Assassinons nos classiques avec Spike Jones

Spikejones.jpgTous les dimanche soir, en compagnie de mon collègue Christophe Huss, critique de musique classique au Devoir, j’ai le plaisir de co-animer l’émission Classique Actuel sur les ondes de CIBL. À toutes les semaines, en 90 minutes, nous proposons aux auditeurs le meilleur, et quelquefois le pire, des nouveautés classiques. Oui, le pire! Car notre émission n’est pas qu’une sélection toute bête de nouveautés. Il y a un choix éditorial que nous assumons. Les critiques sont inclues dans le prix.

L’année dernière, pour célébrer le début de la nouvelle année, nous avions concocté une émission de nanars. Un nanar, c’est une oeuvre qui se prend au sérieux, mais qui sombre dans le ridicule tellement la chose est outrageusement mal réalisée. Un navet? Pire encore. Par exemple, nous avions osé faire jouer en ondes Mary Schneider, la reine du yoddle australien, qui nous interprète à sa façon (!) les grands classiques. Une horreur, je ne vous dis pas, mais tellement drôle à écouter…

Cette semaine, pour débuter la nouvelle année sur les chapeaux de roues, Christophe et moi avons choisi (délibéremment) de concevoir une émission articulée autour de Spike Jones (voir aussi la version anglaise), un musicien des années 40 et 50 spécialisé dans les parodies musicales que Christophe et moi adorons, rien de moins.

Et que se passe-t-il lorsqu’un classiqueux comme Christophe Huss analyse avec tout le sérieux (tousse! tousse! tousse!) qu’on lui connaît les oeuvres de Spike Jones?

On assassine les classiques!

Et vous pensiez que c’est sérieux la musique classique? Pas nous. Classique Actuel est tout, sauf une émission guindée.

Au menu de l’émission de ce soir, des versions particulièrement folles et dejantées de l’ouverture Guillaume Tell, le Danuble bleu, l’opéra Paillasse, la rhapsodie hongroise, la dance des heures, Carmen, le Casse-noisette et un Schikelgruber particulièrement déjanté.

Bref, pour votre plaisir, mais surtout le nôtre, car c’est vous dire le plaisir que nous avons eu à faire cette émission, voici notre spécial annuel Classique Actuel consacré à l’oeuvre de «Spike Jones».

 

Il n’y a pas de guerre de fureteurs. Mais…

Comme bien des internautes, j’ai téléchargé Google Chrome pour le mettre à l’épreuve. Rien à redire sur l’outil en lui-même et son utilisation. Véloce, zen quand à l’interface, il est tout à fait à l’image de Google. En prime, il est à code source libre, ce qui permettra à la communauté de l’enrichir. Pour le reste, je laisse le soin aux «geeks» d’en découdre sur ses fonctionnalités, ils s’y connaissent beaucoup plus que moi.

Cela dit, dans toute cette avalanche de critiques et de commentaires sur Google Chrome, je trouve malheureusement que la quasi totalité des ces observateurs, compétents ou non, ne font qu’une analyse de la situation à 100 pieds, alors que pour bien comprendre le geste de Google et sa portée, il fait au contraire s’élever à 10 000 pieds afin d’avoir une idée du «big picture».

Avant toute chose, je suis surpris du peu de mémoire des observateurs du milieu. Mis à part un vieux pro comme Éric Baillargeon, avec qui j’ai eu une conversation sur le sujet avant de publier ce billet, histoire de valider certains trucs, peu de gens se souviennent que les rumeurs faisant état d’un fureteur signé Google ne datent pas d’hier. Il y a quatre ans déjà, on parlait de ce fureteur à venir. Mais avant de l’introduire, il fallait développer les composants périphériques à ce qui sera probablement le système d’exploitation d’Internet.

Car disons-le, le lancement de Google Chrome n’est pas le début d’une nouvelle guerre des fureteurs, il s’agit ici plutôt d’un coup de canon en direction de Microsoft, et plus particulièrement de son système d’exploitation Windows. En effet, il est inutile de s’attaquer au quasi monopole de Microsoft sur les systèmes d’exploitation «desktop». Même Steve Jobs, le PDG, malgré toute son ingéniosité et sa vision à long terme, ne peut prétendre à ébranler Windows de son socle. Reste Internet. Sur ce terrain, le gorille de 1 000 livres n’est pas le géant de Redmond, mais bien Google. Et Google sait très bien que pour parvenir à s’imposer, elle doit développer le système d’exploitation d’Internet.

Et de nos jours, la voie royale pour y parvenir passe par le fureteur. Google Chrome. Et contrairement à Microsoft, Google a eu le (bon) réflexe de s’assurer qu’il repose sur des bases à code source libre (WebKit) en plus d’être lui-même à code source libre.

La suite? L’intégration des autres composants que, au cours des dernières années, Google a développé. Et croyez bien qu’en ce moment, le PDG de Microsoft, Steve Ballmer doit rager un coup. Mais pas pour les raisons invoquées par tout et chacun. Il a très bien compris la menace que représentait le lancement de Google Chrome. Il sera donc fascinant de suivre les développements de cette nouvelle guerre, plus vicieuse et aux impacts plus déterminants.

De guerre des fureteurs, oubliez ça, il n’y en a point. On se souviendra plutôt de la journée d’hier comme le jour où Google a signifié son intention d’être la société qui allait imposer le système d’exploitation d’Internet. le jour où Google a remis en question la domination de Microsoft sur l’informatique mondiale.

Mais, entre vous et moi, est-ce un mal pour ou bien? J’ai malheureusement l’idée que non.

Après tout ceci, je sens confusément que je vais me retaper la lecture d’Animal Farm de George Orwell (merci à K.D. pour la référence).

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Mise à jour: (d’après Twitter) Patrick Tanguay partage cette vision aussi. Je devrais lui prêter une copie du livre d’Orwell tiens. ;-)

Je hurlerai ma douleur en notes de sang

Le Konzerthaus de Dortmund a trouvé une façon originale de lancer sa saison musicale 2007-2008: la production d’un minifilm, Symphony in Red, conçu pour illustrer la passion des musiciens invités pour la musique. Ce qui frappe dans les images créées par la firme Sehsucht, c’est cette profonde symbiose entre le film et la musique du jeune pianiste turc Fazil Say. Mais derrière cette passion, le rythme et le mouvement qu’imprime la composition de Say à cette Symphonie en rouge, existe une douleur immense, celle de ce jeune prodige turc qui voit son pays faire face à une montée insidieuse de l’islamisme radical.

Né en 1970 à Ankara, Fazil Say est un pianiste et un compositeur de grand talent, engagé de très près dans l’éducation musicale de son pays. En plus de jouer avec les plus grands orchestres du monde comme l’Orchestre symphonique de Berlin, celui de Boston ou l’Orchestre national de France, Fazil Say interprète régulièrement les chefs-d’oeuvre du répertoire musical ainsi que ses compositions dans les faubourgs d’Istanbul et les villages les plus pauvres de la région d’Anatolie. Le 4 janvier dernier, après avoir subi une virulente campagne de presse et reçu moult menaces de mort, Fazil Say s’exprimait ainsi aux journalistes de son pays :

« Je ne peux exprimer mon chagrin. Aucun mot ne peut l’exprimer. »

Fazil Say

À l’origine de cette affaire, une entrevue que Say avait donné à un journal allemand où il exprimait son inquiétude de la montée de l’islamisme en Turquie. Fazil Say réagissait aussi avec émotion à l’annonce du ministre de l’Éducation nationale de supprimer complètement et totalement les cours de musique à l’école. Tous les cours de musique. Or, depuis que le parti AKP a gagné les élections de juillet dernier, l’ordre du jour des islamistes radicaux semble de plus en plus avoir préséance sur celui des modérés.

Compositeur de grand talent on vous disait. Improvisateur brillant aussi. Et après avoir créé devant 5 000 personnes un oratorio à la mémoire du poète turc Metin Altiok, le gouvernement turc vient d’en interdire l’exécution sur le territoire national.

Il faut savoir que Altiok, ainsi que 36 autres artistes et intellectuels turcs ont péri dans l’incendie criminel de l’hôtel Madimak de Sivas, en Anatolie le 2 juillet 1993, incendie attribué à des islamistes fanatiques.

Le 2 juillet 1993, l’hôtel Madımak qui accueillait une conférence culturelle alévie fut incendié lors d’une manifestation[3] menée par des fondamentalistes sunnites. La fureur de la foule avait été déclenchée par la présence de l’écrivain Aziz Nesin, traducteur en turc des Versets sataniques de Salman Rushdie et connu pour son athéisme et ses propos anti-islamiques. L’incendie fit 36 victimes, principalement des intellectuels alévis de gauche, dont l’aşık Muhlis Akarsu, et un anthropologue néerlandais.

Sivas, Wikipédia

Or, la nouvelle exécution de l’oratorio de Say devait être accompagnée d’une projection d’images issues d’un documentaire sur le drame. Le gouvernement turc en a décidé autrement en refusant à Fazil Say la permission de projeter ses images. Ces images faisant partie intégrale de l’oeuvre, Say s’estime ainsi avoir été censuré. Au premier ministre Recep Tayyip Erdogan, Fazil Say écrivait:

«Ne vous rangez pas du côté des assassins, mais des poètes décidés.»

Pour mémoire, rappelons que c’est en 2005 que la Turquie a entrepris les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Rappelons aussi qu’officiellement, la Turquie est un état laïc depuis 1937.

En complément de lecture:

Mehmet Basutçu, Fazıl Say contre la censure et l’élitisme, BabelMed

Mehmet Basutçu, Fazıl Say attire les foudres…, BabelMed

Photo: Serge Derossi

Inspiré de Censure «alla turca», Le Monde de la Musique

Pour Laurent, qui doutait.

Réglementer Internet? Pierre Trudel apporte des bémols

À lire dans Le Devoir d’aujourd’hui ce texte de Pierre Trudel.

Rappelons que Pierre Trudel est un ancien directeur du Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal et aujourd’hui professeur et titulaire de la chaire L. R. Wilson sur le droit des technologies de l’information de l’Université de Montréal.

Plutôt que de démontrer une approche dynamique, le CRTC se réfugie dans une troublante résignation: il invoque rituellement une mythologie éculée selon laquelle Internet serait incapable de tout encadrement allant dans le sens de la maximisation des retombées pour les créateurs canadiens. Du même souffle, il se désole à constater que les médias traditionnels font de plus en plus face à la concurrence de médias non réglementés… ceux qu’il a lui-même choisi de ne pas réglementer! Ceci requiert donc d’alléger le fardeau réglementaire imposé aux médias traditionnels! La boucle est bouclée: on postule qu’il est impossible de réglementer les «nouveaux médias» et on se sert ensuite de cette prétendue impossibilité qu’on présente comme un état de fait pour proclamer la nécessité de faire face aux médias «non réglementés» et, donc, de démanteler davantage les règles assurant la présence canadienne!

Copyright Criminals: Rien n’est sacré

En culture, il n’y a rien de sacré. Et encore moins en musique. Que Mocean Worker reprenne à son compte un vieux morceau de Rare Earth (I just want to celebrate), et je trouve cela tripatif. J’écoute et j’adore les versions de Birdland de Weather Report réarrangées par Quincy Jones ou Manhattan Transfer. J’aime passionnément le hip-hop et tous ces nouveaux courants qui carburent au sampling et à la table tournante.

Même ces monstres sacrés que sont les Beatles

Désolé, mais il n’y a rien de sacré dans la discographie des Beatles. Ou celles des Beach Boys. J’admire d’ailleurs l’audace dont on fait preuve les meilleurs musiciens de métal en décortiquant l’œuvre des Beatles et en lançant l’album Butchering the Beatles. Inégal comme album, mais il fallait le faire, ne serait-ce que pour écouter LE son de guitare se Steve Vai sur Hey Bulldog ou la basse de Lemmy Kilmister (Motorhead, mais surtout, ex-Hawkwind) sur Back in the USSR. Même Earth Wind & Fire avec leur version de Got to Get You Into my Life, j’ai aimé. Il n’y a rien de sacré.

Et j’espère qu’il en sera toujours ainsi car de tout temps, les créateurs ont accouché de leurs meilleures musiques en COPIANT ou EN S’INSPIRANT de ceux qui les avaient précédés. On répète, de tout temps, tous les musiciens ont copié d’une façon ou d’une autre ceux qui les ont précédés. Ceux-ci ont pigé leur inspiration dans le style, le rythme, ou tout simplement, un son, une note, un cri.

James Brown, The Godfather of Soul, est sans doute l’homme le plus échantillonné qui soit. De même que son band. Et ce repiquage de petits clips sonores empêche t-il The Hardest-Working Man in Show Business de bien vivre de ses droits d’auteurs? Le fait qu’un autre créateur ait assimilé et arrangé à son goût une sonorité tirée d’une pièce de James Brown a t-il nuit à ses ventes? Poser la question, c’est y répondre.

Évidemment, on s’entend qu’un créateur qui repique un phrasé au complet, ou toute une mesure d’une œuvre devrait peut-être verser une quelconque compensation à son créateur original. Mais le blow d’une section de brass, le pop d’un doigt sur une basse (slapping), le oomph d’un bass-drum, même le cri de James Brown… voyons donc. Surtout si par la suite, le dit son est ensuite retravaillé par le nouveau créateur.

On le répète encore une fois : depuis toujours, les créateurs se sont inspirés librement de ceux qui les ont précédés. Point à la ligne.

Or, avec la démocratisation des outils de création, on serait porté à croire que la musique serait à vivre son âge d’or.

Pas du tout. Zilch. Nada. Niente.

Tout ceci, parce que les lois sur la propriété intellectuelle se situent non seulement à l’opposé des opportunités offertes par les technologies et les nouveaux outils de création, mais en plus, les nouveaux projets de lois tels que se proposent d’introduire plusieurs gouvernements nationaux veulent encore plus réduire les possibilités offertes par le numérique.

Bref, écoutez la bande-annonce d’un documentaire à venir, Copyright Criminals, sur les enjeux de la propriété intellectuelle dans le monde de la musique. Si une image vaut milles mots, celles qui suivent valent sûrement une prise de conscience de votre part. Parce que tôt ou tard, le gouvernement en place, ou celui qui suivra, voudra revoir de fond en comble les lois sur la propriété intellectuelle et le droit d’auteur.