Réfléchir autrement

Depuis quelques jours, je regarde LA politique telle que se pratique sur nos patinoires, la fédérale et la provinciale. Du côté du Québec, peut-on se dire que pas un seul joueur ne s’est encore présenté sur la patinoire, alors qu’à Ottawa, la rondelle vient à peine de tomber sur la glace que c’est déjà la bagarre générale.

Plus je regarde la politique et plus je constate que notre modèle politique est en fin de vie. Je ne vois pas le jour où une nouvelle race de politiciens pourra reprendre le modèle actuel et le faire revivre. Croyons-nous sincèrement qu’à regarder l’inaction provinciale et la foire d’empoigne fédérale où manifestement, le premier ministre Harper aura finalement réussi à ostraciser le Québec, que nous pourrons attirer des jeunes visionnaires?

Poser la question, c’est un peu y répondre.

Pourtant, ils sont là ces jeunes, ils veulent participer, mais ils ne sentent pas que le modèle actuel est pour eux. Comme ils sentent très bien que nous sommes en train de vivre une rupture. Une rupture telle que l’a décrite depuis des années mon vieux mentor, Michel Cartier. Et je me plais à croire que sa réflexion a été modestement enrichie avec quelques unes de mes idées, ainsi que celles de René Barsalo et plus récemment des analyses de John Husband, le club des quatre vieux grognons. Mais tout ceci nous porte à nous poser plusieurs questions.

Où va t-on? Quelle société voulons-nous laissez à nos enfants? Une question que tous les politiciens depuis plus de 20 ans nous posent sans jamais y répondre. Quels sont les impacts de cette rupture? Comment y faire face et apprivoiser les changements à venir?

Il y a aussi Karl qui me suggère ces questions, toutes aussi pertinentes: Comment construire et participer à la société avec nos enfants. Comment faire pour qu’ils fassent partie du système plutôt que hériter?

Bref, il faudrait peut-être aussi y répondre, aux questions. Cartier l’a fait avec ses livres et aussi le site ConstellationW. Nous avons aussi tenté de le faire humblement avec les deux conférences ConstellationW3. Mais… Voilà, il est temps de faire plus. Beaucoup plus.

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Ce matin, je suis tombé sur une lettre ouverte publiée dans le Journal de Montréal. Cette lettre, écrite par 5 jeunes (Alexandre Ranger, Valérie Camden, Mathilde Forest-Rivière, Dominique La Salle et Philippe Dupont) m’a particulièrement touché. Elle se voulait un appel, une main tendue vers notre génération de boomers. Pour une rare fois, il n y avait pas cette rancœur envers leurs aînés. Pas de ce discours «rat des villes» versus «rat des champs». Ni Québec, ni Montréal. Au contraire, ces jeunes nous interpellaient en nous disant, «nous reconnaissons les acquis que vous nous léguez, mais maintenant, venez nous aider à refaire le monde à notre image, de la même façon que vous l’avez fait lorsque vous étiez jeunes vous aussi.»

Lettre aux boomers.

Chers boomers, en cette période électorale, nous nous sentons obligés d’ouvrir une discussion et d’amener des réflexions. Loin de nous l’idée de créer un fossé entre générations sous forme de reproches et de préjugés mal fondés, nous voulons plutôt vous faire part de nos rêves et de nos aspirations.

Nous ne pouvons commencer sans vous remercier. Merci d’avoir construit l’État québécois que vous nous léguez aujourd’hui. En sortant le Québec de la Grande Noirceur, vous avez placé les valeurs de justice et d’égalité au premier plan. Une si belle révolution que vous avez faite !!! Un système d’éducation alors accessible et équitable, un système de santé universel, des programmes sociaux et des étatisations d’organes majeurs virent le jour. Cela a été possible parce que vous aviez la force, la conviction et la détermination pour accomplir ce projet commun. Vous avez même eu le nombre pour faire pencher la balance lors des élections des années 60 et 70. Bref, vous étiez jeunes, vous étiez beaux et vous étiez beaucoup!

Même si nous sommes constamment branchés sur le monde, notre génération rêve également pour ce cher Québec! Elle rêve d’une planète en santé, de transports en commun et d’organisation urbaine responsable. Elle rêve d’un Québec juste, équitable et ouvert, régulé par une économie coopérative à visage humain. Elle rêve de programmes gouvernementaux lui donnant les outils pour foncer vers les défis titanesques de demain. Mais aujourd’hui, alors que nous commençons à former des familles et sommes prêts à prendre des décisions pour elles, nous nous trouvons dans un gouffre. Eh oui, chers boomers, vous nous étouffez sous votre poids démographique!

Les enjeux électoraux sont tournés majoritairement vers les fonds de pension et la santé, avec des promesses alléchantes de baisses d’impôts. Votre poids électoral est si important que nous ne comptons plus lors des votes. Les enjeux qui définissent notre futur et celui des générations suivantes sont nombreux. Pour faire progresser notre Québec sur la voie du bien commun, nous devons réfléchir à chacun d’eux pour soi-même, mais également pour son voisin. C’est maintenant à notre tour de rêver et d’amener le Québec là où nous le voulons. Nous avons des idées et nous voulons les défendre, mais pour cela, vous devez nous faire confiance et nous laisser de la place. Nous ne voulons surtout pas votre silence, mais bien votre sagesse et votre écoute active.

Des rêveurs? Des naïfs que ces jeunes? Je me suis souvenu par la suite de cet autre texte (Texte complet en PDF), écrit en 2007 par Claude Montmarquette du CIRANO, quelqu’un qu’on ne pourra surtout pas accuser d’être un rêveur ou un pelleteux de nuages, et dont voici le sommaire.

Ce texte veut mettre l’économie au cœur de la discussion au Québec. Nous osons encore que très timidement mettre en cause le fameux « modèle québécois », même s’il n’a pas livré la richesse que certains lui allèguent. Le terme modèle est d’ailleurs inflationniste puisque personne en dehors du Québec ne s’en réclame. Dans la justification d’éviter ces discussions trop terre à terre pour certains de nos intellectuels et élites, comme s’il existait un gêne réfractaire bien français de discuter de la chose économique, le Québec se distinguerait des autres comme une société solidaire, accueillante, ouverte et soucieuse de l’environnement. Malheureusement, une certaine commission publique vient actuellement mettre un bémol sur cette terre d’accueil du Québec et plusieurs enquêtes statistiques mettent en doute la générosité et la tendance verte des Québécois. Nous avons passé près de 40 ans à discuter d’indépendance politique et il semble que nous soyons partis pour une décennie à discuter d’identité québécoise. Encore une autre belle raison de s’immobiliser et d’éteindre nos ambitions de richesse. Je souligne en passant que les jeunes sont absents de ce débat identitaire. Ont-ils déjà compris, ce que leurs aînés cherchent toujours à comprendre, que pour s’épanouir la croissance économique doit être au rendez-vous et si ce n’est pas au Québec, ça sera ailleurs?

Mon inquiétude est très grande en ce qui concerne notre situation économique et notre capacité à retenir nos jeunes talents. Nous sommes plusieurs à partager le sentiment qu’il est minuit moins une pour faire les choses autrement.

Il est minuit moins une pour faire les choses autrement.

Le message ne peut être plus clair, même si je ne suis pas en accord avec plusieurs des solutions retenues par monsieur Montmarquette. Il a le mérite d’arriver avec une excellente  conclusion et surtout, de tendre la main lui aussi aux générations montantes.

Mais que faire de notre côté? Que faire de mon côté pour saisir cette main tendue? Le web et les outils technologiques? Allons donc, ce ne sont que de simples outils. Mais des outils puissants. Certains n’y verrons qu’un moyen pour s’autoproclamer «kingmaker». Mais est-ce vraiment pour cela qu’il nous faut nous emparer de ces outils? Et surtout pourquoi et pour qui?

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Depuis peu, on se plait à citer en exemple la victoire de Barack Obama comme celle de l’utilisation parfaite des technologies. Or, dans notre paysage politique mondial, monsieur Obama est une anomalie politique.  Une anomalie qui nous force à rêver. Et un peu à désespérer lorsque nous faisons un tour d’horizon de la scène politique canadienne et québécoise.

J’aime bien aussi comment cet empêcheur de penser en rond qu’est Noam Chomsky décrit la victoire du nouveau président élu : «It’s not about people, it’s not about grassroot, it’s about Brand Obama.» C’est la victoire du Coke sur le Pepsi. La plus belle opération de marketing politique des 50 dernières années. En espérant que les actions suivront le discours. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Contrairement à cet éternel pessimiste qu’est Chomsky, ma vision est en une plus réaliste. Et je souhaite sincèrement que le Président élu Obama puisse changer profondément cette société américaine sur son déclin. Comme bien des gens, j’ai ressenti des frissons à l’écoute du discours de Chicago le soir de la victoire. Qui sait, après tout, les américains nous ont justement habitué à tant de résilience.

Bref, dans le contexte politique actuel, un quelconque Obama pourrait-il survivre au Canada ou au Québec? Ou un Nelson Mandela, cet autre anomalie politique? Difficile de ne pas faire de parallèle entre un Obama et un Mandela.

Nous avons bien eu dans le passé un Lucien Bouchard charismatique qui est parvenu à deux doigts de faire l’indépendance. Tout comme nous avons eu un Robert Bourassa, tout le contraire d’une bête charismatique, qui a su bénéficier d’un contexte social particulier pour continuer de mettre en place d’importantes réformes introduites par Jean Lesage et son équipe du tonnerre. Et qui sait si notre Obama à nous, notre anomalie politique, n’a pas été René Levesque?  Mais aujourd’hui?

Mais à ceux qui voient dans les technologies  le moyen d’être le nouveau «kingmaker», je leur répond que les technologies sont là pour mettre en valeur le contenu. Or, du contenu politique, une véritable vision pour le Québec (ou le Canada), il n’y en a pas. Je le répète, le modèle actuel est en fin de parcours. Et cela donne des chieux macareux. Édifiant n’est ce pas? Vous aurez donc beau vouloir implanter ici un quelconque «modèle Obama», il vous manquera toujours le «Yes we can».

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«What’s next?»

Dans ma série fétiche «The  West Wing», le Président Bartlett interprété par Martin Sheen finissait toujours par poser cette question. «What’s next?» Cela voulait dire que maintenant que tout avait été dit, il était prêt à passer à autre chose, sans regarder en arrière.

What’s next?

Comme me le disait quelques bons amis qui me veulent du mal ;-) , cesse de vouloir penser à 500 pieds, il y a foule. Il y a trop de bruit. Reviens à ce que tu faisais de mieux dans tes dernières années au Devoir,  ou avec Barsalo, Cartier et Husband, réfléchis à 100 000 pieds. Reviens au «big picture». Et tiens toi en là tout en connectant les réseaux, une de tes grandes forces.

Cette démarche que j’entreprend ne se veut donc pas un repli comme me le l’a souligné un lecteur de ce billet. Et encore moins une obligation. C’est plutôt une opportunité, une occasion de tenter de faire avancer modestement les choses à ma façon avec quelques personnes. De contribuer au changement. Parlons donc ici (merci ô généreux lecteur) de catalyseur d’opportunités.

Au cours des prochaines semaines, il y aura donc la (re)mise en ligne de ConstellationW dans sa forme originale, avec par la suite, le transfert vers une plate forme plus ouverte. Un nouveau texte signé Cartier et quelques autres sur lequel nous travaillons depuis quelques temps. Et de mon côté, je tenterai de refaire connecter des réseaux en tentant (wish me luck) de faire revivre un certain RVTI que quelques-uns ont connu du temps qu’on ne parlait pas encore du Web ou d’Internet.

Mais un RVTI différent. Un RVTI 2 qui saura s’approprier les outils actuels. Avec une vision différente et en accord avec l’époque actuelle et la rupture que nous vivions. Un  RVTI qui s’appuiera non pas sur les fameux trois pôles de Cartier. Mais plutôt sur 4 pôles. Car dans l’analyse de Cartier, je ne peux que lui reprocher une chose, celle d’avoir évacué le pôle politique. Toute analyse ne peut être complète que si ces 4 pôles sont abordés. Bref, en lieu et place d’un triangle, j’estime que ce modèle devrai plutôt prendre la forme d’une pyramide. Un modèle 3D et non pas 2D. Qui nous obligera à penser et réfléchir sur plusieurs plans simultanément.

Bref, ce RVTI (et qui sait si ce nom sera retenu ou pas) sera composé de penseurs et d’intellectuels, et réunira des jeunes et des aînés. Car il y en a marre de voir évacuer le discours des intellectuels et des penseurs.  À mon avis, c’est le moment idéal pour revenir sur la place publique.

Qui sait si cela ne pourra pas se harnacher sur un certain Citoyen Numérique ou encore nous mener à refaire des conférences ConstellationW. À prendre position sur la place publique. Je ne sais pas trop encore. Le modèle est encore flou, mais comme bien de ces jeunes natifs du numérique, faisons-le et nous verrons ensuite ou cela nous mènera. Et si ça fonctionne, tant mieux, Et si ça ne lève pas, j’aurai au moins le plaisir de me dire que j’aurai tenté le coup.

Sign off.

 

D’éducation



Que les Clément Laberge, François Guité, Roberto Gauvin, Mario Asselin, Jacques Cool et tous les autres qui oeuvrent ou réfléchissent en éducation (et que j’aime lire, tout en silence) me pardonnent d’envahir leur turf, mais tout comme Clément Laberge, la lettre d’André Caron, président des Fédération scolaires du Québec m’interpelle et me porte à réfléchir sur l’éducation, et particulièrement sur l’héritage que nous voulons laisser à nos enfants.

Toute comme la présentation « Le saviez-vous » le suggère, j’ai bien l’intention de rencontrer et d’échanger avec la direction de l’école de mes enfants afin de leur demander si les classes de nos enfants, et leurs enseignants, sont suffisamment équipés pour faire face aux réalités du XXIème siècle.

Mais ensuite? Comment faire évoluer pour le mieux notre système d’éducation qui, faut-il le dire, a été considérablement malmené au cours des dernières années.

Soit, il y a les outils. Le crayon, le papier, les livres…et l’apprentissage et le partage que permettent les nouveaux outils numériques. Mais sans l’humain, sans l’enseignant qui se veut un guide, un catalyseur pour ces jeunes, ces outil ne sont que justement, des outils. Avec un simple marteau, on peut construire une simple abri à volatiles ou ériger une cathédrale. Souvenons-nous du compagnonnage, où un guide permettait à un apprenti non pas d’apprendre à manipuler bêtement des outils, mais plutôt d’inculquer à ses membres des valeurs comme l’entraide, la protection, l’éducation et la transmission des connaissances. Dans le fond, l’école ne devrait-elle pas reprendre à son compte les valeurs du compagnonnage? Je laisse aux spécialistes de ce milieu le soin d’y répondre.

Cela dit, encore une fois, que faire? Quelle pourrait être ma contribution à l’éducation de mes enfants. Je crois être présent, je surveille et j’insiste les week-end pour que devoirs et leçons soient faits, nous nous impliquons à l’école même, mais encore. Dans tout ce débat de spécialistes où nous, les parents, nous nous sentons trop souvent à l’écart, comment faire pour faire connaître nos idées?

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Au cours des dernières années, plusieurs parents et observateurs du milieu ont fait part de leurs inquiétudes quand à l’apprentissage du français. Il en est de même pour moi. Sans revenir aux méthodes d’antan où l’on nous apprenait en ânonnant que « Léa a bu » et « Léo est beau », il serait peut-être temps de revenir à un peu plus de rigueur dans l’enseignement de notre langue, en se servant de l’ensemble des outils mis à notre disposition. Crayon, papier, soit. Livres et outils numériques, évidemment. Mais avec plus. Ce petit plus, pourrait-on se l’approprier en regardant ce qui se fait de mieux ailleurs, et à l’adapter aux besoins de nos jeunes ici et non pas juste bêtement copier? Je pose la question. Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste. Qu’un simple parent voilà tout. Un parent préoccupé par le leg laissé à ses enfants.

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Mais il n’y a pas que le français. Quid de la culture générale et aussi, de l’enseignement de l’anglais? Que l’on insiste sur la qualité de la langue parlée et écrite, je suis pour. Personnellement, je me lacère moralement jusqu’au petit linge lorsque je constate certaines de mes erreurs, souvent grossières. Mais ne sous leurrons pas, dans un monde où les frontières n’existent plus et où la notion même de fuseau horaire tend à se sublimer au profil d’une boule bleue mondialisée en activité 24 heures sur 24, l’anglais est et restera la lingua franca, l’esperanto permettant à tous les peuples de se rencontrer.

Je constate donc avec tristesse que la culture générale, l’activité physique et l’anglais sont les points faibles de notre système. Oui,je suis tout à fait conscient que les jeunes natifs du numériques veulent en apprendre plus sur un sujet, il le « google ». Mais encore. Comment leur inculquer le discernement, le sens critique, des concepts tellement essentiels et qui permettent de s’accomplir comme citoyen? Des concepts qui leur enseigneraient par exemple, que Wikipédia n’est qu’un point de départ, et non pas une finalité?

Permettez donc au parent que je suis une simple suggestion, suggestion qui pourrait, si elle s’avérait être réaliste et réalisable, faire partie de la solution globale.

J’imagine (on peut toujours rêver) un ministère de l’éducation qui reverrait de fond en comble l’enseignement lui-même, et où l’école, au cours des six premières années, serait un lieu qui reprendrait à son compte les concepts du compagnonnage (entraide, protection, éducation et transmission des connaissances) avec rigueur et souplesse tout en mettant l’emphase sur l’apprentissage de la langue française. Six années où la connaissance dans les matières de base ainsi que le « men sana in corpore sano » seraient transmis à nos jeunes. Tous nos jeunes, sans exception, qu’ils soient d’origine francophone, anglophone ou autre.

Et l’anglais me direz-vous? Et la culture générale? L’histoire? Les arts? La géographie? Soit, aucune de ces matières ne seraient négligées au cours de ces six premières années de vie. Mais j’y ajouterais une septième année. Une septième année d’immersion anglaise totale où seulement les arts, la culture générale et aussi, un cours d’introduction à la citoyenneté seraient montrés à nos jeunes. Quel bagage formidable ne laisserions-nous pas ainsi à nos jeunes? Quelle merveilleuse introduction au secondaire, au monde du travail et à la citoyenneté. Et ceci, sans nullement négliger l’enseignement des matières de base et du français durant les six premières années de vie scolaire. Honnêtement, comment dire non à ce que j’ose appeler, le meilleur des deux mondes. Et ainsi, au secondaire, on pourrait se permettre d’approfondir les connaissances acquises et qui sait, commencer l’apprentissage d’une troisième langue.

Suis-je naïf? Sans doute. J’ose à peine imaginer le quart du centième des réactions des intervenants de ce milieu advenant le dépôt sur la table d’une telle idée. Syndicat, fonctionnaires, associations diverses et monde politique, un joyeux mélange qui, à la fin, ne pourrait rien donner de bon.

Naïf? J’assume. Ce n’est pas la première fois. Ni la dernière. Mais pas question pour moi d’arrêter de rêver. Surtout quand il s’agit de nos enfants. De miens comme des vôtres. Mais il me semble Clément, et tu me permettras de t’interpeller ici, qu’une telle idée, avec celles d’autres rêveurs, s’inséreraient bien dans ce concept de cité éducative que tu as su si bien amener.. Et d’ailleurs, pourquoi parler uniquement de cité éducative? Notre pays ne devrait-il pas tout faire pour que l’éducation soit au centre de nos vies? À moins que le pays ne devienne cité.

Laissez-moi rêver s’il vous plaît. Pour mes enfants. Et les vôtres. Et ceux qui viendront.

Brillant

1. Pendant toute la campagne électorale, relever chaque proposition électorale, chaque mesure envisagée et les enregistrer dans une base de données, ceci pour chaque parti politique.

2. Pendant l’exécution du mandat (c’est à dire les 5 ans), suivre dans l’actualité, dans les débats toutes les mesures, les propositions enregistrées sans polémiques. Il s’agit de noter les faits en les dépassionnant le plus possible.
Karl Dubost, Politique et carnets Web, changer la donne ?

Et inspirant. À condition de mettre la main sur des journées de 36 heures.

Réflexion à voix haute: Le premier laboratoire ne devrait-il pas être le gouvernement le plus proche des citoyens, à savoir le municipal?

Quelles stratégies pour demain? L’outil ConstellationW3

Depuis 6 mois, nous sommes plusieurs à travailler sur la relance de ConstellationW3. La nouvelle mouture du site sera bientôt en ligne, avec un premier document fondation rédigé à 12 mains (donc six personnes): Un nouveau modèle pour une société du XXIème siècle. En attendant, voici ce que sera, nous l’espérons, l’outil ConstellationW3. Ce texte est aussi le fruit d’une réflexion à plusieurs.

Quatre fausses idées

En prospective, on surestime souvent le court terme et sous-estime le long
terme, D’ailleurs, avec toutes les crises que nous avons connues depuis l’an 2000, peu de gens ont l’audace de regarder l’horizon 2010 afin d’élaborer des stratégies d’entreprises ou de société, notamment à cause de plusieurs idées préconçues• :

Nous sommes en récession
L’analyse des activités des entreprises concurrentes américaines nous indique que nous sommes plutôt en réorganisation autour d’un nouveau modèle de société centré sur une économie utilisant abondamment les TI. Grâce à ce modèle plusieurs pays sont déjà passés en vitesse supérieure : l’Irlande, la Suède, la Finlande, la Grande-Bretagne, le Brésil, Taiwan et Singapour par exemple.

La nouvelle économie fut un leurre
On sait que les crises de 2000-2002 ont causé l’implosion de la bulle boursière avec comme corollaires la disparition de beaucoup d’entreprises dot-com et les scandales financiers à la Enron. Mais, souvenons-nous que cette implosion a d’abord été créée par le fait que les consommateurs n’ont pas adopté le Web à son arrivée comme outil de consommation. Tous les investissements majeurs dans les réseaux, durant les années 1997-2000, sont devenus des déficits à cause d’un Web non rentable. Celui-ci fut une invention technologique lancée sans modèle économique. Aujourd’hui ce modèle émerge : l’objectif est de faire d’Internet un marché planétaire hors taxe dans dix ou quinze ans.

Internet n’a pas tenu ses promesses
Masqué par les reportages à sensation provenant d’Irak, peu de gens réalisent que l’Internet de 2e génération est né et déjà opérationnel. C’est le Battlefield Internet créé par Donald Rumsfeld pour rendre l’armée américaine plus performante. La base de sa doctrine est Point, Click and Fire. Ce nouvel Internet, que nous allons bientôt utiliser possède les caractéristiques suivantes : plus de largeur de bande, plus visuel, plus mobile et le GPS. Il sera donc beaucoup plus intuitif, géolocalisé et personnalisé que l’Internet actuel. Cela nous indique à quoi ressemblera le e-commerce grand public (B2C) qui se prépare aux États-Unis actuellement.

Les États-Unis règnent sur le monde
Portés par leurs efforts de guerres (1940-1945, Corée, etc.) et la disparition de l’Union soviétique les Américains ont atteint un sommet inégalé de puissance dans le monde. Mais, depuis l’an 2000, ils amorcent un déclin économique (à cause de leur déficit notamment) et militaire. Nous nous dirigeons lentement vers un monde tripolaire (É.-U, Union européenne et Pacific Rim (c’est-à-dire Chine-Japon-Taiwan-Singapour). Nous allons connaître un leadership Chine-États-Unis très chaotique durant la décennie qui vient, ce qui remettra en cause beaucoup de stratégies actuelles.

Les conditions gagnantes

Nous vivons donc une rupture socio-économique et politique majeure et devons inventer collectivement une société post-industrielle, appelée société du savoir et de l’information. Dans ce dessein, nous devons réexaminer un nouvel échiquier :

• Il n’est plus possible d’analyser exclusivement notre pays. Dans un contexte de mondialisation galopante, une approche plus globale s’impose.
• Les nouvelles règles économiques seront le branding, le bundling (l’intégration de la chaîne de production-diffusion), l’architecture briques et clics, l’intégration des produits en ligne et hors ligne, etc.
• Les nouveaux outils seront les alliances, les technopoles, les réseaux d’intelligence distribuée et différentes formes de coopétition, c’est-à-dire le développement d’alliances locales nous permettant d’affronter les autres coalitions au palier international.
• Les droits d’auteur deviendront l’or noir du XXIe siècle.
• Nous nous dirigeons vers des conflits générationnels entre les digital immigrants (les 55 ans et plus) et les digitals natives (les 5-40 ans). Les clientèles se scinderont en groupes d’intérêts, chacun réclamant sa niche. L’analyse de la fragmentation des clientèles deviendra essentielle à la survie de promoteurs de réseaux ou de systèmes de communication.

Un nouvel outil pour développer une approche plus globale

Un groupe de penseurs et de chercheurs s’est formé pour développer un outil permettant de dégager les tendances et surtout les innovations dans un contexte d’approche plus globale. Ces chercheurs habitent Vancouver, Montréal, Paris, Bruxelles et Amsterdam, et travaillent en réseau : c’est ConstellationW3, W3 voulant dire Web de troisième génération.

L’ objectif est de développer collectivement la société du XXIe siècle à partir d’une nouvelle économie utilisant les technologies d’information.

Nous ne proposons pas un think tank mais un think network :
• un espace commun de réflexion sur ce que devrait devenir notre société ;
• un modèle conceptuel de développement ;
• de nouveaux outils de traitement et de visualisation des idées ;
• une participation des utilisateurs créant une forme d’intelligence collective.

Au niveau sociétal, les citoyens de la planète sont très inquiets à cause du déficit de réflexion de leurs décideurs, d’autant plus qu’ils ne peuvent actuellement s’exprimer collectivement sur les décisions concernant leur avenir. À l’aube du XXIe siècle, les gens sont à la recherche de sens, plus de la moitié pensent que la belle vie est désormais derrière eux ; ils veulent rompre avec un modèle de société qui n’a que le profit comme mesure.

Au niveau technologique, Internet amorce une nouvelle génération qui en fera le support autant des activités économiques que sociétales et culturelles, modifiant l’économie traditionnelle par la multiplication des applications interactives ; l’interactivité, le collaboratif notamment, devenant le moteur des changements à venir.

Les défis qui nous sont posés sont de plus en plus nombreux et le temps de réaction autorisé de plus en plus court. Nous devons nous doter de nouveaux outils d’analyse répondant à de nouvelles façons de penser ; on ne peut régler nos problèmes actuels avec la même approche que celle qui les a créés. L’outil proposé doit posséder au moins quatre qualités :

• Il doit être collaboratif, permettant à quiconque d’enrichir le processus de réflexion en ajoutant ses commentaires (utiliser une stratégie montante ou bottom up).
• Il doit être mondialisé, qu’on soit mondialiste ou altermondialiste, nous sommes obligés de penser mondial et non plus continental.
• Il doit fonctionner en temps réel, c’est-à-dire inscrire les données des changements dans le processus de réflexion au fur et à mesure de leur apparition.
• Il doit intégrer toutes les activités que celles-ci soient technologiques, économiques ou sociétales.

L’outil doit utiliser :

• une approche à trois pôles permettant d’intégrer les réflexions technogiques, économiques et sociétales ;
• la participation des acteurs et même des utilisateurs grâce à des outils collaboratifs ;
• une approche de visualisation des données (que les Américains appellent concept mapping) permettant de schématiser les grandes tendances ;
• tout le potentiel d’Internet (hypertextes, communication, collaboration, etc.)

ConstellationW3

ConstellationW3 est à la fois un hub interactif, un réseau international et un modèle conceptuel de la société du savoir.

• ContellationW3 est un hub interactif dédié au développement de la société qui émerge.
C’est un système Internet d’aide à la décision à partir de l’analyse des changements qui modifient actuellement notre société. Le traitement des informations est soumis aux commentaires des participants afin de susciter des consensus.

• ConstellationW3 est aussi un réseau
Il met en contact des auteurs, des collaborateurs et des groupes mailleurs, qui échangent des informations entre eux et avec le public.

• ConstellationW3 est un modèle conceptuel
Il analyse une société postindustrielle, aussi appelée société du savoir, à partir d’un nouvel espace-temps (les pôles technologique, économique et sociétal et les bonds 1970-2000 et 2000-20??).

C’est un espace commun de réflexion sur ce que devrait devenir notre société. Plusieurs auteurs ont participé à la création du modèle, ils forment le conseil scientifique en quelque sorte. Des collaborateurs, spécialistes dans un secteur d’activité, fournissent des dossiers d’accompagnement, tandis que les groupes mailleurs servent de relayeurs au réseau en offrant des services et des contenus.

L’évolution technologique : du technocentré à l’ethnocentré

Pour conquérir les centaines de millions d’utilisateurs qui sont essentiels au financement des lourds investissements requis, les TI se banaliseront en se fondant dans l’environnement quotidien, d’autant que toute l’industrie des services glisse actuellement vers celle des self-services. L’Internet de deuxième génération deviendra an ambiant intelligence. Autant la logique numérique a modifié toutes les chaînes de production médiatique au début du bond 1970-2000, autant la logique du mobile (électronique grand public, smart devices, etc.) modifiera toute la société durant ce bond qui débute en l’an 2000, en offrant l’instantanéité et la liberté au citoyen.

Durant le bond industriel de 1945-1970, on s’était imaginé pouvoir contrôler la nature ; aujourd’hui on sait que celle-ci est très complexe et qu’elle demeure toujours imprévisible. Durant ce bond postindustriel, on espère contrôler l’information, mais ce phénomène est aussi trop complexe. Internet semble devenir un système qui a sa propre vie, et tous les règlements gouvernementaux ne pourront contrôler ses ramifications actuelles et surtout à venir. De toute façon cette infrastructure se met en place, en projetant l’impression d’un espace et d’une énergie quasi infinis et en suscitant une forme d’intelligence distribuée. Mais si Internet apporte de grandes possibilités, il apporte aussi autant de vulnérabilité. En haut lieu, on parle d’un Pearl Harbour électronique possible.

Il n’y aura jamais assez de largeur de bande pour répondre à l’appétit des usagers. La cybersphère deviendra plutôt une intrasphère où les TI seront pervasive (ubiquitous computing), c’est-à-dire omniprésentes mais dissimulées dans notre environnement, parce que de plus en plus transversales. Les TI se recentreront vers les applications en intégrant les contenus autant structurés que non structurés (données, textes, sons, images et schémas) via des méthodes collaboratives. Parallèlement au Web se développera une électronique grand public mieux adaptée aux nouveaux usagers parce que plus légère et plus conviviale. Un nouveau écosystème émergera grâce à la convergence de trois grands secteurs industriels : les ordinateurs et leurs logiciels, l’électronique grand public (cinéma maison, jeux, téléphone cellulaire, etc.) et les télécommunications. Cet écosystème ne rendra pas le monde plus homogène ou plus démocratique, mais beaucoup plus complexe.

Quatre environnements intelligents

Ces invention susciteront la création de quatre environnements vers où convergeront beaucoup d’inventions : le bureau, la maison, la classe et l’automobile. Nous allons assister à une mise en intelligence de ces espaces interactifs qui s’adapteront en temps réel aux demandes de l’utilisateur désirant améliorer ses performances ou son confort. Il n’y aura pas UNE machine à tout faire mais plusieurs micro-machines peu coûteuses placées en réseaux (computer grid, mesh networking, clustering). Une tendance s’esquisse : A world of continuous computing. Le principal moteur des mutations n’est pas tant les convergences technologiques que l’hybridation des applications, c’est-à-dire leur transversabilité. It’s not just about being a pipe ; it’s about being a smart pipe. (Gartner, 2004)

Les années qui viennent seront encore plus turbulentes aux États-Unis, puis éventuellement ailleurs, car les usagers se verront offrir un plus grand accès à beaucoup plus de contenus à des coûts moindres (BusinessWeek, 7 mars 2005, p. 89) :

Les normes

À cause de l’objectif de conquête de nouvelles clientèles, les standards et les normes évolueront, de propriétaires elles vont devenir des plateformes mixtes, c’est-à-dire hybrides. Les normes propriétaires occuperont les marchés des applications spécialisées, et les logiciels libres celui des marchés grand public.

Les changements observés entre 1970 et l’an 2000

• Nous passons de l’analogique au numérique.
• Nous sommes passés de la loi de Sarnoff (les technologies progressent au rythme de l’addition de leurs clientèles) à la loi de Moore (elles doublent à tous les 18 ou 24 mois). Maintenant, les technologies évolueront selon la loi de Metcalfe (elles vont croître au carré du nombre des utilisateurs des systèmes, donc de façon exponentielle. Un internaute sera à une seconde de 800 millions d’autres.
• Nous passons du bond 1945-1970 dominé par les main frames à celui de 1970-2000 centré sur les micro-ordinateurs, puis à l’électronique grand public (smart devices : pocket communicator, smart phone, pda, palm, etc.) qui sont aussi puissants que les micro- ordinateurs du bond précédent.
• Nous passons de la rareté de l’information à l’ère de l’information en continu, c’est-à-dire à l’infobésité.
• Nous passons des mass media au multimédia.
• Nous passons du broadcasting (grandes chaînes de télévision, de radio et de journaux) au narrowcasting (niches, chaînes et portails thématiques, chaînes de radio spécialisées, etc.).
• Plusieurs tendances s’affirment :
• plus d’interconnectivité donc favorisant l’essor de la mondialisation ;
• un réseau de plus en plus intégré ;
• des appareils plus petits et moins coûteux ;
• des systèmes favorisant la personnalisation.

Demain, la technologie ?

Nous devons surveiller plusieurs dossiers qui nous indiqueront les tendances à venir dans le domaine technologique, donc qui influenceront nos stratégies :

• Les tentatives de contrôle d’Internet, soit par la gérance de la bande passante, des noms de domaine (DNS, ICANN) ou des protocoles.
• L’implantation du IPv6, c’est–à-dire du Protocole Internet version 6, permettant de doter tout équipement électronique d’une adresse, augmentant ainsi le nombre d’appareils pouvant être raccordés au réseau.
• Un accès généralisé à une plus grande largeur de bande par la combinaison du réseau téléphonique avec le réseau satellitaire et bientôt avec le réseau électrique (BPL ou broadband over powerline) et le réseau sans fil de type Wi-max, qui résoudront le défi qu’est l’embouteillage du dernier kilomètre (last mile) avant le domicile.
• L’acceptation de standards permettant le développement de plusieurs environnements intelligents sous forme de media hub doté d’une intelligence ambiante : la classe, la maison, le bureau, l’automobile et la place publique où circule l’utilisateur mobile.
• L’arrivée des technologies de reconnaissance de l’écriture et de la parole (grâce aux nouveaux circuits de reconnaissance de la parole) qui faciliteront les transactions sans clavier de la part de publics technophobes, permettant un essor du B2C.
• Le passage des cartes et des disques-mémoire de 2,5 pouces (mégabits) à ceux de 1 pouce (gigabits) et l’abaissement des coûts de la mémoire vive, multipliant le potentiel des smart devices.
• La course entre les trois grands courants de diffusion :
A- le monde sophistiqué du Web qui desservira les groupes à partir des niches, grâce à des clientèles prêtes à débourser pour la haute vitesse et la haute fidélité ;
B- le monde plus simple de l’électronique grand public, fait de smart devices, rejoignant les clientèles peer-to-peer attirées par l’instantanéité et la liberté ;
C- les réseaux parallèles de type communautaire ou universitaire par exemple (le Social Web).
• La poussée des grands manufacturiers de consoles de jeux qui voudraient que celles-ci deviennent le media hub de la future maison « intelligente ».
• La poussée des PDA, baladeurs et téléphones intelligents qui, en intégrant plusieurs nouvelles fonctions, deviendront encore plus sophistiqués.
• La création d’un iPod sans fil, vidéo ou bracelet.
• L’utilisation du Wi-Fi pour intégrer tous les services d’une ville, et du WiMax mobile qui reliera toutes les tablettes, les palms, les iPod, et les smart phones sur un territoire donné.
• L’arrivée d’ordinateurs peu coûteux (moins de 100 $) qui répondront au défi de la fracture numérique en permettant aux pays émergents (Afrique, Asie, Amérique du Sud) d’utiliser les TI pour se convertir à la nouvelle économie.
• L’utilisation des icones comme sténographie de l’interactivité ; utilisation poussée par le plurilinguisme et l’émergence des nouvelles clientèles. Ce n’est pas tant leur utilisation comme langage international qui importe que le développement de plateformes de communication dans des micro-milieux et des niches.
• La montée de la schématique (concept mapping) comme outil de veille et d’aide à la prise de décisions dans les villes ou les grandes entreprises (via les crisis room, war room, etc.).
• Les systèmes de traduction à la volée qui permettront aux usagers de différentes cultures de communiquer ensemble en passant outre à la frontière de la langue.

Demain, les clientèles ?

Nous devons surveiller plusieurs dossiers qui nous indiqueront les tendances à venir dans le domaine sociétal, donc qui influenceront nos stratégies :

• La poussée du multiculturalisme et du plurilinguisme dans toutes les sociétés, créant de nouvelles formes de métissage donc de laboratoires culturels (donr des intefaces-utilisateurs adaptées).
• L’impact des changements générationnels : les baby-boomers qui prennent leur retraite, mais pour faire quoi ? Les générations X et Y qui arrivent au pouvoir, mais avec quelles valeurs ? .
• L’apparition des portails personnalisés (page citoyenne, services gouvernementaux individualisés en santé ou en éducation, blogues, etc.) se juxtaposant aux portails généralistes et thématiques.
• Le développement de réseaux de confiance, c’est-à-dire des espaces d’expertises encourageant les activités collaboratives à partir de stratégies montantes (bottom-up). On ne réalise pas qu’en rapprochant les gens le système multipliera les transferts et les échanges de contenus, accélérant ainsi l’infobésité.
• Le cocooning II qui influencera la réorganisation de la maison en un point central situé au salon autour du système cinéma-maison ou à partir de plusieurs pièces en réseau. L’émergence de deux types de e-domicile, l’un pour les clientèles bien nanties (les trend-setters) et l’autre pour les classes moyennes.
• Les conditions qui permettront que la vie du citoyen continue à demeurer privée malgré l’emploi de caméras de surveillance, de cartes et de téléphones qu’on peut retracer, etc.
• En participant à plusieurs groupes à la fois, l’individu deviendra un carrefour, comment vivra-t-il cette multiallégeance ?
• Est-ce que notre société se dotera d’une convention reconnaissant la diversité culturelle, ou la culture ne demeurera-t-elle qu’un bien commercial n’obéissant qu’à la loi du plus fort selon le modèle américain ?
• L’impact de la personnalisation sur les habitudes de consommation qui accélérera l’apparition de nouveaux types de niches.
• L’impact de la personnalisation qui imposera le tissu associatif comme terrain de négociation entre l’État et ses citoyens.
• Les coûts de la e-administration qui seront plus élevés que prévu (à cause des accès à la fois physiques et culturels) et des coûts de la e-démocratie qui seront dix fois plus élevés (défis de la transparence et de la confiance).
• Les achats de biens électroniques grand public à la maison dépasseront ceux des équipements domestiques parce que ceux-ci sont considérés comme achat utilitaire, la composante plaisir ayant disparu.
• L’apparition des Messieurs Tout-le-Monde qui filment avec leur téléphones portables des événements auxquels ils assistent pour revendre ces témoignages aux chaînes de télévision (Sky News, ITV, Current TV) ou de journaux. Quel sera l’impact de ces citoyens paparazzi (rebaptisés snapparazzi), ces alterjournalistes ou ces correspondants vidéastes, sur la définition de ce qu’est l’information ?
• Est-ce qu’Internet peut devenir le support à l’émergence d’une mémoire collective, et à quelles conditions ?

Le défi qui se profile à l’horizon est celui du développement d’un Internet centré sur les clientèles et leurs niches.

What’s next?

Participation samedi dernier à la conférence d’ouverture de la Semaine Québécoise de l’Informatique Libre (SQIL). Un mot en premier pour féliciter Robin Millette qui, aidé de quelques complices, a su organiser cet événement avec un budget minimum. On a trop souvent tendance à oublier d’envoyer un coup de chapeau aux personnes qui, bénévolement et souvent dans l’ombre, mettent de nombreuses heures de leur précieux temps à s’impliquer afin de faire de ce type d’événement, une réussite. Bravo m’sieurs-dames!

Organisée par le Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO) de l’UQAM, cette première conférence se voulait l’occasion de discuter d’une réflexion menée depuis quelques mois par le LabCMO sur le thème des Controverses du Libre. Ces controverses sont :

  • Qu’est-ce qui définit le logiciel libre (son essence, sa spécificité, et les désaccords sur sa définition) ?
  • Qu’est-ce qui légitime le logiciel libre : son efficacité et/ou son projet social ?
  • Le logiciel libre est-il emblématique d’une lutte pour un bien commun?
  • Les licences libres et licences Creative Commons: adaptation spécifique ou déviation problématique ?
  • Quels sont les enjeux liés à l’accessibilité et à l’ergonomie?
  • Quel type de viabilité économique envisagée pour le logiciel libre (désaccords, tensions et perspectives) ?

Dois-je vous avouer, j’ai hésité quelques secondes avant de participer à cette conférence, du fait que je me doutais bien qu’encore une fois, nous allions retrouver la même petite bande de convertis au libre. Pour vous donner une idée, voici la liste des conférenciers invités (the usual suspects) :

  • Omar Bickell, membre de l’organisme Koumbit
  • Sylvain Carle, président de l’entreprise Interstructure.
  • Stéphane Couture, Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO)
  • Michel Dumais, journaliste et observateur des nouvelles technologies
  • Robin Millette, président, FACIL, pour l’appropriation collective de l’informatique libre
  • Daniel Pascott, professeur à l’Université Laval et responsable du cours « Logiciels libres et sociétés »

Pris individuellement, chacun des exposés prononcés par les conférenciers invités était fort intéressant. Cependant, pris collectivement, j’avais l’impression d’entendre encore et toujours les mêmes discours prononcés dans le cadre d’autres conférences du même type. Et je fois avouer que je suis un peu tanné de cela. Je ne nie pas l’importance de ce genre de rencontres, afin de permettre aux troupes de se rencontrer autrement que sur écran, mais à mon avis, il est grandement temps de passer à la vitesse supérieure.

What’s next?

« What’s next? » On fait quoi maintenant qu’on a pelleté ad nauseam du nuage? C’est sous ce thème que j’ai prononcé mon petit laïus, un peu baveux et provocateur, je le concède aujourd’hui. Évidemment, j’ai dû choquer plusieurs apôtres du libre présents à cette rencontre, mais je ne m’en excuse pas une seule seconde. « If you can’t stand the heat, well, go back to your keyboard. » Malheureusement, au Québec, on a bien de la misère à sortir des traditionnels discours « souverainiste-fédéraliste » ou « t’es de gauche – je suis de droite » ou vice-versa. What’s next? On fait quoi pour que le libre prenne sa place dans les administrations publiques par exemple, ou encore dans nos écoles? On se réunit encore entre nous? Non, il est grand temps que le mouvement explose, il est crucial qu’une nouvelle catégorie d’apôtres du libre s’impose, bref il est de toute première importance que les évangélistes politiques envahissent les différentes tribunes qui leur sont offertes et prennent d’assaut les postes politiques où les décisions se prennent.

Prenons par exemple le projet Mille, un projet piloté par le CRIM qui vise à offrir aux institutions d’enseignement du Québec un environnement de travail virtuel entièrement conçu avec du logiciel libre. On pourrait être un peu baveux (c’est le trademark de la maison) et dire qu’à l’occasion, le CRIM ne comprend pas tout à fait tous les principes philosophiques liés au libre, mais bon. Mille est là, et il est une réalité incontournable.

Toutefois, on ne leurrera pas en se disant que depuis la publication du rapport Wybo, plusieurs sociétés oeuvrant dans le logiciel propriétaire ont littéralement campé dans les couloirs des ministères afin de minimiser l’importance de Mille, au profit de leurs solutions. C’est de bonne guerre, welcome to real world. Cependant, sachant que Mille ne dispose pas des mêmes moyens financiers pour mener une guerre commerciale, il ne reste plus qu’une seule chose à faire : envahir les instances décisionnelles, comités de parents, poste de commissaires scolaires, etc… afin d’informer objectivement les autres membres de ces comités et leur permettre de prendre une décision basée sur des faits, et non pas sur des « on-dit-que ». C’est ça, « What’s next? ».

Et Mille n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Il existe d’autres projets, plus ou moins reliés au libre, qui nécessitent l’arrivée d’activistes politiques. Île sans Fil, qui à mon avis, semble vivre une (belle) crise de croissance, est un de ces projets.

Je ne nie pas l’apport essentiel de la communauté des développeurs à l’essor du libre. Bravo les boys! Bravo aussi aux organisateurs de la SQIL pour avoir mis sur pied cette semaine avec si peu de moyens. À mon avis, la SQIL doit devenir le point de ralliement annuel des forces du libre. Mais il est grand temps aussi que nous cessions de nous reproduire entre nous, il est crucial de s’impliquer ailleurs, il est primordial que nous nous impliquions dans les processus décisionnels.

Les défis qui nous sont posés sont de plus en plus nombreux et le temps de réaction autorisé de plus en plus court. Nous devons nous doter de nouveaux outils d’analyse répondant à de nouvelles façons de penser ; on ne peut régler nos problèmes actuels avec la même approche que celle qui les a créés.

Time’s out! Call for action! Et zut et rezut si vous pensez que c’est une question d’ego.

Baladodiffusion : Radio-Canada vient de relâcher le génie de la bouteille

Il y a plus d’un an de cela, dans un article publié sous le titre « À qui appartiennent les archives de Radio-Canada? », je m’interrogeais sur la disponibilité des archives audio-visuelles radio-canadiennes sur Internet en format libre et ouvert. Il y a plus d’un an de cela, le format privilégié par Radio-Canada était celui appartenant à la société Microsoft, et donc accessible uniquement par la visionneuse Windows Media Player. Il y a plus d’un an de cela, sachant que les citoyens de ce pays avaient payé fort cher la production des contenus radio-canadiens, je m’interrogeais sur l’éventuelle disponibilité (libre ou avec limitation) des archives audio-video.

La réponse ne n’est pas fait attendre, la réplique de la société, par la voix d’un responsable des communications, fut virile. Mais allez, c’est de bonne guerre.

Les mois ont passé et, pour le plus grand bonheur des internautes qui ont décidé d’adopter un format libre, la société Radio-Canada a adopté le format de diffusion Ogg Vorbis. Toutefois, les archives n’étaient toujours pas « libérées ». Encore là, sachant toute la complexité des ententes liant la société à l’UDA où aux sociétés d’ayant droit, on peut comprendre pourquoi rendre les archives libres pour une utilisation non-commerciale peut s’avérer problématique.

Cependant, discrètement, presque confidentiellement, des archives de Radio-Canada viennent « d’être libéré ». Et je suis fort surpris qu’aucun commentateur de la blogosphère, journaleux ou observateur quelconque n’est vraiment cliqué là-dessus lors du lancement de l’initiative de baladodiffusion de la SRC.

Hé oui, le podcasting, la baladodiffusion, ce nouveau « trend » technologique, est le moyen par lequel la SRC a choisi de libérer son génie. En effet, avant l’introduction du podcasting, les archives de la SRC n’étaient accessibles qu’en « streaming ». Or, avec le podcasting, il est maintenant possible de télécharger et d’archiver sur son iPod et son ordinateur un fichier audio de beau et bon contenu radio-canadien, contenu qu’il est possible en un clic de souris, d’éditer et d’intégrer au sein d’un documentaire audio par exemple.

Imaginons un instant que vous vous intéressez au monde des sciences. Imaginons un autre instant que vous avez déjà un blogue sur le sujet. Continuons d’imaginer que l’envie d’avoir votre propre audioblogue vous prend. Vous me voyez venir avec mes gros sabots? Pourquoi ne pas intégrer des extraits de l’émission « Les années Lumières », l’émission scientifique de la première chaîne radio dans votre podcast?

Et j’ose à peine imaginer les possibilités qui seraient offertes à des regroupements citoyens, altermondialiste, politiques ou autres si soudainement, tous les contenus d’émissions comme Sans Frontières, L’heure des comptes, Indicatif Présent, À vous la Terre ainsi que les bulletins d’informations seraient offerts en baladodiffusion. Sachant que dans le cadre d’un documentaires, les coûts qu’il faut payer pour avoir accès aux archives radio-canadiennes sont souvent hors de la portée de ces groupes, le fait que celles-ci soient maintenant accessibles en format facilement éditable rend forte la tentation de les utiliser.

Oui, il y a la licence d’utilisation que vous devez accepter lors de votre inscription à la baladiffusion de la SRC. Une licence aussi restrictive que celles qui gouvernent l’industrie du disque en ce moment. Dites, ces limitations légales empêchent-elles les internautes de télécharger et d’échanger de la musique? Posez la question, c’est y répondre n’est ce pas? Et qu’est ce qui m’empêche de produire un documentaire audio un tantinet subversif avec un contenu de qualité comme celui produit par les artisans de la SRC et de le relancer anonymement, une fois terminé, dans les réseaux d’échanges P2P?

Voilà, le génie vient de sortir de la bouteille. Et comme tous les génies, pas question pour lui de rentrer dans sa prison de verre. No way Jose! Et cette affirmation, un artisan de la SRC que j’ai rencontré aujourd’hui me l’a confirmée. Mon impression toute personnelle, sous toute réserve : j’ai l’impression que, mis à part mon interlocuteur, peu de personnes avaient compris tous les enjeux reliés à la baladodiffusion, aveuglées comme bien des gens par la technologie, au lieu de s’interroger sur les impacts de celle-ci.

Et ce n’est que question de temps que plusieurs groupes ou simples individus se montent une formidable banque d’archives audio à l’aide du podcasting. Chaque journée apportera son lot de beau et bon contenu radio-canadien. À tous les jours un bulletin de nouvelles, à tous les jours du contenu tiré de l’émission Indicatif Présent, à tous les jours des contenus provenant d’émissions qui reproduiront leur contenu en format podcast.

Bref, que dois faire la société? Paniquer et retirer son offre de baladodiffusion? Surtout pas. Mais revoir ses conditions d’utilisation afin de s’adapter au medium qu’est Internet, un medium de partage?

Au lieu de distribuer son contenu avec une licence aussi restrictive, et puisque l’on peut déjà éditer et utiliser ce dit contenu dans le cadre d’un document audio, pourquoi ne pas permettre aux internautes de télécharger leur podcast sous licence Creative Commons de type attribution avec utilisation non-commerciale? Pourquoi ne pas conclure un nouveau pacte avec les internautes en leur permettant de reprendre ces contenus, à la condition explicite qu’ils citent leur source, et qu’ils diffusent le résultat final sans qu’il ne soit question d’argent.

Je laisse rêver les personnes qui oeuvrent en ce moment dans le monde de l’éducation si cette proposition devenait réalité. J’ose à peine imaginer ce que les jeunes générations, ces natifs du numériques habitués à manipuler les outils de montage audio, pourraient faire comme travaux de recherche si les contenus podcastés de la SRC étaient accessibles sous licence CC. Et poussons encore plus loin, imaginez ce qui pourrait se produire si la SRC adoptait le Podcast vidéo.

En adoptant un tel modèle de diffusion, quelle formidable opportunité la société Radio-Canada aurait de faire connaître son offre de service et d’intéresser les jeunes (et les moins jeunes) à la formidable grille de programmation de la SRC.

Encore une fois, le génie est sorti de la bouteille. À moins de mettre fin à la baladodiffusion, plusieurs auront sûrement comme moi, l’idée de se monter une belle banque de contenus audio archivables sur DVD par exemple.

À la société maintenant de nous montrer à quel point elle comprend le médium qu’est Internet, un médium de partage. Espérons qu’elle ne succombera pas de la même façon que l’industrie du disque qui s’est évertuée à nier cette nouvelle donne qu’est Internet.