Une licence exemplaire, un modèle à suivre

C’est un micro-billet de Clément Laberge sur Twitter qui attiré mon attention sur Coté Blogue, ce nouvel espace collaboratif développé pour Archaumbault et conçu pour les cinéphiles, mélomanes et passionnés de lecture. Toute personne intéressée à écrire ne serais-ce qu’un seul billet se voit offrir un accès à l’outil de publication.

Mon côté tordu m’a immédiatement dirigé vers les conditions d’utilisation, sachant que certaines d’entre elles peuvent être assez restrictives.

Surprise, ce que j’y lis est sans contredit LE modèle à suivre et duquel tous devraient s’inspirer. Quelle est le nom cette personne audacieuse qui a renoncé à immposer les licences restrictives traditionnelles en lieu et place de licences de type Creative Commons, on ne le sait pas (bien que je m’en doute un peu). Mais on peut lui dire qu’elle est une des rares à avoir compris cette notion de partage inscrit au coeur même du concept du web 2.

Extraits des conditions d’utilisation

5. Responsabilités liées au contenu

5.1. Vous affirmez et garantissez que : (i) vous êtes propriétaire du contenu mis en ligne par vous sur ou par le biais du Groupe Archambault inc. ou vous avez le droit d’en octroyer la licence (ii) la mise en ligne de votre contenu sur ou par le biais du Groupe Archambault inc. ne viole aucun droit au respect de la vie privée, droit de publicité, droit de propriété intellectuelle (y compris droit d’auteur) ou tout autre droit de toute autre personne. Vous acceptez de payer les droits d’auteur, taxes ou tout autre somme due à toute personne en vertu d’un contenu mis en ligne par vous sur ou par le biais du Groupe Archambault inc..

5.2. Portez attention à tout ce que vous mettez en ligne par le biais des services du Groupe Archambault inc., puisque vous en êtes l’unique responsable. Groupe Archambault inc. n’a aucune obligation de modifier ou de supprimer du contenu illicite, malgré le fait que les affiliés de Quebecor média inc. peuvent, à tout moment et à leur seule et entière discrétion, surveiller le contenu mis en ligne et intervenir auprès d’un utilisateur qui a mis en ligne du contenu illicite.

5.3. Groupe Archambault inc. ne réclame aucun droit de propriété sur les textes, fichiers, images, photos, fichiers vidéo, sons, œuvres ou tout autre élément que vous publiez sur ou par le biais du Groupe Archambault inc.. Une fois votre contenu publié sur les blogues du Groupe Archambault, vous conservez tous vos droits de propriété sur ledit contenu et vous conservez le droit d’utiliser votre contenu à votre gré. En affichant ou en publiant tout contenu sur ou par le biais du Groupe Archambault inc., vous accordez à Groupe Archambault inc. ainsi qu’à toutes les sociétés affiliées de Quebecor Média inc. une licence perpétuelle et mondiale quant à l’utilisation, la modification, la production en public, l’affichage public, la reproduction et la distribution de ce contenu sur tout support et par tout moyen ou procédé que ce soit.

5.4. Sans limiter la généralité de l’article 5.3, au moment de publier tout contenu sur ou par le biais des services du Groupe Archambault inc., vous concédez également par le présent contrat au Groupe Archambault inc. le droit d’utilisation, de modification, de reproduction et de diffusion publique dudit contenu sur les sites du Groupe Archambault inc. et de ses partenaires autorisés.

6. Contenu des blogues du Groupe Archambault.

6.1. Les blogues du Groupe Archambault contiennent du contenu appartenant à Groupe Archambault inc.. Le contenu Groupe Archambault inc. est protégé par des droits d’auteur, marque déposée, brevet, secret de commerce et autres lois. Groupe Archambault inc. détient et conserve tous les droits sur le contenu et les services du Groupe Archambault inc.. Par la présente, Groupe Archambault inc. vous octroie une licence limitée, révocable et non sous-licenciable afin de reproduire et d’afficher le contenu du Groupe Archambault inc., uniquement pour votre usage personnel dans le cadre de la visualisation des sites appartenant ou géré par Groupe Archambault inc..

6.2. Les services du Groupe Archambault inc. contiennent du contenu d’utilisateurs et d’autres concédants de licences. A l’exception du contenu posté par vous, vous ne pouvez pas copier, modifier, traduire, publier, distribuer, afficher ou vendre tout contenu apparaissant sur ou par le biais du Groupe Archambault inc..

6.3 Par défaut, toutes les œuvres qui vous appartiennent et les droits d’auteur qui vous sont octroyés sont soumises au cadre d’une Attribution-ShareAlike Creative Commons Licence Publique. En vertu de cette licence, vous permettez à quiconque de copier, distribuer, afficher et de diffuser votre contenu, libre de redevance, à condition de mentionner que vous en êtes l’auteur. Vous pouvez également diffuser d’autres œuvres dérivées à votre contenu, mais selon les mêmes conditions de licence d’Attribution-ShareAlike.

Français
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Anglais
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Cette licence permet notamment la syndication de contenu de type RSS pour copier, distribuer et afficher tout contenu utilisé sur le blogue. De plus, en publiant du contenu sur les blogues du Groupe Archambault, vous accordez au Groupe Archambault inc. une licence non exclusive, libre de redevance et sans limitation pour copier, distribuer, transmettre, afficher publiquement, exécuter publiquement, reproduire, modifier, traduire et reformater votre contenu et / ou de l’incorporer dans un travail collectif.

À propos des archives de Patrick Lagacé

Message laissé hier dans l’après-midi sur la boîte vocale de Marie-Claude Massie, responsable des contenus chez Canoë:

Bonjour Marie-Claude, Michel Dumais ici. Écoute, j’ai quelques questions à te poser à propos du blogue de Patrick Lagacé, je te résume donc avec une série de mots-clés: Patrick Lagacé, blogue, archives, pérennité des données, long tail, lien vers les archives en page d’accueil, on efface ou pas. Merci de me rappeler.

Plus tard dans la soirée, conversation sympathique avec Madame Massie avec à la clé, la promesse de la position officielle de Canoë, au plus tard aujourd’hui, en fin de journée.

Ce soir, en entrant à la maison, message de Marie-Claude Massie:

Bonjour Michel, ici Marie-Claude Massie. Juste pour te confirmer officiellement que les archives du blogue de Patrick sont de nouveau accessibles à tous, à l’adresse habituelle, avec un lien en page d’accueil, dans la barre de navigation. Évidemment, nous avons fermés les commentaires, histoire de ne pas être envahi par les spammeurs de commentaires. À la prochaine et merci.

Beeeeeeeeep!

Un message de Patrick Lagacé

Depuis vendredi, le (trop) petit monde des médias québécois est en ébullition. Le Devoir annonce avoir eu vent de rumeurs, confirmées par « plusieurs cadres du Journal de Montréal« , selon lesquelles Patrick Lagacé ferait le saut du Journal de Montréal chez le concurrent, La Presse. Il n’en fallait pas plus pour que la machine médiatique s’emballe un brin. Plus tard dans la journée, des rumeurs font état du passage de l’autre Francs-Tireurs, Richard Martineau, de l’hebdomadaire Voir au Journal de Montréal.

Comme les deux tiennent blogues sur Toile, les chroniqueur-blogueurs de la blogosphère québécoise y vont de leur théorie, des rumeurs et de potinages, quand ce n’est pas propos quasi-conspirationnistes.

Voulant calmer un peu la machine, Patrick Lagacé publie un dernier billet sur son blogue où il confirme la nouvelle: « C’est vrai. Je quitte le Journal de Montréal. »

Sauf qu’à la lecture ce billet, je ne reconnais pas le Patrick « no bull » Lagacé que j’aime bien et je respecte. There’s something fishy.

La surprise devant la rumeur qui n’en est plus une? Le décalage? La fatigue? Toutes ces réponse? Hey, l’homme est humain. À vrai dire, n’oublions donc pas qu’avant toute chose, t’as beau travailler dans le domaine des médias, rien ne te prépare à être LA nouvelle. Et il y a des fois que les mots publiés ne sont pas ceux que tu aurais voulu dire. Bref, c’est une hypothèse. La mienne. Et la seule chose à faire, autant comme journaliste de métier que journaliste citoyen (choisissez le chapeau qui vous convient, c’est la maison qui invite), c’est de vérifier à la source. Courriel, téléphone et proposition à Pat, semblable à celle que j’avais fait à François Cardinal lorsque celui-ci avait publié un billet égratignant la blogosphère: tu veux clarifier tes propos? Je t’offre l’espace, le moment de ton choix, et pour le reste, you’re on your own..

Pat m’a toutefois demandé de faire une petite mise en contexte avant de publier, mise en contexte que voici. Pour le reste, c’est du Pat. Bon vent, sailor! Là, je te reconnais un peu plus.

* * * * *

Quelques commentaires sur mon départ
Par Patrick Lagacé

Tout d’abord, merci Michel de m’avoir proposé ton blogue pour faire quelques mises au point et quelques observations, dans la foulée de ma démission au Journal de Montréal.

Premièrement, c’est drôle de « devenir l’histoire », pour emprunter une expression du journalisme anglo-saxon, quand un journaliste fait l’objet d’une couverture médiatique. T’ouvres La Presse et ton nom est dans un titre. Tu regardes LCN, on parle de ton départ. Sur les blogues, ça suppute sur les raisons de ton déménagement.

Ayoye !

Pourquoi je pars ? Je ne veux pas m’étendre là-dessus. Les raisons spécifiques qui m’ont poussées à réfléchir à mon avenir m’appartiennent. Commencer le début d’une explication sentirait le règlement de comptes. Mais c’est sûr qu’il y a eu une sorte de rupture, bien évidemment. Cette rupture a provoqué une réflexion : est-ce que je veux rester ici ? C’est aussi nono que ça.

Sauf que c’est un peu comme un divorce : la responsabilité est partagée. Et chacun est convaincu d’avoir raison, dans sa version de l’histoire. J’étais convaincu, à l’os, d’avoir raison, dans mon histoire. Alors je suis parti, tout simplement, parce que moi, je n’ai pas de talent pour la morosité et je voulais à tout prix éviter de devenir comme ces inévitables piliers de salle de rédaction, que tout le monde connaît dans le milieu : aigris, chialeux, bougonneux. Alors je suis parti, that’s it.

Moi, je suis un gars de journaux, j’aime l’ambiance des salles de rédaction de ce média fait d’arbres morts, j’aime les gens qui peuplent les journaux. C’est viscéral. Je ne me vois pas comme un gars de TV, je suis un gars de journaux. Et je pars vers un sacré bon journal, qui a beaucoup changé depuis trois ans, que je lis avec plaisir. Ceux que je connais qui bossent là y trippent comme des ti-culs. Alors…

Clarifions une chose : Richard Martineau ne quitte pas Voir parce que je quitte le Journal de Montréal. Et je ne quitte pas parce qu’il arrive (je le souligne car j’ai lu sur un blogue une « théorie » à cet effet) ! Richard et le Journal ont commencé à se parler quand Franco a annoncé qu’il s’en allait en sabbatique, pendant un an. Aucun rapport avec moi. J’ai appris début novembre que le Journal de Montréal et mon co-animateur des Francs tireurs flirtaient, le jour avant le départ de l’équipe pour Paris. Il m’a confirmé lundi soir, à Paris, son embauche. Je savais alors que je partais pour La Presse. On a bien ri de ces déménagements parallèles. Il a eu la meilleure réplique : « Deux bateaux qui se croisent dans la nuit »

De toute façon, dire qu’il me remplace, c’est mal connaître le mandat qui était le mien au Journal de Montréal : je pouvais faire passer mes opinions, oui, mais à travers des couvertures. Je devais aller sur le terrain. Ce ne sera pas le mandat de Richard, il fera du commentaire pur, livrera sa vision du monde, comme dans Voir. Question de « casting », bien sûr, mais aussi de convention collective : les pigistes embauchés par le Journal de Montréal ne peuvent pas couvrir d’événements comme tel. Je suis trèèèèès heureux pour lui : Richard souhaitait depuis longtemps écrire dans un quotidien. Il va le faire dès cette semaine. D’une belle tribune, en plus. Good for him.

Un autre truc, lu sur un blogue, aussi : Canoë aurait « cavalièrement » déplogué mon blogue. Canoë a attendu 48 heures avant de déploguer la patente — dimanche après-midi — ce n’est pas ce que j’appelle agir de façon cavalière, dans le contexte d’hyper-compétition des médias. Je m’en vais bloguer/écrire chez le concurrent, les amis : je suis étonné que mon blogue ait survécu à la matinée de samedi.

Une blogueuse a émis l’idée que mon cas démontre la nécessité, pour les journalistes-blogueurs, de se doter de « point com » personnels, mettant leurs blogues à l’abri de déménagements semblables. Belle idée. Dans un monde idéal, c’est ce que je ferais. Mais on ne vit pas dans un monde idéal. Être hébergé sur le site d’un « gros » média offre des avantages réciproques pour le média et le blogueur. Le média glane des « clics », qu’il offre à ses annonceurs, pour vendre des pubs. Le blogueur gagne une visibilité, d’une part ; et une protection, de l’autre.

Sur mon blogue, j’égratigne parfois des gens, des personnages publics : si je fais ça sur Blogger, je n’ai aucune protection juridique de mon employeur. Si je le fais sur Canoë, ou sur Cyberpresse, je suis protégé en cas de poursuites. Ce n’est pas rien. C’est, en fait énorme, comme différence dans le résultat final. Ça donne un blogue plus mordant, plus candide, moins « sur les breaks ».

De plus, lorsque je lis cette remarque sur le même blogue « … seulement je serai convaincue que 100% de ce qu’y s’y trouvera sera ce qu’ils veulent bien y mettre. » : mon départ du Journal de Montréal n’a rien à voir avec le « contenu ». En trois ans de chroniques, jamais le boss n’a tenté de me faire écrire quelque chose contre mon gré, n’a tenté de me faire écrire sur tel ou tel truc, sur Occupation double ou sur quoi que ce soit. Explication qui n’est pas très charitable pour moi-même : les chroniques poches que j’ai pondues, j’en suis l’unique responsable, personne à blâmer… Et donc, exit la théorie du grand complot selon laquelle les boss ou PKP passent leur commande aux chroniqueurs.

Prendre le virage de la convergence à 222 km/h

Les faits: le chroniqueur automobile Philippe Laguë se fait prendre à rouler à 222 km/h au volant d’une rutilante torpado. Quelques jours plus tard, le courrier ayant livré avec diligence la bonne vieille enveloppe brune sur la rue Frontenac, le Journal de Montréal fait sa une avec cette nouvelle. Bien qu’il admette son erreur sur toutes les tribunes, Laguë, sur les ondes de Bazzo.fm Bazzo.tv, blâme Quebecor et la convergence. Selon lui, le Journal de Montréal aurait voulu nuire aux ventes de son guide de l’Auto dont la sortie est imminente.

Peut-on régler toute suite quelque chose?

Fait-on dans la convergence chez Quebecor? You bet! Tu parles Charles. Pas plus que tard que ce matin encore… À croire même que Quebecor a inventé le mot convergence. Tout comme cette année, Radio-Canada, après avoir été assis sur le modèle depuis des décennies, vient elle aussi d’allumer et de succomber aux chants de la fée convergence. Les murs érigés depuis toujours entre la télé, la radio et, depuis 10 ans, Internet, viennent de voler en éclats. Et on ne parle pas des amitiés particulières entre la société d’État et Gesca, elle qui, en prime, se laisse tenter par le démon de la concentration. Mais il parait qu’on ne dit pas convergence dans la tour sur René-Lévesque. On parle plus de symbiose. Genre. Style. Tsé.

Bref, si quelqu’un doute le moindrement des affirmations précédentes, je vous signale que je vends le Xanax en boîte de 3000 comprimés (contre trois paiements faciles, transport et manutention non inclus). Alors, qu’on ne parle plus de convergence, qu’on ne pointe plus du doigt l’autre, sachant que tout le monde le fait avec plus ou moins d’importance. Right?

Donc, Laguë. La convergence. Le vilain ogre Quebecor. Le lancement prochain de son livre. Parlons-en. D’autant plus que les chroniqueurs Pat Lagacé et Steve Proulx en parlent eux aussi. Tiens, Louise Cousineau aussi.

Par un étrange hasard, il se trouve que la journée où le Journal est entré en possession de la nouvelle, j’étais au téléphone avec un de ceux qui devait prendre la décision de publier l’information, Mathieu Turbide, directeur adjoint de l’information. Sous le sceau de la confidentialité, Mathieu m’a fait part de cette nouvelle en me demandant ce que j’en pensais? Mon premier commentaire? C’est une nouvelle qui doit être jouée dans les premières pages, en autant que ce ne soit pas un règlement de compte pour ses propos tenus à Tout le monde en parle sur l’éthique de ses confrères. « Si le moindrement vous faites allusion à son passage à l’émission, alors il y aura apparence de règlement de compte ».

Je dois dire que Mathieu a fait une fois une (très courte) allusion à cela, dans l’ensemble de notre conversation. Mais en ne faisant aucun lien entre cette critique acerbe de Laguë envers ses collèques et l’article à venir. Seulement pour dire que c’est la sortie (fort médiatisée le lendemain) de Laguë à Tout le monde en parle qui avait vraiment fait connaître Laguë aux yeux du grand public, celui qui ne lit pas le Devoir ou les chroniques vroom-vroom. Rappelons que TLMEP fait plus d’un million de cote d’écoute à chaque semaine. C’est du monde en tab… aurait dit Moose Dupont. Bref, small talk only.

À la fin de notre conversation, quand je lui ai demandé à nouveau, « Tu vas utiliser cela dans le topo? », il m’a répondu « Ben non! ». De même, tout au long de notre discussion, pas une seule fois il n’a été question du livre, de la convergence ou du Devoir. Et jamais je n’ai senti dans le ton de voix de Mathieu que le lancement de son livre pouvait jouer sur le placement de la nouvelle en une. Le savait-il d’ailleurs? Moi, pas du tout.

Fin de l’histoire. Front page le lendemain.

Soit dit en passant, si je puis me permettre un commentaire, « l’ennemi » chez Quebecor, c’est La Presse et Radio-Canada, pas le Devoir. À ce que je sache, depuis monsieur Péladeau père, le Journal et Quebecor n’ont t-ils pas été toujours sympathique au Devoir? Ce qui est arrivé à Philippe est triste, soit. Mais il a prit une chance en conduisant à une vitesse folle… et il a perdu. Depuis la publication de cette histoire dans les pages du Journal, j’ai toujours trouvé que Philippe avait très bien assumé son erreur…jusqu’à cette entrevue avec Marie-France Bazzo. Carton rouge pour Philippe sur la convergence. C’est triste à dire, mais il semble qu’on ne peut pas pas être tous des Christine St-Pierre et assumer avec dignité ses erreurs.

Si jamais Philippe lit ce billet, je suis prêt à venir lui répéter en face ce que je viens d’écrire.

Déclaration d’intérêt: En date d’aujourd’hui, je n’ai aucun contrat, ni projet en cours avec le Journal ou une des filiales de Quebecor. Nothing, rien, zilch. De même, dans le passé, jamais je n’ai eu de contrat avec le Journal ou une des filiales de Quebecor, ou encore un projet. Et à cette minute, je n’ai aucun projet ou contrat à venir avec Quebecor.

PS: En passant, vous devriez vous rappeler ceci: Les médias ne sont pas là pour informer. Ils sont là pour faire des profits au bénéfice de leurs actionnaires. Rien d’autre. Toutefois, les journalistes et les artisans qui oeuvrent dans les médias, eux, sont là pour informer. S,agit juste de trouver la zone de confort pour les deux parties.

Certains esprits étriqués vous diraient que les journalistes sont un mal nécessaire dans un journal. Étriqué, ça veut dire mesquin non?

L’arbre qui cachait la forêt

Alors que la blogomachin d’ici ne cesse de s’énerver le poil des pattes sur des peccadilles, il est surprenant de voir que peu de personnes ont relevé les importants discours que le grand patron de Québécor, Pierre-Karl Péladeau, a livré au cours des derniers mois.

Il y eut en premier ce discours qui annonçait la fin de la récréation.

La révolution numérique change en profondeur le mode de création et de diffusion des émissions. La vidéo sur demande est en pleine expansion, l’enregistreur numérique personnel (qui permet d’éliminer les publicités des émissions) se propage et la télévision sur Internet est à nos portes. Le téléchargement de la musique a bouleversé l’industrie musicale, et ce n’est que le prélude à la prochaine grande révolution : le téléchargement des vidéos et des émissions sur Internet et sur les mobiles. M. Péladeau rappellait d’ailleurs qu’Apple vient tout juste de lancer son iPod vidéo.

Bref, Pierre Karl Péladeau affirmait donc que le choix de Quebecor consistera donc à «être un agent de changement» et de «participer activement à l’éclosion de ces différentes fenêtres de diffusion et d’y assurer une place majeure pour notre production. C’est ce que nous voulons faire avec la vidéo sur demande, avec ZIK.CA [le site de téléchargement légal de musique géré par Archambault], et bientôt avec la vidéo sur Internet et sur mobiles».

Source: Le Devoir, Quebecor cherche un nouveau partage des droits dans l’univers numérique

Peu de réactions ou presque, mis à part Cauchon dans le Devoir.

Aujourd’hui, Pierre-Karl Péladeau y allait d’une autre allocution dans le cadre d’une conférence organisée par Infopresse sur l’avenir de la télévision. Si ce discours est le même qu’il a prononcé à Toronto la semaine dernière, attendez-vous à voir Quebecor prendre un virage aussi important que Microsoft l’a fait lorsque Bill Gates a annoncé dans les années 1990 que sa société s’engageait à fond sur l’autoroute Internet.

Quebecor Inc. is shaking up the slumping Sun newspaper chain as some of its flagship dailies are increasingly being squeezed by the growth of free commuter papers, including its own publication, 24 Hours.

The Montreal-based media giant is embarking on an ambitious digital strategy aimed at breathing new life into its television, newspaper and Web operations, starting in Toronto where the company’s biggest newspaper has seen its reader and circulation numbers eroding.

Quebecor chief executive officer Pierre Karl Péladeau said the model for newspapers needs to change if publications want to attract younger readers.

In a pair of moves Tuesday, the company announced plans to link its newspaper, Web and TV network in Toronto more closely than any other company has in Canada so far.

If successful, the strategy could be spread across the company’s operations.

Source: Globe and Mail, Quebecor overhaul

Et le message est clair : Québécor prend à son tour le virage du tout numérique. Et les blogues, la balladodiffusion, la vidéodiffusion sont au cœur de cette stratégie.

The strategy will also tap into blogs and other forms of user-generated content, Mr. Péladeau told a gathering of advertisers in Toronto, who were given their first glimpse of the direction he wants to take the entire company over the next few years.

“I think there is no other future for conventional media . . . than to migrate to this model,” Mr. Péladeau said after the presentation.

“Probably this was something that [media] convergence was all about a few years ago.

Source: Globe and Mail, Quebecor overhaul

Pour quelqu’un de moindrement observateur, tous les signes annonçant cette migration et ce changement important de modèle d’affaires étaient bien présents. De plus en plus, on voit apparaître les textes des chroniqueurs et des articles du Journal de Montréal sur Canoë alors qu’auparavant, Canoë n’était qu’un repackaging d’agences de presse. Pour un Franco qui dit non à l’aventure des blogues, il y a un Pat Lagacé, un J-F Codère, un Marc Beaudet ou un Dominic Arpin qui embarque à fond. Dernière en date, la journaliste Pénélope Garon. Plus encore, certains blogueurs hors de la sphère Québécor auraient même été contactés afin de sonder leur intérêt à publier leur contenu… Papier? Électronique? Les deux? Say tuned… Et encore une fois, on vous le dit, ce n’est qu’un début.

En effet, il y a deux semaines, le président Bruno Leclaire du réseau Canoë procédait à une importante restructuration de l’entreprise. Et le message passé à l’interne était on ne peut plus clair : Notre modèle d’opération est en mutation…

Autre nouvelle passée sous silence, l’arrivée de Romain Bédard, ex rédacteur en chef du magazine Infopresse, ex directeur général des éditions Infopresse et ex vice-président d’Infopresse qui dorénavant, retourne à ses premiers amours en acceptant le poste de rédacteur en chef de Canoë. Sa mission : positionner le portail dans un univers aux contenus de plus en plus vastes et interconnectés.

Bref, au cours des prochains mois, il conviendra de mettre Québécor sur son radar, histoire de voir comment cette entreprise prendra le virage numérique.

Mise à jour 1: Et voici un premier texte sur la conférence qu’a donné Pierre Karl Péladeau à Montréal aujourd’hui.

Prenant acte de la baisse des auditoires à TVA et des revenus publicitaires qui en découle ainsi que des nouvelles tendances de consommation des jeunes, Quebecor se positionne pour être en mesure de diffuser ses contenus sur toutes les plates-formes technologiques disponibles.

Le parcours est semé d’embûches, mais l’objectif a le mérite d’être clair.

«Le modèle existe ailleurs, c’est celui du conglomérat médiatique», a fait valoir mardi le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, au cours d’une allocution prononcée devant quelque 200 personnes réunies sous l’égide du magazine Infopresse.

«Les jeunes ne consomment pas tellement de télévision. Ils vont sur Internet, en messagerie, ils téléchargent, ce qui a des répercussions énormes sur le système canadien de radiodiffusion», constate M. Péladeau.

À titre d’exemple, l’émission «Le Coeur a ses raisons» qui a été diffusée sur Illico (la télé numérique de Vidéotron qui offre le service vidéo sur demande) et qui plaît particulièrement aux 15 à 35 ans, a suscité 700 000 demandes.

Source: Presse Canadienne-Canoë, Quebecor veut diffuser sur toutes les fenêtres technologiques.

Et tiens donc, quel hasard, cet article de Jean-François Codère publié aujourd’hui dans le Journal de Montréal.

Selon un sondage réalisé en décembre 2005 par Léger marketing pour le compte de Vidéotron, les Québécois âgés de 18 à 34 ans qui ont accès à Internet à la maison y passent en moyenne 13,1 heures par semaine, comparativement à 13,3 heures devant la télévision.

Source: Journal de Montréal, Les jeunes délaissent le petit écran

Mise à jour 2: Pour bien mettre les choses en perspective, Il ne faudrait pas oublier de relire attentivement la lettre que Pierre-Karl Péladeau a envoyé aux médias récemment, suite à l’annonce de Quebecor de ne plus diffuser des séries lourdes (sous-entendre coûteuses).

Pour y parvenir, tous les participants au système de radiodiffusion doivent accepter de revoir les règles du jeu. Si, pour atteindre le même nombre d’auditeurs qu’autrefois, donc la même valeur pour les publicitaires, nous devons diffuser nos produits sur plus d’une fenêtre (vidéo sur demande, podcast, télévision payante), les parties prenantes, tant les organismes publics de financement que les artisans de la télévision, doivent adopter une approche plus conforme à la réalité d’aujourd’hui.

Source: Le Devoir, Pierre-Karl Péladeau, Financement des séries lourdes à la télévision – Il ne sert à rien de jouer à l’autruche

Bref, le message envoyé à l’industrie: pas question que je paie plusieurs fois pour diffuser le même contenu à la télé, sur Illico, sur Internet ou tout autre mode de diffusion. Le modèle doit changer ou sinon…

J’ai très hâte de lire le billet de Cauchon demain.

Mise à jour 3: Une prédiction toute folle, basée uniquement sur une impression personnelle. Maintenant qu’il a été annoncé officiellement que Dominic Arpin termine son mandat après avoir réalisé plus de 650 reportages, je ne serais pas étonné de voir l’explorateur urbain jouer un rôle prépondérant dans ce nouvel univers médiatique numérique que Québecor est à déployer. Juste une impression que je vous dit.

Mise à jour 4: Extrait de l’allocution de Pierre-Karl Péladeau à Toronto

I believe that great journalism – with virtues such as independence, scepticism, tenacity in digging out a story, balance, and checking for accuracy – is now, and will continue to be, a valuable quality in media, in whatever forms it exists.

Quebecor, by the way, has more than one thousand two hundred journalists in total throughout all its media operations.

Another powerful element in the new media mix is the citizen journalist. Almost anyone today can become a reporter. Anyone can be a publisher with a blog or Web site. Editorial commentator, photographer, videographer? You name it, the

technology is there to make it happen. Already, this phenomenon of citizen journalist has entered the mainstream.

One insight on this powerful new area of citizen journalism comes from Tom Glocer, chief executive of Reuters. He believes news organizations have an opportunity to encourage citizen journalism as a complement to professional newsgathering. Glocer says: “Media companies need to be seeders of clouds. To have access to high value, new content we need to attract the community around us. To achieve that, we have to produce high quality content ourselves, then display it and let people interact with it…. There is no doubt that our businesses will be stronger if we employ a more collective and open minded approach to content.”

All of this is part of the new media.

It’s empowerment.

And it is a huge seismic shift in the media landscape.

It is opening up a number of opportunities emerging from the digital universe and the Web.

We believe journalistic strengths will be an integral part of the quality content that is the single most critical element in the equation.

So, how do we make the benefits of journalism more accessible and more aligned with the interests of the audience? And how do we collect much more feedback from our audiences and interact with them?

Source: Pierre-Karl Péladeau, Riding the Changing Wave

Mise à jour 5: Oui, il y eut un observateur de la scène technologique qui a commenté le virage de Quebecor. Philippe Le Roux, de VDL2, a été interviewé à Capital Action (laissez charger la séquence vidéo et faites glisser votre curseur vers la 20e minute de l’émission).

The brand called you

Intéressante première hier, dans le petit monde des médias québécois, première qui est cependant passée inaperçu aux yeux des observateurs spécialisés.

En effet, pour la première fois au Québec, un média, le Journal de Montréal pour ne pas le nommer, tente de « brander » un journaliste, en l’occurrence Brigitte McCann, qui a publié hier et aujourd’hui une enquête exclusive sur le monde de la chirurgie esthétique.

Que ce soit dans les publicités papier ou électronique, on jouait très fort « une enquête de Brigitte McCann », avec moult photos de la journaliste en question. Très peu de mention du Journal dans ces messages télévisés, toute la publicité étant faite en fonction de la réputation d’enquêteuse de la journaliste.

Or, si on jette un regard sur les publicités passées, même les meilleures enquêtes d’André Noël, journaliste émérite à la Presse, n’ont pas suscité une telle publicité de la part de son employeur.

It’s this simple: You are a brand. You are in charge of your brand. There is no single path to success. And there is no one right way to create the brand called You. Except this: Start today. Or else.

The second important thing to remember about your personal visibility campaign is: it all matters. When you’re promoting brand You, everything you do — and everything you choose not to do — communicates the value and character of the brand. Everything from the way you handle phone conversations to the email messages you send to the way you conduct business in a meeting is part of the larger message you’re sending about your brand.

The brand called you
FastCompany

Il faut dire que l’enquête publiée dans le Journal de Montréal sur le monde des Raëliens, enquête qui prouva que la naissance de bébés clonés était une fumisterie, a contribué à conforter l’image de Brigitte McCann comme spécialiste des enquêtes de fond (certains diront qu’entre les enquêtes d’André Noël et celle de McCann, il y a une différence, mais tel n’est pas le sujet de ce billet).

Bref, il faut se poser la question : est-ce une nouvelle tendance qui, à terme, verra les journalistes des différents médias acquérir un statut de vedette? Il faut souhaiter que non car, à mon avis, ce vedettariat se fera au détriment de la nouvelle.

À lire: The brand called you, un article passionnant de Fast Company.