Du journalisme

Non, mon cher Gilles. Donne-moi encore un peu de temps avant de te revenir sur notre conversation journalistes vs. blogueurs. Mais puisque je me doute qu’éventuellement, tu me relanceras sur le journalisme, je te propose une réflexion de Jean-Claude Guillebaud (encore lui) sur le journalisme avec lequel je suis en très grande partie en accord.

Amitiés

Michel

 

 

Dis moi ami Gilles…

Salut à toi, mon cher Gilles. Tu sais que j’aime bien nos échanges matinaux, même si, idéalement, j’apprécierais qu’ils aient lieu après mon premier café, histoire de ne pas trop dire de conneries.

D’ailleurs, tu devrais prendre mon habitude de sortir le matin, le café à la main, afin de prendre un bon bol d’air frais? Ça aère les neurones et ça prédispose à des échanges fructueux. Et en plus, ça permet à Wiki le chien de se dégourdir les pattes. T’es frileux un brin? C’est ça vieillir mon ami. Alors, on la débute comment, cette conversation?

Il faut te dire que j’avais bien hâte de lire cet édito de Marie-Andrée. Je le savais depuis la veille qu’elle se commettrait sur le sujet. Mais avant tout, les petits caractères qu’on ne lit quasiment jamais. Tu me permettras donc avant toute chose d’y aller de la traditionnelle déclaration d’intérêts : j’étais au Devoir dans la salle de rédaction ce mercredi 29 octobre quand Marie-Andrée m’a demandé de passer à son bureau afin d’échanger sur son édito à venir. On parle ici d’échange d’idées et rien d’autres.

Tu le sais comme moi, avant d’écrire son papier, un éditorialiste le moindrement sérieux prend la peine de converser avec plusieurs personnes avant de se faire une tête. C’est la base du métier. Il en est de même pour ceux qui font de la chronique. Bref, nous avons discuté un 30 minutes, en échangeant principalement des faits, et aussi, quelques impressions personnelles. Voilà pour la déclaration. Et si je me fis à son professionnalisme, elle a dû parler avec d’autres personnes et lire sur le sujet. Tu me permets une autre gorgée de café?

Bon, les blogues. Avant toute chose, tu permets qu’on règle l’histoire du blogue? Peux t-on s’entendre toi et moi pour dire que le blogue est un outil, au même titre qu’un marteau ou un appareil photo numérique (puisqu’il faut y aller d’une métaphore «digitale»)? Ce n’est pas parce que tu possèdes un marteau que tu as les connaissances et l’habileté pour construire une maison? Et ce n’est pas parce que tu viens de t’offrir un appareil photo numérique dernier cri que tu seras le prochain Cartier-Bresson. Le blogue, c’est n’est qu’une marchandise commercialisable (ou non), un outil qui facilite la prise de parole en ligne et rien d’autre. Et non pas, comme me le disait une connaissance, «c’est que pour certain, le blogue est l’avenir du monde, une panacée universelle hors de laquelle point de salut.» Et demain? Probablement de nouveaux outils encore mieux adaptés.

Et alors, t’as terminé ton café? J’en suis à mon second et je me demande encore comment nous allons la jouer celle-là? Devrais-je endosser le chandail du méchant journaliste corporatiste vendu au diktat du Kapital et qui veut à tout prix protéger sa profession tandis que toi tu joueras le rôle du blogueur «power to the people»? Tentons-nous plutôt de trouver des points communs et par la suite de discuter sur les différences qui nous séparent? Dans ta réponse, fais moi part de ton plan de match, je suis ouvert à tout. Cela dit, comme dans «Tous pour un», on s’entend que nous avons le droit de faire un appel à tous ou de consulter un «ami-connaissance-expert» si la cause l’exige.

Dans le fond, de quoi parle t-on ici Gilles? De communication non? Or, de communication, y’en a t-il vraiment eu depuis la publication  de cette éditorial?

Mais si tu le veux bien, examinons les faits. La veille, Le Devoir publie un topo d’Alec Castonguay révélant que le Parti Conservateur voudrait inviter des blogueurs lors de leur prochain congrès à Winnipeg. Tu me connais, je suis pour la tarte aux pommes, le frappeur désigné, la proportionnelle et la prochaine campagne électorale provinciale. Comment être contre l’initiative du Parti Conservateur alors? Le problème, c’est lorsqu’on parcoure l’article un peu plus en détails, on y lit que «Mais ne s’inscrit pas qui veut. Le parti a créé une grille d’analyse pour choisir qui aura la permission de couvrir l’événement.» Paf! (le chien). Plus loin dans l’article, Thierry Giasson, chercheur principal au Groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval, affirme même que «Pour une formation politique, les blogueurs deviennent des agents d’information et de propagande».

Ça mon vieux, ça m’interpelle bougrement comme citoyen. Et comme journaliste aussi.

Personnellement, et je crois te l’avoir déjà dit, j’estime qu’il est sain en politique d’admettre des observateurs de toute tendance à un congrès et leur faciliter l’accès aux délégués et aux dirigeants du parti. Mais en autant que la game soit la même pour tous et que toutes les tendances soient accueillies de la même façon. Ici, on a des doutes raisonnables, surtout quand on sait comment les conservateurs ont tenté de contrôler l’information lors de la dernière campagne électorale. Imagine si le PC commençait à inviter uniquement les médais qui servent sa cause?

Mais bon, on verra bien à l’usage. Il nous faudrait voir si ce que disait Ryan Sparrow, le porte-parole du PC, est vrai, à savoir la grille d’analyse ne sert pas à éliminer les blogueurs qui ne sont pas de tendance conservatrice. «On veut seulement s’assurer que ce sont de vrais blogueurs. Mais il n’y a pas de volonté partisane là-dedans. Un blogueur libéral peut venir au congrès, c’est ouvert».

Dis, tu as bien lu? Des vrais blogueurs. C’est quoi un vrai blogueur? Tu définis ça comment toi, un vrai blogueur? Déjà que notre profession se pose encore la question, «c’est quoi un journaliste»? Et tiens, je te la pose la question, tu définis ça comment un vrai blogueur toi?

Donc, on continue. On parlait de communication non? Tu as donc Marie-Andrée qui publie son édito dans le Devoir du lendemain, en prenant comme prétexte l’article d’Alec Castonguay. Elle prend la peine de définir les maux qui afflige ma profession, de décrire cette confusion des genres que moi-même, je déplore et même de demander aux membres de ma profession de faire un examen de conscience (qui s’impose mon vieux, qui s’impose) avant de livrer sa réflexion sur les blogueurs.

Une réflexion tout en nuances selon moi. Mais elle y va d’une expression malheureuse, «blogueurs emberlificoteurs», qui met le feu aux poudres. Dis, tu sais ce que veut dire emberlificoter? Je te donne la définition du Druide :
emberlificoter : Empêtrer.
S’emberlificoter : s’emmêler. Ce maladroit s’emberlificote encore dans les rideaux.
[Figuré] Embrouiller pour tirer profit de qqn. Elle veut m’emberlificoter, c’est évident.

Et re Paf! (le chien, pov’ bête).

Pourtant, elle a aussi dit dans son papier «journaliste roucoulant». Mais enfin, nous sommes humains, on veut bien lire dans un papier ce qui nous interpelle directement, rien de plus, rien de moins.

Bref, il n’en fallait pas plus pour que plusieurs se sentent interpellé par ce qualificatif et, tel une bande de loups attirés par l’odeur du sang, lancent l’appel de la curée. «Sus à la l’éditorialiste qui ose nous remettre en question». Heureusement, quelques-uns y sont allés d’une réflexion un peu plus ouverte, prônant cette sacro-sainte conversation qui est un des arguments clés de blogueurs en faveur de l’implantation de cet outil dans les sites médias.

Mais dis moi, toi qui lit les blogues comme moi (et comme Marie-Andrée, je te le signale), tu as déjà vu de la conversation dans un blogue de journaliste? Soit, tu pourras me répondre que les journalistes s’impliquent peu dans leur blogue, mais en même temps, avoue qu’on est trop souvent témoins de soliloques stériles dans les commentaires, et ce même avec une modération qui évite les dérapages diffamatoires (j’ai bien d’ailleurs d’entendre le verdict dans la cause impliquant Canoë et le chroniqueur Richard Martineau). Crois-tu honnêtement que ça donne le goût aux journalistes de s’investir un peu? Et je te pris de me croire, j’ai discuté avec plusieurs journalistes de cet enjeu.

Bref, l’encre de l’édito de Marie-Andrée Chouinard n’était pas encore sèche que plusieurs y allaient de propos impétueux et véhéments. Bref, dans une tentative de démarrer cette conversation si chère aux apôtres du blogue, Marie-Andrée y est allé d’une réponse aux commentaires sur deux blogues différents.  Oui, nous avons eu droit à quelques réponses pertinentes, qui faisait preuve d’ouverture et qui me faisait espérer à un la naissance d’un échange où tous, journalistes ET citoyens, auraient beaucoup à gagner.  Mais la suite mon petit père, tu as lu la suite? D’ailleurs, suite à ce billet, je songe sérieusement à rapetisser la cible dans mon dos, histoire d’en sortir vivant. Alors, tu crois sincèrement que ça prédisposait à un échange empreint d’ouverture et de respect? Mes deux cennes, pour ce que ça vaut? Il y a ici une belle occasion d’échange entre nos deux univers qui vient de s’évanouir à tout jamais. Et ça mon vieux, je te prie de me croire, je trouve cela triste, tragique même.

Cela dit, il y a aussi cet question d’accès réservé aux journalistes. Je te l’ai dit plus haut et je le répète, je n’ai aucun problème, mais vraiment aucun à ce que les blogueurs, twitteurs et whatever l’outil qui facilite la prise de parole aient les même accès aux délégués et aux dirigeants du parti lors d’un congrès politique. C’est aux organisateurs du parti de décider. La décision leur revient. Mais pour éviter que des conférences de presse de transforment en zoo partisan, oui à des périodes réservées aux journalistes dont c’est le métier. Des journalistes qui publient soit dans la presse écrite, dans la presse électronique ou… dans un blogue. Tu te souviens de ma comparaison avec le marteau ou l’appareil photo numérique? Et bien voilà, ce n’est pas la possession de l’outil qui fait le professionnel, mais en contre partie, quelques amateurs peuvent faire aussi bien que des professionnels.

Mais il me fait d’expliquer pourquoi je parle de zoo partisan. Je te reporte à ce billet d’Alec Castonguay publié sur les carnets du Devoir pendant la campagne électorale provinciale. Lis bien ceci :

Depuis quelques jours, Stephen Harper fait un discours le matin devant 100 à 300 militants. Il reste ensuite sur place pour le point de presse quotidien avec les journalistes, de sorte que les supporters assistent à la conférence de presse.

À Victoria mercredi et à Vancouver jeudi, les questions difficiles posées à Stephen Harper étaient reçues avec des hués. Mais aujourd’hui à Brantford, en Ontario, la foule a carrément chahuté les journalistes qui posaient des questions, huant fortement et insultant les représentants de la presse.

À tel point qu’un journaliste de la radio de Radio-Canada, Yvan Cloutier, a dû demander au chef conservateur de calmer ses militants. Il était incapable de poser sa question.

Pour la première fois de la campagne, Stephen Harper a donc demandé aux personnes présentent de ne pas réagir aux questions. Tous les autres chefs se sont fait un point d’honneur de contrôler leurs supporters depuis le début de la campagne, mais c’était la première fois que Stephen Harper agissait. La demande de M. Harper a été accueilli froidement par les militants, qui ont continué à démontrer leur mécontentement quand la question n’était pas à leur goût.

Tu comprends maintenant pourquoi je te parle de zoo partisan. Rien à voir avec des supposés privilèges.

Mais bon, je m’aperçois que le temps passe et que le soleil et la famille m’appelle. Dis-moi, tu es sorti prendre ta marche avec Loulou? Tu sais qu’il eut été bien de continuer ces conversations sur l’île, face au fleuve? Ça me manque tu sais.

Allez, je te laisse réfléchir à tout cela, j’ai hâte de lire ta première réponse, et je te laisse sur cette question fondamentale que peu de personnes ont semblé relever :

C’est quoi un vrai blogueur? Comment définis-tu un vrai blogueur? J’ai hâte de lire tes réflexions, surtout avec ton passé de relationniste (grrrrr! ;-) )

Amitiés sincères

Michel

 

Temps sombres

Je suis de cette vieille école, celle qui croit encore à la politique et à ceux qui y œuvrent. J’ai toujours pensé qu’il fallait un courage certain pour «mettre sa face» sur un poteau et affronter l’électorat. Il n’y a pas plus métier de fou et ingrat que celui de politicien.  Les heures sont folles, la vie de famille quasi inexistante, et tout ceci pour un salaire raisonnable, mais sans plus, et la satisfaction d’avoir pu contribuer à changer quelque chose. Vous ne me croyez pas? Vous devriez vous imposer le visionnement du film «Chers électeurs» de Manuel Foglia, le fils de l’autre, pour vous en convaincre. Vous y verrez que la vie de député n’a souvent rien de glorieux et qu’elle est à des univers de la perception que l’on s’en fait.

Sauf en de très rares occasions, vous ne m’entendrez jamais m’en prendre à l’intégrité d’une personne oeuvrant en politique. Être d’accord ou non avec la vision du parti est une chose, mais j’ai ce respect du politicien, de la personne qui a fait ce choix de vie. J’ai d’ailleurs le privilège de connaître de nombreuses personnes qui ont fait «vœu de politique», autant chez les libéraux fédéraux que chez les conservateurs. Ils sont souverainistes et membres du Bloc ou fédéralistes néo-démocrates. Certains sont ministres, d’autres simples députés. Ils sont sur le devant de la scène, mais quelques-uns sont des travailleurs de l’ombre, adjoint politique ou attaché de presse. De même, j’en connais d’autres qui ont plutôt choisi la scène provinciale, et ce dans tous les partis.

J’ai aussi ce privilège de vivre avec une personne qui a donné 18 ans de sa vie à la politique. 10 ans au provincial et 8 au fédéral. Nous ne sommes pas toujours d’accord, il nous arrive même d’être franchement en désaccord sur certaines politiques mais croyez-moi, j’ai une admiration sans borne pour elle et pour ce qu’elle a réalisé. Jamais je n’aurais pu faire le centième de ce qu’elle a accompli dans ce métier. Jamais.

Mais ce que j’admire surtout, c’est son extraordinaire sens de l’intégrité. Intégrité envers celle qui fut son patron, mais aussi intégrité envers LA politique et les institutions démocratiques. Dont la presse. Elle a toujours reconnu le rôle important qu’ont la presse et les journalistes. Il y a aussi ce respect et cette intégrité envers les gens qui ont porté son patron au pouvoir au point où il lui est arrivé de mettre sa tête sur le billot pour une question de principe. Bref, c’est à mon avis ce dont elle est le plus fière, après 20 années, d’être reconnue parmi ses pairs comme une personne intègre. En plus d’avoir contribué à changer de petites choses. Et ces petites choses croyez-moi, elles ont encore un impact dans la vie de bien des personnes démunies.

Pourquoi ce long préambule? Parce que je suis inquiet. Profondément inquiet. Cette campagne, qui se terminera mardi prochain par l’élection d’un nouveau gouvernement, m’a laissé un goût amer dans la bouche. J’y ai vu des façons de faire et des comportements indignes de notre société et indigne de LA politique.Jamais je n’aurais cru voir dans une élection canadienne des pratiques importées de nos voisins du sud. Des attaques mesquines, malveillantes, à la limite diffamatoires, qui s’attaquent directement à l’intégrité de la personne sans que l’on sache trop qui parle vraiment, que ce soit par le biais de sites parallèles à ceux du parti ou tout bêtement de billets de publiés sur les sites officiels par on ne sait trop qui. Facile par la suite de blâmer telle ou telle personne quand le tout dérape. «For Christ sake», il me semble que la politique que je connais se pratique et s’est toujours pratiqué la visière ouverte. L’anonymat, lorsque l’on œuvre directement en politique, c’est de la couardise. J’ai aussi lu et relu les plateformes des différents partis et jamais je n’y ai vu un tel vide. Une absence totale de vision, de projet de société. Surtout dans ces temps de rupture.

Mais si il n’y avait que cela. J’ai toujours aussi pensé que le journalisme était la clé de voute de la démocratie. On a souvent tendance à mépriser le journaliste et le journalisme, mais imaginez-vous un monde sans presse pouvant faire contrepoids au pouvoir. D’ailleurs, le rapport du journaliste à la démocratie est articulé autour de trois axes : objectivité, service public, contre-pouvoir.

Or, depuis le début de cette campagne, on a pu voir des façons de faire qui franchement m’inquiètent grandement. Des candidats absents, qui refusent de répondre et même de rencontrer les journalises, qui évitent les débats et qui se réfugient dans un silence pesant sous prétexte de… Sous prétexte de quoi d’ailleurs? Ce silence, c’est non seulement un immense doigt d’honneur à la presse, mais aussi aux citoyens.Il y a aussi ce populisme de bas étage, qui transforme les conférences de presse en un zoo où les journalistes se font agresser verbalement par les sympathisants. Dans plusieurs journaux, j’ai lu des comptes-rendus de journalistes chahutés par des militants durant des points de presse. Des journalistes aussi qui se font carrément insulter par des candidats, des députés ou des ministres sortants. Comprenons-nous, les discussions viriles «off camera» ont toujours existés entre la presse et le pouvoir. Mais on parle ici de quelque chose de différent, qui s’apparente à du mépris et du contrôle de l’information. Quelque chose qui ressemble diablement à ce que nous avons vu se produire au sud de notre frontière. Et qui peut mener à terme à des atteintes à l’intégrité physique. Et croyez-moi, il suffit qu’un parti adopte de tels comportements pour que tous les autres fassent de même.

Et ça, ça m’inquiète.Et ce n’est pas ce que je veux laisser comme société à mes enfants. 

Mise à jour: Patrick Lagacé, dans son billet intitulé La politique poubelle, illustre avec force propos ce que je tente d’expliquer ici. 

Le Diefenbunker

Dans la Presse de ce matin (pas de lien encore), un article sur le Diefenbunker, ce vestige de la guerre froide où plus de 500 haut-fonctionnaires et ministres devaient assurer la continuité du gouvernement canadien en cas de conflit nucléaire. Un prétexte pour vous raconter comment, à l’aube de l’an 2000, j’aurais pu me retrouver confiné d’urgence dans le bunker de l’enfer.

Il faut savoir qu’en cet automne 1999, on ne parlait que de l’apocalyptique passage à l’an 2000, un moment fatidique dans l’histoire où les ordinateurs du monde entier risquaient de se mettre à déconner au point de remettre en question notre civilisation occidentale. J’exagère, mais à peine. Bref, automne 1999, je travaillais à la SRC comme recherchiste pour l’émission radio animée par Marie-France Bazzo et Michel Desautels devant saluer le passage à l’an 2000. 24 heures de radio non-stop, un tour du globe en 1440 minutes, un polaroïd de la fête planétaire. Petit détail: alors que la télévision travaillait depuis 2 ans à organiser cette grande fête télévisuelle, nous de la radio, avec un budget et une équipe modeste, n’avions que 3 mois pour préparer une émission de 24 heures.

On se souviendra cependant que quelques jours avant le passage à l’an 2000, une grève des employés paralysait Radio-Canada. Requiem pour la télé, la fête fut annulée. Du fait de sa grande souplesse et du professionnalisme de ses artisans, la petite émission radio que tous regardaient de haut à la télévision fut maintenue. Seules les performances des artistes invités pour l’occasion furent annulées.

Or, entre les réunions de production sur le choix de la programmation et des invités pour ces 24 heures, nous fumes convoqués un jour par la direction et la sécurité afin de discuter plan d’urgence. Je le rappelle, nous étions en pleine «crise de l’an 2000». Les ordinateurs de la planète allaient-ils déconner? Advenant le pire, et de par sa grande couverture du territoire canadien, les services de sécurité avaient déterminé que la radio devait jouer un rôle important si une catastrophe survenait. On nous informa que des véhicules d’urgence et un hélicoptère seraient mis à la disposition de l’équipe de la radio si le pire survenait afin de nous diriger vers le… Diefenbunker et le Centre de coordination des opérations d’urgence du Canada et les studios de Radio-Canada, doté d’une antenne à très longue portée. D’ailleurs, les services des mesures d’urgence des gouvernements canadien et provinciaux étaient tous en état d’alerte ce soir là.

Finalement, le pire n’eut pas lieu, et je me décrivit ainsi d’ailleurs durant mes interventions dans l’émission: «je suis le non-événement de ce passage à l’an 2000». Pour le reste, ce fut une des plus belles expériences radio de ma vie, des invités de par le monde allumés, des animateurs brillants, une équipe professionnelle et à la clé cette année là, le grand prix de la radio.

Juste humain

Les journalistes sont avant tout des être humains, avec leurs qualités, leurs défauts et leurs démons.

Le danger, car il y en a un, c’est que leur “personnage” fasse interférence, que leur histoire personnelle éclipse la nouvelle qu’ils rapportent. Leur crédibilité peut alors en souffrir. En contrepartie, certaines révélations contribuent à rendre les journalistes en question plus humains aux yeux du public, ce qui ne peut être une mauvaise chose.
Nathalie Collard, La vie cachée des journalistes.

 

Deux mains…

… à Citoyen Numérique, de 13h00 à 14h30 sur CIBL:

Olivier Niquet de CentPapiers: la place du journalisme citoyen au Québec et aussi, ça sent la coupe au Sportnographe

Tristan Péloquin du journal La Presse à la conférence Du défi scientifique à l’enjeu éthique: Citoyens sous surveillance

Gilles Dauphin et la gestion de crise sur Internet.

Frederic Rappaz, auteur du livre Entendu à Montréal et créateur du site du même nom

Philippe Renaud et ses musiques libres

‘Mande vot’ pardon?

Suis-je complètement largué? Expliquez-moi quelqu’un pourquoi des journalistes assignés à la couverture d’une industrie participent à un concours, et donc à une opération de promotion. En plus de faire des associations d’un goût très douteux.

En terminant, vous me trouverez peut-être un peu radical, mais si Vincent Lacroix s’est retrouvé en taule pour douze ans, je ne vois pas pourquoi Madame Boulet, en relation avec la mise en application de ses nouveaux règlements, aurait droit à la liberté. Car il faut le dire, tout ceci n’est qu’une vaste opération de vol!

Et on se demande après pourquoi les «journaleux» ont autant de crédibilité qu’un vendeur de voitures usagés.

Plogue

Shameless plogue… (ben oui Martine, faut bien commencer, même si ça me rend mal à l’aise)

Une belle brochette d’invités pour l’émission d’aujourd’hui, à savoir Alain Brunet et la neutralité du net, Laurent Lasalle et le premier anniversaire des rencontres PodMtl, Cyrille Béraud de Savoir Faire Linux ou le logiciel libre en colère et enfin, Jean-Robert Bisaillon, auteur du livre Le petit Guide Internet pour les auteurs et compositeurs. Citoyen Numérique, de 13h00 à 14h30 en direct sur les ondes de CIBL et «dedans le Internet». ;-)

Merci Paul et Steve

C’est plus que rare que je pointe ici vers mes «activités professionnelles», mais j’avoue avoir été touché par le commentaire de Paul Cauchon sur une de mes réflexions publiées sur Branchez-Vous. Voilà, c’est tout. Même chose pour le commentaire de Steve Proulx dans son billet de vendredi.

Artistes muselés et pris en otages

MediaMatinQuebec
Je n’en reviens toujours de lire cette nouvelle parue dans le MédiaMatinQuébec, le quotidien produit par les «lockoutés» du Journal de Québec. À vrai dire, je suis encore sous le choc et totalement «flabergasté». En effet, il semble, selon les «lockoutés», qu’il serait difficile sinon impossible pour les journalistes du MédiaMatinQuébec d’interviewer des artistes oeuvrant sous la bannière Québécor. Vrai? Faux? Le texte publié dans le MMQ d’hier n’a rien pour me rassurer. Je suis aussi déçu de ne voir aucun média reprendre cette nouvelle et encore plus déçu du silence de la FPJQ.

Cela choquera peut-être les copains qui bossent en ce moment chez Québécor, mais pas question de passer sous silence ce texte de Daniel Paquet, le rédacteur en chef du MédiaMatinQuébec. Que les lecteurs s’emparent de ce texte et le publient sur leur blogue accompagné du fichier JPG du journal. Par ma part, j’espère sincèrement qu’il ne s’agit que d’une simple gaffe faite par une attachée de presse un brin zélée.

SI T’ES PAS DU BON BORD, TON CHIEN EST MORT!

La grosse machine de Quebecor est-elle en train de décider pour les gens de Québec quels seront les journalistes habilités à rencontrer «ses» artistes? Attention, car si la tendance se maintient, la convergence entreprise par Quebecor pourrait bien se traduire par une uniformisation de la culture et un important contrôle de celle-ci par la compagnie.

Paranoïa de lock-outé? Pas du tout.

Dimanche après-midi, une journaliste du MédiaMatinQuébec devait rencontrer Zachary Richard lors d’une entrevue exclusive, après une entente prise il y a quelques semaines avec l’agente de l’artiste et à la suite de l’acceptation de ce dernier. Zachary Richard se produisait en spectacle avec Francis Cabrel en soirée, à l’occasion du Festival d’été de Québec.

Quelques minutes avant la rencontre, l’agente a annulé l’entrevue, prétextant que celle-ci n’aurait jamais été acceptée si la femme avait su que la journaliste travaillait pour MédiaMatinQuébec, le journal né du conflit de travail au Journal de Québec. Le problème vient du fait que la maison de disques de Zachary Richard au Québec est Musicor, une filiale de Quebecor.

Alors tant pis pour Zachary! Même si lui avait accepté l’entrevue depuis des semaines, Mme Musicor a décidé d’annuler. Un point, c’est tout.

Heureusement, la journaliste a pu assister à la conférence de presse comme tous les autres journalistes, car cette dernière était sous la responsabilité du Festival d’été de Québec et Mme Musicor aurait été bien mal venue de l’empêcher d’y assister. Par contre, encore une fois, cette dernière s’est interposée et a tenté d’empêcher que le photographe de MédiaMatinQuébec fasse une photo plus personnelle de Cabrel et Richard.

Qu’à cela ne tienne. Le photographe s’est adressé directement aux artistes et ceux-ci ont accepté de collaborer, faisant ainsi la nique à une agente peu sympathique.

Dangereux
Le problème pourrait en être un d’individu. Peut-être que l’agente n’aime pas les lock-outés, a peur de perdre son job ou est simplement trop zélée. Mais à MédiaMatinQuébec, nous ne le croyons pas. Il s’agit plutôt d’une tendance lourde vis-à-vis nous. Deux autres exemples. Mme Jeannette Bertrand a annulé une entrevue avec un de nos journalistes, car son livre est publié chez Libre expression (ironiquement), une autre filiale de Quebecor. Elle était mal à l’aise avec la situation, selon la version de son agente.

Autre désistement, Rita Lafontaine, qui a préféré ne pas rencontrer un de nos scribes. Quebecor serait un bailleur de fonds de son centre d’arts et elle préférait ne pas se mêler du conflit!!! Il ne s’agissait pourtant que d’une simple entrevue pour une pièce de théâtre dans laquelle elle jouait…

Inquiétant et dangereux de constater que ces artistes sont muselés. Avec MédiaMatinQuébec, on peut toujours prétexter le conflit. Mais qui sait, peut-être qu’un jour, le mot d’ordre de Quebecor à ses agents sera de ne pas permettre aux artistes de s’adresser à des médias «non québécoriens». Pas sûr que les Québécois en sortiront gagnants et que les artistes y trouveront leur intérêt.

Daniel Paquet
rédacteur en chef
MédiaMatinQuébec