure d’une œuvre devrait peut-être verser une quelconque compensation à son créateur original. Mais le blow d’une section de brass, le pop d’un doigt sur une basse (slapping), le oomph d’un bass-drum, même le cri de James Brown… voyons donc. Surtout si par la suite, le dit son est ensuite retravaillé par le nouveau créateur.

On le répète encore une fois : depuis toujours, les créateurs se sont inspirés librement de ceux qui les ont précédés. Point à la ligne.

Or, avec la démocratisation des outils de création, on serait porté à croire que la musique serait à vivre son âge d’or.

Pas du tout. Zilch. Nada. Niente.

Tout ceci, parce que les lois sur la propriété intellectuelle se situent non seulement à l’opposé des opportunités offertes par les technologies et les nouveaux outils de création, mais en plus, les nouveaux projets de lois tels que se proposent d’introduire plusieurs gouvernements nationaux veulent encore plus réduire les possibilités offertes par le numérique.

Bref, écoutez la bande-annonce d’un documentaire à venir, Copyright Criminals, sur les enjeux de la propriété intellectuelle dans le monde de la musique. Si une image vaut milles mots, celles qui suivent valent sûrement une prise de conscience de votre part. Parce que tôt ou tard, le gouvernement en place, ou celui qui suivra, voudra revoir de fond en comble les lois sur la propriété intellectuelle et le droit d’auteur.

Xara Extreme libre

Xara Extreme, un des plus intéressants (et performant) logiciels de dessin vectoriel à avoir vu le jour au cours des dix dernières années est dorénavant libre. Une version Mac devrait bientôt voir le jour. Une version Linux est maintenant disponible pour téléchargement. Et le code source est ici.

Recette pour des petits bonheurs d’enfant

Acheter quelques vieux Dell Optiplex GX150 PIII à 1Ghz d’occasion pour 100$.

Faire passer la mémoire vive à 512 mégas.

Acheter une petite carte sans fil « el cheapo ».

Les jumeler à un écran CRT de 17 ou 19 pouces qui dort dans ta cave.

Installer Ubuntu.

Ajouter une dose d’Automatix et de Swiftfox.

Rendre grâce aux développeurs de ndiswrapper en leur dédiant un lampion, un gros.

Servir le tout au réveil des enfants.

Bisous et câlins garantis.

La vie en Linux

Lavie1

Merci à l‘Ami Calmant et au projet Wayback Machine pour avoir conservé une série de textes publiés fin 1998 et dont on me parle encore aujourd’hui: La vie en Linux. Mes premiers textes sur le libre datent de 1998 (déjà 8 ans, bordel que le temps passe vite) et très rapidement j’ai été conquis. Je me souviens encore des réactions sarcastiques que ces articles sur le libre et Linux ont suscités.

Aujourd’hui, quand je relis ces articles, je ne peux m’empêcher de rigoler quand je pense à certaines personnes qui dans ce temps-là, refusaient même d’entendre parler du libre, et qui maintenant, l’utilisent.

Je constate aussi qu’Ami Calmant et moi étions un tantinet précurseurs quant aux licences, à savoir que je lui avais proposé de publier ces textes sous licence OpenContent (voir ici et aussi ), que l’on pourrait décrire sommairement (avec les bémols qui s’imposent) comme un des ancêtres de Creative Commons, et qu’il avait eu l’audace d’accepter, du temps qu’il était rédacteur en flèche de Multimédium.

Bref, que de souvenirs, surtout quand on pense à la force et au dynamisme du libre de nos jours.

What’s next?

Participation samedi dernier à la conférence d’ouverture de la Semaine Québécoise de l’Informatique Libre (SQIL). Un mot en premier pour féliciter Robin Millette qui, aidé de quelques complices, a su organiser cet événement avec un budget minimum. On a trop souvent tendance à oublier d’envoyer un coup de chapeau aux personnes qui, bénévolement et souvent dans l’ombre, mettent de nombreuses heures de leur précieux temps à s’impliquer afin de faire de ce type d’événement, une réussite. Bravo m’sieurs-dames!

Organisée par le Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO) de l’UQAM, cette première conférence se voulait l’occasion de discuter d’une réflexion menée depuis quelques mois par le LabCMO sur le thème des Controverses du Libre. Ces controverses sont :

  • Qu’est-ce qui définit le logiciel libre (son essence, sa spécificité, et les désaccords sur sa définition) ?
  • Qu’est-ce qui légitime le logiciel libre : son efficacité et/ou son projet social ?
  • Le logiciel libre est-il emblématique d’une lutte pour un bien commun?
  • Les licences libres et licences Creative Commons: adaptation spécifique ou déviation problématique ?
  • Quels sont les enjeux liés à l’accessibilité et à l’ergonomie?
  • Quel type de viabilité économique envisagée pour le logiciel libre (désaccords, tensions et perspectives) ?

Dois-je vous avouer, j’ai hésité quelques secondes avant de participer à cette conférence, du fait que je me doutais bien qu’encore une fois, nous allions retrouver la même petite bande de convertis au libre. Pour vous donner une idée, voici la liste des conférenciers invités (the usual suspects) :

  • Omar Bickell, membre de l’organisme Koumbit
  • Sylvain Carle, président de l’entreprise Interstructure.
  • Stéphane Couture, Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO)
  • Michel Dumais, journaliste et observateur des nouvelles technologies
  • Robin Millette, président, FACIL, pour l’appropriation collective de l’informatique libre
  • Daniel Pascott, professeur à l’Université Laval et responsable du cours « Logiciels libres et sociétés »

Pris individuellement, chacun des exposés prononcés par les conférenciers invités était fort intéressant. Cependant, pris collectivement, j’avais l’impression d’entendre encore et toujours les mêmes discours prononcés dans le cadre d’autres conférences du même type. Et je fois avouer que je suis un peu tanné de cela. Je ne nie pas l’importance de ce genre de rencontres, afin de permettre aux troupes de se rencontrer autrement que sur écran, mais à mon avis, il est grandement temps de passer à la vitesse supérieure.

What’s next?

« What’s next? » On fait quoi maintenant qu’on a pelleté ad nauseam du nuage? C’est sous ce thème que j’ai prononcé mon petit laïus, un peu baveux et provocateur, je le concède aujourd’hui. Évidemment, j’ai dû choquer plusieurs apôtres du libre présents à cette rencontre, mais je ne m’en excuse pas une seule seconde. « If you can’t stand the heat, well, go back to your keyboard. » Malheureusement, au Québec, on a bien de la misère à sortir des traditionnels discours « souverainiste-fédéraliste » ou « t’es de gauche – je suis de droite » ou vice-versa. What’s next? On fait quoi pour que le libre prenne sa place dans les administrations publiques par exemple, ou encore dans nos écoles? On se réunit encore entre nous? Non, il est grand temps que le mouvement explose, il est crucial qu’une nouvelle catégorie d’apôtres du libre s’impose, bref il est de toute première importance que les évangélistes politiques envahissent les différentes tribunes qui leur sont offertes et prennent d’assaut les postes politiques où les décisions se prennent.

Prenons par exemple le projet Mille, un projet piloté par le CRIM qui vise à offrir aux institutions d’enseignement du Québec un environnement de travail virtuel entièrement conçu avec du logiciel libre. On pourrait être un peu baveux (c’est le trademark de la maison) et dire qu’à l’occasion, le CRIM ne comprend pas tout à fait tous les principes philosophiques liés au libre, mais bon. Mille est là, et il est une réalité incontournable.

Toutefois, on ne leurrera pas en se disant que depuis la publication du rapport Wybo, plusieurs sociétés oeuvrant dans le logiciel propriétaire ont littéralement campé dans les couloirs des ministères afin de minimiser l’importance de Mille, au profit de leurs solutions. C’est de bonne guerre, welcome to real world. Cependant, sachant que Mille ne dispose pas des mêmes moyens financiers pour mener une guerre commerciale, il ne reste plus qu’une seule chose à faire : envahir les instances décisionnelles, comités de parents, poste de commissaires scolaires, etc… afin d’informer objectivement les autres membres de ces comités et leur permettre de prendre une décision basée sur des faits, et non pas sur des « on-dit-que ». C’est ça, « What’s next? ».

Et Mille n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Il existe d’autres projets, plus ou moins reliés au libre, qui nécessitent l’arrivée d’activistes politiques. Île sans Fil, qui à mon avis, semble vivre une (belle) crise de croissance, est un de ces projets.

Je ne nie pas l’apport essentiel de la communauté des développeurs à l’essor du libre. Bravo les boys! Bravo aussi aux organisateurs de la SQIL pour avoir mis sur pied cette semaine avec si peu de moyens. À mon avis, la SQIL doit devenir le point de ralliement annuel des forces du libre. Mais il est grand temps aussi que nous cessions de nous reproduire entre nous, il est crucial de s’impliquer ailleurs, il est primordial que nous nous impliquions dans les processus décisionnels.

Les défis qui nous sont posés sont de plus en plus nombreux et le temps de réaction autorisé de plus en plus court. Nous devons nous doter de nouveaux outils d’analyse répondant à de nouvelles façons de penser ; on ne peut régler nos problèmes actuels avec la même approche que celle qui les a créés.

Time’s out! Call for action! Et zut et rezut si vous pensez que c’est une question d’ego.