Barrack

Salut à toi Gilles. Tu m’excuseras le retard des derniers jours. Sache que notre conversation se poursuivra. Cependant, tu conviendras avec moi qu’il est difficile de ne pas revenir sur l’élection du premier président noir de l’histoire américaine, Barrack Obama.

Je ne sais comment tu te sens ce matin, mais je dois t’avouer que le café a tout intérêt à être puissant. La nuit fut très courte, du fait d’un effréné va et vient entre les différents réseaux de télé de la planète.

Alors, tu interprètes comment cette victoire d’Obama? Tu vois comment les défis que son équipe et lui auront à affronter au cours des prochains mois? En plus de deux guerres dans lesquelles les Etats-Unis sont engagées et auxquelles il faudra bien un jour mettre fin, Obama devra s’imposer plus tôt que prévu comme LE leader avec qui il faudra compter lors du prochain sommet du G20. Soit, le président Bush sera officiellement l’interlocuteur désigné, mais dans les faits, ce sera vers Obama que tous les yeux seront tournés. Ceci sans compter un monde en plein changement, avec une Russie aux visées hégémonistes et la Chine et l’Inde qui tentent de s’imposer comme puissance économique. Et je ne te parle pas de la situation toujours aussi explosive au Moyen-Orient. Et de l’Amérique du Sud de Lula, Bachelet, Morales et Chavez. Et aussi cette pauvre Afrique qu’il ne faudrait pas oublier.

Cependant, c’est vraisemblablement dans son propre pays que Barrack Obama aura les plus grands défis à relever. Tu as vu les chiffres? Nous sommes ici face à une Amérique profondément divisée. Et il ne faut pas le voir uniquement comme un fossé entre démocrates vs. Républicains ou entre la gauche et la droite. Ce qui me frappe, c’est cette dichotomie entre les villes et les régions. Et surtout, entre jeunes et leurs aînés. Ce sont principalement les jeunes hier qui ont décidé de l’avenir de leur pays hier. Qui ont dit à leurs parents, «Assez!» Je regardais tard cette nuit les commentateurs de CNN nous illustrer cette divergence entre les nouvelles générations et celles qui les ont précédé, c’était tellement frappant ce fossé générationnel. «Yes we can!» Mais jamais ce «WE» n’a été aussi divisé. Tu comprends pourquoi le discours de défaite rassembleur de McCain était aussi crucial pour la suite des choses. Rien ne pourra véritablement changer sans qu’une majorité d’Américains épaulent leur président.

Cela dit, tu conviendras que nous venons toi et moi d’assister à un événement historique. Tu sais, mon tout premier souvenir d’enfant, c’est un certain 22 novembre 1963, alors que JFK venait d’être assassiné. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je revois encore mes parents pleurer. J’étais là aussi, sous un certain balcon d’hôtel de ville, accompagnant ma mère lorsqu’un général en goguette a réveillé un peuple. Je me souviens aussi du 20 juillet 1969, du mur de Berlin et évidemment, du 11 septembre 2001. C’est ça, l’histoire.

Cependant, je t’avouerais que depuis hier, je ressens un immense poids sur mes épaules. Le poids qui repose sur les épaules même d’Obama. Comprend-moi, je suis loin de le déifier, d’en faire une icône. Mais quand je regarde tous les défis qui attendent Barrack Obama et son équipe, je suis déjà épuisé pour lui. Mais un peu comme Simon de Cyrène, je me porte volontaire pour «l’aider» à porter sa croix. Même si dans les faits, quand on regarde de très près son programme, il propose très peu de véritables changements.

Amitiés

Michel
 

PS: Dis moi, après les événements d’hier, la campagne provinciale qui sera déclenchée ce matin, ça t’allume un peu? C’est ce que je pensais.

PPS: Dans la foulée des événements des dernières heures, j’aimerais te suggérer deux lectures: L’Amérique que nous voulons, de Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008, mais surtout Le commencement d’un monde de Jean-Claude Guillebaud. Je te laisse d’ailleurs écouter les propos de ce monsieur, très peu connu chez nous.

 

PPPS: Il ne faudrait pas oublier de réfléchir sur les défis qui attendent les républicains. J’aurais bien aimé hyperlier cet éditorial de Rod Dreher du Dallas Morning News publié ce matin dans La Presse, mais puisqu’il ne se retrouve pas sur Cyberpresse, qu’on me pardonne cette petite incartade aux droits d’auteur.

 

La fin d’une époque
Reagan est mort en 2004;le reaganisme a succombé hier soir

Eh bien, personne ne peut nier que nous, conservateurs, l’avons bien mérité.

La victoire retentissante de Barack Obama constitue non seulement un rejet complet de la présidence Bush et du Parti républicain par le peuple américain, mais elle stoppe aussi brutalement la domination conservatrice sur la vie politique américaine, qui s’était poursuivie pendant une génération. Reagan est mort en 2004; le reaganisme a succombé hier soir. Considérant ce que les héritiers du vieil homme ont fait de son héritage, ce fut une euthanasie.

Peu de temps avant les élections, je suis allé dîner avec un républicain proche du président Bush et qui partage mon abattement quant à l’état du Parti républicain. Cet homme est entré en politique dans les années 60, une période où le parti était bien chétif. Il a consacré sa vie à en faire le colosse qu’il est devenu. Et aujourd’hui, il a vécu suffisamment longtemps pour voir l’oeuvre de sa vie démolie par les propres excès des conservateurs.

"La chose dont je ne reviens pas, c’est la corruption, dit-il sans hausser la voix. Nous nous sommes infligé cela à nous-mêmes."

Oui, c’est ce que nous avons fait. Et maintenant, la saignée de la droite va commencer. Et sa férocité sera à couper le souffle. Au cours des derniers jours de la campagne McCain, les lignes de bataille étaient déjà fixées.

D’un côté, on trouve les revanchistes du noyau dur de l’aile droite avec à leur tête les animateurs des émissions-débat à la radio. Ils sont convaincus que la seule raison pour laquelle McCain a perdu tient au fait qu’il n’était pas assez conservateur. Pour eux, il y a cette cause et aussi la trahison de certains pontes conservateurs qui ont eu l’audace de critiquer Sarah Palin. Ils croient que la droite ne peut effacer ses pertes qu’en purgeant le mouvement conservateur des éléments de "l’élite" contrerévolutionnaire. Sarah Palin est leur championne.

De l’autre côté, eh bien, il y a tous les autres. Les "Establishmentarians" de centre tels que David Brooks et David Frum, des néoconservateurs qui ont été chassés par les revanchistes en raison de leur hérésie anti-Palin. Il y a les conservateurs religieux, aux prises avec une lutte intestine entre leur vieille garde de leaders et des figures plus jeunes, qui sont au moins aussi intéressés à combattre la pauvreté et la destruction de l’environnement qu’ils sont opposés à l’avortement.

Il y a les libertariens comme Andrew Sullivan, conservateur gai iconoclaste pro-Obama. Il y a les traditionalistes néo-agrariens (comme moi) et les réalistes en matière de politique étrangère associés au magazine The American Conservative, qui est apparu pour combattre le programme néoconservateur de Bush en politique étrangère.

D’une manière générale, le débat de la droite opposera deux écoles de pensée comprenant le conservatisme américain moderne: l’école libertarienne, qui s’attache davantage à l’économie et au pouvoir de l’État, et l’école traditionaliste, qui se concentre sur les questions de culture et de vertu. Le mariage du libertarianisme et du traditionalisme au début des années 60 a donné naissance au reaganisme. Une nouvelle synthèse des deux courants produira le nouveau leader conservateur qui fera figure d’idole.

À cet égard, ne perdez pas de vue Bobby Jindal, le gouverneur républicain de 37 ans de la Louisiane, un conservateur sur le plan social, brillant technocrate et fils d’immigrants indiens. Si Obama est le Reagan des démocrates, on pourrait bien voir le jeune Jindal devenir l’Obama des républicains.

 

Battelle : « Je ne parierais pas sur les chances de Quaero »

Initiative franco-allemande visant à créer un moteur de recherche multimédia de nouvelle génération, Quaero se veut la réponse de la « Vieille Europe » face à la domination de Google. Cependant, les cerveaux de chez Thomson et Deutsche Telekom seront-ils capable de venir à bout du gorille de 1600 livres qu’est Google? Et que font les gouvernements français et allemands dans un contexte d’économie de marché? Le chroniqueur spécialisé John Battelle, interviewé par le quotidien économique français Les Échos (John Battelle: Je ne parierais pas sur les chances de Quaero, article payant), doute que ce projet parvienne à concurrencer Google.

J’estime qu’une telle initiative gouvernementale est ridicule dans un contexte d’économie de marché. Je vous laisse imaginer comment les gens réagiraient si le gouvernement américain s’avisait de créer son propre moteur de recherche pour protéger sa culture. Mais parce que c’est la France et l’Allemagne, on trouve cela bien. J’espère sincèrement qu’ils construiront un excellent moteur de recherche. Mais beaucoup de questions restent en suspens : quels sont les problèmes qu’ils entendent résoudre, et comment vont-ils s’y prendre ? Vont-ils collecter l’information différemment ? Ambitionnent-ils de construire un meilleur Google ? Auquel cas, bonne chance, car ils sont très nombreux au portillon.

Les meilleurs cerveaux spécialistes de la recherche travaillent chez IBM, Google, Yahoo! et Microsoft – pas chez Thomson et Deutsche Telekom. A ce titre, que deux gouvernements, deux machines bureaucratiques, s’entendent pour consacrer des budgets gigantesques à une initiative qui fait concurrence aux projets d’entrepreneurs me paraît une approche erronée.

Pourtant, à examiner de plus près l’évolution de Google depuis quelques années, on en peut qu’être d’accord avec Battelle lorsqu’il affirme « que la recherche a des implications qui vont bien au-delà de la technologie. Elle est le véhicule de la navigation sur la Toile. Notre culture, désormais, se regarde, se découvre et se comprend à travers le prisme de la recherche. »

Réflexion d’autant plus appropriée à la lumière des événements récents, alors que Google a accepté d’adapter son moteur de recherche afin de se plier aux exigences du gouvernement chinois. Oui Monsieur Battelle, vous avez bien raison, la recherche a des implications qui vont bien au-delà de la simple technologie.

Quelles stratégies pour demain? L’outil ConstellationW3

Depuis 6 mois, nous sommes plusieurs à travailler sur la relance de ConstellationW3. La nouvelle mouture du site sera bientôt en ligne, avec un premier document fondation rédigé à 12 mains (donc six personnes): Un nouveau modèle pour une société du XXIème siècle. En attendant, voici ce que sera, nous l’espérons, l’outil ConstellationW3. Ce texte est aussi le fruit d’une réflexion à plusieurs.

Quatre fausses idées

En prospective, on surestime souvent le court terme et sous-estime le long
terme, D’ailleurs, avec toutes les crises que nous avons connues depuis l’an 2000, peu de gens ont l’audace de regarder l’horizon 2010 afin d’élaborer des stratégies d’entreprises ou de société, notamment à cause de plusieurs idées préconçues• :

Nous sommes en récession
L’analyse des activités des entreprises concurrentes américaines nous indique que nous sommes plutôt en réorganisation autour d’un nouveau modèle de société centré sur une économie utilisant abondamment les TI. Grâce à ce modèle plusieurs pays sont déjà passés en vitesse supérieure : l’Irlande, la Suède, la Finlande, la Grande-Bretagne, le Brésil, Taiwan et Singapour par exemple.

La nouvelle économie fut un leurre
On sait que les crises de 2000-2002 ont causé l’implosion de la bulle boursière avec comme corollaires la disparition de beaucoup d’entreprises dot-com et les scandales financiers à la Enron. Mais, souvenons-nous que cette implosion a d’abord été créée par le fait que les consommateurs n’ont pas adopté le Web à son arrivée comme outil de consommation. Tous les investissements majeurs dans les réseaux, durant les années 1997-2000, sont devenus des déficits à cause d’un Web non rentable. Celui-ci fut une invention technologique lancée sans modèle économique. Aujourd’hui ce modèle émerge : l’objectif est de faire d’Internet un marché planétaire hors taxe dans dix ou quinze ans.

Internet n’a pas tenu ses promesses
Masqué par les reportages à sensation provenant d’Irak, peu de gens réalisent que l’Internet de 2e génération est né et déjà opérationnel. C’est le Battlefield Internet créé par Donald Rumsfeld pour rendre l’armée américaine plus performante. La base de sa doctrine est Point, Click and Fire. Ce nouvel Internet, que nous allons bientôt utiliser possède les caractéristiques suivantes : plus de largeur de bande, plus visuel, plus mobile et le GPS. Il sera donc beaucoup plus intuitif, géolocalisé et personnalisé que l’Internet actuel. Cela nous indique à quoi ressemblera le e-commerce grand public (B2C) qui se prépare aux États-Unis actuellement.

Les États-Unis règnent sur le monde
Portés par leurs efforts de guerres (1940-1945, Corée, etc.) et la disparition de l’Union soviétique les Américains ont atteint un sommet inégalé de puissance dans le monde. Mais, depuis l’an 2000, ils amorcent un déclin économique (à cause de leur déficit notamment) et militaire. Nous nous dirigeons lentement vers un monde tripolaire (É.-U, Union européenne et Pacific Rim (c’est-à-dire Chine-Japon-Taiwan-Singapour). Nous allons connaître un leadership Chine-États-Unis très chaotique durant la décennie qui vient, ce qui remettra en cause beaucoup de stratégies actuelles.

Les conditions gagnantes

Nous vivons donc une rupture socio-économique et politique majeure et devons inventer collectivement une société post-industrielle, appelée société du savoir et de l’information. Dans ce dessein, nous devons réexaminer un nouvel échiquier :

• Il n’est plus possible d’analyser exclusivement notre pays. Dans un contexte de mondialisation galopante, une approche plus globale s’impose.
• Les nouvelles règles économiques seront le branding, le bundling (l’intégration de la chaîne de production-diffusion), l’architecture briques et clics, l’intégration des produits en ligne et hors ligne, etc.
• Les nouveaux outils seront les alliances, les technopoles, les réseaux d’intelligence distribuée et différentes formes de coopétition, c’est-à-dire le développement d’alliances locales nous permettant d’affronter les autres coalitions au palier international.
• Les droits d’auteur deviendront l’or noir du XXIe siècle.
• Nous nous dirigeons vers des conflits générationnels entre les digital immigrants (les 55 ans et plus) et les digitals natives (les 5-40 ans). Les clientèles se scinderont en groupes d’intérêts, chacun réclamant sa niche. L’analyse de la fragmentation des clientèles deviendra essentielle à la survie de promoteurs de réseaux ou de systèmes de communication.

Un nouvel outil pour développer une approche plus globale

Un groupe de penseurs et de chercheurs s’est formé pour développer un outil permettant de dégager les tendances et surtout les innovations dans un contexte d’approche plus globale. Ces chercheurs habitent Vancouver, Montréal, Paris, Bruxelles et Amsterdam, et travaillent en réseau : c’est ConstellationW3, W3 voulant dire Web de troisième génération.

L’ objectif est de développer collectivement la société du XXIe siècle à partir d’une nouvelle économie utilisant les technologies d’information.

Nous ne proposons pas un think tank mais un think network :
• un espace commun de réflexion sur ce que devrait devenir notre société ;
• un modèle conceptuel de développement ;
• de nouveaux outils de traitement et de visualisation des idées ;
• une participation des utilisateurs créant une forme d’intelligence collective.

Au niveau sociétal, les citoyens de la planète sont très inquiets à cause du déficit de réflexion de leurs décideurs, d’autant plus qu’ils ne peuvent actuellement s’exprimer collectivement sur les décisions concernant leur avenir. À l’aube du XXIe siècle, les gens sont à la recherche de sens, plus de la moitié pensent que la belle vie est désormais derrière eux ; ils veulent rompre avec un modèle de société qui n’a que le profit comme mesure.

Au niveau technologique, Internet amorce une nouvelle génération qui en fera le support autant des activités économiques que sociétales et culturelles, modifiant l’économie traditionnelle par la multiplication des applications interactives ; l’interactivité, le collaboratif notamment, devenant le moteur des changements à venir.

Les défis qui nous sont posés sont de plus en plus nombreux et le temps de réaction autorisé de plus en plus court. Nous devons nous doter de nouveaux outils d’analyse répondant à de nouvelles façons de penser ; on ne peut régler nos problèmes actuels avec la même approche que celle qui les a créés. L’outil proposé doit posséder au moins quatre qualités :

• Il doit être collaboratif, permettant à quiconque d’enrichir le processus de réflexion en ajoutant ses commentaires (utiliser une stratégie montante ou bottom up).
• Il doit être mondialisé, qu’on soit mondialiste ou altermondialiste, nous sommes obligés de penser mondial et non plus continental.
• Il doit fonctionner en temps réel, c’est-à-dire inscrire les données des changements dans le processus de réflexion au fur et à mesure de leur apparition.
• Il doit intégrer toutes les activités que celles-ci soient technologiques, économiques ou sociétales.

L’outil doit utiliser :

• une approche à trois pôles permettant d’intégrer les réflexions technogiques, économiques et sociétales ;
• la participation des acteurs et même des utilisateurs grâce à des outils collaboratifs ;
• une approche de visualisation des données (que les Américains appellent concept mapping) permettant de schématiser les grandes tendances ;
• tout le potentiel d’Internet (hypertextes, communication, collaboration, etc.)

ConstellationW3

ConstellationW3 est à la fois un hub interactif, un réseau international et un modèle conceptuel de la société du savoir.

• ContellationW3 est un hub interactif dédié au développement de la société qui émerge.
C’est un système Internet d’aide à la décision à partir de l’analyse des changements qui modifient actuellement notre société. Le traitement des informations est soumis aux commentaires des participants afin de susciter des consensus.

• ConstellationW3 est aussi un réseau
Il met en contact des auteurs, des collaborateurs et des groupes mailleurs, qui échangent des informations entre eux et avec le public.

• ConstellationW3 est un modèle conceptuel
Il analyse une société postindustrielle, aussi appelée société du savoir, à partir d’un nouvel espace-temps (les pôles technologique, économique et sociétal et les bonds 1970-2000 et 2000-20??).

C’est un espace commun de réflexion sur ce que devrait devenir notre société. Plusieurs auteurs ont participé à la création du modèle, ils forment le conseil scientifique en quelque sorte. Des collaborateurs, spécialistes dans un secteur d’activité, fournissent des dossiers d’accompagnement, tandis que les groupes mailleurs servent de relayeurs au réseau en offrant des services et des contenus.

L’évolution technologique : du technocentré à l’ethnocentré

Pour conquérir les centaines de millions d’utilisateurs qui sont essentiels au financement des lourds investissements requis, les TI se banaliseront en se fondant dans l’environnement quotidien, d’autant que toute l’industrie des services glisse actuellement vers celle des self-services. L’Internet de deuxième génération deviendra an ambiant intelligence. Autant la logique numérique a modifié toutes les chaînes de production médiatique au début du bond 1970-2000, autant la logique du mobile (électronique grand public, smart devices, etc.) modifiera toute la société durant ce bond qui débute en l’an 2000, en offrant l’instantanéité et la liberté au citoyen.

Durant le bond industriel de 1945-1970, on s’était imaginé pouvoir contrôler la nature ; aujourd’hui on sait que celle-ci est très complexe et qu’elle demeure toujours imprévisible. Durant ce bond postindustriel, on espère contrôler l’information, mais ce phénomène est aussi trop complexe. Internet semble devenir un système qui a sa propre vie, et tous les règlements gouvernementaux ne pourront contrôler ses ramifications actuelles et surtout à venir. De toute façon cette infrastructure se met en place, en projetant l’impression d’un espace et d’une énergie quasi infinis et en suscitant une forme d’intelligence distribuée. Mais si Internet apporte de grandes possibilités, il apporte aussi autant de vulnérabilité. En haut lieu, on parle d’un Pearl Harbour électronique possible.

Il n’y aura jamais assez de largeur de bande pour répondre à l’appétit des usagers. La cybersphère deviendra plutôt une intrasphère où les TI seront pervasive (ubiquitous computing), c’est-à-dire omniprésentes mais dissimulées dans notre environnement, parce que de plus en plus transversales. Les TI se recentreront vers les applications en intégrant les contenus autant structurés que non structurés (données, textes, sons, images et schémas) via des méthodes collaboratives. Parallèlement au Web se développera une électronique grand public mieux adaptée aux nouveaux usagers parce que plus légère et plus conviviale. Un nouveau écosystème émergera grâce à la convergence de trois grands secteurs industriels : les ordinateurs et leurs logiciels, l’électronique grand public (cinéma maison, jeux, téléphone cellulaire, etc.) et les télécommunications. Cet écosystème ne rendra pas le monde plus homogène ou plus démocratique, mais beaucoup plus complexe.

Quatre environnements intelligents

Ces invention susciteront la création de quatre environnements vers où convergeront beaucoup d’inventions : le bureau, la maison, la classe et l’automobile. Nous allons assister à une mise en intelligence de ces espaces interactifs qui s’adapteront en temps réel aux demandes de l’utilisateur désirant améliorer ses performances ou son confort. Il n’y aura pas UNE machine à tout faire mais plusieurs micro-machines peu coûteuses placées en réseaux (computer grid, mesh networking, clustering). Une tendance s’esquisse : A world of continuous computing. Le principal moteur des mutations n’est pas tant les convergences technologiques que l’hybridation des applications, c’est-à-dire leur transversabilité. It’s not just about being a pipe ; it’s about being a smart pipe. (Gartner, 2004)

Les années qui viennent seront encore plus turbulentes aux États-Unis, puis éventuellement ailleurs, car les usagers se verront offrir un plus grand accès à beaucoup plus de contenus à des coûts moindres (BusinessWeek, 7 mars 2005, p. 89) :

Les normes

À cause de l’objectif de conquête de nouvelles clientèles, les standards et les normes évolueront, de propriétaires elles vont devenir des plateformes mixtes, c’est-à-dire hybrides. Les normes propriétaires occuperont les marchés des applications spécialisées, et les logiciels libres celui des marchés grand public.

Les changements observés entre 1970 et l’an 2000

• Nous passons de l’analogique au numérique.
• Nous sommes passés de la loi de Sarnoff (les technologies progressent au rythme de l’addition de leurs clientèles) à la loi de Moore (elles doublent à tous les 18 ou 24 mois). Maintenant, les technologies évolueront selon la loi de Metcalfe (elles vont croître au carré du nombre des utilisateurs des systèmes, donc de façon exponentielle. Un internaute sera à une seconde de 800 millions d’autres.
• Nous passons du bond 1945-1970 dominé par les main frames à celui de 1970-2000 centré sur les micro-ordinateurs, puis à l’électronique grand public (smart devices : pocket communicator, smart phone, pda, palm, etc.) qui sont aussi puissants que les micro- ordinateurs du bond précédent.
• Nous passons de la rareté de l’information à l’ère de l’information en continu, c’est-à-dire à l’infobésité.
• Nous passons des mass media au multimédia.
• Nous passons du broadcasting (grandes chaînes de télévision, de radio et de journaux) au narrowcasting (niches, chaînes et portails thématiques, chaînes de radio spécialisées, etc.).
• Plusieurs tendances s’affirment :
• plus d’interconnectivité donc favorisant l’essor de la mondialisation ;
• un réseau de plus en plus intégré ;
• des appareils plus petits et moins coûteux ;
• des systèmes favorisant la personnalisation.

Demain, la technologie ?

Nous devons surveiller plusieurs dossiers qui nous indiqueront les tendances à venir dans le domaine technologique, donc qui influenceront nos stratégies :

• Les tentatives de contrôle d’Internet, soit par la gérance de la bande passante, des noms de domaine (DNS, ICANN) ou des protocoles.
• L’implantation du IPv6, c’est–à-dire du Protocole Internet version 6, permettant de doter tout équipement électronique d’une adresse, augmentant ainsi le nombre d’appareils pouvant être raccordés au réseau.
• Un accès généralisé à une plus grande largeur de bande par la combinaison du réseau téléphonique avec le réseau satellitaire et bientôt avec le réseau électrique (BPL ou broadband over powerline) et le réseau sans fil de type Wi-max, qui résoudront le défi qu’est l’embouteillage du dernier kilomètre (last mile) avant le domicile.
• L’acceptation de standards permettant le développement de plusieurs environnements intelligents sous forme de media hub doté d’une intelligence ambiante : la classe, la maison, le bureau, l’automobile et la place publique où circule l’utilisateur mobile.
• L’arrivée des technologies de reconnaissance de l’écriture et de la parole (grâce aux nouveaux circuits de reconnaissance de la parole) qui faciliteront les transactions sans clavier de la part de publics technophobes, permettant un essor du B2C.
• Le passage des cartes et des disques-mémoire de 2,5 pouces (mégabits) à ceux de 1 pouce (gigabits) et l’abaissement des coûts de la mémoire vive, multipliant le potentiel des smart devices.
• La course entre les trois grands courants de diffusion :
A- le monde sophistiqué du Web qui desservira les groupes à partir des niches, grâce à des clientèles prêtes à débourser pour la haute vitesse et la haute fidélité ;
B- le monde plus simple de l’électronique grand public, fait de smart devices, rejoignant les clientèles peer-to-peer attirées par l’instantanéité et la liberté ;
C- les réseaux parallèles de type communautaire ou universitaire par exemple (le Social Web).
• La poussée des grands manufacturiers de consoles de jeux qui voudraient que celles-ci deviennent le media hub de la future maison « intelligente ».
• La poussée des PDA, baladeurs et téléphones intelligents qui, en intégrant plusieurs nouvelles fonctions, deviendront encore plus sophistiqués.
• La création d’un iPod sans fil, vidéo ou bracelet.
• L’utilisation du Wi-Fi pour intégrer tous les services d’une ville, et du WiMax mobile qui reliera toutes les tablettes, les palms, les iPod, et les smart phones sur un territoire donné.
• L’arrivée d’ordinateurs peu coûteux (moins de 100 $) qui répondront au défi de la fracture numérique en permettant aux pays émergents (Afrique, Asie, Amérique du Sud) d’utiliser les TI pour se convertir à la nouvelle économie.
• L’utilisation des icones comme sténographie de l’interactivité ; utilisation poussée par le plurilinguisme et l’émergence des nouvelles clientèles. Ce n’est pas tant leur utilisation comme langage international qui importe que le développement de plateformes de communication dans des micro-milieux et des niches.
• La montée de la schématique (concept mapping) comme outil de veille et d’aide à la prise de décisions dans les villes ou les grandes entreprises (via les crisis room, war room, etc.).
• Les systèmes de traduction à la volée qui permettront aux usagers de différentes cultures de communiquer ensemble en passant outre à la frontière de la langue.

Demain, les clientèles ?

Nous devons surveiller plusieurs dossiers qui nous indiqueront les tendances à venir dans le domaine sociétal, donc qui influenceront nos stratégies :

• La poussée du multiculturalisme et du plurilinguisme dans toutes les sociétés, créant de nouvelles formes de métissage donc de laboratoires culturels (donr des intefaces-utilisateurs adaptées).
• L’impact des changements générationnels : les baby-boomers qui prennent leur retraite, mais pour faire quoi ? Les générations X et Y qui arrivent au pouvoir, mais avec quelles valeurs ? .
• L’apparition des portails personnalisés (page citoyenne, services gouvernementaux individualisés en santé ou en éducation, blogues, etc.) se juxtaposant aux portails généralistes et thématiques.
• Le développement de réseaux de confiance, c’est-à-dire des espaces d’expertises encourageant les activités collaboratives à partir de stratégies montantes (bottom-up). On ne réalise pas qu’en rapprochant les gens le système multipliera les transferts et les échanges de contenus, accélérant ainsi l’infobésité.
• Le cocooning II qui influencera la réorganisation de la maison en un point central situé au salon autour du système cinéma-maison ou à partir de plusieurs pièces en réseau. L’émergence de deux types de e-domicile, l’un pour les clientèles bien nanties (les trend-setters) et l’autre pour les classes moyennes.
• Les conditions qui permettront que la vie du citoyen continue à demeurer privée malgré l’emploi de caméras de surveillance, de cartes et de téléphones qu’on peut retracer, etc.
• En participant à plusieurs groupes à la fois, l’individu deviendra un carrefour, comment vivra-t-il cette multiallégeance ?
• Est-ce que notre société se dotera d’une convention reconnaissant la diversité culturelle, ou la culture ne demeurera-t-elle qu’un bien commercial n’obéissant qu’à la loi du plus fort selon le modèle américain ?
• L’impact de la personnalisation sur les habitudes de consommation qui accélérera l’apparition de nouveaux types de niches.
• L’impact de la personnalisation qui imposera le tissu associatif comme terrain de négociation entre l’État et ses citoyens.
• Les coûts de la e-administration qui seront plus élevés que prévu (à cause des accès à la fois physiques et culturels) et des coûts de la e-démocratie qui seront dix fois plus élevés (défis de la transparence et de la confiance).
• Les achats de biens électroniques grand public à la maison dépasseront ceux des équipements domestiques parce que ceux-ci sont considérés comme achat utilitaire, la composante plaisir ayant disparu.
• L’apparition des Messieurs Tout-le-Monde qui filment avec leur téléphones portables des événements auxquels ils assistent pour revendre ces témoignages aux chaînes de télévision (Sky News, ITV, Current TV) ou de journaux. Quel sera l’impact de ces citoyens paparazzi (rebaptisés snapparazzi), ces alterjournalistes ou ces correspondants vidéastes, sur la définition de ce qu’est l’information ?
• Est-ce qu’Internet peut devenir le support à l’émergence d’une mémoire collective, et à quelles conditions ?

Le défi qui se profile à l’horizon est celui du développement d’un Internet centré sur les clientèles et leurs niches.

Cuba

Bien que je ne sois pas de tendance pro-cubaine comme l’ami Leroux, je ne peux que me réjouir de la diffusion d’une série de reportages sur Cuba par la radio de Radio-Canada qui sort enfin des traditionnels topos sur les dissidents cubains. Un coup de chapeau aux équipes de Dimanche-Magazine et Sans Frontières (et tout particulièrement à la journaliste Denise Faille et au réalisateur Daniel Martineau) pour ces reportages sans complaisance, mais bien balancés qui, soit dit en passant, font encore la preuve que la radio est un médium infiniment supérieur à la télé quand vient le temps de faire passer des idées et des réflexions.
Dimanche-Magazine
Cuba sans les soviétiques
Sans Frontières
La jeunesse cubaine
La transition à Cuba
La diaspora cubaine

Se ressourcer

Non, je ne suis pas mort, et non, je ne me suis pas effondré comme Laurent (je suis heureux de te revoir bien en selle Laurent) Quelques visites à l’hosto toutefois et une petite (mais doloureuse, ouch, ouch, ouch) opération à cause d’une maladie de vieux con (oui, oui, je vais manger mes All-Bran à tous les matins maintenant) m’ont obligé à prendre une pause de deux semaines.

Outre une petite sortie avec Mario, les dernières semaines ont été plutôt consacrées à de la lecture intensive, histoire de se ressourcer, faire le point et bien saisir le contexte de la rupture que nous sommes à traverser. Toffler, Illitch, McLuhan, Bucky Fuller et autres penseurs, des tonnes de revues, des papiers scientifiques issus de la Digital Library de l’ACM, des réflexions publiées sur la Toile, j’ai décidé de donner congé de lecture à mon aggrégateur et de faire une pause blog de quelques semaines.

De plus, depuis quelques mois, je travaille avec mon mentor et quelques autres personnes à la rédaction d’un document de réflexion bilingue sur 2015-2020, les années à venir en plus de démarrer avec lui… Hummmm, la suite bientôt. Il y a aussi un texte que sur lequel nous travaillons Michel Cartier, René Barsalo et moi, et qui promet, je crois. Stay tuned aussi sur ce sujet. Je dois d’ailleurs dire que la rencontre des trois, après quelques mois de séparation bien involontaire, boulot oblige, nous a vraiment redonner le goût de se retrouver plus souvent à échanger. Y’a du podcast dans l’air? ;-) On teste, on teste en tout cas.

De son côté, mon carnet de note virtuel déborde.

Bref, on ne chôme pas, malgré les apparences.

Et cette semaine, en plus de quelques rencontres, je passe du temps seul à seul avec mon fils. Et ça, c’est de l’or en barre.

50 millions

Célébrations des 50 millions de téléchargements du fureteur Firefox Il faut croire que le papa de Mozilla Europe, Tristan Nitot, attendait ce moment avec impatience.

49,999,998

49,999,999

50,000,000

C »est fantastique. Les superlatifs me manquent pour décrire ma joie. J’étais là, dans mon salon, les yeux rivés sur le compteur, avec Elie et Fabrice connectés avec moi sur messagerie instantanée. Le compteur s’est approché des 50 millions. Le chiffre pile s’est affiché, enfoncé pomme-maj-3 pour faire une copie d’écran, et j’ai crié comme un con tout seul chez moi. Voilà qui devrait renforcer l’impression, chez mes voisins, que je suis cinglé.

Bref, si vous ne naviguez pas sur Firefox, mais qu’utilisez-vous donc? (Ok les petits malins à la Pomme, je sais, Safari RSS ;-)))

Ça ne vous inquiète pas?

Un certain 11 septembre, je n’ai pu m’empêcher de relever des similitudes avec ce bouquin. La dégradation des relations Chine-Japon me font penser en partie à celui-ci. Même s’il ne s’agit pas du meilleur roman de Clancy, et que l’un des protagonistes est russe plutôt que japonais, il existe malgré tout des ressemblances troublantes.

Revolution

Pleasantville

Two teenagers find themselves in a 1950′s sitcom where their influence begins to profoundly change that complacent world. The more rules are broken, the more colorful life gets in Pleasantville, USA.

Jon Husband, Wirearchy

… continued fragmentation, on ongoing struggle with established top-down forms of control, more and more irrationality. See the movie Pleasantville for a prognosis.