Journalistes du monde entier, encryptez!

La Sûreté du Québec a confirmé mercredi après-midi que le ministre de la Sécurité publique lui a demandé de déclencher une enquête concernant «des allégations de divulgation d’informations confidentielles dans l’affaire de Ian Davidson».

Le corps policier a immédiatement accédé à la demande du ministre. Ce sont les enquêteurs du service des affaires internes de la direction des normes professionnelles qui feront enquête.

Le chef de la police de Montréal, Marc Parent, doit tenir un point de presse sous peu sur cette enquête de la SQ, qui concernerait spécifiquement le coulage d’information dans les médias.

Source: Cyberpresse, Vincent Larouche. Taupe au SPVM : la SQ fera enquête sur de possibles fuites

Dans la communauté journalistique, c’est le branle-bas de combat. Plusieurs, dont Daniel Leblanc, Marie-Maude Denis, Fabrice de Pierrebourg et Patrick Lagacé, réagissent avec virulence. De son côté, la FPJQ a publié un communiqué demandant «au ministre Dutil de garantir que les journalistes ne seront pas mis sous écoute».

Est-ce la première fois qu’une telle menace pèse au-dessus de la tête des scribes? Non. Mais aujourd’hui, avec les outils technologiques mis à leur disposition, il est plus «facile» aux différents corps policiers de possiblement en savoir plus sur les sources des journalistes.

Or, comme le disait Marie-Maude Denis (SRC) dans un micro-billet Twitter, «Souvent sources pour les infos sensibles n’ont pas d’intéret perso. Les médias sont dernier recours quand ca ne va pas.» En réponse à ce micro-billet, Daniel Leblanc (Globe and Mail) ajoutait dans deux micro-billets (1 et 2): «Quand un gouv demande à la police d’enquêter sur les fuites aux médias, c’est habituellement signe qu’il a de bien plus graves problèmes,» et «Peut-être que si gens parlent aux médias, c’est que tannés de voir des enquêtes aller nulle part et des dossiers trainer chez les procureurs».

Avec raison, Fabrice de Pierrebourg (La Presse) affirmait de son côté que «La protection de nos sources est un principe fondamental en démocratie.Qui a intérêt à faire peur aux sources des journalistes? #SQ #Quebec».

Donc, nous avons un ministre de la Sécurité Publique qui réclame une enquête, un corps policier, la SQ, qui acquiesce et des journalistes qui sont inquiets, avec raison, pour la protection de leurs sources.

La FPJQ aura beau «demander des assurances immédiates au ministre de la Sécurité Publique, Robert Dutil, que cette enquête ne devienne pas le prétexte à une partie de pêche dans les sources journalistiques», reste qu’une possible «intrusion technologique» des corps policiers est une réalité qu’il faut désormais prendre en considération.

J’ai toujours cru qu’une simple réponse technologique à un problème beaucoup plus complexe qu’est la question de la sécurité des communications et des protection des données et des sources dans l’univers des médias était simpliste, sinon inutile. Pourtant, aujourd’hui, j’estime que les journalistes doivent répliquer de front et publiquement avec les outils technologiques qui sont à leur disposition pour garantir à leurs sources une confidentialité totale.

Et le meilleur outil disponible en ce moment est sans contredit le logiciel de chiffrement PGP. Quid?

Pretty Good Privacy (en français : «Assez Bonne Intimité» ou «Assez Bonne Vie privée»), plus connu sous son acronyme PGP est un logiciel de chiffrement et de déchiffrement cryptographique, créé par l’américain Phil Zimmermann en 1991.

PGP garantit la confidentialité et l’authentification pour la communication des données. Il est souvent utilisé pour la signature de données, le chiffrement et le déchiffrement des textes, des e-mails, fichiers, répertoires et partitions de disque entier pour accroître la sécurité des communications par courriel. Utilisant la cryptographie asymétrique mais également la cryptographie symétrique, il fait partie des logiciels de cryptographie hybride.

Philip Zimmermann, son développeur, a mis PGP en téléchargement libre en 1991. Violant de façon subtile les restrictions à l’exportation pour les produits cryptographiques (il avait été placé sur un site web américain d’où il était possible de le télécharger depuis n’importe où), PGP a été très mal accueilli par le gouvernement américain, qui a ouvert une enquête en 1993 — abandonnée en 1996, sans donner de raison.

Zimmermann souligne qu’il a développé PGP dans un souci de droit à la vie privée et de progrès démocratique : «PGP donne aux gens le pouvoir de prendre en main leur intimité. Il y a un besoin social croissant pour cela. C’est pourquoi je l’ai créé.»

Source: Wikipedia, Pretty Good Privacy

Bref, un outil de chiffrement permet à la fois de protéger le contenu de son disque dur, mais aussi toutes les communications pouvant émaner d’une source. Quelques vieux cons qui, comme moi, naviguent sur les réseaux depuis des lunes, avaient bien vu le jour venir où PGP et le chiffrement seraient des enjeux pour les journalistes.

Le seul problème avec PGP et la plupart des produits de chiffrements? Une interface utilisateur qui, sauf dans certains cas, rebute bien des utilisateurs pourtant aguerris des technologies. On imagine donc ce qu’il en est avec de simples utilisateurs. Malgré tout, une fois la courbe d’apprentissage apprivoisée, les outils de chiffrement s’avèreront les «meilleurs amis» des journalistes qui veulent protéger à la fois le contenu de leurs ordinateurs et s’assurer de la confidentialité de leurs échanges courriels.

Certains diront que mettre entre les mains de personnes peu recommandables des outils de chiffrement puissants rendront difficiles, sinon impossible les enquêtes policières. Réponse de Zimmerman à ce sujet: «Si l’intimité est mise hors la loi, seuls les hors-la-lois auront une intimité. Les agences de renseignement ont accès à une bonne technologie cryptographique. De même les trafiquants d’armes et de drogue. Mais les gens ordinaires et les organisations politiques de base n’avaient pour la plupart pas eu accès à ces technologies cryptographiques de « qualité militaire » abordable. Jusqu’à présent.»

Les journalistes? Ils ont à leur disposition depuis fort longtemps des outils technologiques puissants qui garantiront à leur source la confidentialité. Sauf qu’ils ne connaissaient pas l’outil et qu’ils n’en voyaient pas l’utilité. Jusqu’à aujourd’hui. Le temps de la récréation et la naïveté est désormais terminée.

Cela dit, ne soyons pas naïfs: cela prendra un certain temps, pour ne pas dire un temps certain, pour que l’utilisation de PGP et des outils de chiffrement fassent leur place dans le coffre à outils des journalistes. Mais les journalistes d’enquête seraient inconséquents de ne pas s’y intéresser dès aujourd’hui. Car à terme, je ne serais pas surpris de voir certains journalistes publier sous leur profil de leur site web, leur clé publique permettant à un correspondant soucieux de son anonymat de leur adresser des messages chiffrés.

Découvrez comment fonctionne PGP.

Par la suite, une visite sur GnuPG s’impose. On y retrouve des versions à code source libre (OpenSource) et gratuites de PGP pour toutes les plateformes.

La société Symantec a de son côté, commercialisé des outils utilisant la technologie de chiffrement PGP. Mais à un prix fort.

Le facteur WIIFM (what’s in it for me)

Depuis quelques jours, je bosse sur une recherche qui servira à produire un billet complémentaire à celui de Michäel Carpentier. Et cette recherche m’oblige entre autre chose à me relire, à tenter de voir si une réflexion parue cinq années auparavant tenait toujours la route.

Parmi les articles que j’avais publié dans le Devoir, il en est un qui, je le constate, pourrait très bien s’appliquer au PlanNumériquePourLeQuébec, une idée de Patricia Tessier que Martin Comeau a voulu associer à un espace de réflexion. Cela dit, ne nous leurrons pas. Malgré la campagne électorale en cours, rien ne surviendra à court terme. Il ne s’agit pas d’un sprint, mais bien d’un marathon. Un marathon qui a connu plusieurs faux départs.

J’ai encore en mémoire ma participation (suite à mon départ du Devoir) au «Comité des sages» que le Gouvernement du Québec avait mis en place, suite à la publication du rapport Gautrin. On constate aujourd’hui que peu de choses ont vraiment avancé.

Bref, si cela peut aider, je met en ligne une entrevue que j’avais réalisé avec Bill Piatt lors de la conférence GovNet ’03. Détail cocasse, lors de cette conférence, j’avais reçu à notre résidence d’Ottawa-Hull le chercheur Dominique Wolton et le consultant Pierre de la Coste. En compagnie de plusieurs adjoints politiques, nous avions assisté à la victoire de Jean Charest sur Bernard Landry. Et c’est la première fois que je voyais Wolton incapable de rien dire, tellement il était flabergasté par la politique d’ici.

Mais revenons à Bill Piatt. Bill Piatt, c’est l’homme qui a dirigé le déploiement du portail gouvernemental FirstGov, un guichet unique où les citoyens pouvaient trouver toute l’information générée par l’administration publique américaine. Sachant que ses propos seraient publiés dans un quotidien francophone, l’homme avait fait preuve d’un bel esprit d’ouverture, d’une rare générosité et d’une candeur exceptionnelle lorsque je l’avais interviewé. Nous avions finalement passé plus de 3 heures à discuter ensemble de plusieurs enjeux et défis reliés au e-gouvernement et à la mise en place d’un état numérique.

Car pour réaliser un état entièrement numérique, outre l’enjeu fondamental du haut-débit, le gouvernement doit être lui-même un utilisateur modèle qui agira comme courroie de transmission pour inciter les citoyens, les entreprises et toute la société civile à se joindre à lui pour réaliser ce concept. Ce texte plein d’enseignements (qui devraient cependant être adapté aux spécificités québécoises) fait donc état des défis que Piatt a dû relever afin de concrétiser FirstGov.

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FirstGov, un portail pour les citoyens.

Si vous croyez que la mise en place d’un portail national comme celui du gouvernement du Québec ou du Canada est tout un défi à relever, imaginez celui de réaliser un portail regroupant 260 organismes différents, 22 000 sites Internet distincts, et 27 millions de pages à indexer hebdomadairement. Tout cela, en 90 jours. Bienvenue à FirstGov, le portail made in USA.

Nombreuses sont les personnes qui croient que la réalisation d’un portail national est uniquement un défi technologique. Après tout, il s’agit de réunir des masses d’informations sous un même toit, non? «Faux», de dire Bill Piatt, le grand responsable de la mise en place de FirstGov que nous avons rencontré la semaine dernière lors de la conférence GovNet 03: «Si ce n’était que des contraintes technologiques, un portail national comme FirstGov aurait probablement vu le jour plus rapidement». Et pourtant, entre le décret présidentiel et le lancement, seulement 90 jours se sont écoulés.

Mais, au royaume de Dubya, la politique et les lobbys sont rois et maîtres. Selon Piatt, «ceux-ci peuvent, en moins de deux, tuer une initiative nationale qui pourtant est destinée à servir les citoyens».

Welcome to Washington.

Les défis de FirstGov

Servir le citoyen; regrouper sous un même toit tous les services offerts par un gouvernement national; héberger la quasi-totalité des sources d’informations qu’une administration publique a à offrir aux citoyens et aux entreprises du pays, tels sont les buts — nobles — de FirstGov. Né d’une initiative du président Clinton, le défi de FirstGov — et de Bill Piatt et son équipe — était d’offrir aux citoyens un guichet unique où trouver toute l’information possible générée par l’administration publique américaine.

Les défis, eux, étaient fort nombreux. Après tout, nous parlons ici d’un gigantesque portail regroupant 22 000 sites Internet différents, 260 agences gouvernementales distinctes et 27 millions de pages Web à indexer à toutes les semaines. De plus, il y avait une notion de confiance à insuffler au grand public.

Or comme les données personnelles aux États-Unis sont plutôt considérées comme une marchandise, Bill Piatt avait déjà tout un défi à relever. Par exemple, en Floride, l’administration publique de l’État avait décidé d’accepter l’offre gracieuse et gratuite d’une entreprise faisant des appareils servant à numériser les photos sur les permis de conduire. Seul petit hic, en contrepartie, l’entreprise en question s’est mise à revendre à des sociétés de crédit les photographies numériques en les appairant avec le numéro du permis et le nom du propriétaire du permis. Tout ce qu’il fallait pour donner une crise cardiaque aux dirigeants de la Commission d’accès à l’information du Québec.

Pressions politiques

Second défi pour Piatt: vaincre les pressions politiques. En effet, aux États-Unis, patrie des puissants lobbys aux moyens illimités, l’information est reine. Ceux qui la détiennent, traditionnellement les lobbys, peuvent se permettre de monnayer très cher cette connaissance de l’administration publique.

Or en mettant en ligne autant d’informations, l’équipe de FirstGov allait donc amoindrir les pouvoirs et les connaissances que les lobbyistes détenaient. FirstGov était donc une menace pour eux. Inutile de dire que les pressions des lobbys sur la Maison-Blanche et l’équipe du président furent intenses. Mais c’est l’entrée en scène d’un second groupe de lobbyistes qui a failli tuer le projet. En effet, pour les lobbys pro liberté d’expression. FirstGov était un magnifique véhicule pour redonner du pouvoir aux citoyens. Et eux aussi se mirent à faire des pressions sur la Maison-Blanche.

Excédée, la Maison-Blanche ne savait plus trop quoi faire. Demander à l’équipe de Bill Piatt de mettre la pédale douce ou, au contraire, lui demander de continuer à mettre en ligne encore plus de contenus?

La solution, c’est Bill Piatt qui l’a trouvée. Devant les pressions quotidiennes, l’équipe de FirstGov a réagi au quart de tour et, en moins de trois mois, a lancé le portail FirstGov tout en appliquant les principes suivants:

- La simplicité avant tout, le bon vieux principe KISS (keep it simple stupid) si cher aux Américains;

- réagir rapidement face aux événements et aux pressions politiques;

- si votre proposition n’est pas claire, communiquez, communiquez, communiquez. Et dans le doute, recommencez;

- vous devez avoir l’appui du plus haut niveau de l’administration;

- toujours se souvenir que tout projet gouvernemental, même s’il est destiné au grand public et qu’il est totalement apolitique, est et demeure un projet politique;

- moins vous bousculerez de personnes, moins vous aurez de résistance;

- toujours prévoir le facteur WIIFM (what’s in it for me).

Le pépin

Cependant, quelques mois à peine après le lancement de FirstGov, vint un pépin: l’élection d’une nouvelle administration. Durant plusieurs mois, l’administration Bush examinait «la bébelle de Clinton» en se demandant quoi faire avec. Liquider le tout et recommencer avec une nouvelle orientation? Laisser le tout en place. Pour Piatt et son équipe, ce furent des semaines et des mois extrêmement difficiles. La seule certitude que Piatt avait: des budgets de fonctionnement pour moins d’une année. Ensuite? Plus rien.

Le 11 septembre toutefois, tout changea. En quelques heures, FirstGov devint le portail le plus consulté par tous les Américains. Conseils pratiques, liste des personnes disparues, liste des personnes retrouvées vivantes, liste des personnes retrouvées mortes, qui, quand quoi, où, comment, toutes ces questions, FirstGov y répondait avec efficacité.

De nombreuses personnes de l’administration Bush y trouvèrent l’information nécessaire à la bonne marche du pays en ces temps de crise, et ce, bien avant que les fonctionnaires concernés puissent répondre aux questions posées. FirstGov venait de prouver son utilité auprès de tous les membres de l’administration Bush.

Aujourd’hui, le bien-fondé de FirstGov ne fait plus aucun doute, ni sa survie. Les événements du 11 septembre ont fait la preuve de la force de l’information libre par rapport aux institutions. Piatt a quitté l’équipe de FirstGov pour se joindre à la société Unisys. Mais FirstGov, quelle que soit l’administration en place et les pressions des lobbys, est là pour longtemps.

Blackberry: la suite

Suite à mon billet sur le Blackberry, un sympathique lecteur oeuvrant au sein de la fonction publique fédérale a voulu en savoir plus et a demandé s’il existait une politique d’utilisation des Blackberry. À moins qu’il ne se manifeste dans les commentaires, je respecte son anonymat, tout en publiant ces nouvelles directives qui ont été envoyées à tous les employés. Hop! C’est tout chaud. Merci Ô ami lecteur?. ;-)

Sécurité et gestion de l’information : appareil BlackBerry_

Afin de répondre à certaines préoccupations soulevées sur l’utilisation d’un Blackberry et de tout autre dispositif sans fil au sein du gouvernement du Canada, Monsieur Wayne G. Wouters, Secrétaire du Conseil du Trésor du Canada, demande que l’on rappelle aux employés certains principes de sécurité et de gestion saine de l’information.

Les dispositifs Blackberry et tout autre dispositif sans fil ne sont pas plus sécuritaires qu’un téléphone cellulaire normal. En conséquence, les mêmes mesures de sécurité doivent s’appliquer à leur utilisation et ils ne doivent jamais être utilisés pour communiquer ou sauvegarder des renseignements confidentiels ou de nature délicate.

Par conséquent, les employés devraient faire en sorte que les NIP (numéros d’identification personnelle) des Blackberry sont protégés de façon adéquate en n’envoyant aucun message par cette méthode et en s’assurant de ne les partager avec personne. En contournant les serveurs de courriel du ministère, ces messages contournent également les pare-feu, les systèmes de protection antivirale et les filtres de pourriels.

Gestion saine de l’information – Comme le précisent la Politique sur la gestion de l’information gouvernementale <_http://www.tbs-sct.gc.ca/pubs_pol/ciopubs/TB_GIH/mgih-grdg_f.asp_> , la Loi sur l’accès à l’information, la Loi sur la protection des renseignements personnels et la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada, les mesures et les décisions prises par les fonctionnaires doivent être correctement documentées. Lorsque des renseignements importants sont partagés ou que des décisions sont prises au cours d’un entretien téléphonique ou d’un échange de courriels, il est sous-entendu que les parties concernées prendront les mesures nécessaires pour qu’un dossier concernant cette communication soit créé, sauvegardé et géré de façon adéquate. Dans ce contexte, les messages textuels échangés au moyen de dispositifs sans fil sont similaires à ceux transmis par voie téléphonique ou par courriel. Un dossier de cet échange peut facilement être créé en faisant parvenir une copie du message au système de dossiers du ministère.

Les messages qui sont envoyés, reçus et sauvegardés sur un dispositif sans fil sont tous assujettis à la Loi sur l’accès à l’information et à la Loi sur la protection des renseignements personnels. Dès qu’une demande d’accès est reçue en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, quiconque efface un dossier ou incite quelqu’un à le faire dans le but d’éviter de se conformer à la demande commet un acte criminel au sens de la Loi.

Des directives additionnelles à ce sujet sont disponibles auprès des collectivités de l’Accès à l’information et à la protection de la vie privée, de même qu’auprès des Coordonnateurs régionaux de la sécurité informatique.

Réjean Gravel

Dirigeant principal de l’information

Bureau du Dirigeant principal de l’information

Blackberry: et le monde des affaires?

Suite au billet précédent, poussons un peu plus loin la réflexion et supposons, je dit bien, supposons que les dirigeants du Groupe Norbourg aient utilisé des Blackberry. Ou qu’une quelconque société commerciale soit accusée de fraude et que l’on sache que ses dirigeants ait été utilisateurs de Blackberry. On pense trop souvent à fouiller les archives des serveurs courriels, mais qui a le réflexe de regarder du côté des serveurs RIM?

Les coulisses du pouvoir : à propos du Blackberry

Les Coulisses du Pouvoir
Excellent départ de la nouvelle émission « Les coulisses du pouvoir » diffusée sur les ondes du Réseau de l’Information (RDI). À n’en point douter, cette émission sera un rendez-vous hebdomadaire de la faune politicailleuse de la maison. Que voilà du grand Radio-Canada comme on l’aime. On salive déjà en pensant au contenu de l’émission de la semaine prochaine qui suivra le dépôt du premier rapport (?, merci Éric) du juge John Gomery. Évidemment, il eut été préférable que cette émission puisse être diffusée aussi sur les ondes publiques et non pas juste sur la chaîne câblée, mais les contenus de qualité ne semblent pas être la préoccupation de l’administration actuelle de la SRC (MàJ: c’est aussi disponible sur le réseau hertzien public de la SRC). Espérons que le nouveau vice-président saura inculquer les mêmes standards qui ont fait de la Première Chaîne radio un incontournable. Bref, une bonne émission avec un sujet qui mérite qu’on s’y attarde un peu plus : le Blackberry et son impact sur les mœurs politiques.

Le Blackberry

RIM 7280

Le Blackberry, c’est cet appareil fabriqué par la société canadienne Research in Motion qui permet, outre de faire des appels téléphoniques, d’envoyer et de recevoir du courriel et d’agir comme assistant numérique personnel. Tout comme les participants à ce reportage, j’ai un Blackberry et pour rien au monde je voudrais m’en séparer.

Comme je l’avais écrit précédemment, bien que les journalistes aient découvert l’importance du Blackberry uniquement depuis la dernière campagne électorale (2004), celle de 2000 s’est aussi jouée en partie à l’aide ce petit appareil.

Rim 950

Les précurseurs, ceux qui ont contribué à faire connaître le Blackberry sont principalement l’ancien ministre John Manley ainsi que l’actuelle ministre des relations fédérales-provinciales Lucienne Robillard. Pouvoir se transporter dans le temps, vous auriez pu voir Madame Robillard, monsieur Manley et quelque autres ministres plus branchés que les autres s’envoyer à qui mieux mieux des messages durant la période de questions à la Chambre des Communes à l’aide des premières versions de Blackberry (1, 2) qui n’intégraient pas de téléphone portable.

Aujourd’hui, comme le révèle le reportage, presque tout le personnel politique ainsi que les députés possèdent un Blackberry. Le Blackberry est aussi très populaire dans la fonction publique fédérale. À Québec, selon mes observations, on penche plutôt pour l’utilisation des appareils fabriqués par Treo (Treo 600 et 650).

Donc, dans ce reportage des Coulisses du pouvoir, on a pu entendre des journalistes déclarer ce que tous savaient, à savoir que même le secret des réunions du caucus ne tenait plus, et que des messages s’envoyaient entre députés et journalistes en même temps que les discussions se tenaient, que des députés « briefaient » les journalistes sur leurs bons coups à venir sur la plancher de la Chambre.

Ce que le reportage ne vous a pas dit

En effet, le reportage ne vous a pas tout révélé les petits secrets du Blackberry. À mon humble avis, il en est un qui risque d’avoir à terme des répercussions plus profondes sur les mœurs politiques lorsqu’il sera rendu public.

Peu de personnes le savent, mais la loi d’accès à l’information permet à tout citoyen (et donc, à tout journaliste le moindrement un peu inquisiteur ou à la vérificatrice générale ou encore au commissaire d’une commission d’enquête) de faire une demande d’accès à l’information et d’avoir une copie des courriels envoyés et reçus par les serveurs du gouvernement fédéral, y compris ceux des ministres et de leur personnel politique et évidemment ceux des employés oeuvrant dans la fonction publique fédérale.

Prenez par exemple le Journal de Montréal qui, ces jours-ci, « s’amuse » à publier plusieurs articles sur les dépenses des hauts fonctionnaires de sociétés de la Couronne. Le Journal peut compter sur les services de l’ex-colonel Michel Drapeau, expert de loi d’accès à l’information, pour appuyer les journalistes dans leurs enquêtes.

Ce qui nous ramène au Blackberry. Vous vous dites sûrement, si les messages du Blackberry sont envoyés et reçus par les serveurs courriel du gouvernement fédéral, ceux-ci sont donc logiquement accessibles si quelqu’un fait une demande d’accès à l’information. Et vous avez raison, grâce à une passerelle logicielle, les courriels envoyés à une adresse courriel du gouvernement fédéral peuvent aussi être acheminés sur un Blackberry.

Toutefois, ce que peux de personnes savent, c’est qu’il existe un moyen d’échanger par Blackberry et de ne pas être soumis aux demandes d’accès à l’information.

En effet, chaque Blackberry possède aussi un PIN (personnal identification number), un numéro d’identification unique qui ne peut être assigné à un autre appareil. Un PIN (le mien par exemple étant le 32AA1E68) est une adresse unique assignée à votre Blackberry. Si vous perdez votre Blackberry et que l’on en vous donne un autre, vous aurez à avertir vos correspondants pour les signaler votre « changement d’adresse ». Car avec un Blackberry, on peut s’envoyer des courriels de PIN à PIN.

Et tous les messages qui sont envoyés de PIN à PIN transitent par les serveurs de Research in Motion.

Tous les messages qui sont envoyés de PIN à PIN ne transitent pas par les serveurs du gouvernement fédéral.

Bref, aucun des messages qui sont envoyés de PIN à PIN ne peut faire l’objet d’une demande d’accès à l’information.

Et à Ottawa, la phrase la plus souvent utilisée lorsque tu as besoin de transmettre de l’information sensible est : tu m’envoies un PIN, surtout pas de courriel. Justement parce que le courriel peut faire l’objet d’une demande d’accès à l’information, contrairement au message PIN.

Sachant que le Blackberry fait partie de la vie politique et gouvernementale fédérale depuis des années déjà, je vous laisse imaginer ce que par exemple, le juge Gomery aurait pu découvrir s’il avait pu avoir accès aux messages PIN envoyés par les principaux acteurs du scandale des commandites.

Peut-être rien, mais peut-être aussi beaucoup de choses.

Mais la seule façon de le savoir serait qu’un juge émette un sub-poena afin d’avoir accès aux messages stockés sur les serveurs de RIM. En espérant que les messages soient archivés chez RIM.

Certains pourraient aussi se demander comment il se fait que ce petit secret du Blackberry ne soit pas encore connu, ou à tout le moins rendu public. Ignorance de nombreux journaliste sur les impacts de ces appareils, sûrement, et peut-être aussi parce que cela fait bien l’affaire de certains scribes qui apprécient ce moyen de recevoir de l’information, cette enveloppe brune virtuelle, sans que de traces ne soient laissées.

Ah! Les coulisses du pouvoir!

Vous l’aurez lu ici en premier.