Jeudi matin, j’aurai le plaisir de faire partie d’une table ronde sur l’avenir de la radio à l’émission Indicatif Présent animée par Marie-France Bazzo. Outre madame Bazzo, sera aussi présent l’ex-propriétaire et l’ex-animateur Claude Thibodeau.
Ou s’en va la radio? La baladodiffusion représente-t-elle l’avenir de ce médium? Quels sont les impacts des nouvelles technologies sur cette vieille dame? Quels sont les défis et les enjeux de la radio pour le XXIème siècle.
Invité à titre de passionné de radio, et non pas de spécialiste, je publie ici en vrac mes réflexions (incomplètes) que j’ai envoyé au recherchiste de l’émission. Celles-ci seront retravaillées afin d’en faire un article pour mon chic journal. Libre à vous de contribuer à cette réflexion. À noter que j’y ajouterai au cours de la journée plusieurs liens.
À propos de l’avenir de la radio: une réflexion.
Depuis toujours, la radio a été un medium d’instantanéité. Depuis toujours, elle s’écoute en temps réel et en un territoire donné. Le seul grand changement qu’a connu la radio fut lorsque les radios portatives furent introduites. On pouvait maintenant écouter la radio à l’endroit de son choix, mais il y avait toujours cette contrainte de temps et de territorialité (sauf dans le cas dÉmissions diffusées sur de grandes chaînes nationales ou des réseaux privés)
Internet a changé la donne. De medium « temps réel », la radio est devenue un medium que l’on peut consommer au moment de son choix. Cependant, à cause de certaines limites technologiques, l’abolition des contraintes de temps a obligé l’auditeur à être cloué face à son ordinateur. Or, on le sait, l’expérience radio, car c’est d’une expérience qu’il s’agit, se vit très mal assis à son bureau, dans une chaise très souvent inconfortable. La radio s’écoute installé confortablement dans son lit, dans son auto, en préparant le déjeuner, en travaillant ou tout simplement en faisant son ménage.
L’arrivée d’un phénomène comme la baladodiffusion (podcasting) fait exploser les contraintes de la radio. Tout comme le Tivo, un enregistreur sur disque dur connu aussi sous le nom d’enregistreur numérique personnel, a complètement changé les habitudes de consommation des téléspectateurs, l’arrivée des lecteurs numériques tel le iPod en fera de même.
Il est maintenant possible, et avec une facilité déconcertante, de transférer les fichiers audio de ses émissions favorites de l’ordinateur à son baladeur numérique. De plus en plus, l’ordinateur joue le rôle de « digital hub » ou concentrateur numérique, un outil intermédiaire entre l’humain et les différents gadgets numériques.
Les nouveaux outils technologiques permettent aussi à quiconque de créer ses propres fichiers audio. Tous peuvent dorénavant devenir des « radiodiffuseurs ». Cependant, seuls ceux qui possèdent ce don de transmettre des idées par la voix se démarqueront de la masse, un peu comme seuls les meilleurs blogueurs parviennent à se distinguer des millions de carnets web existants. Encore une fois, le contenu est roi.
Radio Satellite
La radio satellite n’est pas ce que l’on appelle la radio numérique, radio dans laquelle des sociétés comme la SRC ont investi de nombreuses années en temps et en expérimentation. Pourquoi la radio numérique ne s’est pas imposée? Parce qu’on ne l’a pas imposée. Aux Etats-Unis, la radio numérique devrait débloquer parce que, tout comme la télé numérique, les diffuseurs ont une date butoir où ils devront avoir complété leur migration. Un des problèmes de la radio numérique résident dans l’existance de plusieurs normes. existent. Or en ce moment, la norme choisie pour les radios canadiennes est différentes de celle des Etats-Unis. Et ne parlons pas des prix des récepteurs radio numériques qui sont prohibitifs (et quasiment inexistants)
Le grand égalisateur (potentiel)? La radio par satellite. Les ondes radios balayent le territoire nord-américain, gracieuseté de plusieurs satellites. Radio-Canada, en partenariat avec la principale société de diffusion sur radio satellite, Sirius, a d’ailleurs présenté une demande au CRTC afin de monter une nouvelle programmation pour le satellite. Tout comme la radio numérique, la radio satellite demande aux consommateurs d’investir dans de nouveaux récepteurs radio, mais déjà ceux-ci sont un tantinet moins chers que les récepteurs numériques. La radio satellite sera comme la télé payante : pour la capter, il faudra souscrire à un abonnement mensuel.
Le grand coup de pouce pour la radio satellite : l’arrivée sur ses ondes du controversé animateur américain, Howard Stern. Toutefois, cela sera-t-il suffisant pour permettre à la radio satellite de s’imposer? À voir. D’autant plus qu’un très grand danger guette la radio satellite, à savoir l’existence de deux grands diffuseurs que sont XM Satellite Radio et Sirus.
La radio satellite et les technologies de type baladodiffusion engendrent de nouveaux défis (propriété intellectuelle). Ces nouveaux médias que sont la radio satellite et Internet risquent de faire exploser les notions de territorialité du droit. En effet, si on sait qu’Internet est un grand réseau mondial, on sait toutefois moins que la radio satellite ne sera pas uniquement diffusée au Canada. Par sa nature, les auditeurs américains seront à même de capter les émissions canadiennes et vice versa. Quid d’un animateur canadien qui diffame une personnalité américaine ou l’inverse ? Avec l’explosion des notions de territorialité, les diffuseurs devront revoir leurs ententes avec les associations d’ayant droit, parce que les ententes actuelles avec la SRC par exemple ne concernent qu’une diffusion sur le territoire canadien.
La baladodiffusion, une opportunité pour la SRC? Pourquoi pas! On le sait, ne s’improvise pas diffuseur qui veut. Pour avoir écouté moult émissions «podcastées» au cours des derniers mois, je peux affirmer, au risque d’en vexer plusieurs, que plus de 90 % de ces diffusions numériques sont tout simplement imbuvables. Cependant, au détour de la Toile, il arrive que l’on tombe sur un amateur qui possède ce don de faire passer des idées par la voix.
Toutefois, un diffuseur comme Radio-Canada ne pourrait-il pas agréger au centre d’un portail tout numérique, les radios Internet les plus prometteuses afin d’offrir à ses auditeurs un contenu 100 % Internet de qualité ? Nombreux seraient les défis à relever, droits d’auteur, éthique, respect des normes journalistiques, etc. Il y aurait aussi toute la notion de maillage entre ces amateurs prometteurs et les artisans professionnels de la radio. Mais quel extraordinaire potentiel pour la radio. Imaginez par exemple une émission où un de ces amateurs, passionné de musique québécoise, offrirait des émissions quotidiennes, qui pourraient par la suite, être reprises sur la Première Chaîne dans le cadre de reportages. Si la SRC ne le fait pas, d’autres y réfléchissent en ce moment.
Pourquoi la radio ferait-elle tous ces changements? À cause des générations montantes. Ces nouvelles clientèles sont, contrairement à nous qui ne sommes que de simples immigrants, des natifs du numérique. Leur menu quotidien se compose d’une dose d’information radio, un peu de télé, un soupçon de journaux et beaucoup d’Internet. Leurs outils : l’ordinateur oui, mais aussi le téléphone portable, les assistants numériques personnels, tel le Palm, et aussi les lecteurs numériques personnels (iPod). Un jour viendra, et il est proche ce jour, où tous ces appareils convergeront l’un dans l’autre.
Ces nouvelles clientèles ne veulent pas se faire imposer leur façon de consommer. Elles vivent dans l’instant présent. De même, leur consommation média se fait au moment où ils le veulent bien, à l’endroit où ils le désirent.
Mais quid de la suite? La baladodiffusion est-elle une fin en soi? Surtout pas, ce n’est qu’un simple début. Ces technologies ne font que changer notre façon de consommer la radio. Par exemple, Virgin Radio annonçait récemment qu’il serait possible de capter ses chaînes radio sur les téléphones de troisième génération. Et la SRC? Dix contre un qu’elle offrira bientôt ces émissions sur ces nouveaux canaux de diffusion. Mais ce ne sont que des technologies mineures qui ne changeront fondamentalement rien à la radio.
Toutefois, la véritable révolution pour la radio sera de passer d’un mode traditionnel de « one-to-many » à celui de « many-to-many », c’est-à-dire d’un mode diffusion, qui ne fait que pousser l’information vers l’auditeur en un mode ou, sachant que tout est conversation, il serait possible pour la radio de migrer vers un mode plus « interactif », où l’auditeur serait partie prenante de la programmation. Dans ce domaine, la BBC s’illustre clairement comme un chef de file.
Déjà, à l’écoute des chaînes parlées, on perçoit un changement dans la relation entre auditeurs et artisans de la radio. Le bon vieux courriel a redéfini cette relation. Désormais, les auditeurs réagissent quasiment en temps réel à des propos prononcés en ondes. Quelques minutes suivant une entrevue percutante, les auditeurs se prononcent et peuvent entendre l’animateur ou l’animatrice commenter leurs réactions. Ces commentaires suscitent à leur tour d’autres réactions qui ne peuvent qu’enrichir le contenu d’une émission. N’oublions jamais que la somme des informations détenues par l’ensemble des auditeurs font qu’ils en savent plus qu’une seule personne.
La suite? Récemment, la Radio 1 de la BBC a tenu une expérience fascinante, à savoir qu’elle a remis entre les mains des auditeurs la programmation musicale de son antenne durant 10 heures. C’est le projet BBC’s 10 Hours Takeover. Les auditeurs ont envoyé par le biais de messages textes (SMS) leurs demandes aux programmateurs de la BBC. Aucune régle ne gouvernait cette expérience. Les demandes des auditeurs étaient mises en ondes sans aucune présélection.
Le résultat? Un succès au-delà des espérances de ses concepteurs. La BBC a d’ailleurs répété l’expérience à plusieurs reprises. Détail intéressant : au cours des premières heures, malgré ce « takeover » des auditeurs, la programmation musicale différait peu des choix habituels des programmateurs de la BBC. Ce n’est qu’après avoir constaté que la BBC respectait véritablement son « entente initiale » de n’imposer aucune balise que les auditeurs ont joué le jeu eux aussi en se faisant plus audacieux dans leurs choix musicaux.
Ce que la BBC retient de cette expérience :
* Un individu devrait être récompensé de sa participation
* Les contributions devraient ajouter une valeur aux autres contributions
* La BBC devrait obtenir un « retour sur investissement » sur de telles expériences et « redonner » à ses auditeurs en partie ou en totalité les retombées de ces dites expériences.
Mais ce n’est qu’un début. Nouvelle tendance sur Internet, l’étiquetage (tags). Par exemple, un service comme Flickr permet à tout et chacun de poster et de partager ses photographies sur Internet tout en permettant à chaque personne la possibilité d’ajouter des étiquettes à chacune des images. On appelle cette tendance (ajout d’étiquettes) populonomies ou, en anglais, folksonomy.
Poussant un peu plus loin cette tendance, la BBC entend appliquer les principes directement inspirés des étiquettes de Flickr ou de Del.icio.us en créant les Phonetags. Le « phonetagging » sera à la musique et à la radio ce que les étiquettes Flickr sont aux images? À suivre. Toutefois, ces ontologies plutôt pauvres, on en conviendra, devraient malgré tout favoriser l’organisation de la musique et en favoriser son partage.
Une possible radio du futur? Une radio comme Last.fm l’est, c’est-à-dire une radio qui vous laisse créer votre propre programmation. Vous choisissez vos pièces musicales favorites, et par la suite, une fois la programmation complétée, le système recherche des gens ayant les mêmes intérêts que vous.
De même, en utilisant les étiquettes, des auditeurs préférant la radio parlée (talk radio) seraient à même de se composer une programmation spécialisée. Supposons que les enjeux sociaux m’intéressent : je pourrais me rendre sur le site de la SRC, rechercher les étiquettes « enjeux sociaux » qui proviendraient d’émissions comme Indicatif Présent, Macadam Tribu ou Maisonneuve à l’écoute et me faire une programmation 100% personnalisée sur mon iPod que je pourrais écouter à ma convenance. De plus, je pourrais par la suite partager avec d’autres cette programmation afin qu’elle soit enrichie par des contributions extérieures.
En complément de programme:
Le podcasting, ou ses émissions préférées sous le bras
Le phénomène TiVO
Des outils pour que l’amateur crée
L’affaire Fillion: Internet, terre de liberté?
Wired: Howard Stern and Satellite Wars
Wired: Adams Curry wants to make you an iPod radio star
BusinessWeek: The new radio revolution
BusinessWeek: Internet Radio 101
Radio Satellite: XM Radio
Radio Satellite: Sirius
How Satellite Radio Works
DAB: Digital Audio Business
Welcome to WorldDab
Société Radio Numérique
CAB/ACR Radio Numérique
Last.fm
Podcasting Manifesto
Podcasting for newbies
BBC’s 10 Hours Takeover
Reinventing Radio: Enriching Broadcast with Social Software
BBC Creative Archives
ETC2005: Clay Shirky: Ontologies and Tags
ETC2005: Folksonomies Panel
ETC2005: Programme Information Pages
ETC2005: Reinventing Radio